‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 97 sur 111 · Colonie située un peu au sud de Frederiksdal · texte numérisé non relu

Colonie située un peu au sud de Frederiksdal

>i. Pendant leur court séjour dans la colonie, ces indigènes avaient conservé leurs habitudes et n'avaient été exposés à aucuns sévices. De beaucoup d'exemples du même genif on peut conclure que les indigènes des Indes Occidentales et d'autres parties de l'Amérique n'ont pas été décimés par les mauvais traitements des Espagnols, comme on le dit, ou que l'on a singulièrement exagéi-é cette cause.

5. Granz donne une statistique, empruntée probablement i\ Dalager, d'après laquelle le nombre des indigènes dans le Grônland danois se serait élevé, vers 1760, à 7000, 10000 au plus. Il ajoute que ce marchand évaluait la population de cette région à 50000 en 1730

ÉDUCATFUN DES ENFANTS KSK1U0S. 45!)

L«s GrÔnIandilis lémoignciit iino Iits grande affeclion Ji leurs enfants. Ceux-ci jouissent de la [ilus compliïU; littei'té; jamais ilsi ne sont corrigés ni réprimandés. Les Eskiraos regardent notre ancienne méthode d'éducation comme absolument barbai'e; ils ont à cet égard la même opinion ijuo ees Indiens du Canada ^ui répondirent aux missionnaires, lorstprils les blAmaienl de maltraiter des

tu ctirunt cskiinu.

(Grarun' eikulpe >ra|iiv-^ iiiir |iiig|(vrJl>hl« yrlfe |>;ir U II. KjcIMnliii \f 11 oodl I88S.

prisonniers : « Au moins ii'infligeons-nous pas comme vous des supplices à nos propres enfants ». Malgré ce système d'éducation si contraire aux règles de la pfnlagogie, im peut donner un certificat de

el il 30000 en Mità. Il csl iissci djflk'ile atiuelltii lient iW contrôler ces renseignements. En oclobre 1870, Rink fiU' le ncimbic des habitants du limntand danois à 0588 indigène* et 237 Européens, répartis enln- 170 stations d'hivur. Depuis 1760 la population aurait donc plutôt augmenté que diminué. Les détails donnés plus haut font supposer qu'une forte mortalité a dû régner dans les premiers temps de l'occupation des Danois. Lorsqu'en 1733 la petite vérole fut apportée nu drûnhnA |iar un indigène qui revenait du Danemark, l'épidémie fut si violente que pendant quelque temps elle sembla devoir emporter toute la population.

bonne tenue aux enfants eskimos qui ont attcnnt Tape de huit à neuf ans. Ils ne connaissent {(uère, il est vrai, certaines cohvenances (le la civilisation et se servent, par exemple, de leurs doigts en guise de fourchette et de leurs couteaux à la place de cuillei's.

L'une des causes de la rapide confiance que Hans Epede acquit parmi les indijrenes fut la présence au Grônland de sa femme et de ses enfants, qu'il y amena dès son premier voyage. Ses fils devinrent bientôt les enfants gâtés des Eskimos. L'un d'eux, Paul Egede, a raconté plusieurs anecdotes de cette épo(|ue de sa vie dans son ouvrage E fterreininger om Grôniand (Copenhsiguej 1790). Ainsi que le montre ce livre, cette jeunesse privée des bienfaits de l'instruction a a peu près les mêmes jeux et occupations que celle de nos campagnes. Les petits Eskimos s'amusent, comme nos enfants, à se battre, îi lancer des pierres ou des flèches, à tirer à l'arc, Ix jouer à la balle, à sauter par-dessus des cordes, à grimper sur les rochers, a dénicher des oiseaux ou à tuer des animaux. La concorde était parfaite entre les fils d'Egeiie et les jeunes Eskimos; aussi Paul et Nils (les indigènes prononçaient Pavia et Nese) devinrent-ils bientôt les chefs de cette marmaille. Les jeux n'en furent pas pour cela moins bruyants. Lorsque Paul et Nils entraient dans une hutte, les femmes et les enfants les accueillaient toujours par les cris joyeux de : Pavia! Nese! Les jeunes Eskimos, (|ui couraient en toute liberté, attendaient avec impatience la fin des leçons auxquelles assistaient les enfants européens, et leur re})rochaient de rester si longtemps enfermés à étudier ou à chanter des psaumes. Néanmoins les fils d'Egede furent en butte aux railleries des Eskimos. Ainsi les gamins indigènes ne cessaient de se moquer du nez de Pavia, qui leur semblait démesurément long. Hans Egede, voulant apprendre la conjugaison des verbes grônlandais, avait prié ses fils de conjuguer avec leurs camarades le verbe mglipokj Vamo de la langue eskimo. Les amis indigènes s'y prêtèrent d'abord avec empressement, mais ils se fatiguèrent vite (h^ la grammaire, et pendant longtemps ils se mo([uèrent de Nils (»t de Paul, leur répétant, chaque fois qu'ils les voyaient, le verbe neglipok à tous ses temps et à tous ses modes.

L'amusement favori des enfants <'st nalurellement de s'exercer à

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manier les armes qui leur serviront un jour à se procurer leur noui-riturc. Aussi les parents donnent-ils de trî^s lionne heure aux ^'ari;ons des har|>ons et des tièehcs, des kayaks appropriés ù leur Inille, et aui: filles de petites jieaiix qu'ellei^ doivent tanner et coudre. Uès leur premiî>re jeunesse ils leur appi'ennenl à fahiiijuer et à se servir des engins de chasse, surtout à nianuiuvi'er les rames du

lu (^nfiiiil cskiiiio.

kayak, lourdes et dangereuses pour des mains inexpérimentées. Les progrès du jeune chasseur sont suivis par toute la famille avec le plus vif intérôl ; iorscju'il nippoi-le son premier phoque, elle donne une gi'ande fête en son honneui'. Oit niange la rhaii* de ce phoque comme un mets prliculièrement délical, el au cours du festin on vante l'adresse du chasseur, l/enfanl devient peu à peu un homme; il consti'uil une maison, prend femme, fonde une famille, chasse, nourrit ses enfants — on ne peut pas dire ù la sueur de son iront.

402 LA SKCONDE EXPÉDITION Al (iKÔNLAM».

car il doit surtout braver le froid, — vit insouciant du lendemain, faisant bombance à l'occasion et jeûnant patiemment lorsque la disette se fait sentir. Plus tanl il se courbe, puis meurl, et finalement est enseveli sous un amas de pierres sur la côte, quand il n'a pas pour tombeau les flots glacés de TOcéan. Les filles restent oisives jusqu'à l'âge de puberté; pendant toute leur enfance, comme le dit Dalager, elles n'ont appris qu'à danser, à chanter et à bavarder. Mais à partir de cette époque elles prennent part avec leur mère aux soins du ménage, et s'appliquent aux diverses (Hx;upations de la femme grônlandaise, en d'autres termes à préparer le gibier, à le cuire, à tanner et à coudre les peaux. Dans la couture elles acquièi*ent rapidement de l'adresse et du goût, qu'elles mettent en œuvre pour confectionner les brillants costumes dont au Grônland comme ailleurs le sexe faible aime à se parer. \jne beauté grônlandaise, au teint brun et aux joues bien pleines, a fort bon air dans son costume de fête, avec son vêtement collant en jolies peaux de phoque, ses bolt4îs à haute tige et ses colliers de perles jetés autour du cou et dans les cheveux. Mais ce qui la fait surtout valoir, c'est son air de bonne humeur et une coquetterie (|ue l'on est étonné de rencontrer chez une Eskimo. Bientôt, il est vrai, tout cela change : un vaillant chasseur enlève sans beaucoup de peine la sémillante jeune fille. Elles veulent être prises par force, les belles, et elles le sont! Une fois devenue mère de famille, elle néglige sa toilette; sa taille, autrefois droite, devient courbée par l'habitude de porter un enfant sur le dos; son corps, dodu auparavant, s'amaigrit, et sa démarche devient chancelante. Sa chevelure tombe sur les tempes, ses dents sont usées par la mastication des peaux qui doivent être tannées; bref, elle ne donne plus aucun soin à son corps et à sa toilette. Les jeunes filles, si jolies dans leur première fraîcheur, deviennent après leur mariage laides, sales et repoussantes. Aussi quoi d'étonnant que les compagnons de Martin Frobisher, dans leur voyage à la Meta incognila, aient déchaussé une vieille femme eskimo pour s'assurer si elle n'avnil pas un pied do cheval et si elle n'était pas la mère du diable.

Les Eskimos du (Irônlaïul sont enterrés vêtus de leurs plus be^iux habits. A côté du cadavre on dépose, si c'est un homme, sa lance.

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son arc et î^es ilèches; si c'est une femme, du lil et des aiguilles, un racloir pour préparer les peaux, et un baquet; si c'est un enfant, des jouets et une tète de chien pour lui servir de guide dans l'autre monde. Les tombeaux se trouvent presque toujours près des ruines d'anciennes habitations. Ils se composent le plus généralement d'une fosse de la longueur du cadavre, recouverte de blocs plats et entourée d'un monceau de pierres de dimensions moyennes. Certains tombeaux contiennent des débris de plusieurs squelettes; dans ce cas c'est soit un caveau de famille, soit une sorte de fosse commune.

A côté du tombeau on voit de petits caveaux dans lesquels est déposé l'équipement dont le défunt aura besoin dans l'autre monde. Ils contiennent par exemple des pointes de flèches, des l'acloirs pour préparer les peaux, des couteaux en os, des gobelets, des fragments de marmites et de lampes en pierre ollaire, des moi^ceaux de silex, des arcs, des modèles de kayak et des tisons qui, après avoir été trempés dans l'huile, ont servi de torches. Dans un caveau de ce geni'e, situé sur les bords de la Fortunebay, j'ai trouvé en 1870 une quantité de petites boules en os, des objets en silex, enlin plusieurs clous rouilles, probablement les plus précieuses richesses que le défunt emportait avec lui dans l'autre monde. Un autre caveau renfermait plusieurs paires de lunettes à neige en bois*, — le mort avait sans doute les yeux délicats, et il craignait l'éclat éblouissant des champs de neige dans le monde des bienheureux*. Dans un tombeau à Ekaluit, sur les bords de l'Umanakljord, Steenstrup découvrit en 1879 neuf fragments de basalte avec des inclusions de fer natif, des instruments en pierre, des couteaux en os avec des lames en fer et des morceaux de quartz, de calcédoine et de schiste argileux pour fabriquer des objets en pierre (Meddelelser om Grôn- /anrf, IV, p. J2I).

1 . Les lunettes des Eskimus se cuiuposent (l*un morceau de bois mince, percé de deux étroites ouvertures horizontulcs, s'adaptant au nez et aux yeux, et attaché derrière la tête. Elles sont figurées dans l'ouvrage d'EUis {Voyage, etc., Londres, 1748, p. 132).

2. Les lombes des Eskimos et les caveaux dans lesquels ils déposent les objets ayant appartenu aux morts sont décrits très exactement dans la relation que Baflfin a écrite du quatrième voyage de Uall au Grônland (Purchas, 111, p. 85G). il revient sur ce sujet dans le récit de son cinquième voyage, 1016 (Purchas, lll, p. 845), en ajoutant : u So likewise I huvc seen their dogs buried in tlie same manner ».

En 1870, sur les bords du tjord de Jakobshavu, j'ai trouvé des tombeaux d'un autre genre. Un grand nombre de corps avaient été déposés au pied d'un escarpement de rochers, dans les interstices existant entre la montagne et de gros éboulis. Sur la côte orientale, aux environs du port du Roi-Oscar, un enfant était enseveli sous queliiues blocs au pied d'un rocher escarpé, un aulre sous un monceau de pierres entassées au bord de la mer. ' Les Eskimos de l'île Melville enterrent, semble-t-il, leurs morts de la même manière que leurs congénères du (îrôniand. Le lieutenant Palmer {Hecla, 1821-1820) décrit un tombeau d'enfant dans les termes suivants :

Le corps était déposé dans une fosse peu profonde, la tète tournée vers le nord-ouest. Il était revêtu d'une tunique en peau de renne vX enveloppé d'une large peau de phoque. La fosse était recouverte de légei's morceaux de calcaire. Près du tombeau se trouvaient quatre monceaux de pierres élevés d'un mètre environ; l'un contenait un morceau de drap rouge et un foulard de soie noire, un autre des souliers d'enfants et des chaussettes, enlin les deux derniers des vases en os de haleine.

Gomme le montre la figure ci-jointe, empruntée au Voyage de la Yega, les tombeaux des indigènes de Port Clarence diffèrent totalement de ceux du Grôniand. Les Eskimos de cette localité déposent les corps par tei're, sans autre abri qu'une sorte de palissade formée par des montants de tente entnvcroisés. A côté d'un cadavre étaient placés un kayak muni de ses rames, un fusil a deux coups chargé et amorcé, les batteries au cran de repos, différentes autres armes, des vêlements, un bri(juet, des ra<|uettes, des gobelets, deux masques en bois couverts de sang et de grossières figurines d'animaux.

Après la mort d'un parent ou d'un ami, les Eskimos, notamment les femmes, se livrent à une scène de larmes. Ils pleurent et se lamc»ntent une demi-heure durant, les yeux fixés à terre, puis restent un instant tranquilles, tristes et silencieux; après quoi ils recommencent h rire et à bavarder. Cha(|ue fois (ju'un des parents ou amis du mort vient rendre visite à la veuve et apprend le triste événement, les lamentations recommencent. En outre, un assistant

TUHDKAUX DË^ KSKItIUS. 4e5

fait une sorte d'oriiison t'uiuibre |)oui' célébrer les mérites du défunt et exprimer sa douleur, puis tout le monde se met à manger et à boire. Les Eskimos comprennent donc la manière de célébrer dignement un enterrement, comme autrefois nos pères.

Les voyageurs qui ue connaissent que les Eskimos des établissements danois du Grôniand, soumis depuis un siècle et demi à la tutelle Iralernelle de la Compagnie de commerce, croient que celle race est un des peuples les plus paciliques de la lei-re. Cette opinion est complètement erronée. Jadis certaines tribus de la côte septentrionale

ToiiilHiuu d'Kskitiiu il foil CkiJt}ni-R.

(Des)!» eiéculé d'apris un crwiuis Je H. U. >grd(|tist.)

de TAmérique ont été belliqueuses. En différents passages de la relation de ses vojages, Frobishei' parle du courage des Eskimos et de leur mépris de la morl. Ainsi, pendant sa seconde expédition, deux indigènes avec lesrjuels on était convenu d'une entrevue, et dont on voulait se rendre maître par ruse, réussireni à recouvrer leur liberté, puis attaquèrent Frobisher avec tant d'impétuosité qu'ils l'obligèrent, lui et ses compagnons, à se rembaiï(ucr. Ilakluyt (p. 6'2-4) écrit en marge de lu relation de ce combat ; Fierce and bold people.

Les Indiens du Canada et du nonl des Étals-Unis sont réputés très courageux et tœs braves. Cette réputation, ils la doivent en grande partie au récit dramatisé de l'occupation de ces pays par les Européens, que nous avons tous lue dans noire enfance; mais il y a sans doute quelque cbose de vrai dans ces légendes. En tout cas les Eskimos, qui, eux, ne sont pas célèbres par leurs vertus

guerrières, sont beaucoup plus courageux et plus belliqueux que les Indiens, dans toute la région où ces deux races sont voisines. Sir John Richardson rapporte que les Indiens Chepewyans redoutent constamment les attaques de leurs voisins eskimos, et qu'ils n'osent jamais se mesurer avec eux, même avec des armes de jet*. Cet auteur ajoute que, de tous les indigènes de l'Amérique septentrionale, les Eskimos sont les seuls qui ne craignent pas de combattre face à face leurs ennemis. « Au lieu de s'enfuir à la vue des étrangers, raconte-t-il, comme le font les Indiens, au nombre de deux ou trois ils n'hésitaient pas à avancer jusqu'à notre bate;m pour commercer, et jamais ils n'étaient disposés à abandonner par crainte quelques-unes de leurs prétentions. » Hind (Labrador Penimula, II, p. 150) affirme qu'il existe sur l'île des Eskimos (Eskimo Island), dans la baie de Saint-Paul (Saint-Paul's Bay), lès ruines d'une forteresse bâtie par les Innuits. Autour se trouvent de nombreux squelettes d'hommes tués dans un combat livré aux Eskimos par une troupe de Français et d'Indiens. Back parle également d'enceintes circulaires en pierres, construites, en guise de retranchements, par les Eskimos à l'embouchure de la rivière du Grand-Poisson*. On pourrait citer encore différents faits du même genre.

Autrefois les Eskimos étaient donc un peuple brave et belliqueux; mais une longue paix leur a fait perdre leurs vertus guerrièi*es. Comme les Tschuklschis et beaucoup d'autres peuples, ils sont devenus pacifiques dans la suite des temps. Au grand étonnement des Européens, il règne une parfaite concorde entre les divers membres d'une famille ainsi qu'entre les diverses familles d'une même maison ou d'un même village. Il n'y a ici ni maître ni valet. Le chef de famille a sur les siens une douce autorité, mais il n'existe aucune domesticité dans le sens que nous attachons à ce mot ; les serviteurs européens sont même méprisés par les indigènes qui ne sont pas au courant de nos habitudes.

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