‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 76 sur 111 · PLAN DE DÉBARQUEMENT SUR LA COTE ORIENTALE · texte numérisé non relu

PLAN DE DÉBARQUEMENT SUR LA COTE ORIENTALE

Je supposais qu'une grande partie des objections faites à mon projet étaient de peu de valeur. Les échecs des expéditions précédentes, pensai-je, devaient être attribués à des circonstances accidentelles et à remploi de bâtiments à voile. En tout cas j'étais bien résolu à tenter d'atteindre cette côte par une route qui n'avait pas encore été essayée. Je me proposais de suivre le chenal libre qui devait se trouver tout près de terre, et qui vraisemblablement était trop peu profond pour que les isbergs et les gros glaçons de mer pussent y entrer, mais qu'il l'était suffisamment pour un navire d'un faible tirant d'eau comme le nôtre. Je voulais essayer d'arriver à ce chenal par une des longues et étroites passes qui, au nord du cap Farewell, découpent l'extrémité méridionale du Grônland. J'avais primitivement rinlention de suivre le détroit du Prince-Christian, le plus long et le plus septentrional ; mais dans les colonies du sud-ouest du Grônland j'appiis que ce chenal était plus fréquemment barré par les glaces que ceux situés plus au sud, et qu'il était sillonné de violents courants, qui se renversaient au moment des oscillations des marées. Par suite je résolus d'atteindre les eaux libres que je supposais exister le long de la côte orientale, en traversant le Pamiagdluksund et l'Ikeksund, détroits situés plus au sud et plus larges que celui du Prince-Christian.

En réponse îi une polémique des journaux danois^ j'affirme qu'au moment oii je rédigeais le plan de voyage de notre expédition, je ne connaissais pas l'important travail du capitaine F. Wandel : En Fremstilling af vort Kjendskab til Granlands Ostkyst, samt de med Skonnerten Ingolf i 1879 foretagne Undersôgelser i Danmarksstrxdetj travail inséré dans le volume VI des Meddelelser om Grônland. Cet article, daté de décembre 1879, n'a paru qu'en 1885. J'ignore également si ce mémoire a été publié avant mon départ. Mon plan différait complètement de la proposition de M. WandeL Je me proposais de suivre au printemps la direction indiquée par les instructions d'Ivar Baardsôn (p. 48) — non point que je crusse pouvoir débar-

1885, p. 295, mon honorable ami le célèbre explorateur du Grônland M. H. Rinkaitpu après cela écrire la phrase suivante : u M. Mourier afïirme que vers le 65' degré de latitude nord la côte peut êti^ atteinte dans beaucoup de cas et un débarquement opéré » (Ue stated that about the latitude of 05^ the coast in many cases could be reached and a landing effected).

quer à celle époque de Tannée sur la partie de la côle orientale située dans celle direction, je voulais simplement exécuter des dragages et des sondages sur l'emplacement du récif de Giinbjôni. Puis j'avais le projet de suivre, en aulomne, le chenal libre nue je su|)posais devoir exister entre le littoral et la hanquise c^îtim*. Si je ne réussissais |)as à atteindre ce chenal, j'avais Tintention de suivre de 1res près la lisière de la hanquise, résolu à pit»liter d(» la première occasion favorable pour me frayer un pa<isage à travers les glaces. Celte occasion se présenta justement à la latitude où les capitaines Wandel et Bruun proposaient de faire une tentative. L(î capitaine Wandel s'exprime en ces termes :

H n'y a pas grand espoir de pouvoir atteindre la cote orientale si Ton vient de la pleine» mer; mais, à mon avis, d'après les nouvelles recherches exécutées dans ces parages, une tentative \m\\ être faite entre le 65* et le 00" degré de latitude noitl.

Après que le pasteur BrodiMM'k eut recju la permission de nous accom|)agner sur la côte orientide, et (|ue nos camarades furent revenus d'une excursion dans le fjord voisin d'Amitsok, la Sofia leva l'ancre le 29 août, à midi. Le temps était calme et la mer, sur la- (juelle on ne voyait que quelques petits rfr///x, ahsolument tranquille. Après avoir [)assé devant Pamiagdluk, Tétahlissement danois le plus méridional, le navire suivit la passe qui s'ouvre au noiti-est de celte colonie, jusqu'à Kungmiul, où l'ikeksund et l'ikaresaksund st^ coupent en croix. Au début de celte navigation, les glaçons ne nous op|)osèrenl aucun ohslacle digne d'être rapporté.

Dans ces parag(»s, le paysage est grandiose. Les passes, étroites, sont (entourées de hautes montagnes hérissées de nombreuses aiguilles produites par le délilement de la roche, et simulant les unes des ruines, les autres d(»s murs do forteresse. La plupart fie C(»s pics ne porlai(»nt pas de neige; mais dans l'intérieur du p;iys on voyait çà et là des lambeaux de glacier. Dans les vallons et sur les jMîiites des montagnes on aperccîvait quelques petites plaques de

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36r) LA SECONDE EXPÉDITION AU GUÔNLAND.

verdure, et à leur base s'étendait l'étroit bassin du Qoitl, uni comme un miroir et parsemé de glaçons de différentes tailles et de différentes couleure; les uns étaient blancs, les autres bleus ou vert de mer. Au milieu de ces drifis s'élevait çà et là la masse colossale d'un isberg qui, poussé par les courants sous-marins, dérivait dans une direction différente de celle que suivaient les autres glaçons. Ces montagnes de glace brisaient et refoulaient de côté tous les petits glaçons, en laissant derrière elles un sillage d'eau libre qui, dans les endroits où la glace était épaisse, se refermait promptement. Plus avant dans le chenal, à mi-route de la côte orientale, les glaces devinrent de plus en plus épaisses. C'étaient de gros glaçons de mer, au milieu desquels se trouvaient quelques isbergs. Pour éviter de donner sur quelque récif que Ton n'aurait pas aperçu à temps, la Sofia avançait au milieu de la passe. Nous n'avions aucun renseignement sur l'hydrographie de ce détroit, mais nous avions tout lieu de croire sa profondeur très grande. Bientôt la glace devint absolument impénétrable. Nous cherchâmes alors un chenal libre le long de la côte septentrionale ; au cas où nous ne pourrions continuer notre marche en avant, je pensais y trouver un mouillage sur où nous attendrions une modification dans l'état des glaces. Cette manœuvre ne réussit point. La passe que nous suivions était entourée de montagnes sauvages hérissées de pics et d'aiguilles. Au moment de notre passage, toutes ces pointes étaient presque entièrement dépouillées de neige, et seulement dans quelques vallées on voyait des champs de nejgi» ou de glace. Dans cette région nous n'aperçûmes ni glacier descendant jusqu'à la mer, ni inlaiidsis; du reste, d'après h; lieutenant Holm, il n'existerait aucune calotte glaciaire dans le Grôniand méridional jusqu'à la latitude de Julianehaab*. Partout les rives de la passe tombent à pic: d'autre part, de gros

i. D\iprès les éludes de MM. Holin et Steonstrup, le Grôniand méridional, tout au moins jusqu'à la latitude du Tunugdliariikfjord (61^ de lat. N.), forme une région alpestre très sauvage. Les glaciers y sont nombreux, mais on n*y voit point de calotte glaciaire. La partie septentrionale de la péninsule doit présenter le môme aspect, à en juger d*apràs les renseignements donnés par les indigènes, que nous avons rapportés plus haut et que les i*echerches de Texpédition de Greely ont confirmés. Dans la partie centrale du pays il existerait même une bande de territoire où fon ne trouverait pas une chaîne continue de glaciers. « Un ancien employé de la compagnie, m^a raconté M. Liitzen, affirme qu'il y a euriron une

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gliii;oiis, pousses par de violents courants, dérivent constamment, en rasant la côte; dans ces conditions, un mouillage était impos- ' silile. Reconnaissant l'impossibilité de gagnei' la côte orientale en suivant les détroits, et de trouver dnns ces parages un mouillage sûr pour attendre une modification dans l'état des glaces, je résolus de sortir de cette impasse par l'Ikaresaksund. Dans ce chenal nous trou-

Paysage des riïiîs de l'Ikeksund.

(Gniure ciècutù'C il'aprii un< pholographic prise par M. Kjcllstrdrn, In 29 août 1883.

vàmes également de It) glace, et, au moment où nous nous y engageâmes, l'obscurité nous obligea à chercher un nbri pour l;i nuit. Faute de mieux, je résolus d'aller mouiller sur la côte nord-est de rikaresak, dans ia baie de Kangerdlutsiak, que connaissait un de nos pilotes qui avait habité longtemps cette région. Dans cette baie, les fonds tombaient également à pic; au ras de terre il y avait de

Il'untaine d'années, on allait à la chasse du rcano en partanl de riixlrémilé dii Sliflm- Ijard méridlonnl. Après avoir passé deux peUls glaciers, on arriTail dans une ragion où les nunatak étaient très rapprochés les uns des autres cl où l'on pouvait marcher [^usieura jours tant trouver de neige. « L'assection de cet employé a été conlinnée •'i M. Luiien par un lieux chasseur indigène du nom de Japhet, qui méritait toute confiance. Il f avait dans ce puys lic^ucoup de i-enncs, nviU lu longueur du trajet y rendait la chasse peu réinuuéi'a-

vingt à trente brasses d'eiiu. A peine l'ancre était-elle tombée que de gros glaçons arrivèrent et nous obligèrent à repartir. A différentes reprises, par une nuit complètement obscure, la Sofia dut changer de mouillage, exposée à chaque instant à être choquée par quelque glaçon ou à échouer sur quelque récif. Lorsque le jour reparut, nous fumes fort heureux de pouvoir continuer notre route sans avoir éprouvé d'avarie.

Nous fîmes d'abord roule au sud par l'Ikaresaksund pour doubler le cap Farewell; mais, arrêtés par d'impénétrables masses de glace, nous fumes bientôt obligés de rebrousser chemin. Une nouvelle tentative fut alors faite pour nous frayer un passage dans le chenal où nous avions élé arrêtés la veille. Les glaçons y étaient encore [)lus compacts que le jour précédent; il ne nous restait donc qu'à battre en retraite et à revenir à Pamiagdluk, pour faire roule ensuite le long de la côte. Depuis la veille les glaces s'étaient amassées dans la passe de Pamiagdluk, cl, en rebroussant chemin, nous eûmes quel(|ue peine à les traverser. Ce détroit, précédemment presque complètement libre, élait maintenant j>our ainsi dire obstrué. Une fois sortis de ce miidy nous reconnûmes que, tout autour du cap Farewell, où la côte est accore, les glaces étaient accumulées près de la terre en masses impénétrables. Par suite je dus renoncer à mon projet d'alteiîidre la côte orientale en suivant le chenal libre que je supposais devoir cîxisler le long de la côte. Nous devions maintenant contourner le champ de glace qui pendant la plus grande partie de l'année entoure le cap Farewell, puis, au delà de ce promontoire, suivre Vùkant vers le nord, le plis près possible de terre, afin de découvrir si ciuelcjue ouverture ne se trouvait pas dans ces glaces.

Ce changement de direction nous obligea à remonter au noi*d le long de la côte occidentale jusqu'à hauteur de Frederiksdal. En vue de celt(î colonie, nos pilotes indigènes nous quittèrent, après avoir reçu chacun six couronnes et une petite quantité de tabac, de sucre, de café et de pain. Bien que nous fussions assez loin de terre, ils ne craignirent pas de regagner la côte dans leurs fragiles esquifs en peau. Ils paraissaient enchantés de leui's salaires et du bon temps qu'ils avaient passé à bord; je crois même qu'il n'aurait pas

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