‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 93 sur 111 · Vallôe, Grônland, 1861, p. 29; Cranz, I, p · texte numérisé non relu

Vallôe, Grônland, 1861, p. 29; Cranz, I, p

4. Cette cuisine, non moins que l'habitude des femmes grôniandaises de suppléer par leur langue au manque de serviettes, avait, semble-t-il, excité le dégoût des premiers

plus exliaonlinairc que certains raffinements culinaires de nos "ourmets.

Les Eskimos qui sont depuis longtemps en relations avec les Européens ne peuvent plus se passer de quelques-unes de nos denrées. Le café, le sucre et le pain sont maintenant pour eux indispensables. Tous les ans les navires de la Compagnie de commerce débarquent dans ch.ique colonie plusieurs tonnes de figues et (le raisins secs, dont l'éi^oulement est très rapide.

Les Eskimos qui n'ont point de rapports commerciaux avec les Européens mangent quelques végétaux ; mais ils n'en font pas provision pour l'hiver, comme les Tschuktschis; du moins Egede, Cranz et Pariy ne le racontent pas, mais peut-être est-ce une simple omission de leur part. Graah rapporte que la récolte de l'angélique et des baies pour l'hiver est l'occasion de joyeux festins, dont il a été témoin à Ekallumiut (p. HO de son Voyage).

Les Eskimos des établissements danois du Grônland, comme ceux des rives du détroit de Bering, ont aujouixl'hui l'habitude de fumer, de chiquer et de priser; mais l'usage du tabac leur était inconnu à l'époque de la fondation des colonies. Les indigènes d'Igloolik et de Win ter Island ne le connaissaient pas non plus lorsque Parry les visita (1821-1823). Au contraire les habitants de l'île Saint-Laurent fumaient déjà du tabac quand Kotzebue débarqua sur c«tte terre en 181 6 et 1817. Afin d'éviter leurs embrassades, ce voyageur dut, pour ainsi dire, leur fermer la bouche en leur donnant des feuilles de tabac à mâcher*. Au milieu du dix-huilième sitH^le, les Grônlandais

colons (»t donné naissance à la imputation de malpropreté qu'ont les Eskimos. Ajoutez à cela les usages variés auxquels sert la mannite de famille et Tbahitude des femmes qui, lorsqu'elles veulent traiter avec égards leurs hôtes, mâchent d'abord les morceaux qu'elles leur offrent ensuite. Fahricius décrit en ces termes la manière de manger des Eskimos : Edunt omnis (jcneris rira, pura et impura, coda, siccaia, subpuinda, raro fumigata, pauca cruda, eiiam plantas quasdam. Néanmoins les Européens s'accoutument beaucoup plus facilement qu'on ne le croit aux usages et à la nourriture des Eskimos et des autn*:; peuplades polaires. Pendant l'hiver de 1738, quelques matelots danois, manquant de combustible, furent forcés de solliciter l'hospitalité des Eskimos; ils s'habituèrent rapidement, raconte Egede, h leur ordinaire, même à la viande corrompue. Comme je l'ai raconte dans le Voyage de la Yega (I, p. 272), la vie samoyède peut aussi avoir des charmes pour les matelots norvégiens et suédois.

1 . Ce fait est très important pour juger si l'usage du tabac à fumer — qui est venu d'Amérique — s'est répandu parmi les Tschuktschis et les populations de rAsie centrale et

NOURRITURE DES ESKIMOS. 425

prisaient surtout; ils mêlaient à leur tabac de la cryolitlie en poudre pour en augmenter la force slernutatoire. D'après Dalager les indigènes s'étaient adonnés avec tant de passion à l'usage de cet excitant que pour s'en procurer ils vendaient leurs vêtements. Cet auteur rapporte en outre que lorsque les Eskimos venaient chez lui, ils mettaieni à contribution ses tabatières et que par an il devait acheter plus de cinquante livres de tabac. Aujourd'hui le tabac à fumer et le café sont les deux plus grandes jouissances des Eskimos. Comme tous les peuples sauvages, les Eskimos aiment beaucoup l'eau-de-vie. Heureusement les autorités danoises ont interdit au Grônland le commerce des spiritueux; mais les Européens sont autorisés dans quelques cas à en donner aux indigènes, par exemple aux rameurs pendant les voyages en canot, et cette lii)éralité est bientôt considérée comme obligatoire. Néanmoins Tainis des boissons fortes est très rare chez les Eskimos, et l'on ne peul pas dire que l'eau-de-vie exerce une mauvaise iniluence surcc^tte population.

Les Eskimos ne mangent de viande crue qu'en cas de nécessité; d'habitude ils la font cuire ou tout au moins la salent; quelquefois aussi ils se délectent de viande corrompue. Comme spécimen de l'art culinaire chez les Eskimos je reproduis ci-après un menu de festin cité par Dalager; je ferai toutefois observer que ce document remonte au beau vieux temps. Aujourd'hui, tout comme chez nous,

orientale par la voie de l'Europe ou par celle du détroit de Bering. Vraisemblablement cet excitant a été importé en Asie par les populations voisines du détroit de Bering, car bien avant la découverte de TAmérique par Christophe Colomb il existait, d'après toute probabilité, des relations commerciales suivies entre les peuples polaires de TAmérique et ceux de TAsie, et avant l'arrivée des Européens en Amérique les indigènes fumaient, notamment ceux de Californie. Les Eskimos sauvages, comme toutes les peuplades polaires, aiment à se déplacer. Ainsi, au milieu du dix-huitième siècle, des indigènes du Grônland méridional et oriental arrivèreilt à Disko avec des kayaks et des oumiaks neufs, pour se procui'er des dents de morse et de narval, des fanons de baleine et autres produits du Grônland septentrional (Cranz, J, 127). Les lampes et les marmites en pierre olla ire étaient Tobjet des principales transactions commerciales ; mais ces voyages, qui duniient quelquefois plusieurs années, étaient entrepris surtout pour pouvoir cancaner avec les différentes tribus. Les sauvages qui vivent toujours dans un même petit coin paraissent avoir tout h coup le même désir de liberté et de locomotion qui pousse le prisonnier à s'échapper de sa cellule pour vivre à Taventure pendant quelques jours. Le docteur Franz Boas donne d'intéressants renseignements sur des expéditions de ce genre dans son travail : Die Wohnsitze und Wanderungen der Baffinland-Eskimos (Deutsche gecgr. Blàller^ vol. YIII, Brème, 1885, p. oi).

le café est un mets obligatoire dans un festin d'Eskimos de la côte occidentale du Grônland.

Menu d'un diner de gala chez lea Grônlandait.

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