‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 92 sur 111 · LA PEYRÈRE · texte numérisé non relu

LA PEYRÈRE

langue leur sert de seruietle et de mouchoir; et ils n'ont nulle honte de ce que les autres hommes ont honte. Ceux-là sont estimés riches parmy eux, (jui ont quâtité d'arcs, de fondes, de bateaux et de rames. Leurs arcs sont courts et leurs flèches desliées, armées par le bout d'os ou de cornes aiguisées. Ils sont adroits à tirer de Tare et de la fonde, et à darder les poissons dans l'eau auec des iauelots. Leurs petits bateaux sont couuerts de peaux de chiens marins et il n'y peut entrer qu'un home seul. Leurs grands bateaux sont faits de bois, attachez les uns aux autres auec des liens de bois el couuerts de peaux de baleines cousues de gros nerfs. Ces bateaux portent vingt hommes pour le plus. Leurs Voiles sont faiU^s, de mesme que leurs chemises, d'intestins de poissons cousus de plus petits nerfs. Et quoy qu'il n'y ait point de fer dans ces bateaux, ils sont liez avec tiuit d'adresse et de force, qu'ils s'engagent librement dessus, en pleine mer, et ne se soucient point des orages. [Il n'y a point de Reste venimeuse dedans leurs terres que des Aragnées. Ils ont des Cousins en giand nombie qui piquent asprement, et leur piqeure fait des esleveures difformes sur le visage. Ils n'ont point d'eau douce, que celle qu'ils réseruenl des neiges fondues. Le Chroniqueur lient que le grand froid (jui seire les veines de la terre bouche le passage des Sources.] Ils ont des Chiens extraordinairement grands, qu'ils attellét à leurs Traisneaux et s'en seruent comme on se seit ailleurs des chenaux.

Lci Peyrère raconte ensuite rhistoire de neuf Eskimos qui avaient été amenés à Copenhague par différentes expéditions polaires. Ces indigènes étaient nourris aux frais du roi avec des soins tout particuliers. Leur ordinaire se composait de lait, de beurre, de fromage, de viande crue et de poisson cru, a parce qu'ils ne se pouvoient accoustumcr au pain et à nos viandes cuites, moins encore au vin, et qu'ils ne beuvoient quoy que ce soit de si bon cœur que de grands traits d'huyle ou de graisse de baleine* ». Ces Eskimos « tournoient souvent la leste vers le nord ». Un jour, ils essayèrent de se sauver dans leurs canots, mais la tempête les jeta sur la côte de Scanie, où des paysans les firent prisonniers el les ramenèrent à Copenhague. A la suite de cette escapade ils furent gardés avec plus de vigilance, mais <( ils moururent de langueur ». Cinq de ces Eskimos étaient encore vivants lorsqu'un ambassadeur d'Espagne arriva à la cour

1. Ce fait, absolument inexact, a été souvent démenti : néanmoins le public croit toujours que les Eskimos boivent de l'huile, et à ses yeux c'est une des habitudes caractérisiques des peuples polaires.

de Copenhague. Le roi de Danemark lui fit voir ces sauvages. Le diplomate fut fort étonné de l'adresse dont firent preuve les Eskimos en manœuvrant leurs fragiles esquifs. Dans des régates organisées en son honneur, une chaloupe montée par seize bons rameurs eut de la peine à suivre leurs kayaks. « L'ambassadeur envoya une somme d'argent à chaque sauvage en particulier, et chacun d'eux employa son argent à se faire habiller à la danoise. Il y en eut qui mirent de grandes plumes à leurs chapeaux, se bottèrent et esperonnerent et firent dire au Roy de Danemarc qu'ils le vouloient ser\ir h cheval. Cette belle humeur ne leur dura pas long-temps, car ils retombèrent dans leur mélancolie ordinaire. » Deux d'entre eux essayèrent de nouveau de se sauver dans leurs kayaks. L'un fut rattrapé; l'autre, qui réussit à s'échapper, trouva la mort en pleine mer. On garda alors plus étroitement ceux qui restaient, mais ils moururent bientôt après, à l'exception de deux. Ceux-ci survécurent dix ou douze ans à leurs camarades et furent toujours très bien traités par les Danois. Ils ne purent jamais apprendre le danois. L'un d'eux mourut à Kolding des suites d'un refroidissement gagné en péchant en hiver des bivalves perliers {Unio margaritifer) . Cet Eskimo aurait été un excellent plongeur*. L'autre flt une nouvelle tentative pour se sauver en kayak ; il ne fut rejoint qu'à trente ou quarante milles en mer. Peu de temps après « il tomba en langueur et mourut ».

Bien avant la publication de la Relation de La Peyrère, les Français étaient entrés en rapport avec les habitants des pays situés au nord de leur colonie du Canada, auxquels ils donnaient le nom d* Esquimaux ou d'Eskimenzes, qu'ils avaient emprunté aux Indiens. Les ouvrages de quelques anciens auteurs français, notamment ceux des jésuites Lafitau et Charlevoix', contiennent quelques renseignements sur les mœurs et le caractère de ces indigènes. Plusieurs Eskimos ayant été faits prisonniers en 1659 par des Indiens et convertis au christianisme, Charlevoix écrit : « Sans aucun rapport

1. Relation du Grônland, p. 169-185. L'Eskimo en question ne devait pas savoir plonger. Les indigènes des régions polaires ne nagent point, et il n*est guère besoin d*un plongeur pour recueillir des Vnio à Kolding.

2. J.-F. Lafitau, Moeurs des Sauvages Amériquains, Paris, 1724. — Charlevoix, ITûioîre et Description générale de la Nouvelle France ^ Paris, 1744.

DOCUMENTS AîiCIESS Slft LES KSKIHOS. 413

avec leurs congénères el rcduils muintcnant à l'esclavage, leurs mœurs se sont adoucies. Ils sont aussi sauvages que les ours qui errent clans leurs déserts. »

De nombreuses traductions répandirent le livre de La Peyrère, cl aujourd'hui encore, dans les livres de vulgarisation, cet ouvrage forme le fond des chapitres relatifs aux mœurs des Eskimos. Mais

c'est aux missions fondées au GrÔnland par Ëgedu, aux fonctionnaires de la Compagnie de commerce et aux expéditions polaires <[ul ont visité pendant ce s'iîvle les régions habitées par les Kskimos, que nous devons une connaissance complète du caractère et des mœurs de ces indigènes. Grâce à ces recherches, les Eskimos sont aujourd'hui un des peuples sauvages les mieux connus.

Dans sa Fauna Groenlandica, 0. Fabricius donne la diagnose suivante des indigènes du Griinland : c< llumo (Jroeulandicus : Homo

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mpietiSy diurntis, sordide rufm^ pilis nigrisj redis, crassis, mento subimberbi . . , . Est naribm patulù, oculis minutisj labiis et bMcis magnisj fronte valida, humeris latis, pedibus brembm, cholericch phlegmatiaus, debilisj agili.^, perlinax, liber , contenttis, timidm, superstitiosus, minus fertitis. »

Celte courte description, écrite dans le style de Linné, s'applique très exactement à la plupart des Kskimos qui n'ont pas clé en relations avec les Européens, mais pas à tous cependant. Lafitau décrit les Eskimosdu Labrador dans les termes suivants : « Ils sont grands, de belle prestance et plus blancs que les autres sauvages (Indiens). Ils portent de la barbe (elle serait très épaisse, d'après Charlevoix) et ont des cheveux crépus. La plupart sont noirs, d'autres blonds, quelques-uns même rouges comme les habitants du nord de l'Europe. » Cette description est certainement fondée sur des obsenations, car on la retrouve chez d'autres auteurs. Ainsi M. Kirkby donne les renseignements suivants sur les Eskimos de l'embouchure du Mackenzie : « Tous les hommes sont forts, alertes et de grande taille. Beaucoup d'entre eux ont le menton et les joues couverts d'une barbe épaisse. Les femmes sont petites, elles ont un teint clair et des traits réguliers. De temps à autre elles coupent à leurs maris les cheveux du sommet de la tète, pour s'en faire des tresses, qu'elles portent pendantes le long des joues ou fixées au sommet de la tête. La longue barbe et la peau blanche de ces indigènes étonnaient beaucoup mes Indiens, qui ne cessaient de dire à ce propos : Manooli Conde (Ils ressemblent aux Blancs). » Dans son ouvrage Narrative ofthe Arctic Land Expédition (Londres, 1856, p. 584), Back reproduit le portrait d'un Eskimo ([ui portait une barbe clairsemée ; il ajoute 5 ce sujet cju'une partie de ces indigènes ont un collier très fourni, et quelques-uns de longues moustaches. Les naturels que John Rac a vus à la Repuise Bay avaient « formidable beard and whiskers )>. Parry et Lyon rencontrèrent à Winter Island et à Igloolik des Eskimos au nez aquilin. Egedc, Cranz, Fabricius, etc., mentionnent tous parmi les Eskimos une variété de type caractérisée par une haute taille et un teint clair* ; ils considéraient ces individus

1. PIu5ieui*s auteurs anciens indi(|U('nt parmi les pcuplmles i\v l'Amérique polaire une tribu de couleur noire« C'est là une légende dont Torigine s'explique peut-èlix; ]iar ce fait

• DOCUJIE>TS SUR LES ESKIMOS. il»

comini! lus (IcsceiKlimts des anciens Normands. Ce type [)arail se renconlrer principalement ciiez les indigènes de la côte orienlide du (Irôniand et de certaines rt^ions do rAmérique polaire. Toutes les personnes qui ont été en relations avec les Eskimos de la côte Est sont d'accord à ce sujet. Telle est par exemple la description que donne firaah du type des habitants des rives de l'Ovarkettjonl : « Ils avaient tous une ligure agréable et ne ressemblaient guèi-e

aux Eskimos; je remai-quai surtout deux jeunes femmes élancées, aux traits réguliers, au teint frais et ."i lu belle chevelure brune, qui en tout pays auraient été reganlées pour des beautés. Les enfants ont pour bi plupart les cheveux bruns; quelques-uns cependant les ont

(|Ui! ui!Jiai[i« iniUgènus du l!i«nliiiiil, d'un lypu tiskiinu nclteinunt inurqué, onl lu teint ioncé. Hêmc ajii'iis i'étiv lavés, vos nalurels onl la couleur des luulûtrcs. Une étude de cet indigènes nei-iiil forl intéivssanlc. Si, comme je le crois, le» Eskinios sont les débrix d'une populalion i|ui ,i habile Ici régions polaires avant b pi-iiode glaciuire, l'eiislencc de ces indigènes au leinl Tonci^ indiquerait qu'une race de couleui' se serait égilemenl Irouvùe dans ces régions. D'a|irès Siabje, les enEintï suni, en naissant, blancs comme ceux des EurqK'cns, mais ils uni sur les ivins une tache bleuJli'c qui i'î'lend |ieu i jtvu sur tuul lu coips et lui dunuc uue eouleur runei'c.

rouges. Presque tous les hommes sont grands, sveltes et bien faits, avec (les traits agréables et expressifs. Ils ont les sourcils noirs, épais et arrondis, et quelques-uns portent une barbe épaisse. » Holm, Ganle, Brodbeck, Lytzen ont confirmé l'exactitude de cette description. Certains indigènes de la côte orientale du Grôuland doivent donc, semble-t-il, être des Scandinaves e«tiwioï<^. Plusieurs des savants qui placent VOsterbygd sur la côte occidentale s'appuient sur ces renseignements pour prétendre que les Eskimos aux traits européens sont les descendants des nombreux baleiniers naufragés en 1777 sur la côte orientale. D'abord il n'est rien moins que certain qu'un seul de ces naufragés se soit établi parmi les Eskimos de la côte orientale; en second lieu il n'est guèi'e probable que dans l'espace de cinquante à cent ans la présence de quelques étrangers ait pu modifier le type d'une population aussi nombreuse que celle de cette région ; enfin la ressemblance des Eskimos de la cote orientale et des Scandinaves avait été remarquée longtemps avant ce naufrage.

Dans les colonies danoises il s'est formé de nos jours une race métisse issue des relations des femmes indigènes avec les colons européens et des baleiniers. Les Eskimos, trouvant le type européen plus beau que le leur, se marient de préférence avec les femmes de sang mêlé : aussi les indigènes de race pure sont-ils devenus rares, tout au moins aux environs des établissements. D'autre part, les enfants nés de ces unions mixtes, s'ils ne sont pas astreints à apprendre une langue européenne et à suivre nos usages, adoptent dès la pi^emière ou la seconde génération les coutumes, les mœurs et l'idiome des indigènes. Les traits européens persistent chez ces métis, mais quelquefois le mélange de la race Scandinave avec une race plus foncée leur donne un type méridional. 11 s'est formé ainsi une race métisse qui reste souvent belle quand les dures conditions de l'existence dans ces régions ne la déforment pas. Parmi les jeunes gens de sang mêlé il n'est pas rare de trouver de véritables tyi)es de beaulé. Sur les côtes du Labrador les relations des matelots anglais avec les femmes des Eskimos ont également produit une race métisse bien douée à beaucoup d'égards. Quoi qu'il n'y ait point d'école dans le pays, ces indigènes savent lire et écrire; ils sont adroits, hon-

si It

RACK MÉTISSE, il»

ncLes, pacifiques, mins moins courageux que les naturels de race |)ui'e. (Hind, H, p. 162.)

Les indigènes du Cronland occidental de race pure sont pclits, Irapus, corpulents, larges d'épaules, bien proportionnés , mais ils onl les mains et les pieds très petits. Chez les personnes âgi'ïcs la peau

Jeunu ni le ti

le iiholographic 10

est ridée, chez les jeunes très lisse. Ils ont le teint olivâtre, les yeux bruns, petits, légèrement obliques, le nez court, enfoncé entre les joues et par suite peu apparent de profil, la bouche large, les lèvres épaisses, et les dents régulières. Les hommes conservent longtemps une belle dentition blanche; ics femmes l'ont au contraire usée par la préparation des peaux. I/^ur chevelure est noire et hérissée.

Les hommes portent généralement les cheveux loangs et ml soi-

gnés. Je n'ai jamais vu au Grôniand d'indigène ayant l'espèce de tonsure desTschuktschis, c'est-à-dire la chevelure rasée à Texception d'une couronne autour du sommet de la tète, sur lequel se détache *une touffe de cheveux. Parry dit avoir observé cette coiffure chez de jeunes indigènes de l'île Welcome. Les Eskimos de l'embouchure du Mackenzie, au dire de Kirkby, et la plupart des indigènes que nous vîmes à Port Glarence et dans l'île Saint-Laurent l'avaient également adoptée. Les femmes nettoient soigneusement leur chevelure avec de l'urine*. Elles la divisent d'aboixi, puis la réunissent à l'aide de mbans de couleur en une touffe serrée sur le sommet de la tête (voir la gravure de la page 415). La tension que produit cette coiffure dans la racine des cheveux les fait tomber de bonne heure sur les tempes. Mais maintenant les femmes indigènes commencent à adopter les modes européennes. D'après Parry, cette coiffure n'est pas en usage chez les indigènes de Win ter Island et d'igloolik ; nous ne la vîmes non plus ni chez les Eskimos de l'île Sainl-Laui-ent et de Port Glarence, ni chez les Tschuktschis. Au Grôniand et dai;s l'archipel polaire Américain, les hommes ne se tatouent pas le visage ; mais les habitants des rives du détroit de Boi'ing portent des labrcls d'os, de pierre ou de verre passés dans de grands trous percés au-dessous de la commissure des lèvres. Dans les i*égions où les Eskimos n'ont pas eu de rapports fré(|uents avec les Européens, les femmes sont tatouées comme les Tschuktschis*. Les indigènes attachaient autrefois une grande importance au tatouage; ils racontaient aux jeunes tilles qui redoutaient de s'y soumettre que le crâne de celles qui ne portaient point cette décoration éUut changé dans l'autre monde en un de ces vases que l'on place sous la lampe

1. Voyez Egcdo, Description du Grôniand, Copenhague, 176,', p. 98. « Les indigènes, dit- il, trouvent agréuhK; le parfum qu*exhalent les reniuics après celte toilette peu ragoûtante, et loi-squ'elles l'ont achevée, ils s*écrient : ^iviarsiarsuarnerks (Elles ont la suave odeur d'une jeune fille) . «

iJ. Voyez les gravures de la page 55 du Voyage de la Vega autour de VAsie el de VEuropCf vol. I, el de la page 100 du vol. II. Un tatouage différent est figuré dans rouvragc de Back, à la page 584. Beaucoup de fiMunies onl également le corps tatoué. Les ouvrages de Parry, de Lyon, de Bae, etc., donnent le modèle des tatouages. Les labrets sont figurés dans la gravure de la page î257 du Voyage de la Vega autour de C Europe et de VAsie, vol. II. Voyez également à ce sujet Bcechey, Voyage to the Pacific and Beering's Strail^ Londivs, 1851, p. 250 et 205.

VÊTEMENTS DES ESKIMOS. 421

pour recueillir l'huile qui en tombe. L'opération se faisait de la manière suivante : on dessinait d'abord une figure sur la peau ; après quoi, on en suivait sous l'épiderme les contours avec un fil préalablement Irempé dans l'huile et recouvert de suie; pour que le noir restât en place, on pressait avec le doigt l'endroit où le fil passait. On exéculait encore le tatouage en frottant avec du noir des trous formés dans la peau à l'aide d'une aiguille. Comme matière colorante, les Eskimos emploient souvent le graphite; pour cette raison ce minéral est entre eux l'objet de fréquentes transactions commerciales.

Avant que les Eskimos eussent été en relations suivies avec les Européens, ils s'habillaient de peaux de mammifÎM*es et d'oiseaux, dont ils faisaient avec beaucoup d'habileté de belles et moelleuses fourrures; ils s'en servaient également pour fabriquer des cuirs destinés à différents usages. Les intestins d'animaux sont aussi employés dans la confection des vêlements. Lorsque les Eskimos en ont l'occasion, ils se procurent, par voie d'échange avec les Européens, différents tissus dont ils font soit des chemises ou des bas, soit des vêtements d'apparat qu'ils passent par-dessus leur costume de peau. Néanmoins, encore aujourd'hui, j)resque tous les indigènes du Grônland s'habillent de fourrures. Pour cet usage ils prennent n'importe quelle peau. Dans les établissements danois, maintenant que la chasse au renne n'est plus très productive, ils se servent surtout de peaux de phoques et de chiens. Sur la côte orientale et sur les rives du détroit de Smith, les naturels emploient souvent celle de Tours blanc; ceux de Winter Island et d'Igloolik, presque exclusivement la peau de renne. Enfin les habitants de l'ile Saint-Laurent sont souvent forcés de se contenter de peaux d'oiseaux. Le costume eskimo ne comprend pas de couvre-chef; lors(ju'il pleut, qu'il neige ou que le froid est très vif, les indigènes relèvent un capuchon fixé à leur tunique. L'imperméable en peau d'intestins, qui ne se trouve guère que chez les Eskimos du détroit de Bering, a élé probablement emprunté par eux aux Aléoules. Les indigènes, quand ils vont à la chasse en kayak ou qu'ils entreprennent dans cette embarcation de longs voyages en mer, endossent un vêtement spécial. Ce vêtement, fait de peaux de phoque dont les poils ont été

enlevés, est fixé à Touverlure circulaire du kayak, el couvre loul le haut du corps.

En hiver, lorsqu'ils sortent, lesEskimos portent deux vêtements : l'un dont la fourrure est tournée en dedans, c'est-à-dire pLicée immédiatement sur la peau; l'autre ayant le poil en dehors. Leur tunique est bordée de peaux de différentes couleurs; celle des femmes est de plus garnie de jolies broderies. Le costume de ces dernières est presque le môme que celui des hommes; comme eux elles portent des pantalons et des tuniques en peau*. Chez les indigènes de l'archipel polaire Américain, et autrefois chez ceux du Grônland, cette tunique se terminait devant et derrière par de longues basques descendant jusqu'aux genoux. Actuellement, au Grônland, les indigènes aisés portent du linge, et, désirant faire montre de leurs chemises blanches, ils ont raccoui'ci de plus en plus les basques du vêtement, de sorte qu'aujourd'hui la chemise apparaît entre la ceinture du pantalon et le bas de la veste. En hiver, dans les huttes construites en pierre et en tourbe, où la chaleur est souvent très élevée, hommes et femmes sont presque entièrement nus, ne portant que de courts caleçons. Ceux des femmes, ornés de fort jolies broderies, n'ont qu'une hauteur de quelques centimètres. Les vêtements des hommes ressemblent à des jerseys collants munis d'un capuchon; les corsages des femmes sont, au contraire, assez larges par derrière pour qu'elles puissent y introduire un enfant. Par les temps froids le poupon se trouve donc bien au chaud. Au Labrador, dit-on, les femmes portent les enfants dans la tige de leurs bottes, qu'elles ont, pour cette raison, 1res larges. D'après Parry, même dans certaines tribus chez lesquelles cet usage s'est depuis longtemps perdu, quelques femmes ont encore des bottes de cette forme. Les Eskimos emploient des chaussettes en peau de phoque, de renne ou de chien dont le poil est tourné en dedans, et des bottes en peau de phoque ou d'ours garnies d'une

i. Les conversations entre Europt^ens et Eskimos roulent souvent sur les habitudes de nos pays. Les femmes s'occupent {larticulièrement de la toilette et des usages du beau sexe en Europe. Dans une conversation de ce gcni-e, un explorateur anglais ayant raconté que chez nous les femmes ne portent pas de pantalons, ses intcrloculrices s'écrièrent en chœur : « Les pauvres! comme elles doivent grelotter )).

VÊTEMENTS DES ESKIMOS. ViS

semelle en cuir. Cette chciussuré est très pratique et très bien appropriée au climat : aussi est-elle adoptée actuellement par les Européens établis au Grônland. Pendant la « saison » les jeunes filles s'occupent avec grand soin de leur toilette. Elles font parade de leurs chaussettes et de leurs bottes ornées de broderies, qui font valoir leurs jolis pieds et leurs jambes bien prises, qu'aucune chemise ne masque aux regards des curieux. Les jeunes filles aiment à se vêtir d'une jaquette en cotonnade voyante, à s'envelopper d'un morceau d'étoffe et à porter autour du cou et sur les épaules un large col garni de perles.

On trouvera des détails plus étendus sur le costume des Eskimos dans les ouvrages d'Egede, de Cranz, de Parry, de Simpson et de Rink. On peut également consulter avec intérêt les gravures con^ tenues dans ce dernier ouvrage ([). 85, 459, 465-465).

Les Eskimos vivent exclusivement des produits de la chasse et de la pêche; ils ne s'occupent ni d'agriculture ni de l'élevage du bétail. Ils ne savent pas non plus domestiquer le renne, comme certains peuples polaires de l'Europe et de l'Asie, bien que toute la région qu'ils habitent contienne d'excellents pâturages pour ce cervidé\

Aux yeux des Grônlandais tout animal sauvage est comestible'; en revanche ils considèrent comme malpropres les fruits et les plantes qui ont poussé dans la terre fumée, par exemple sur les monceaux d'ordures qui avoisinent les habitations. Ils ont également du dégoût pour la chair de porc, parce que cet animal mange des immondices\ Par contre, ils se délectent d'entrailles de lagopèdes et du contenu de l'estomac du renne après qu'il a été préparé avec de l'huile et des baies*. Des Européens m'ont affirmé que ce mets n'avait pas mauvais goût; après tout il n'est pas

1. Je ne sais si l'on a essayé d^introduire au Grônland des rennes domestiques de la Laponie. Un faon que ron avait capturé près de Godlhaab fut apprivoisé très facilement. On raconte qu*un roi de Danemark a fait transporter des rennes de Norvège au Spitzbcrg; peut-être faut-il rapporter ce renseignement à quelque tentative faite pour introduire rélevage de cet animal au Grônland.

2. D'après Simpson, les Eskimos ne mangent cependant pas le corbeau.

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