‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 8 sur 111 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Départ de Gothenbourg. — Arrimage de la cargaison a Marsti-and. — Thui-so. — Traversée de Tarchipel des Fei-^. — La montagne à oiseaux la plus peuplée du monde. — Tempête. — Arrivée dans le Rodefjord. — Le spath d'Islande. — Historique de sa découverte. — Excursion au gisement de spath. — Les poneys islandais. — Arrivée à Reykjavik. — Plantes fossiles d'Islande. — Reykjavik. — Rareté des objets préhistoriques en Islande.

Le 23 mai tout était pare à bord : le charbon, les approvisionnements, les instruments avaient été embarqués, l'équipage passé en revue; bref, nous étions prêts pour le départ. Il restait cependant encore à arrimer de nombreux colis, dont quelques-uns de dimensions encombrantes. Dans le port de Gothenbourg, ce travail n'était guère possible, gênés que nous étions par la foule de visiteurs qui se pressaient à bord toute la journée, et à sept heures du soir je fls lever l'ancre pour aller dans quelque mouillage achever tranquillement notre chargement. Apres être resiée plusieurs heures immobile dans le Kalfsund, la Sofia mouilla à Marstrand. Marstrand est une localité connue- des Suédois comme étant la station balnéaire la plus fréquentée de notre côte occidentale; aux Danois et aux Norvégiens elle rappelle les exploits de Tordenskiold, le 23 juillet 1719; aux marins de toutes les nations, les nombreux naufrages qui ont eu lieu sur le récif du Pater Noster, situé à l'entrée

de la rade. Les lecteurs examineront peut-être avec intérêt la carte ci-jointe, qui est un excellent sp(k*iinen de l'ancienne cartographie marine. Elle est extraite du premier recueil de caries nautiques qui ait été imprimé, le Spéculum nmiticum de Lucas Auriparius ou Waghenaer. La premièn? édition parut à Leyde en 1584. A cette époque, Marstrand, enrichie par d'abondantes pêcheries de harengs, passait pour la cité la plus impie de l'Europe septentrionale*.

La cargaison fut arrimée dans ce mouillage. Nos approvisionnements et notre provision de charbon pour onze jours de route eurent une place suffisante dans la cale de notre petit vapeur, sans qu'il fût besoin pour cela de tout entasser ou d'empiéter sur l'espace affecté au logement de l'équipage».

Le 25 mai, à neuf heures du matin, je donnai Tordre du départ. Une fraîche brise soufflait <le l'ouest, et le (*iel était embrumé. Plus tard le vent mollit, et la brume dispanit. Le 27, à neuf heures du soir, nous arrivâmes à Thurso. Bien qu'on n'eût point forcé la machine, la Sofia avait parcouru en soixante heures les 523 milles qui séparent Marstrand de Thurso. Celte vitesse était très satisfaisante, et la consommation de charbon de 40 décimètn»s cubes par mille correspondait exactement aux indications qui m'avaient été données avant le départ.

Pour ceux de nos lecttnirs qui ne sont pas familiers avec la géographie de l'Ecosse, je dois dire que Thurso est situé sur la côte septentrionale de ce pays, à l'entrée occidentale du Penlland Firth. Des ouvriers que nous rencontrâmes en nous promenant aux environs du port, se vantèrent à nous de leur origine Scandinave. Suivant toute vraisemblance, en effet, les indigènes sont <les Scandinaves de sang plus ou moins mêlé, car jadis cette région a été occupée par des Vikings. Nos ancêtres, après avoir livré de sanglants combats aux Celles, ont conquis cette partie de l'Ecosse.

Nous restâmc^s trois jours à Thurso. Le 50 mai, à deux heures et demie de l'après-midi, nous reprîmos la mer, nous dirigeant vers le Rodefjord, sur la côte orientale de l'Islande^ Le temps était superbe, la brise fraîche, mais variable. Le 51, dans la matinées les Ferô

1. Axel Emanuel Holmhrrp, BohusUins beskrifning. D(Mixi«'inc ('niition, D. 5. Orehro, 1867, p. IU4.

étaient en vue, et, dans Taprès-midi, nous traversâmes le détroil entre la grande et la petite Dimon.

La grande Dimon passe pour être la montcupie à oiseaux la plus peuplée de la terre; ce serait, par suite, le point du globe où se trouvei'aient réunis le plus grand nombre d'animaux a sang chaud. Ni dans la zone tempérée, ni dans la zone tropicale, on n'observe pareille agglomération d'animaux. Au contraire, dans les régions polaires, sur certaines montagnefi à omaux de la baie de Baffin, de la Norvège septentrionale, deBeeren Eihmd, de la côte septentrionale ou occidentale du Spitzberg, il y a peut-être un aussi grand nombi'e de volatiles que sur In Dimon. Sur les côtes septentrionales de l'Asie et de l'Amérique ou de l'archipel polaire américain, les colonies d'oiseaux sont rares; on n'y connaît guère que l'importante mon^ tagne à guillemoUi de l'île Preobrascheni(% devant l'embouchure de la Chalanga {Voyage de la Vega, vol. 1*', p. 51 4), et quelques autres situées sur la rive américaine du détroit de Bering. Cette absence de colonies d'oiseaux sur les côtes sejjtentrionalesdc l'Asie et de l'Amérique s'explique de diverses manières. Il se peut que, dans ces régions, la roche ne fournisse pas aux oiseaux un gîte convenable, ou que l'océan y soit couvert de glaces la plus grande partie de l'année : par suite, ces oiseaux, qui vont chercher leur nourriture au fond de la mer, ne peuvent vivre dans ces parages. Si cette dernière supposition est exacte, la présence des guillemots sur l'île Preobraschenie indiquerait que la mer environnante est libre pendant plusieurs mois. Bien que la grande Dimon semblât tout près de nous — nous reconnûmes plus tard nous être trompés dans l'évaluation de la distance, — nous n'aperçûmes du pont d(» la Sofia que quelques oiseaux. Rien n'indiquait que nous fussions dans le voisinage d'une nombreuse colonie de volatiles; ce fait me parut d'autant plus curieux qu'au Spitzberg, dans le voisinage des montagnes à guille" motSj on trouve de nombreuses troupes de ces palmipèdes s'ébattant au large au milieu des glaçons.

Dix ans auparavant, M. Kolthoff avait visité la grande Dimon. Les plateaux herbeux qui forment l'intérieur de l'île ne sont accessibles que par un sentier très dangereux qui escalade la falaise, perpendiculaire au-dessus de la mer. Chaque crevasse, chaque corniche,

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chaque s<iillie de ces rochers, sert de place à ponte à des milliers d'oiseaux, principalement à des {^uillemots, et le bord supérieur des escarpements est criblé de terriers creusés par des macareux (Jlformon arcticus). Passe-t-on au pied de la falaise à l'époque de la ponte, œufs et oisillons vous tombent drus comme grêle, sans parler d'une pluie d'une nature beaucoup moins agréîible. Se promènel-on sur le bord de la falaise, on tombe dans les terriers des macareux.

Du pont de la Sofia nous apercevions sur les verdoyants plateaux de l'île des maisons et de nombreux troupeaux au pâturage. L'île est occupée par un fermier, qui, moyennant une redevance de quelques centaines de couronnes* à l'État, y a le droit de chasse et de pâture. 11 en tire, dit-on, de bons revenus. Lors de la visite de Kolthoff, ce fermier n'avait pas moins, à son service, de dix hommes et vingt filles occupés à la capture des oiseaux, ainsi qu'à la préparation et à l'emballage des produits de cette chasse.

D'après M. Kolthoff, les oiseaux que l'on capturerait en plus grand nombre sur la Dimon et sur les autres montagnes à oiseaux des Ferô seraient le guillemot (Uria Troile) et le macareux [Mormon arcticm). La mouette tridactyle {Larus tridactylm), le guillemot {Alca torda) et le pétrel arctique {Proceltaria glacialis) y pondent également. Sur les plateaux herbeux on trouve encore, mais en petit nombre, des stercoraires {Lestris parasilica et Lestris caiarrhacles) , une espèce d'échassier, le Scolopax gallinagOy enfin quelques exemplaires de Tringa maritimaj de Numenius pheopus^ à'Anthm rupestris^ d'Anth. pratensiSy de Saxicola œnanthe, iVEmberiza nivalis et de Troglodytes europœus {borealis). Ces ([uelques espèces constituent toute la faune ornithologique de la Dimon, si riche en individus. Toutes les autres montagnes à oiseaux sont habitées par les mêmes espèces, sauf celle de Myggenœs, où est établie une nombreuse colonie de Sala alba.

L'ouvrage de Debes* contient le passage suivant, relatif à la capture des oiseaux :

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