ACTE I
prendre; tu es assez vieux pour raisonner. Encore une fois^ vivons en camarades. Je te donne le droit de discussion^ je ne veux pas que la crainte du père te prive des conseils de Tami.
GEORGES
Merci.
LIRMAY.
Voyons^ pourquoi deviens -tu si sauvage?... L'on ne te voit plus au bois^ à TOpéra... tu n'étais pas à Cbantilly...
GEORGES
Je suis un peu las du 'bruit... je me repose.
LIRMAY.
Allons^ ne vas- tu pas donner aussi dans cette afTectation de raison précoce, trop commune aujourd'hui?... Travaille, si tu es ambitieux ou si cela t'amuse, mais, morbleu, sois de ton âge I... et ne va pas te poser, à vingt ans, en roué dégoûté de la vie!... C'est ridicule, mon cherl... et cela m'inquiète I
GEORGES
Mais, mon père...
LIRMAY.
Un changement si subit n'est pas naturel... Tu es amoureux I
GEORGES
C'est vrai... Me le reprocherais- tu ?
LIRMAY.
En principe, non, je ne suis pas bien collet monté, tu le sais; seulement, j'aimerais encoie mieux te voir une bonne folie en tête qu'une passion mystérieuse, c'est plus gai et moins dangereux.
30 LA SBCONDE JEUNESSE
GEORGES
Mais, mon père, je n*ai pas de secret ; j'aime ma cousine, que je dois épouser dans trois ans.
LIRMAY.
Eh bien I .. raison de plus pour ne pas aller t'enterrera Madrid.
GEORGES
Certes ; mais... je t'avouerai qu'en cela... je cède surtout aux conseils de mon oncle ; il veut que je me crée une position... il redoute pour moi, dit*il, les dangers de l'oisiveté à Paris.
HRMAY.
Etrange idée, d'envoyer un amoureux se morfondre à quatre cents lieues de sa fiancée!... joli moyen de faire ta cour I... Et tu consentirais à nous quitter ?
GEORGES
Pardonne-moi, père, tu sais quelle affection j'ai pour toi ; je ne voudrais pas que tu te méprisses sur Id sentiment qui me guide, mais enfin... j'aime, tu me comprends; mon oncle exige ce voyage..'.
LIRMAY.
Il exige 1... Mais quelles raisons donne-t-il?
GEORGES, avec embarras.
Mon Dieul... tu connais son esprit positif... Il craint... enfin... il pense que notre fortune a pu s'amoindrir... il veut prévoir...
LIRMAY, l'interrogeant du regard, avec embarras. Prévoir... quoi?
GEORGES, troublé.
Je l'ignore... (Vivement.) Mais si ce voyage te déplaît... j'y renoncerai.