DÉCOUVERTE DE L'AMËRIQUE PAR LES NORMANDS
Scoresby en 1822 et nous-mêmes en 1883, aurait trouvé des huttes d'Eskimos désertes dans les endroits où il débarqua au Grônland, et, en comparant les instruments épars autour de ces habitations à ceux qu'il vit plus tard chez les indigènes du Yinland (côtes du Canada et des États-Unis), il conclut que les naturels qui habitaient ces deux pays appartenaient à la même race.
Le continent américain fut aperçu pour la première fois par Bjarne, fils du landnamsman* Herjulf, qui, en allant d'Islande au Grônland, fut entraîné vers le sud par la tempête. Lorsque le vent redevint favorable, Bjarne repartit sans avoir débarqué dans le pays qu'il avait entrevu. Cette découverte excita la curiosité des colons du Grônland. Ils reprochèrent à l'Islandais de n'avoir pas atterri, et pendant l'hiver ils parlèrent souvent du pays aperçu par Bjarne. Finalement Leif Ilinn Ileppni (Leif l'Heureux), le fils d'Éric le Rouge, qui avait été converti au christianisme, partit, accompagné de trente-cinq hommes, vers l'an mille, pour le pays nouvellement découvert. Il aborda sur les rives d'une terre boisée où la vigne poussait à l'état sauvage, et qu'il appela pour cette raison le Vinland; la température y était si douce que le béUiil emmené put passer tout l'hiver sur les pâturages. Au printemps suivant, Leif revint au Grônland sans avoir aperçu %m indigène. Son frère Thorvald lui ayant reproché de n'avoir pas sufQsamment exploré le pays, il lui céda son navire pour entreprendre un second voyage au Vinland. Ce fut au cours de cette nouvelle expédition que les Normands entrèrent pour la première fois en rapport avec les indigènes, qui, à en juger par les descriptions des sagas, étaient des Kskimos et non des Indiens. Une étude sur les Eskimos serait donc incomplète si elle ne contenait pas un résumé des sagas racontant les relations des Normands avec ces indigènes.
Pendant une excursion aux environs des quartiers d'hiver de ljGi( (Leifsbodar) j Thorvald, raconte la saga, aperçut sur un promontoire trois objets faisant saillie. En les examinant de plus près, il reconnut des bateaux en peau, sous chacun desquels étaient cachés trois indigènes. Huit furent tués par les Normands ; le neuvième
1. « lloimiie ayant pris possession d*une lerre jusque-là sans maitro. »
réussit à s'enfuir. Du haut de ce promontoire les aventuriers Scandinaves virent sur les bords d'un fjord des monticules qui leur parurent être des habitations, et aperçurent un nombre considérable de bateaux en peau qui venaient pour les attaquer. I^es indigènes furent bientôt mis en déroute; mais, dans le combat, Thorvald fui blessé mortellement par une flèche. Cette escarmouche, qui date de 1004, est la première rencontre des Européens avec les indigènes de TAmérique, et Thorvald est le premier Européen tombé sur le sol du Nouveau Monde. Les compagnons de Thorvald retournèrent Tété suivant à Leifsbodar et partirent de là pour TEriksQord, avec un chargement de raisin et de bois de construction. Ils rapportaient, en outre, maiîites histoires étonnantes (ok kunnu Leifiat segja mikil
Un an après, Thorstein Eriksson, parti pour aller chercher au Vinland le corps de son frère Thorvald, fut jeté par une tempête sur la côte du Vesterbygd et périt dans le naufrage. Sa veuve, Gudrid, qui l'avait accompagné dans ce voyage, retourna à rEriksQonl et s'y maria avec Thorfinn Karlsefne, homme très riche, qui avait passé l'hiver chez Leif. On parla des voyages au Vinland, et à la suite de ces conversations Gudrid et les autres habitants déterminèrent Thorfinn ;i entreprendre une expédition dans ces parages. En 1007 celui-ci mit à la voile, accompagné de 60 hommes et de 5 femmes, emportant de grands approvisionnements, — il emmenait même du bétail. Après un heureux voyage ils aboixlèrent tous au Vinland et y passèrent l'hiver. Un jour de Tété suivant, une nombreuse troupe d'indigènes sortit des bois. EflVayés par le beuglement du bétail, ceux-ci se sauvèrent du côté du gârd de Thorfinn avec leurs sacs remplis de peaux de petit-gris, de zibeline et de fourrures de toute espèce. Thorfinn les empêcha d'entrer dans son habitation. Ni les indigènes ni les Normands ne se comprenaient les uns les autres; quoi qu'il en fût, des échanges commencèrent entre les deux parties, et les Eskimos cédèrent aux Scandinaves leurs pelleteries poui* du lait. Thorfinn avait défendu de leur vendre des armes. Les indigènes, racontent les sagas, mangèrent immédiatement les denrées qu'ils avaient achetées, tandis que les Normands conservaient les fouiTures; de nos jours les Eskimos du Grônland agissent de même.