‹ La seconde jeunesse du roi HenriChapitre 13 sur 28 · XL VII · texte numérisé non relu

XL VII

Tandis que l'Allemand montait d’un pas lourd, accrochant la longue tige de ses éperons aux marches de l’escalier, René de Maillefer avait poussé Florimond inanimé dans un coin de la chambre, puis il s'était lui-même placé derrière la porte.

Ce qui fit que lorsque Fritz entra, il ne vit pas tout d’abord le page de M. de Biron et crut la chambre vide.

Mais, à peine eut-il franchi lu seuil de cette porte quelle se referma et que, tout élonué, le reître se trouva face à face avec René de Maillefer l’épée nue.

Il commença par reculer; puis il aperçut Florimond, qui paraissait mort, et poussa un cri : enfin, il vit René prendre à sa ceinture un pistolet, tandis qu’il remettait son épée au fourreau.

Fritz avait bien une épée, mais il avait laissé ses pistolets dans ses fontes, et si longue que soit une épée, elle ne fera jamais autant do chemin qu'une balle.

Telle était, du moins, l'opinion de Fritz, car il recula jusqu’au mur, qu’il essaya même de renverser d'un coup de scs larges épaules.

Mais le mur était solide, ol Fritz ne réussit qu’à se contusionner.

— Mon cher monsieur Fritz, dit ’ulors René en fort bon ;i llcmand, ce qui rassura un peu le reître, tant la langue maternelle a de douceur à l'oreille, mon cher monsieur Frite, si vous le voulez bien, nous allons causer un brin ; et d'abord, laissez-moi vous dire que, si vous criez, je vous loge une balle dans la lèlo .

— Tarteifflc! it l'Allemand avec naïveté, vous le feriez 1 comme vous le dites.

— Je vois que vous me connaissez, dit René au reltre. Cela ne vous servirait pas à grand'chose de crier, car les aubergistes ne se mêlent jamais des querelles des gens d’épée.

Ce disant, René ferma la porte à clef et mil la clef dans sa poche.

— Voyons, monsieur Fritz, continua-t-il en se posant à califourchon sur une chaise, diles-moi, ce que vous venez faire ici.

— Je venais voir M. Florimond que vous avez tué.

— Vous êtes dans l'erreur, monsieur Fritz.

— Hein ? dit le relire.

— M. Florimond n'est qu’évanoui. Il est même blessé légèrement et sous deux jours, il sera sur pied, pour peu qu'on ait soin de lui.

— Ah ! fit le rcltro stupéfait.

— Je vous engage même, continua René, à le prendre dans vos bras et à le porter sur ce lit, qui est le sien.

Fritz était un peu revenu de son étourdissement, il avait même compris, lui, la bonne tête carrée allemande, que le pistolet braqué sur lui le menant à l'entière discrétion de René, ce qu'il avait de mieux à faire, était de lui obéir.

Il suivit donc le conseil de René, prit Florimond dans ses bras et le porta sur le lit.

— Déshabiltez-lo, dit René.

Fritz obéit encore et recouvrit Florimond avec les 'draps et les couvertures.

— Maintenant, acheva René, déchirez sa chemise, faitesen de la charpie et arrêtez le sang qui coule toujours.

En ce temps-là, tout soldat était un peu chirurgien.

Fritz s'acquitta à merveille de la besogne qui lui était confiée.

— Vous pouvez n’avoir aucune inquiéludo sur lui, dit alors René de Maillefer. J’ai donné vingt fois le même coup d’épée et je puis affirmer qu’on n'en meurt pas.

Fritz ne répondit rien.

Le bon Allemand était aussi consterné qu’un loup pris au piège.

— Mon cher monsieur Frilz, poursuivit Renc, pourquoi ne inc diriez-vous point cequevous veniez dire àM. Florimond?

L'Allemand garda le silence.

— Je pourrais bien vous forcer à parler, continua Je page en jouant avec la batterie de son pistolet; mais, comme je. sais tout ce que vous pourriez me dire, c'est inutile. Vous veniez prévenir M. Florimond que le roi était au château d'Arcy.

— C'est vrai, dit Fritz.

— Ceci fait autant d’honneur à votre fidélité qu'à votre maladresse, mon cher monsieur Fritz.

L'Allemand eut de nouveau cetto bonne figure étonnée et naïve qui lui était familière quand il ne comprenait pas.

— Ecoulez- moi encore, poursuivit René : M. Florimond n’est pas le premier venu, j'en conviens. Il a la confiance do M. le maréchal de Biron.

— Oui, fil l'Allemand d’un signe de tête.

— Ma s au-dessus de M. le maréchal, il y a lo roi.

Fritz tressaillit.

— Et si le roi savait que vous avez voulu lui jouer un mauvais tour, il donnerait l’ordre qu’on vous branchât au premier arbre venu.

Fritz eut un léger frisson.

— Mais, reprit k page, ce n’est pas moi qui blâmerai ou-

î ire mesure un soldat qui fait son devoir, et pour peu que vous soyez franc avec moi, le roi no saura rion de votre | équipée.

Le visage rembruni de Frilz se rasséréna.

— Mon cher monsieur Fritz, dit encore le page, il m'est venu un singulier soupçon, tout h l'heure.

L’Allemand le regarda.

— Je me suis demandé si c'était bien dans le but unique de faire plaisir à son cousin M. de N oé, que le maréchal de Biron avait donné une véritable garnison à la demoiselle du château d'Arcy.

— Monsieur, dit le relire naïvement, je n’ai jamais entendu parler de M . de Noé.

— Ah! vraiment?

— Et si M. de Biron a mis une garnison au château d’Arcy, c'est qu’il est jaloux.

— Jaloux! exclama René.

— - Oui, monsieur.

— Comment ! il serait donc amoureux de la demoiselle ?

— Mais il va venir dans trois ou quatre jours pour l’épouser.

— Ah ! ventre du diable ' s’écria René de 'Maillefer : eli bien ! Nancy et moi nous avons fait, je le vois, de la belle besogne. Voilà que le roi et le maréchal courent le même lièvre !

Et comme René disait cela, des pas précipités montèrent l'escalier et on frappa rudement & la porte.

— Qui est là? demanda le page qui avait la clef dans sa poche.

Mais on ne lui répondit pas, et la porte fut enfoncée d’un vigoureux coup d’épaule.

Alors René sentit quelques gouttes de sueur perler à son front.

Un homme était sur lo seuil, l’épée nue, le visage cnpourpré de colère.

Et, cet homme, c’était M. de Noé, que René avait cruellement mystifié la veille en le faisant courir sur la route de Fontainebleau.

C’était bien le hasard qui mettait Noé en présence du page René de Maillefer ; mais le hasard a des trahisons que la plus grande prudence ne saurait déjouer. Si on avait dit une heure auparavant à René de Maillefer qu’il se trouve* rail en présence de Noé avant trois ou quatre jours, il eût répondu en haussant les épaules :

— M. de Noé est plus près de Fontainebleau que d’Auxerre à l’heure qu'il est. et je suis bien tranquille.

Mais René n’avait point compté sur les petites trahisons du hasard, comme nous disions.

Il n’avait pu prévoir que Noé rencontrerait en chemin Mme Henriette d'Enlragucs, duchesse de Verneuil. qui le mettrait au courant des intrigues du roi et lui ferait tourner bride.

Donc Noé était revenu ventre à terre. Il avait bien le plus ardent petit cheval qu’on pût voir. Mais tout a un terme, même le courage et l’énergie d’un cheval de Tarbes.

De trois heures en trois heures, Noé s'était arrêté, avait fait donner une poignée de foin et un peu d'avoine & la vaillante bêle ; puis il était reparti .

Il avait ainsi atteint et dépassé Joigny, passé sous les murs d’Auxerre, puis sous les vieux remparts de Crevant; enfin les maisons blanches de Ycrmenton, toutes ruisselantes du

OU ROI HKNRl

K«t> a''an» cbu*t un Imn. (I*jgc 4>ï )

clair de lune, lui étaient apparues au flanc d*un coteau I chargé de vignobles.

Hélas! hélas! le pauvre petit cheval de Tarbes s’élait arrêté brusquement.

Noé l’avait senti trembler sous lui comme un étliiice qui s'écroule, et il n’avait eu que le temps de sc dégager de l’étrier.

Alors la vaiilaulc bêle s’était affaissée lourdement sur le sol, levant sur son maître un œil triste et doux, un œil mourant qui semblait dire :

— J'ai marché tant que j’ai eu un souffle de force, et je meurs pour votre service, 6 nton maître !

Noé eut un véritable accès de douleur et de rage.

Il embrassa son pauvre cheval, qui faisait de vains efforts pour m relever, puis il s’écria :

— Je trouverai bien une autre monture à Vcrmenton.

Et il se mit à courir vers le bourg.

Quelques minutes après, il arrivait à la porte do cette liôtelleiie où Hené de lUaillefer venait d’administrer un si beau coup d’épée à Florimond, et il apercevait le cheval du relire Krilx attaché à un uuncau de fer.

— Donne-moi ce cheval, maraud, dit-il à l’hôtelier.

— Impossible, mou gentilhomme.

«8* u VH AJ SON.

'eudsle-inoi, veux-je dire, je te le payerai aussi cher que tu voudras.

— Il n’est pas à moi, mon gentilhomme.

— A qui est-il?

— Au lieutenant de reitres, Fritz.

— Où est ce Fritz ?

— Là-haut, dans la chambre de M. Florimond qui soupe avec M. René de Maillefer.

— René ! s'était écrié Noé.

Et il était monté quatre à quatre, et comme ou tardait à lui ouvrir, il avait enfoncé la porte.

René de Maillefer fut tellement stupéfait de se voir en présence de M. do Noé, que le pistolet qu’il tenait à U main lui échappa.

En même temps il lira son épée.

L'épée sera toujours l’arme préférée du gentilhomme; et, si le pistolet avait pan» utile à René pour tenir on respect un maraud comme Fritz, il comprenait bien qu’avec M. le coin le Amaury du Noé. c’était d’une autre arme qu’il fallait faire usage.

— Ali ! vous voilà, drôle ! Gt Noé. Rien que je sois pressé, je vais régler uu petit compte avec vous.

— Monsieur! répliqua René, nous réglcruu* tout ce qu’il

Diaitized

vous plaira, niais je vous prie de retirer celle épithète malsonnantc de <lr6lu qui ne saurait me convenir, attendu que je suis gentilhomme et par conséquent voire égal.

— Mordiuux ! exclama Noé, cette parole me plaît. Eu garde !

— En garde, soit, dit Mené.

Et les épées se croisèrent.

— Al»! mon jeune coq, disait Noé, qui, une fois le fer à la main, avait retrouvé son sang-froid el son humeur goguenarde de franc Guscon qu'il était; ah! nous avons donc voulu mystifier le pauvre provincial de Noé 7

— Monsieur le comte, répondit le page en portant galamment une botte des plus savantes, j’ai la plus grande estime et le plus grand respect pour votre caractère, mais il m'a fallu agir ainsi, et je suis prêt à en subir les conséquences.

— Et pourquoi cela, mou jeune coq T

— Service du roi !

— Oui. oui, dit Noé, qui sentit sa colèr# lui revenir, service de Nancy, plutôt.

— C’est la même chose, dit froidement René.

— Eh bien! défendez- vous, car je me vois dans l'obligation de vous tuer.

— le me vois, monsieur le comte, dans la môme nécessité douloureuse, répondit tristement Reué.

— En vérité I

— Sans doute, continua lo page, eu qui Noé trouvait un adversaire digne de lui.

— Et pourquoi cela?

— Si je 11 e vous tue, dit René, voua moutere* à cheval, el, guidé par ce butor que vous voyez là, vous galoperez jusqu’au château d’4rcy.

En môme temps René désignait du regard Fritz, qui ramassait le pistolet et demeura il paisible spectateur du combat.

— Sans doute, j’irai au château d’Arcy.

— C’est ce que je m'efforcerai d’empêcher, monsieur le comte.

— Et pourquoi cela ?

— Farce que vous dérangeriez le roi.

Noé poussa un juron de colère.

En même temps, il lia fort habilement l'épée du page, tierce sur tierce, donna un vigoureux coup de poignet el le désarma.

René jeta un cri de rage.

Mais Noé avait déjà posé le pied sur l’épée du page.

— Monsieur de Maillefer, dit-il, je rendrai compte au roi de votre fidélité. Vous Ôtes un charmant garçon, mais je vous fais mon prisonnier et je vous mets sous la garde du brave Allemand, à qui j’ordonne de vous casser la tête si voua cherchez à sortir d’ici.

Et Noé s'élança vers la porte.

René ramassa son épée et voulut le suivre.

Mais Fritz arma ses pistolets et se plaça devant lui.

— On ne passe pas, dit-il.

Noé avait sauté sur le clieval de Fritz et U courait ventre à terre vert le château d'Arcy.

XtlX

Noé s’éloigua donc au galop de Vcrmenton, courant vers le château d'Arcy pour y mettre un terme aux galanteries du roi Henri envers la fiancée de son ami et cousin Biron.

Nancy avait eu quelque peu raisou lorsqu’elle avait pré-

tendu que le brave Noé, Noé le railleur et le sceptique d’autrefuis, était devenu un pou prêcheur, un peu moraliste, un peu provincial.

Noé était vraiment un peu tout cela, et il s'exagérait singulièrement les choses sans doute, s'adressant à lui-même un beau discours qu'il comptait ensuite débiter au roi; discours dans lequel, saut sortir des homes du respect, il remontrerait à Henri de Bourboti qu'il commettait une détestable action en courtisant une fille de noblesse faite pour être épousée, et une action maladroite et iropolitique, puisque lu jeune lille en question était la fiancée de M. le maréchal de Biron, dont lui Henri avait le plus grand besoin, au moment d'ouvrir la campagne contre le duc do Savoie.

El Noé mettait l’éperon aux lianes du cheval de Fritz, qui était lourd cummo son maître et faisait trembler le sol sous ses larges sabots.

Arrivé à la rivière, il appela lo passeur.

Mais le passeur lit la sourde oreille el ne détacha poiul sa barque.

Cela venait de ce quo le roi lui avait défendu de passer qui que ce fût.

Noé ne se rebuta pas pour si peu. Il poussa bravement son cheval dans la rivière, eut de l'eau jusqu'à la ceinture, et atteignit l’autre rive.

Puis il se remit à galoper vers le château.

Les reitres do Fritz, en l’absence de leur chef, avaient passé à IV une mi, c'est-à-dire au roi.

Ils voulurent barrer le passage à Noé.

Mais Noé se souvint du temps où il s'escrimait d’estoc et de tailla à côté du roi sans royaume, et il distribua une demidouzaine de horions qui firent reculer les reîtres.

Arrivé à la porte du château, il se mit à frapper à tour de bras et à coups de pommeau d’épée.

Alors il entendit derrière une voix moqueuse qui disait :

— En vérité ! il n'y a que ce brave M. de Noé qui peut frapper ainsi.

Et la porte s’ouvrit, el Nancy, un (lambeau à la main, s'offrit aux regards de M. de Noé.

Nancy souriait el dit encore :

— Mon cher monsieur de Noé, je vous déclare le cavalier le plus preux de notre temps.

— Où est le roi ? dit Noé.

— Mais, en même temps, soupira Nancy, qui eut un brin ds mélancolie dans la voix et dans le regard, je vous assure que vous vous êtes donné beaucoup de mal pour peu de chose.

— Où est le roi? répéta Noé d’un ton baylain.

— Mais il est dans la graude salle du château... il soupe.

Noé traversa le vestibule en courant, suivi par le rire moqneur de Nancy.

Il monta le grand escalier de pierre à halustrc de fer forgé, arriva à la porte de lu grande salle et, contre toute étiquetle, il poussa cette porte, qui s’ouvrit avec fracas.

Alors seulement il s’arrêta stupéfait sur lo seuil.

Le roi était à table.

11 avait à sa droite la belle Madeleine, à sa gauche son frère Guillaume, et il avait bien plutôt l’air d’un bon père de famille qui prend son repas avec ses enfants que d’uu monarque amoureux on partie fine.

Ventre-saint-gris I s’écria-t-il en voyant Noé, je ne t’attendais pas sitôt, mon compère; tuais je savais que tu viendrais...

— Sire... balbntia Noé.

— As- lu rencontré Nancy? continua le roi. Cette Nancy

est toujours folle... on lui donnerait quinze ans... J'ai gagné une courbature à suivre ses avis...

Kt le roi avait un sourire mélancolique qui achevait de st u potier Noé.

— Figure-toi, mon pauvre Noé, poursuivit-il, que j’oublie toujours que ma barbe grisonne et que je n’ai plus vingt ans. Cette pécore de Nancy, au lieu de m’en faire souvenir, m’entretient dans une foule d’illusions de ce genre, au contraire.

«Elle me vient voir au Louvre, voici huit jours, et médit:

« — Sire, je connais de parle inonde une jeune fille belle comme le jour et qui se meurt d’amour pour Votre Majesté. »

«Alors, moi, qui veux être le père de mes sujets, moi, qui leur ai promis qu’ils mettraient la poule au pot tous les dimanches ; moi, qui ne veux pas qu’on meure pour moi, je monte à cheval, je me laisse entraîner par celte folie de Nancy ; tout le long de la route, je retrouve mon cœur de viugt ans, mes désirs de vingt ans, mon audace de vingt ans; j’arrive ici en tapinois, je me jette aux pieds de cette jeuue fille qui se meurt d'amour pour moi cl je lui dis :

« — Moi aussi je vous aime ! »

« Et voilà qu’elle lève sur moi de grands yeux étonnés, qu'elle avoue ne in'avoir jamais vu et que j'apprends que le grand capitaine, ce héros qui lui a pris son cœur, ce n'est pas moi... mais Biron, mon cousin et le tien. .. et alors, dame !... »

Le roi s'arrêta, souriant, et regarda Madeleine toute rougissante.

— Et alors, dame! reprit-il, je me suis regardé dans un miroir, j’ai revu ma barbe grise, j’ai mis au front de cette enfant un baiser paternel, et je lui ai promis de tenir le poêle à sou mariage. Tu vois bien, Noé mon ami, que le mal n’est pas bien grand et que si quelqu’un est à plaindre, en cette aventure, c'est moi.

— Mordioux ! sire, exclama Noé, j’avais peur qu’on ne m’eut gâté mon roi, mais vive Dieu ! vous êtes toujours le même et je retrouve tout entier mon roi Henri !

El Noé néebit le genou devant le roi et lui baisa la main.

Le roi le releva et l’embrassa.

En ce moment Nancy entra.

— Ah ! monsieur de Noé, dit-elle, vous n’avez pas passé par Vcrmenton, au moins?

— Au contraire.

— Seigneur Dieu ! vous ne m’avez pas tué mon page, j’espère ?

— Non, dit Noé, mais il l’a échappé belle !

— Cette Nancy, dit le roi, voici quelle est toquée, comme si elle avait encore vingt ans!... Allons, mignonne, achevat-il, je te pardonne... Viens t’asseoir et manger avec nous. As-tu faim, Noé?

— Je n’en sais plus rien, sire, répondit Noé, qui se mit à table cl essuya une larme du coin de sa manche.

11 y avait quatre jours que M. «le Noé avait quitté Dijon, promettant à sou cousin, M. do niron, de lui envoyer de set nouvelles au plus vite, en mémo temps que le consentement du roi à son mariage, — et M. de Birou attendait et ne voyait rien venir.

L’impatience du maréchal était à son comble.

Cependant il avait donné sa parole à Noé de ne quitter Dijon que lorsqu'il aurait reçu un message do lui, et Birou n était pas homme à manquer à sa parole.

| Mais il se dédommageait de ses angoisses en criant Irès- , haut et très-fort, en faisant retentir son palais de ses plaintes l contre le roi. lequel, disait-il, était un homme ingrat et mé- ; chant, et qui, sans lui, serait encore à courir après la cou- 1 ronne.

Ce qui ajoutait à la colère de Biron, c’était l’absence de tous ceux à qui, d’ordinaire, il faisait ses confidences.

Florimond n’ét«il plus là pour écouter ses doléances d’amour; il avait chas**, Laflin et Ruuazé, et il n’avait plus autour de lui que w „ r jita courtisans incapables de lui donner un bon conseil.

Enfin, le soir du quatrième jour, comme le maréchal soupail du hout des dents et continuait ù se répandre en injures contre le roi, un cavalier entra dans la cour du palais.

Le maréchal se précipita à la fenêtre et reconnut son messager, M. de Fouronne, qu’il avait envoyé, il y avait au moins dix jours, à Paris, le chargeant de lui rapporter le consentement du roi à son mariage.

I Biron oublia l’étiquette ; il u’attendit point qu’on vint lui ! annoncer M . de Fouronne, il courut à sa rencontre et le trouva dans l’escalier.

— Eh bien! lui dit-il, m’apportes-tu le consentement du rtîî ?

— Je n’apporte rien du tout, monseigneur, répondit le gentilhomme.

— Le roi refuse ? s'écria le maréchal pâlissant.

— Le roi est inaccessible et je n’ai pu le voir, répondit Je ; messager.

Entre deux maux, on choisit toujours le moindre.

Biron soupira bruyamment en apprenant que M. do Fouronne n'avait pas vu le roi et il entraîna le jeune gentilhomme dans son cabinet.

— Voyons, lui dit-il, explique-toi. D'où viens-tu? Où es-tu allé ? Comment n’as-tu pus vu le roi ?

— Monseigneur, répliqua le gentilhomme, qui était un garçon de trente ans, hardi et bien découplé, j’ai voulu me passer mon épée au travers du corps; puis j'ai réfléchi qu’il valait mieux auparavant affronter votre colère et vous tout dire, quitte à me tuer après.

Ces singulières paroles plongèrent le maréchal dans une sorte de stupeur.

— Mais parle donc, dit-il.

M. de Fouronne reprit :

— Monseigneur, je suis parti de Dijon il y a dix jours et j'ai galopé vers Paris, ne m'arrêtant que pour prendre un peu de repos et de nourriture.

«Cependant, comme j’arrivais en la ville de Sens, j étais si las que j’ai résolu de passer la nuit en uue hôtellerie, où j'ai lié connaissance avec des gentilshommes qui oui soupe avec moi. m’ont proposé une partie de dés et m’ont grisé.

«Quand je me suis réveillé, ils m’avaient pris mon argent, avaient disparu et j'avais dormi trente heures.

— Imbécile ! dit le maréchal.

— Je suis reparti pour Paris et j'y suis arrivé le lendemain soir. Quand je me suis présenté au Louvre, on m’a répondu que le roi était à Fontainebleau.

a Je suis allé chez un inien parent qui loge ruo des Arcis et je lui ai demandé de l'argent; puis je ine suis remis en chemin.

«A Fontainebleau, on m’a dit que le roi était à Auxerre.

« Je suis reparti pour Auxerre.

« Mais à Auxerre, on m’a affirmé que le roi était encore à Fontainebleau.

Page 1