‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 91 sur 111 · Le roi Hukon mourut on · texte numérisé non relu

Le roi Hukon mourut on

DOCUMENTS ANCIENS SUR LES ESKIMOS. AOO

Celte année-là on présenta au roi (Henri VII) trois indigènes de Terre- Neuve. Ils étaient vêtus de peaux d'animaux, mangeaient de la viande crue et parlaient une langue que personne ne comprenait. On eut dit des animaux sauvages. Trois ans après, je vis, au palais de Westminster, deux de ces individus habillés comme des genllemen, et je n'aurais pu les distinguer des Anglais présents avant de savoir qui ils étaient. Je ne les entendis pas parler.

En 1501, au retour de son second voyage, Corte Real ramena à Lisbonne cinquante-sept indigènes du nord-est de l'Amérique, probablement des Eskimos , à en juger du moins d'après la lettre adressée par llimbassadeur vénitien Pietro Pasqualigos à ses frères qui habitaient Venise. I/ambassadeur parle de ces sauvages dans les termes suivants :

Tous ont la même couleur de peau, la même taille et la même physionomie; ils ressemblent beaucoup aux Bohémiens. Ils portent tous des vêtements semblables, faits de peaux de différents animaux, notamment de peau de loutre ; Thiver ils tournent en dedans la fourrure de leurs habits, c'est-à-dire la placent directement sur la peau, et Télé en dehors. Les peaux ne sont ni cousues, ni tannées; ces sauvages les portent, jetées simplement sur le haut du corps, telles qu'ils les ont enlevées sur le corps de Tanimal. Ces hommes sont très timides et très doux. Ils ont les bras, les jambes et les épaules très bien faits. Leurs physionomies sont, comme celles des Indiens, ornées de dessins, les uns composés de six traits, les autres de huit et même plus. Ces sauvages parlent, mais personne, je crois, ne les comprend, bien qu'on leur ait adressé la parole dans toutes les langues connues. Le fer n'existant pas dans leur pays, ils fabriquent leurs couteaux et leurs pointes de flèches avec une certaine pierre.

Une lettre d'Albert Cantino au duc de Ferrare, Hercule d'Esté, contient des détails plus étendus sur le voyage de Corte Real et sur les susdits Eskimos. Ces sauvages, rapporte Cantino, habitent dans des maisons en peau et navigitent dans des canots faits de la même matière. Solides et bien bâtis, comme ils sont, ils pourraient devenir d'excellents esclaves. Tous, ajoute-t-il, ont la peau blanche, surtout les femmes, et sont d'humeur très gaie\

1. Henry Uam'sse, Les Corte Real et leurs voyages au Nouveau Monde^ Paris, 1883, p. 51 et 56.

ilO LA SECONDE EXPÉDITION AU f.RÔNLAND.

Les relations des voyages entrepris dans le nonl-ouest de TAmt''rique au seizième siècle et au commencement du dix-septième contiennent presque toutes quelques renseignements relatifs aux Eskimos; mais les expéditions qui datent de cette époque n'ont guère augmenté les connaissances des Européens sur les indigènes du Grônland. Un livre paru en 1647 sans nom d'auteur, sous le litre de Relation du Grœnland, a eu, au contraire, une grande influence sur les idées que Kî gros public se fait des indigènes de TAmérique polaire. Ce travail, la première monographie publiée sur le Grônland, contient une description des mœurs des Eskimos assez complète, et très importante pour l'époque. I/auteur, l'abbé La Peyrère, qui n'avait jamais visité le Grônland, a composé son ouvrage d'après les renseignements qui lui ont été donnés pendant son long séjour à Copenhague par des suivants danois et des employés. Son livre est écrit sous la forme d'une lettre adressée à M. de La Mothe Le Vayer. Peutêtre, en publiant la Relation du Grœnland, La Peyrère se proposait-il de réunir des preuves de l'existence de l'homme avant Adam. En contradiction avec les dogmes de la religion, il avait, dans un travail datant de 1545, soutenu une hypothèse de ce genre, qu'il appuyait sur le chapitre v de la Lettre aux Romains (versets 12, 15 et 14).

L'ouvrage de La Peyrère contient les renseignements suivants sur les Eskimos :

La Relation dit (jue ces Saunages sont traislres et farouches, et que Ton no les peut appriuoiser, ny par caresses, ny par présens. Ils sont gras et dispos, de couleur oliuastre. On tient ({u'il y en a de Noirs pnrniy eux, cônie des Aelhiopiens. Ils sont habillez do peaux de Chiens marins, cousues de nerfs. Leuis fèmos sont oscheveléos. Elles renuorsent leurs cheueux derrière les oroillos, pour nionstror leurs visages, (|ui sont points de bleuet de iauno. Elles no portent point do cotillons comnio nos femmes, mais quantité do caleçons, faits do peaux de poissons, qu'elles chaussent les uns sur les autres. Chaque caleçon a ses pochettes, où elles fourrent leurs couteaux, leur fd, leurs aiguilles, leurs petits miroirs et autres bagatelles que les Estrangers leur portent, ou que la mer leur reiottc, par les naufrages des ostrangors qui veulent aller chez eux. Les chemises des hommes, et des femmes sont faites d'intestins de poissons, cousus avec dos nerfs fort déliez. Les habits des vus et des autres sont larges, et ils les sanglent avec des courroyes do peaux do poissons. Ils sont puants, salles et vilains. Leur

Page 1