I.affin, son mauvais génie, lui avait reproché sa lâcheté
— Monseigneur, lui avait-il dit, de sa voix mordante et ironique, vous êtes décidément le plus fidèle sujet de Sa Majesté. Grâce à vous, Monüneillan a été pris, le duc de Savoie battu, humilié, contraint «le faire une paix honteuse; et il faut renoncer maintenant pour toujours à être autre chose que le plus humble des serviteurs «lu roi de è rance.
Et cette vipère humaine avait sifflé toute la nuit, amenant Biron à des accès de rage folle.
Quami un officier du roi vint dire à Biron qu’il était attendu chez Sa Majesté, Laffin ricanait encore.
— Allez, monseigneur, disait-il, allez ! quelque chose me dit que le roi va vous récompenser magnifiquement.
Birtfn se rendit aux ordres du roi.
Il avait retrouvé son front hautain, sa démarche arrogante et, il y avait loin «le son attitude à celle qu'il avait naguère en partageant le souper du roi.
Le roi attacha sur lui son clair regar«l.
— Cousin, lui dit-il, la paix est faite. Nous l'allons signer à Lyon dans «juciijucs jours : es-tu du voyage ?
— Sire, répondit Biron, Votre Majesté n’a nul besoin de moi pour signer la paix, cl je m’en retourne «lans mon gouvernement.
— Non pas, dit le roi. J'ai besoin de toi, cousiu.
— En vérité! ricana Biron.
Et il eut presque un regard de défi.
— Sais-tu ce que je vais faire à Lyon?
— Votre Majesté me l’a dit, elle va signer la paix avec les plénipotentiaires du duc de. Savoie.
— Je vais faire autre chose encore.
-Ah!
— Je vais y attendre Mme la princesse de Médicis, qu’un épouse pour moi, à Rome, eu ce moment .
Biron tressaillit.
— Que veux-tu? dit froidement le roi, il me faut un héritier au Irène de France, elle Parlement ni les Etats ne veulent de motr petit César Biron se tut.
— Ensuite, reprit Henri de Bourbon, à présent que nous avons la paix au dehors, il faut que nous l’ayons au dedans. — Je ne comprends pas, sire.
— B faut que je fasse justice des intrigants, des conspirateurs et des traîtres, l'n nuage passa sur le front «te Biron.
— Je suis bon prince pourtant, continua le r«>i, et je pardonnerais volouliers à ceux qui me feraient l’aveu de leur trahison.
Biron eut un accès d’audace.
— Qui «loue a trahi Votre Majesté? dit-il.
— Cherche, cousin.
— Je uc deviuo pas, sire.
— Cherche bien...
— Je chercherais inutilement. Votre Majesté a tant de serviteurs autour d'elle .
Le roi soupira.
— Je te donne rendez-vous à Lyon dans trois semaines, dit-il.
— Pourquoi, sire.
— Mais parce que... je le veux ! dit le roi.
Ht il se leva du siège où il était assis, ajoutant :
— Adieu, cousin; retourne dans ton gouvernement et tâcha de savoir quels sont ceux qui ont voulu me trahir.
Biron demeura impassible.
— Quand tu le sauras, acheva le roi, tu leur donneras un bon conseil.
— Lequel, sire? *
— Celui de me venir voir, de se jeter il mes pieds et de me demander pardon.
Et, d'un geste, le roi congédia le maréchal.
Biron sortit la rage et l'épouvante au cœur :
— Le roi sait tout ! pensait-il.
LaBin l'attendait à la porte :
— Eh bien ! monseigneur, le roi vous a-t-il fait cadeau d’un royaume?
— Tais- loi, misérable ! s'écria le maréchal .
Puis il prit Laflln par le bras :
— Fais seller nos chevaux, dit-il, nous parlons.
— Ah ! ah ! ricana Uflin, le roi vous a confié quelque ambassade sans doute?
— Le roi sait tout, murmura Biron d’une voix étouffée.