Renne séché
9. Baies A'EmpeU^m nigrum assaisonnées d'huile el relevées par les débris contenus
dans restomac d*un renne.
Pour faire du feu, les indigènes des établissements danois, comme ceux dePortClarence, se servent d'allumettes, et vraisemblablement ce produit de la civilisation est également connu des Eskimos de l'Amérique polaire. Jadis ces indigènes employaient le briquet à vilebrequin ou le briquet ordinaire; pour produire du feu ils se servaient encore de deux morceaux de pyrite qu'ils frappaient l'un contre l'autre. Ils remplaçaient l'amadou par de la mousse séchée et effilochée, mélangée de duvet blanc du chaton des saules et de la laine de différents mammifères. Lorsqu'ils font du feu en plein air, les Eskimos brûlent des broussailles, du bois flotté el des os imprégnés d'huile, bref, tous les objets combustibles qu'ils peuvent trouver; mais dans leurs habitations ils se chauffent exclusivement à l'aide de lampes. Quelques-unes de ces lampes ont une forme identique à celle en usage chez les Tschuktschis* ; la plupart ne se composent que d'un récipient ovale en pierre ollaire, peu profond, dont le bord est largement échancré sur un côté. Lorsque cette roche ne se trouve pas dans la région qu'ils habitent, les Eskimos l'obtiennent par voie d'échange avec d'autres tribus établies souvent fort loin. Faute de lampes, les Eskimos se chauffent et s'éclairent à l'aide d'une touffe
1. Comparez la gravure ci-jointe avec celle de la page 2i du Voyage de la Vega (t. H), jiar A.-E. Nordcnskiôld, traduit du suédois parCh. Rabot et Ch. Lallemand. (iV. du irad)
lAMPES DES ESKIHOS. «7
(le mousse déposée sur une pierre phite, et imprégnée d'huilR piir un morceau de lard placé à côté. Autrefois les maimiles des indigènes étaient faites en pierre ollaire; aujourd'hui presque tous les Ëskimos se servent île chaudrons en fer ou en cuivre, qu'ils achètent soit directement aux Eurapwns, soit à des intermédiaires. Le docteur Nalhorst s'est procuré chez les indigènes du cap York la marmite en pierre ollaire figurée ci-dessous ; j'en ai acheté une du même genre à Frederiksdal à des naturels de la côte orientale. Lyon
(Ll'upivs JfH ari*!iiu>ui Ju Huiéo Nordirju» lie Stockholm, (ollfction ilu Jooleiir Ptatt.)
a vu chez des indigènes d'Igloolik des lampes el des marmites fahriquées, faute de pierre ollaire, avec des plaques de schiste cimentées par un mélange d'argile, de sang de phoque et de poil de chien. Fort heureusement pour les Ëskimos, ia pierre ollairecsl abondanle dans toute la i-égion qu'ils hahitcnt. Il en existe des gisements à Umanak, sur la côte orientale du (Iriïnland, dans le Qord de Godlhaab (côte occidentale}, entre Boothia Félix et Wager River, au nord de la haie d'Hudson (d'après Hall), sur la côte à l'ouest du détroit de Navy Board Inlel (d'après Mac Clintock). Les vieilles sagas mentionnent les vases en iiierre ollaire du Gronland. Pline avait déjà décrit celle roche et indiqué qu'elle pouvait être taillée pour faire des marmites {Histoire naturelle, liv. XXXVI, chap. xxii). Avant que les hommes
connussent Tusage des mélaux, la pierre ollaire était probablement un imporUint article d'échange entre les peuples sauvages, qui avaient des relalions commerciales beaucoup plus étendues qu'on ne se le ligure généralement.
Au-dessous de la lampe est une jatte destinée à recueillir l'huile qui déborde. En guise de mèches les Eskimos se senentde la mousse sèche, et, au lieu de bougies, d'échardes de bois ou d'esquilles de pierre imprégnées d'huile. L'huile est le seul combustible employé dans les huttes d'hiver; en été on brûle en outre, pour la cuisson des aliments, des broussailles ou du bois flotté. Avant l'établissemeiil des Européens au Grônland, beaucoup d'indigènes, notamment ceux de la partie méridionale de la péninsule, raconte Glahn, se chauffaient avexî des broussailles pour économiser l'huile, et dans ce but construisaient à l'entrée de leurs habitations un fover avec une cheminée. Même lors(jue le froid est très rigoureux, les lampes et la présence de nombreux individus dans une même hutte élèvent dans l'intérieur des habitations la température à un tel degré qu'une personne qui n'y est pas habituée peut à peine la supporter.
Les lampes, les engins de chasse et de pêche et les ustensiles de ménage nécessaires li la préparation du gibier, voilà presque toute la fortune mobilière des Eskimos. Autrefois les pièces résistantes de ces engins étaient fabricjuées pres(|ue exclusivement avec des morceaux de pierre, d'os ou de bois, fixés à leurs tiges par un système très ingénieux de courroies, de lanières ou de fibres de fanon de baleine. Quand ils le pouvaient, les Grônlandais employaient encore, pour leurs flèches, leurs couteaux et leurs grattoirs, le fer natif inclus dans les basaltes ou peut-être du fer provenant de quelque épave veime h la côte.
Tous les Eskimos qui n'ont pas eu des relations très fréquentes avec les Européens sont encore aujourd'hui à l'âge de la pierre; mais dans les régions où, moyennant quelques morceaux de lard ou quelques peaux de phoque, ils peuvent se procui^er une grande provision de fer, ils ont remplacé la pierre par du métal, en consenant primitivement aux objets leur ancienne forme.
Les instruments en pierre des Eskimos sont beaucoup plus petits (jue ceux de l'âge de la pierre trouvés en Scandinavie; mais leurs
Ijisljiiinoiil» 011 ^ii-1'ii: ilos Eskitiius.
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manches sont pour la plupart fort joliment ornés de dents, de corne ou d'os. Cette différence provient vraisemblablement de ce que la roche employée par les Grôniandais ne se présente presque jamais en masses aussi grosses que les rognons de silex de nos j^ays. Presque tous les objets en pierre provenant du Grôniand sont taillés; les objets polis sont beaucoup plus rares.
La roche qui sert a la fabrication d'une pointe de flèche doit être dure, homogène et avoir une cassure conchoïdale. Les seuls minéraux du Grôniand qui remplissent ces conditions sont difîérentes variétés de calcédoine et de jaspe de la région des basaltes, et surtout un jaspe d'un bleu verdatre, opîique, que les Eskimos appellent angmak. Les couteaux, les grattoirs et les pointes de flèches, très abondants dans les anciens tombeaux et dans les AyôAkeyimôddingy sont fabriqués presque exclusivement avec ces mches. Je n'ai pas vu au Grôniand d'objet en néphrite ; mais, soit avec du cristal de roche transparent ou coloré, soit avec de la pyrite, les Eskimos façonnent de petits couteaux, des pointes de flèches et différents autres objets. Ces deux minéraux sont résistants, homogènes et ont une cassure conchoïdale; ils remplissent donc toutes les conditions désirables.
En comparant les gravures des pages 429 et 451 à celles représentant les objets en pierre des Tschuktschis* (voir le Voyage de la Vega), on reconnaît tout de suite une grande analogie de forme; toutefois les objets tschuktschis n'ont pas le Uni de ceux façonnés par les Eskimos du GrônlancL C«îtte infériorité de fabrication doit être probablement attribuée l\ la date récente de l'établissement des Tschuktschis sur la côte de l'océan Glacial, où ils ont été obligés d'adopter les usages des peuples polaires.
J'ai parlé plus haut du kayak et de l'oumiak, ces deux merveilleuses embarcations en peau. J'ajouterai seulement à cette description qu'en vingt-quatre heures un indigène, à ce que raconte Glahn, aurait parcouru en kayak une distance de plus de 160 milles marins, soit environ 500 kilomètres. Cette embarcation est non seulement
1. Les engins figurés dans le Voyage de la Vega (vol. 1, p. 257, el vol. II, p. 227 el 257) proviennent irEskimos établis ou du moins qui ont séjourné autrefois sur les rives du détroit de Bering, sur la côte septentrionale de l'Asie.
[osli'uiiicnts l'ii ^ien-t' des Eskiiu