‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 96 sur 111 · II.\BITATin\'S DES KSKIHOS · texte numérisé non relu

II.\BITATin\'S DES KSKIHOS

y ràgne el qui fait Fondre In iiei<>;e du plafond ; des goulles d*cau en lombenl à chaque inslanl, et au printemps les habitants doivent pour cette raison les abandonner.

On iiK^ounaît trois« styles » dans les constnictions de ce genre : les unes sont quadrangul aires, d'autres en forme de tente, d'autres

llullts [l'Iiivrr rn ili'îgi'.

ofa tiorth-Vfrtl patiage. I»iirlri'i, IBÎi.l

enfin en forme de coupole. Ce dernier paraît être le seul spécial aux Eskimos-du Gronland. Les huttes qnadrangulaires sont peut-être des copies de constructions primitives, el jadis elles étaient probablement édifiées avec des planches et non avec des pierres. Il me paraît aussi invraisemblable qu'on ait construit à l'origine des huttes en pierres, carrées ou parallélépipcdi<|ues, que des abris circulaires en planches'. Les Eskimos ont probablement emprunté

1. Au sujet des l'o^lfs de construclionii anciennrR que l'on trouve au Grâniand, je dois atlirpr t'atlenlinnsurunfail que je m'explique difficilement, si l'on admet que les ruines

le modèlo de leurs habitations d'hiver aux Kamtchadales, aux Indiens de la valh'^ de Jukon et aux Aléoutes ; les maisons des Kamtchadales présentent pourtant une différence, en ce que la porte est une ouverture peR*ée dans le toit*.

A l'exception de ([uelques hétes à cornes, porcs et volailles importés par les colons européens dans les colonies du sud, au GronLihd il n'existe pas d'autre animal domestique que le chien. Tous les habitants des colonies septentrionales, Danois comme indigènes, en possèdent un grand ûombre, qu'ils emploient comme bêtes de Irait. L'été on ne donne aucune nourriture à ces animaux, et on les voit toujours errer autour des maisons, à la recherche de quelque reste; souvent même, leurs maîtres les abandonnent au printemps sur une île déserte, où ils se nourrissent comme ils peuvent. En hiver, au contraire, lorsqu'il n'y a pas de famine, ces animaux reçoivent une nourriture abondant(\

La plupart des chiens grônlandais appartiennent à une race particulière, semblable à celle du Kamtchatka et de la côte de FAsie sept<mtrionale: ils sont aussi proches parents des chiens lapons, quoique plus petits. Ces animaux sont généralement de taille movenne , blancs nu noiis avec des taches blanches, ou encore jaune clair ou bruns. Ils ont les oreilles droites, le poil bien fourni et la (|ueue touffue. Ils sont dressés exclusivement pour être attelés

do la côte sud-ouost datent du dixit'^iiie au douzième siècle. En examinant les plans d'habitations repi-oduits page Tu}\ , d'après les dessins des explorateuiN danois, ou iH»marque que, dans quatorze sur seize, la façade est tournée vers le sud magnétique. Ou observe la même disposition dans les nombreux plans contenus dans le volume VI dv^^MeddcleUerom Grônland. La boussole paraît donc avoir été employée par les constructeurs lorsqu'ils ont choisi les emplacements de ces maisons, mais ils ignoraient la déclinaison. Ce phénomène était également inconnu aux auteurs des cartes de Donis et des frères Zeni, à en juger par les contours qu* elles donnent aux terres (voir A.-E. Nordenskiold, Studier och'forskningar fôranledda af mina resor i hôga norden^ p. 40). La boussole n\i été, croit-on, connue •dans TEurope méridionale qu'au milieu du douzième siècle, et probablement beaucoup plus tard dans le nord. I^s ruines nordiques ne dateraient donc pas des premiers temps de la colonisation, mais d(^ la fin du treizième siècle, du quatoi'zième et du quinzième. On pourrait peut-être déterminer Fàge de ces constiiictions par le calcul des variations de la déclinaison ; mais pour cela nos connaissances sur les variations séculaires des forces magnétiques sont trop incomplètes. Peut-être aussi peut-on expliquer d'une autre manièi'e le fait que je signale.

1. Voir la gravure représentant une Imtte kamlchadale dans l'ouvrage de Krascheninniliof, Beschreihung des Landes Kamtschatka, bmigo, i76(). p. 218.

CIIIKNS RSKIHOS. 145

aux Iraineaux pciidanl l'hiver. C'est sur dos véhicules tirés par ces animaux que les indigènes vonl à la chnittie cl rapportent leur gibier. Ces chiens ne chassent pas — ils poursuivent cependant l'ours — et ne servent pas non plus à pai"der les habitations'. Comme leui's

(D'iprésunf groTureilel'ouTriitrile Noiirw, Sarraltn of the lecondaMit txpedilioit by C. F. Hall,

WasIitiiBlon, 1S79.)

congénères samoyèdes et tschuktschis , les chiens gi'finlandais n'aboient pas, mais poussent un hurlement désagréable*.

L'attelage d'un traîneau grônlandais se compose de six ou huit chiens, attachés de front et non par liies de deux comme le font les

1- Dans la relnlîon de son second voyagi;, Frobisher niconle que lu« fiNinlandais engniissent les chicnï pour les inangi>j'. C'esl une erreur (|)ii pro>Jenl vraiseinbbMement île ce qu'il a TU les Temmes prendre un itoin jini-lieulier des jeunes chiens.

3. lin jeune chien samoyède amené à Slurkhuhii rontmença à aboyer un peu quand il fui devenu adulle; mais il ne (Kirvinl jamais îi imiter l'es congénères du contincnl : son aboiement dégênérail liientôl en Imrlemenl.

444 LA SECONDE EXPÉDITION AU filiÔNLAND.

Tschuktschis et les Kamlchadales. Ce véhicule est fabriqué de morceaux (le bois flotté, assemblés avec* des lanières ou des fanons de baleine, et garni de patins en os quand les propriétaires n'ont pu se procurer de fer. Lorsque le froid est 1res vif, les Eskimos aspergent d'eau les patins pour qu'ils se recouvrent d'une couche de glace; par suite le frottement sur la neige est bien moindre. Parn* dit avoir vu un patin de traîneau fabriqué d'une peau de phoque roulée recouverte, en guise de ferrure, d'une couche de glace. Chez les indigènes du cap Victoria, raconte MacClintock, tous les traîneaux, à l'exception d'un seul, étaient construits de celte manière. Un jour Hall employa un traîneau de ce genre, mais les patins furent bientôt dévorés par les chiens. Avec ces véhicules les Eskimos entreprennent en hiver de longs voyages; ils vont ainsi d'un campement à l'autre, et de leurs habitations aux endroits où le gibier abonde. Les Danois éUiblis au (îronland font également des courses en traîneaux à chiens; c'est même leur sport favori.

Ce mode de locomotion a rendu, comme on sait, de grands semces à différentes expéditions arctiques. Dans la tentative que je comptais fiiire en 1872 de i>ousser vers le pôle, en avançant sur la banquise au nord du Spitzberg, je pensais employer des chiens comme bêtes de trait; ce fut même pour avoir des renseignements sur ce mode de transport que je me rendis au Grôniand en 1870. Pour les raisons indiquées dans ma relation de ce voyage, je dus renoncer à ce projet. Les chiens ne i)euventêtre employés pour de longs voyages, au cours desquels il est impossible de se procurer la nourriture dont ils ont besoin-; car il deviendrait alors nécessaire d'emporter des vivi^espour eux. Ces animaux sont, au contraire, très utiles pour circuler dans des régions habitées. Kn été, les Eskimos établis au nord de la baie d'IIudson se senent de chiens comme de bêtes de somme. Un de ces animaux peut suivre son maître avec une charge de dix à douze kilogrammes.

Parry signale la ressemblance du cliien eskimo avec le loup de l'Amérique polaire; il fait remarquer que ces deux animaux ont le même nombre de vertèbres, et il paraît en conclure que ces chiens descendent de loups domestiqués. Mais au Gronland une partie de ces animaux sont de race mêlée.

CHIENS ESKIMOS. 445

On dit souvent que la présence de tous ces chiens a été un des obstacles qui ont empêché l'introduction de Télevagc du renne au Grônland : ces animaux, affirme-t-on, disperseraient les troupeaux. Je ne partage pas cette manière de voir,tjuoique je reconnaisse que ces chiens soient très sauvages et très voraces. Chez les Tschuktschis, les conducteurs de rennes s'arrêtent souvent dans les campements des habitants de la côte, autour desquels des bandes de chiens errent en toute liberté, et ces animaux paraissent ne pas leur causer plus

Traîneau eskiiiu».

(Dessin exécuté ri'uprès l'exemplaire <lii 31it<»ée EUiiiographiquc de Cu|ieiiiiugue.

de difficultés qu'un attelage n'en rencontre en Suéde avec les chiens de garde des habitations.

Lorsque la neige est durcie par la gelée et présente des aspérités tranchantes, les Eskimos protègent les pattes des chiens en les enveloppant de petits sacs analogues à ceux figurés dans le Voyage de la Vega (vol. II, p. 96). Souvent même, ils leur entourent le museau de courroies pour les empêcher de ronger ces sacs lorsqu'ils n'ont rien à manger*. Ils leur entravent également une des pattes de

i. Jens Munk (Navigalio Seplenlrionalis) rapporte, à la date du 14noveinhi*e 1611), qu'un chien errant autoui* des quartiers d'hiver de Texpédition danoise fut pris pour un renard noir et tué. Il avait le museau enveloppé de petites lanières qui lui avaient enlevé les poils. Munk, croyant que ce chien avait été dressé à la chasse, regretta qu'il n'eût pas été pris vivant; il s'en serait servi, pensait-il, pour colporter des marchandises. Munk ne vit aucun indigène dans le voisinage du mouillage où il hiverna. Probahlement ce pays, formant une région frontière tfnlre les Eskimos et les Indiens, était alors désert et visité seulement de temps à auti'e par des cliasseuis.

«i( l..\ StCCU.XriE EXl'ÉltlTIO.N \l UllO.NLAM).

devant afin de les emjii'eherde selialti'e. Four manœuvrei- les attelages, les iiidigî>nc!> se servent fl'un fouet à manche court terminé par une très longue mrclie. Un cocher hal)ilc {>eut en porter des coups terribles cl frapper où il veut le chien i-écalciti-ant. Chaque attelage a son chien chef, qui punit lui-même ses congénères indisciplinés. Les xportnnen danois du Gronland racontent maintes histoires curieuses

Ti'iiiiit!»)! t'skiinii fail il<- pclit» iiiuivi-iiiix ilo bois cl <t'us n'Iîi-s par dus cuurroics.

iD'Bfri!* iiur Bi'nïiin- île loimn)!.! .Iir M. Nourw, The itcoad arclic tzptdiliOH itf C*. F. Hall. Wgi>hiii|ili.ii, 1870.)

sur ce chien et ses suhordonnés et sur les combats que se livrent les létes de l'aftelaffi! [wur obtenir la place d'honneur. A ce sujet nous renvoyons à l'ouvrage 6Vort/a/M/ de P. Vallôe (Iladorslcben, 1861).

Dans la inemière de ses ietti-es, Améric Vespuce décrit en ces teimes l'élat social dos indigènes du continent américain avec lesquels il était eiilré en relations. .< Ils n'oni ni loi, ni chef. Ils n'obéissent à personne et sont compIMcmcnt indépendants.... Aucune juridiction itVst établie dans leur pays, et les malfaiteurs n'y sont pas punis. Jamais les paienls ne châtient leurs enfants, et jamais, chose curieuse, nous n'avons vu les mannols se quereller entre eux. Les indigènes n'ont aucun Icmple, el nous ne les avons jamais vus sacrifier à uni', divinité, v

Un étal social identique |taraît avoir existé chez toutes les peuplades pitlaires avant qu'elles aient eu des relations fré(|ucnttis avec

CAIlACTKRi': DES KSKIHUS. H1

les Ëui'opécns. Elles vivaienl alors heureuses, sans Dieu, saiismaîlre, sans loi, sans souci du lendemain, jouissant du bonheur à l'heure présente, et supportant patiemmeni les épreuves quand elles se prescntaient. Quelques anciennes relations dépeignent au contraire les Eskimos sous d'autres couleurs; d'après ces documents ils seraient, sauvages, fourbes, voleurs et sanguinaires. Mais si on lit avec attention les documents historiques, on reconnaît bicnti^t que, depuis le temps de Leif l'Heureux et de Thorfinn Karisefn, les hostilités ont

toujuurs élé ouvertes par les aventuriers européens (|ui arrivaient dans ce pays. Ce sera l'éleriiel honneur d'Egede d'avoir employé envers les Eskimos d'autres procédés, ol d'être resté juste et équitable, auUint que le |K;rmetlaient son zèle [wur la propagande religieuse et la sévérité de sa discipline eeclésiaslique. Depuis, cet exemple a élé suivi, à peu d'exoeplions pi-ès, par tous les employés de la Compagnie de commerce.

La première année «ju'il passa au fironland, Egede avait laissé un de ses compagnons, appelé Aron Augustinason, dans un village indigène situé à 2U kilomèlres de son habitation. Un Eskimo prit

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en affection ce Danois à cause de l'analogie du prénom d'Aix)n avec son propre nom d'Arok, et tous les Grônlandais le traitèrent très bien. Mais ils se fatiguèrent bientôt d(î leur bote, et, pour pouvoir rester parmi eux, Âron dut feindre d'être en hostilités avec ses compatriotes. Ce Danois est le premier Européen qui ail adopté les mœurs des Eskimos et vécu parmi eux. Entre les indigènes la concorde était parfaite, rapporte-t-il, et la plus grande bienséimce régnait dans les relations entre hommes et femmes. Jeunes et vieux observaient la retenue la plus discrète. Autant les relations avec les Eskimos étaient agréables, autant le séjour dans leurs huttes remplies d'ordures l'était peu. Un jour il arriva à Aron une aventure ennuyeuse. Les Eskimos s'amusaient souvent l\ l'imiter et à le taquiner — encore aujourd'hui ils se livrent volontiers à ce genre de plaisanterie, soit entre eux, soit à l'égard d'étrangers, et donnent aux Européens dès leur arrivée dans le pays un surnom peu flatteur sous lequel ils les désignent toujours. Une fois, impatienté de leurs moqueries, Aron frappa les indigènes. Ceux-ci se jetèrent aussitôt sur lui, le maltraitèrent, et il n'échappa que difficilement aux horions en se réfugiant dans une autre maison. Quelque temps après cette aventure, Egede étiint venu visiter les hôtes d'Aron, ils voulurent lui cacher l'affaire, et promirent au Danois un cadeau s'il racontait au grand angekok des blancs que les marques bleues autour de ses yeux provenaient d'un accident survenu à la chasse au lièvre.

Les Eskimos ont été dépeints comme très voleurs parles premiers Européens qui ont eu des relations avec eux. Plusieurs explorateurs modernes se sont exprimés sur leur compte dans les mêmes termes; d'autres, au contraire, ont vanté leur probité. En ré<ilité, les Eskimos sont généralement très honnêtes, et jamais ils ne commettent le plus petit larcin au préjudice soit de leurs congénères, soit des Européens avec lesquels ils ont entretenu de longs rapports et qu'ils regardent comme des compatriotes. Les portes de leurs demeures n'ont point de serrure, et tous les objets qu'ils ne peuvent emporter avec eux dans leurs déplacements en été, ils les abandonnent dans leurs huttes d'hiver sans aucune garde, certains de tout retrouver à leur retour. Les Eskimos de l'embouchure du Mackenzie

CAKACTÈKE DES ESKIMOS. 449

ont refusé de vendre à sir J. Uichardson des poissons apparlenanl à des camarades absents, quelque tentantes que fussent pour eux les offres du voyageur anglais. L'été les Eskimos abandonnent souvent leurs meutes sur une île inhabitée, certains qu'elles ne seront pas volées, et pourtant ces animaux ont une grande valeur. Trouve-t-on sur la côte un morceau de bois flotté que Ton ne peut emporter avec soi, on le traîne jusque dans un endroit que la plus haute mer n'atteigne pas. Sa position indique aux naturels qui viendraient à passer par là qu'il appartient à quelqu'un, et ce seul signe suffit pour le mettre à l'abri de tout larcin.

En revanche, les Eskimos ne regardent pas comme un devoir la probité envers les Européens; ils pillent les trésors apportés par ces étrangers, à leur avis discourtois, querelleurs et immoraux, sans plus de scrupules que nous n'en mettrions à {irendre le trésor péniblement amassé en hiver par une ruche d'abeilles. Mais des que TEskimo a vécu quelque temps avec des Européens honnêtes, dignes à ses yeux d'être considérés comme ses compatriotes, il ne pèche plus contre le septième commandement.

Dans le Gronland danois les vols sont très rares. Pendant la plus grande partie de l'été de 1870 j'ai voyagé sur la côte nord-ouest, le plus souvent dans des oumiaks dont les équipages indigènes changeaient assez fréquemment. Tous mes bagages, [dacés dans des caisses ouvertes, furent maintes fois débarqués et embarqués; jamais je n'en fis l'inventaire lorsque j'engageai de nouveaux rameurs : néanmoins, pendant toute la saison, pas le plus petit objet ne me fut dérobé.

Quelques «innées après l'arrivée d'Egede au Gronland, les Eskimos

étaient pres({ue tous devenus très honnêtes dans leurs rapports

avec les Danois. Au contraire ils n'éprouvaient aucun embarras à

dire qu'ils avaient volé ou qu'ils se proposaient de voler tel ou tel

objet aux baleiniers hollandais. Ils pensaient avoir le droit d'agir

ainsi parce que ces marins ne parlaient pas leur langue. Dans les

premiers temps de son séjour à Hensselaer Harbour (1855-1855),

sur la côte occidentale du Gronland, Kane fut souvent victime de vols

de la part des indigènes d'Etah ({ui venaient visiter ses quartiers

4oO LA SECOMlK EXI»KD1T10> AL (iliÔNLAM).

(l'hiver*. Trois Eskinios qiril avait hébergés et admis à dormir dans rentreponl se» sauvèrent la nuil, emportant hi himpe, des marmites et plusieurs vêtements. Kane perdit alors jiatience et envoya deux hommes à la recherche des objets dérobés. Les matelots, les ayant retrouvés dans un cami)cment voisin ainsi que beaucoup d'autres chos(îs récemment disparues, chargèrent le tout sur le dos de deux femmes indigènes, Sicvus et Aninga, (pi'ils amenèrent à bord et que Ton garda prisonnières pendant quelques jours. Durant leur détention ces femmes ne s'arrêtèrent de [wusser de bi-uyants gémissements que pour dévorer la nourriture qu'on leur présentait. Cinq jours après arriva au navire le mari de Sievus accompagné d'un second Eskimo, avec un traîneau chargé de couteaux, de boites de conserves vides et de vieille ferraille qui avaient été volés. Les Américains et les indigènes engagèrent alors des négociations, qui aboutii'enl à une « paix jierpétuelle » entre les « hautes parties contractantes ». Les Américîuns promirent de relâcher les belles prisonnières, de ne jamais menacer de mort ni de sortilèges les Eskimos, de ne pas les attaquer à la chasse, de les traiter amicalement à boixl du navire, et de leur donner des aiguilles, des épingles, du fil, des couteaux de deux grandeurs différentes, et ([uelques morceaux de bois. De leur côté, les Eskimos s'engageaient à ne commetln^ aucun vol, à apporter aux Américains de la viande fraîchi», à leur vendre ou à leur prêter leurs chiens (»t à liuir indiquer* les endroits giboyeux. Dès loi-s les indigènes m) commireni plus aucun vol ; vc furent les Américains qui violèrent la convenlion. Un jour, en revenani à bord, un détachement qui avait (enté d'avancer vers le sud avec des traîneaux tirés par des chiens s'empara, pour marcher plus rapidement, d'un attelage dont les propriétaires étaient profondément endormis à la suite de quelque orgie. Immédiatement les Eskimos vinrent se plaindre à Kane; celui-ci leur expli([ua alors qu'il n'y avait j)oint de vol commis, mais un cas de force majeure, dette explication

1. Elah, 1«^ viIla«ïo le |>lii$s(*p(oDlrioDnl du mond**, est silur par 7 8*>20' «le latitude iM)!*d. A OlTleylsland (81" 17' lat. N.), l'exiMMlitiou du Potaris trouva 1rs rumes d'une hutte d'hiver; et sur lu cote orientale de la Terre de Grinnell, un peu au sud du 82* dej^ré de latitude nord. Feilden, membre de l'expédition eommandée par Nares;, lemarqua des cercles de pierres, vestijies d'ancien> campements.

CARACTERE DES ESKIMOS. 451

satisfit res indigènes, et pour la rendre plus acceptable, on leur i-emit Tallelage en question; de plus, à chaque propriétaire de chiens on lit cadeau de cinq aiguilles, de lil et d'un morceau de bois. Les deux hommes qui avaient été le plus lésés par cette infraction à la convention reçurent en outre plusieurs couteaux.

I^s Eskimos que Parry a rencontrés paraissent n'avoir jamais peixlu l'habitude de voler les objets qui se trouvaient à leur portée*. Lorsqu'ils étaient découverts, ils imaginaient des excuses enfantines et accusaient leurs compagnons pour échapper au châtiment. Parry, qui semble avoir toujours traité avec douceur les Eskimos, excuse leur penchant pour le vol; « ces indigènes, lors(|u'ils viennent à bord d'un navire, sont exposés, dit-il, aux mêmes tentations qu'un pauvre malheureux qui chez nous circulerait au milieu de piles d'or et d'argent ». Peut-être les Grônlandais agissenl-ils à l'égard des Européens comme ceux-ci se comportent envers eux; ainsi s'expliqueraient leur honnêteté dans les rapports qu'ils ont entre eux, et leur déloyauté dans leurs relations avec certains étrangers.

L'idée particulière ([ue les Eskimos se l'ont de l'honnêteté doit être attribuée en grande pai'lie à res[)i»ce de communisme qui existe parmi eux*. Chaque membre d'une famille ne possède en propre qu'un très petit nombre d'objets : le mari est propriétaire de ses vêtements, des canots, des engins de chasse et de pêche; la femme, de sa garde-robe, de sa batterie de cuisine, de son fil et de ses aiguilles.

1. Ces délits ne paraissent cependant pas avoir été très graves, car le capitaine Lvon, après en avoir parlé, déclare qu'il n'existe pas de «^ens plus honnêtes que la tribu avec laquelle il a eu pendant assez longtemps des relations. Un jour Parry fit administrer une douzaine de coups de chat-à-neuf-queues à un indigène qui avait volé. Quarante ans après, les Eskimos racontèrent à llall cet incident d'une tout autre manière. Suivant la tradition, les Anglais auraient attaché le patient dans l'entrepont, puis, après avoir essayé de le tuer et de lui coujMîr la tête et les mains avec de longs couteaux, l'auraient fouetté, enfermé dans une chambre obscure et privé de nourriture, (iinicc à ses sorcelleries l'indigène en question échappa à tous ces mauvais traitements; pour punir les Anglais, il invoqua les esprits et les pria de faire sombrer le navire. Aussitôt les bordages commencèrent k craquer de toutes {Kuts. Ce bruit causa une telle frayeur aux Knblunak qu'ils relâchèrent leur prisonnier. La légende a fait de cet indigène un martyr !

:2. Ce sujet est traité avec détail dans l'ouvrage déjà cité de Dalager et dans plusieui*s travaux de Rink, nutannnent dans Tintéressante notice Om Eskimoerne qui termine le supplément aux Eskimoiske Evenlyr og Sayn^ Copenhague, 1871.

452 LA SECONDE EXPÉDITION Al CHÔNLAND.

Un indigène ne prèle jamais ni ses armes, ni ses vêlements; mais s'il les possMe en double ou en Iriple, ceux-là sont propriété commune. L'oumiak, la lenle d'été, le gibier capturé pendant la belle saison et toutes les petites provisions faites à celte époque apparliennent en commun à la famille. (|ui se compose, outre le mari, la femme et les enfants, de |)lusieui*s membres adoplifs. Li maison esl la propriélé de la collectivité qui y habite, et la plus grande partie des produits de la chasse et de la pèche durant l'hiver esl répartie entre toute la population du village. Chaque phoque capturé en cette saison est parlagé (mi parts égales entre tous les habitants du campt^nent; h; chasstun* n'a même pas une portion plus forle que les autres; il a, il t»sl vrai, l'avantage de s'entendre célébrer durant le festin qui a lieu après toute chasse heureuse. Dans une même hutte habilée par plusieurs familles la concorde est parfaite. Les habitudes paciiiques des Eskimos sont telles que leur langue ne contient aucune ou pres([ue aucune expression injurieuse. La plus grande harmonie règne également dans les villages. Chez peu de peuples soi-disant civilisés on trouvei*ait pareil calme et pareille tranquillité, et pourtant il n'y a ici ni police ni agents de police.

Une bonne santé, l'adresse à la chasse et à la pêche, des enfants bien constitués sont les principaux biens de l'Eskimo; après cela il ne leur faut pas grand'chose pour être riches, comme le prouve l'inventaire suivant de la fortune d'un Gronlandais cossu. Ce richard étciit propriétaire d'une petite maison bien construite, d'une suptTlicie de quatorze mètres, dans laquelle il habitait avec sa femme, ses quatre enfants, son frère et sa belle-sœur, une sœur et la veuve d'un de ses frères avec cinq enfants : (m tout ({uinze personnes. L'Eskimo possédait en' outre un oumiak, une tente d'été, un fourneau en fer, deux fusils, un chaudron en cuivre, plusieurs marmites en fer douze récipients en faïence ou en pierre, un kayak avec tout son armement et même avec un llotteur et un cable de harpon en double, une caisse d'outils (hache, scie, lime et rabot), une tunique en peau de renne, une seconde en peau d'oiseaux lît divers autres vêlements. Son lils, âgé de seize ans, et son frère avaient également leurs kayaks. Les autres membres de la famille possédaien' en propre une gai'dcrobe bien fournie, mais aucun ustensile de méucige. Pour que le

CARACTÈRE DES ESKIMOS. 453

lecteur puisse se rendre compte de l'opulence de cet Eskiino, qu'il compare l'inventaire de ses richesses avec le mobilier de jeunes mariés tschuktschis décrit dans le Voyage de la Vega (vol. II, p. 94).

Les Eskimos sauvajçes n'observent guère le sixième commandement; cependant, de l'îivis unanime des voyageurs qui ont vécu quelque temps parmi eux, ils ont tous une bonne tenue dans leurs maisons el dans les fêtes ordinaires. Hahs Egede, Hall et Klutschak ont pourtant été témoins chez eux de danses indécentes. Un jour, Egede, ayant vu plusieurs de ses convertis se livrer à des divertissements de ce genre, leur adressa des représentations sur leur mauvaise conduite, el, pour leur faire mieux comprendre l'admonestation, ordonna à un de ses compagnons d'administrer aux délinquants une corr(3ction en règle. Les indigènes supportèrent patiemment la punition et promirent de ne jihis recommencer. Mais encore aujourd'hui ils ne paraissent pas avoii* la moindre conscience du péché de luxure; ils évitent pouilant de transgresser le sixième commandement, parce que, disent-ils, «< les prêtres et les missionnaires en font une telle affaire ». Dans toutes les régions où les Eskimos non civilisés ont été en relations avec les Européens, il s'est. formé de bonne heure une race métisse sans l'intervention des prêtres.

Lorsque les insouciants indigènes des régions jmlaires possèdent en quantité suffisante de la nourriture et du combustible, et qu'ils n'ont pas l'occasion de chasser, ils s'adonnent à la bonne chère et aux distractions de la société. Ils se visitent les uns les autres, cancanent sans trêve ni merci, organisent des bombances, des bals et se livrent à des exercices corporels. Dans ces réunions ils racontent les scandales survenus depuis la dernière fête, parlent et décident des affaires importantes du pays; enfin ils réconcilient les «adversaires en leur faisant chanter des chansons grotesques, sortes de parodies de débats judiciaires. Dans toute la région où les missionnaires ont établi leur influence, l'usage de ces jeux innocents a été abandonné. Chez les Eskimos de l'Ouest, sur la côte glacée de l'océan Arctique, il existe pourt^int encore des huttes spéciales où toute la population des environs el même de loin se réunit à certaines époques pour danser, s'amuser et causer des événements les plus importants de

AhA LA SECONDE EXPÉDITION AU f.HÔNLAND.

rannée. Ils se divciiissent alors avec tant d'entrain qu'ils restent souvent huit à dix jours de suite sans dormir. Egede raconte dans les termes suivants une réunion de ce genre à Laquelle il assista en novembre 172«î :

Lorsque j '(Hais dans la région septentrionale du pays, chez les Eskimos sauvages, qui s'y trouvaient à cette époque réunis en grand nombre, j'observai avec étonnement leur manière d'agir. Profitant de ce qu'ils avaient alors dos vivres en abondance pour mener joyeuse vie, ils passaient leur journée à se faire des visites, et le soir, après un copieux repas, ils chantaient, en s'acconqiagnant d'un petit tambour et en faisant des gestes plaisants et des contoi*sîons. Toute la société j)renait part à ce divertissement; lorsque l'un des assistants cessait de ehântiT, un autre continuait iraméidiatement, et cela dura, ainsi jusqu'au matjn. Ces chants ont trait surtMit aux occupations et h la nomriture des indigènes: chacim s'y fait gloire de surpasser son voisin. *

Au cours de son voyage sur la côte orientale, (inaah fut témoiti dans la vallée de la Reint^Marie (Ekallumiut) de réjouissances qu'il raconle en ces termes* :

Tous les habitants de celte belle ivgion ont l'habitude de se réunir pen* dant quelques jours au milieu de l'été. A ce moment ils ne vont pas pêcher en mer et vivent de saumon', de baies iVEmpetmm nigrum et d'angélique sauvage. Ils font alors provision de ces végétaux pour l'hiver et s'amusent tout le reste du temps. Le soir, les indigènes, au nombre de deux cents à deux cent cinquante, se réunissent dans un endroit plat et, à la clarté des torches, se livrent à la « danse du tambourin ». Un accès de lièvre m'empêcha de prendre part à la fête ; pendant la nuit on me réveilla au moins une dizaine de fois pour m'inviter à y assister. Le 31 îîoùt au matin, à mon réveil, entendant encore le son du tambour, je me dirigeai tout de suite vers les indigènes. Ils allaient alors se reposer, mais à mon arrivée ils reprirent leurs ébat.s pendant (pielques instants. Il est impossible de décrire celte danse; pour s'en rendre compte il est nécessaire (l'y avoir assisté. Le tambour se c()nq)ose d'iui mince cercle de bois, muni d'une poignée, sur le(|uel est tendu un morceau de peau de phoque impré-

I. Gi-aah, UnderÂôgeUes-IieUc iil Osthjdcn af Grônland, Coponhaguo, 1852, p. 109. Le lecteur i-emarquera que ce u pai*adis » était situé sur la côte orientale. ^2. Co puissou est très abondant et très gras dans les rivières de cette région.

HANSK DKS KSKIMOS. 4Ô5

j^ix-c (Kliiiilc l/iiisti'iiiiiciil il lii niiiin giiiiclic, un Kskiirin se jilncc au militMi (ic l'.issistiiiu'e. t'(. api-ès avoir jcir sji pelisse, joiif une coiirU' oiivcrliiiT sur lo tninhuur. qu'il hnl iiri-c un |iHit riimcenu do bois; i-nstiite il coiiiinpiU'o une L-hitnsoii sur l:i (lèthc nu |ilin(|ii(' du l<iut autiv événcuioiit imporlant <li' la vie drs iiulijfoncs. Ajirès rlinqur riiu}ilt't les iissislanls [inussout vn clm-nr le cri Eia-tna-a. Eia-eia-n ! Eu cliaiitiuil, le iiuisit'irn l'ail au |niblii' une snrli' de révérenee et tourne la têle et les yeux de lii manièiv In plus r(unii|ue. Rien n'est plus divertissant (|ue h mouvement qu'il iiiifu'iuie à la |iiirlie moyi'nne de sou corps de l'aeon à fonner

Kskiiilus ihiilsulil au siiti ilii bitilxilli' lll;ij(ii{lli- ililllK l:i liulltt ilu ril|iil»jll[- llmuli.

iD'niirl"' un.' ciMviiri- <l.' l'-iiMuf •!■■ l'.i-sjli. Arixr- lill (lilkgil-^t a( r.rOnlaud. Cnivtihtmi'. l(Bi.|

soit un eeirle, soit une ligur-e resseuibhuit h un huit. Cette danse es) particulière nient attrayante pour les indigènes: à cette iieeasion ils'revétenl leurs plus iwaux habits, el les Temuies déploient toutes leurs grâces, romme nos dames qui veulent danser avec élégance le cotillon nu le boléro, dette ivuninu n'est pas seulement l'occasion de divertissements, c'est également là que se jugent les infraclions aux coutumes. Lorsqu'un Eskimo croit qu'uiu- injusliie a été couimise à son égard, il compose une chanson satiiique, (|ue ses amis appiTunent; il fait ainsi savoir à ses voisins qu'il a l'intention de chanter sou advei'saire. Tue réunion est alors organisée. Les deux parties se placent en cercle, et le plaideur commence à se moquer de son adversaire eu chantant et eu dansant au son du tambour, mais sans y meltie aucune acrimonie: — l'accusé repivnd ensuite, toujours en chantant el en dansant. Les deux parties exposent ainsi successivement leurs gi-icls jusqu'à ce qu'elles n'aient plus rien à dire. Les assis-

tanls pronoiuont alors le jugement, et les deux plaideurs redeviennent bons amis. De cette manière on rappelle au débiteur sa dette, on punit les injustices et on flétrit les immoralités. Le blànie est la punition la plus efïîeace, car les indigènes ne redoutent rien tant (\uo. de |)erdre Testime de leurs congénères. La crainte d'une réprimande publique les a souvent em|>èchés de commettre des fautes, et il est regrettable que les missionnaires aient fait disparaître cette coutume sur la côte» occidentale.

Hall cl Simpson dtkuiv(Mit dos réjouissances de ce genre auxquelles ils ont assisté dans la presqu'île de Melville et sur la cole nord-ouest de rAmérique (Nourse, Halts second expédition, p. 80, 90, 95, 101, 218, 569, 424). La passion des Eskimos pour les divertissements est un des traits de leur caractère, et dans celte circonstance l'iniluenco des missionnaires a été refirrettable.

Il n'existe chez les Eskimos aucune cérémonie spéciale pour le mariage, si ce n'est que le liancé enlève son épouse, par ruse ou par une violence simulée, ou la fait enlever par un ami ou par de vieilles femmes intéressées dans l'affaire. Ordinairement l'union est conclue à l'avance entre les parcnls; d'habitude même, les mariages sont arrangés alors que les futurs sont encore enfants. Un jour un indigène du Grônland méridional, profilant de ce que tous les hommes étaient absents de la colonie, voulut enlever Anna Stach, la fille d'un missionnaire morave. Grîice à sa présence d'esprit et à sa vigueur, la jeune tille échappa à son amoui^eux trop pressant. Ainsi fut évitée une nouvelle guerre de Troie, qui aurait eu pour théâtre les rochers glacés du Grônland. Les fils d'Egede, Paul et Nils, reçurent souvent de leurs amis eskimos la mission d'enlever quelque beauté indigène; dans ces expéditions ils ne purent jamais reconnaître si la résistance opposée par la jeune fille était sérieuse ou simulée. Les convenances exigent que dans le rapt la fiancée ait (|uelques (bVhirures à ses vêtements et reçoive (juelques balafres. Elle doit également faire plusieurs essais d'évasion el se montrer pi^ndant ([uelque temps triste, les cheveux épars el dégoûtée de la vie». Pour (Mnpécher les tentatives de fuite de sa bcdic lorsqu'elles s'élaienl répétées trop souvent, ou pour lui fournir un prétexte de l(»s cesser, le mari avait autrefois le droit de lui faire des (»n(ailles à la plante du pied; il était

MARIAGE DES ESKIMOS. Ahl

alors eissuré que sa femme n'essayerait plus de se sauver avant que la blessure fût cicatrisée. En fait de dol, la femme n'apporte que quelques vêtements, un couteau et une lampe. Son mari lui donne un lit, un chaudron, un récipient pour l'eau : et le ménage est monté. Quelquefois les époux se séparent un an ou six mois après le mariage. Kn pareil cas le mari se retire le soir sans dire mot à sa femme, et le lendemain elle retourne toute joyeuse chez ses parents. Si plus tard l'ancien époux vient près de l'habitation de sa femme, elle aime h se montrer à lui quelques instants parée de ses plus beaux vêtements. Une jeune mariée abandonne aussi quelquefois son mari, notamment lors(|u'elle a pris en haine quelqu'une des femmes de son entourage. Mais les unions ne sont jamais rompues après la naissance d'un enfant, surtout d'un garçon. Généralement l'harmonie la plus complète règne entre les époux. Le mari consulte toujours sa femme (juand il a à prendi'c une décision importante, et presque jamais ils ne se querellent. « Plus la vie commune a duré, plus les époux s'aiment; et lorsqu'ils sont vieux, ils se prodiguent les marques d'affection comme des enfants innocents. » (Dalager, p. 9.)

La plupart des Eskimos n'ont (ju'une femme. Quelques-uns en ont deux, trois ou quatre. Dalager cite un indigène qui était à la tête d'un harem de douze beautés. C'est un signe de supériorité que de pouvoir nourrir un grand nombre de femmes et d'enfants. Hans Egede affirme qu'avant l'arrivée des missionnaires la jalousie était inconnue dans le harem; mais une des premières prescriptions i\ laquelle les femmes tirent attention fut celle qui ordonnait à l'homme de n'avoir qu'une épouse. Elles prièrent Egede d'attirer spécialement sur ce point l'attention de leurs maris. Ce fut pour les missionnaires un cas particulièrement embarrassant que celui d'organiser la famille des nouveaux convertis qui avaient plusieurs femmes. Ce sujet est traité avec détail par Dalager, mais cet auteur ne donne aucune conclusion, sinon qu'il regarde « comme un problème » la <|uestion de savoir si le fait déposséder plusieurs épouses est contraire à la loi de Dieu. {Grônlandske Belationer, p. 10.)

Les femmes eskimos sont peu fécondes; toutefois cette race ne diminue pas aussi rajiidement (|ue l'aflirment certains auteurs.

D'après H. Feilden*, l'intéressante tribu d'Eskimos découvefrte en 1818 par John Ross dans la partie la plus septentrionale du Grônland, entre le cap York et le glacier de Humboldt, et appelée par ce voyageur les Highlanden aixîtiques, n'a pas diminué depuis qu'elle a été en rapport avec des Européens.

Au contraire, pendant le séjour de Parry à Igloolik, la mortalité parmi les indigènes dépassait la natalité. Ce fait, probablement îiccidentel, doit peut-être être attribué à la présence d'Européens dans le pays. I.es Eskimos, à la suite des premières relations qu'ils ont avec les Européens, sont décimés par la petite vérole et par d'autres maladies contagieuses*. Il est arrivé souvent que des indigènes de la côte orientale du Grônland venus dans les colonies du Sud succombent à des épidémies qui éclatent presque subitement. En juillet 1872, par exemple, après être restées deux jours seulement à Frederiksdal, quatre familles d'Eskimos de cette région venues pour commercer dans cette colonie tombèrent malades en retournant chez elles; ils étaient à peine arrivés a Pamiagdlûk^que la « pleurésie >î se dtîclara. Tous moururent, à l'exception d'une feinme et de quatre petits enfants. Des mouettes et des corbeaux, tourbillonnant en vols nombreux, indiquèrent aux kayakrmn qui vinrent à passer par là l'endroit où gisaient leurs cadavres. Les corps étaient disséminés sur le rivage comme sur un champ de bataille (Brodbeck, .\ach (hien, p. 9 et o9)*. Le chiffre de la population indigène des établissements danois ne paraît pas avoir changé, tout au moins pendant ce siècle\

1. Sir G.-S. Nai-es, Narrative ofa voyage tothe Polar Sea during 1875-1876, Londit»s, 1878, II, p. 188.

2. Il est remarquable que la syphilis n*ait fait aucun ravage au Grônland, sinon dans une petite zone autour d'Ivigtul. Le germe de cette maladie a dû pourtant être apporté souvent par des baleiniers et des matelots danois.

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