ACTE II
ROBERT
Madame... la situation a pour point de départ...
RENEE.
Mais, c'est décidément une pièce que vous me contez, monsieur.
ROBERT, d'un Ion dégagé.
Oui, madame .. une imagination... vous allez voir. — La situation a pour point de départ Thistoire vulgaire de beaucoup de ménages... un mari qui délaisse sa femme et qui se ruine... Il n'y a là rien que de fort ordinaire, c'est un de ces délits que le monde... le mauvais... considère comme parfaitement véniels et qu'on se raconte en souriant, car souvent la femme s'en accommode et profite des loisirs qui lui sont laissés; mais dans notre intrigue, pendant que le mari s'amuse. . . la femme se désole.
RENÉE
Oh! cela n'est pas bien nouveau, et...
ROBERT, de même.
Non, mais attendez... Voici où est la pièce... La femme a un ami, un ami dévoué qui veut la sauver. Il va trouver la maîtresse du mari, qu'il connaît pour une femme de cœur et une femme d'esprit. Il lui dit : «Madame, vous faites, sans le savoir peut-être, le malheur d'une famille dont la ruine est presque consommé^par les dissipations de celui qui vous aime. Quelque sérieux que soient les liens qui vous attachent à lui, ils sont moins sacrés que ceux d'une épouse. Je viens vous avertir du mal que vous causez involontairement. » Il n'en dit pas plus. Alors, comme ce n'est point une femme vulgaire, elle comprend et se dévoue, elle emploie les ressources de son esprit pour amener une rupture naturelle en apparence, et... .
RENÉE^ qui a écouté les dernières phrases dans le plus grand trouble^ Tinterrompant brusquement.
Monsieur 1... votre nom?
ROBERT, d*un ton affectueux.
Mon nom?... pourquoi le demander^ madame? N'est-ce pas ôter à notre aventure tout le charme... du romanesque^ nous exposer, peut-être, à reconnaître dans ces héros... de mon imagination... des personnages réels?...
RENÉE, avec dignité.
Blonsieur, je crois m'adresser à un homme d'honneur; qui êtes- vous ?
ROBERT, de même.
Qui je suis, madame? un ami...
RENÉE
Oh! cessez, monsieur, vous êtes chez moi... je suis une femme et je vous prie... jetez le masque...
Vous l'exigez, madame? j'obéis... Je ne vous trompais pas en me disant un ami... je suis le gendre dé monsieur de Lirmay.
RENÉE
Vous ! (Elle se recule brusquement.) monsieur f
ROBERT
Pourquoi vous éloigner?
RENÉE
Assez, monsieur... je comprends maintenantle rôle que vous êtes venu jouet ici.
ROBERT
Madame..;