EXPÉDITIONS SUR LA COTE ORIENTALE
colonie sur la côte orientale du Grônland. Elle trouva cette côte partout inabordable.
1865. — Nouvelle tentative de M. Taylor, à bord du baleinier Erik. Deux fois on essaya, mais sans succès, d'atterrir près du 63* degré de latitude nord.
1879. — Campagne hydrographique de Ylngolf, commandée par le capitaine de la marine royale danoise Mourier, dans le détroit de Danemark. Pendant la croisière, l'expédition aperçut, par des temps clairs, la côte orientale du Grônland. D'épaisses masses de glaces empêchèrent de débarquer.
Pour achever d'indiquer les résultats scientifiques obtenus par l'expédition de la Sofia, j'ajouterai encore quelques lignes.
Durant notre voyage, sur tout le pourtour des côtes du Grônland, depuis le cap Dan jusqu'au cap York et du cap York à l'Ingolfsfjell, nous avons exécuté des dragages et des sondages lorsque l'état de la mer le permettait et que nous en avions le temps. Ces travaux ont été conduits par M. Hamberg et le docteur Forsstrand. M. Hamberga recueilli, en outre, à différentes profondeurs, de nombreux échantillons d'eau de mer, dont il a étudié la composition. 11 a pris aussi des séries très complètes de température. D'après ses observations, le courant froid qui longe la côte orientale du Grônland n'a qu'une profondeur très faible et qu'une minime étendue; même dam le voisinage de la côtey il coule à la surface d'une masse d'eau chaude provenant du Gulf-Stream*. La baie de Baffin et celle de Davis sont, au contraire, occupées jusqu'au fond par des eaux froides, ou du moins dont la température est très peu élevée. Contrairement aux indications des cartes hydrographiques de l'Atlantique, la côte occidentale
i . Ces observations confirment la théorie du capitaine Uoffmeyer sur le courant froid du détroit de Danemark, théorie qu'il avait formulée dès 1880, alors que Ton n*avait encore fait que des observations incomplètes. Avant 1885 on n*avait pas entrepris d'études hydrographiques sérieuses, soit dans le détroit de Davis, soit dans la baie de Baffin ou le long de la côte orientale du Grônland, au sud du détroit de Danemark ; jamais, dans ces mers« on n'avait pris de séries de température à différentes profondeurs K Taide d'instruments donnant des indications certaines ; on n'avait pas étudié non plus la composition de l'eau et des gaz qu'elle contient. Un compte rendu détaillé des travaux hydrographiques exécutés pendant notre expédition a été publié par H. Hamberg dans deux mémoires contenus dans les volumes IX et X des Bihang till Vetenskapi-Akademiens handlingar, et reproduits ensuite en tout ou en partie dans différentes publications étrangères.
5»2 LA SECONDE EXPÉDETIOÎi AU CHÔNLAÎID.
du Grônland est bordée par un courant froid, tandis que des eaux venant du sud, dont la température est très élevée, s^écoulent le long de la côte orientale à une distance de quarante ou cinguante milles de terre jusqu'à la latitude de l'Islande. La présence de cette niasse d'eau chaude doit nécessairement influer sur le climat de la câte orientale et vraisemblablement le rendre plus humide que celui du littoral
occidenlal. Les dragages ont procuré au docteur Forsstrand une magnilique collection d'animaux marins, notamment de gigantesques éponges trouvées à une grande profondeur dans le détroit de Danemark. M. Kollhoff a, en oulre, recueilli de nombreux spécimens nouveaux de la faune terrestre et fluviatile du Grônland.
A bord d'un navire destiné à une exploi'ation polaire, la place dont on dispose est toujours 1res petite, aussi n'avions-nous pas emmené de botaniste pour étudier la flore actuelle du Grônland. Sa présence du reste n'était pas très utile, la végctaliou de ce pays étant déjà
RÉSULTATS DE L'EXPÉDlTrON. 393
bien connue par les Iravaux des spécialistes danois et suédois. Néanmoins nous avons fait des observations botaniques intéressantes grâce à l'ai-deur avec laquelle les docteurs Nathorst et Berlin ont étudié la flore du Grôniand, lorsque leurs autres travaux leur en laissaient le temps. Les collections recueillies au cap York et dans le port du Roi-Oscar, ainsi qutf les plantes microscopiques ramassées
Auguste Berlin.
par le docteur Berlin sur ï inlandsis, soûl particulièrement importantes. Celte flore minuscule a pour nous une importance spéciale, car elle forme un chapitre pour ainsi dire nouveau de la botanique qui a pour auteurs des savants suédois '.
Les collections vraisemblablement les plus importantes sont celles
1. Va compte rendu délaillê des études faîles sur celte Oore jusqu'en tS83 a été publié par M. V,-B. Wiltrock dans l'ouvrage : Sludier och forikningar fOranledda af mina retor i den hôga norden, p. 65. Les collections de ruige rougt recueillies en 18S4 n'ont pis' encore élé eiaminécs.
39i LA SECONDE EXPÉDITION AU GRÔNLAND.
des pianles fossiles recueillies par le docteur Nathorst dans le nordouesl du Grônland, dans la zone des basaltes, si riche en empreintes végétales. De magnifiques séries ont déjà été rapportées de celte région, notamment par l'expédition suédoise de 1870 et par M. K.-I.-V. Steenstrup. Mais, pour la première fois pendant notre voyage, ces formations ont été étudiées par un naturaliste qui a fait sa spécialité de la paléontologie. Les collections réunies par le docteur Nathorst nous donneront certainement, lorsqu'elles auront été étudiées, de nouveaux renseignements sur la magnifique végétation qui couvrait jadis cette terre ensevelie aujourd'hui sous la glace et sous la neige. De plus les séries de plantes tertiaires recueillies en Islande par M. Flink sont beaucoup plus riches que toutes celles qui ont été récoltéesjusqu'ici dans cette île. L'étude de ces collections n'est pas encore assez avancée pour que je puisse ajouter d'autres renseignements sur les résultats obtenus à ceux donnés dans les chapitres VI et VII.
Enfin l'expédition a rapporté de magnifiques collections des minéraux rares, que l'on trouve notamment à Kangerdluarsuk et à Ivigtut. Pendant notre exploration de VinlandsiSi nous avons recueilli, en outre, de nombreux échantillons de cryokonite. Une étude attentive de cette poussière prouvera, je l'espère, qu'elle est en partie d'origine cosmique el donnera de nouveaux renseignements sur l'importante question de l'origine de notre globe. Les glaces ont empêché le docteur Nathorst d'atteindre les blocs de fer natif du cap York. Les renseignements des indigènes ne permettent pas de douter de leur existence.
L'expédition a formé chez les indigènes du cap York une très intéressante collection ethnographique, et a appris que deux « Eskimos russes » habitaient le Wolstenholme Sound; c'est là un renseignement très important pour l'étude des migrations des peuples polaires. Si nous avons compris les réponses quelque peu obscures des indigènes, ces deux Eskimos étaient les seuls survivants d'une tribu qui, venue des rives du détroit de Bering ou de la côte septentrionale de l'Asie, serait arrivée au détroit de Smith à la recherche d'un pays pour s'y établir.