‹ La seconde jeunesse du roi HenriChapitre 24 sur 28 · e roi lui tendit la main · texte numérisé non relu

e roi lui tendit la main

— Ah! cousin, dit-il, lu as bien fait de venir.

— Vraiment, sire?

— Sans quoi je t’allais chercher.

— Je n’aurais pas voulu que Votre Majesté se dérangeât, «lit Biron avec une pointe de raillerie.

Le roi fronça le sourcil.

— Oh! dit-il, je n’y serais pas allé seul.

— Et avec qui donc, sire?

— Avec quarante mille hommes, dit froidement le roi.

Biron tressaillit, mais son naturel hautain reprit le dessus.

— Alors, sire, dit-il, vous eussiez, j’imagine, entrepris le siège de Dijon ?

— Peut-être,..

Biron eut un rire insolent.

— Vos quarante mille hommes , en ce cas , auraient pu prendre leurs quartiers d’hiver sous les remparts, dit-il.

— Maréchal , dit sévèrement le roi , je crois que vous oubliez que je suis le r»i.

— Excuses-moi, sire, répondit Biron uupeu«lécuntonancé.

Alors le roi le prit par lo bras.

— Viens donc par ici , cousin , dit-il , nous avons très-certainement beaucoup de choses à nous dire.

Et il l'entraîna un peu à l'écart, cl les gens «le sq suite se tinrent à distance respectueuse.

Biron était calme ; sou fier sourire n’avait pas quitté ses lèvres et. la main sur la garde de son épée, U était si liaulaiu qu'on eût dit que c’était lui qui était le roi.

Alors Henri lui dit i

- Eh bien, maréchal, avez-vous fait un bon voyage?

— Excellent, sire.

— Eli! ce n’est pas de celui de Dijon que je parle.

— Et duquel, sire?

— De celui d- Londres.

— Je venais justement pour rendre compte de ma mission à Votre Majesté.

— Pour cela rien ne presse, «lit le roi, mais vous avez autre chose à rue dire.

— Pas que je sache, sire.

—Voyons, cousin, dit le roi, qui reprit son accent do bonhomie habituelle, tu n’as pas de mémoire.

— Comment cela, aire?

— Te souviens-tu «le notre entretien à Lyon?

— Oui, certes, dit le maréchal.

— Je le disais que les voyages sont de bon conseil.

— En effet, sire.

— Et que j’étais persuadé que celui que lu allais faire l'ouvrirait l'esprit et le permettrait de deviner... beaucoup de choses.

— Mais quoi donc, sire?

Et Biron ne se dépouillait pas de son air hautain.

— El n’ai-je (tas dit qu’on me trahissait?

— En effet, oui .

— Et que si tu devinais quel était l'homme comblé de mon amitié et de mes bienfaits qui m'avait trahi, tu ferais bien de l'aller voir.

— Ah !

— Kl de lui conseiller de me venir demander son pardon, s'il voulait l’obtenir.

— Oui, sire. Voire Majesté m'a dit cela.

— Eh bien ?

Biron demeura impassible.

— Malheureusement, sire, je n'ai pas deviné.

— Qui me trahissait ?

— Non, sire, je l’ignore.

El Biron continua à sourire.

l'n nuage passait sur le front du roi, et il était un peu pâle.

— Je te croyais plus de perspicacité, Biron, dit -il.

— Sire, répondit le maréchal, je suis un soldat et non un diphimate; si Votre Majesté a résolu de faire de moi un espion, elle a eu tort et ferait mieux «le s’adresser à .M. «h* Sully...

— Cousin!

— M «le Sully est un méchant Imnune et un calomniateur, acheva Biron en frappant du pied avec colère.

— Maréchal, dit sévèrement le roi, Sully est mon ami, et je vous prie «le n'en |K>int parler ainsi.

Puis, comme s'il eut voulu corriger la dureté «le ces paroles :

— Allons, cousin, dit-il, viens, viens, je gage qu'apiv-s boire tu auras l'esprit plus ouvert et me diras bien des dîmes.

Biron ne répondit pas.

Le roi lui prit le bras, comme s'ils eussent été les meilleurs amis du mundc, et il l'entraîna vers le jtalais.

Los courtisans suivaient à distance.

M. d'Épernon, qui était parmi eux, murmura:

— A la place du maréchal, quand j'aurais «line, je remonterais â cheval et m’en retournerais à Dijon.

Sully le regarda de travers, mais il ne souffla mot.

Le roi Ht traverser au maréchal la grande salle du palais.

— Tiens, regarde, «lit-il .

Et il lui montrait sur une cheminée sa statue couronnée de lauriers.

— Ah ! ah! lit Biron d'un ton mo«]ueur.

— Que penserait mon cousin le roi d’Espagne, s'il me voyait ainsi ? dit le roi eu riant,

— Pcuh! fit Biron que le vertige gagnait de plus en plus, il ne tremblerait pas bieu fort.

Le roi pâlit.

— Maréchal, dit-il, vous êtes un vilain plaisant.

Et il lui tourna le dos.

Alors M. d'Épernon s’approcha de Biron :

— Monsieur le maréchal, dit-il, il plaît au roi que vous dîniez à ma table.

— Ah ! fil Biron avec colère, le roi ne m'invite pas à dîner ?

— Le roi dîne seul avec la reine.

M. d’Épernon prit Biron par le liras :

— Venez, dit-il.

Puis tout bas :

— Vous jouez un vilain jeu.

— Si le roi ne le trouve pas à son goût, répondit insolemment Biron, il n’a qu’à ne pas fain; ma partie.

Et il alla se mettre à table, plus hautain, plus orgueilleux que jamais!

A la table de M. d’Épernon étaient assis, outre le maréchal, le chancelier de Bellièvre et Galaor.

f.alaor ne s’était point départi de son mutisme.

11 espérait encore que son silence serait un avertissement suprême pour Biron.

Mais Biron était de fort mauvaise Humeur de ne .point dîner à la lahle du roi.

Et il se mit à faire des plaisanteries sur le temps où les paysans des environs de Pau dînaient à la table du roitelet de Navarre.

Puis, comme nul ne riait, Biron s’en prit au chancelier et railla les gens du parlement .

Le chancelier était un homme calme et froid.

— Monsieur le maréchal, dit-il, le parlement est aussi nécessaire au bien du royaume qu’un homme d’épée.

— Et quel service rend donc le parlement? demanda le maréchal d'un ton goguenard.

— Il juge les traîtres, monseigneur.

Biron haussa les épaules.

— Si le roi m’a fait venir pour me faire dîner avec ces robins, murmura- t-il, il aurait mieux fait de inc laisser tranquille en mon gouvernement.

Maréchal, dit M. d’Épernon, voulez-vous un bon conseil?

— Voyons?

— Retournez à Dijon.

— Non, de par Dieu? dit le maréchal, pas avant que le roi ne m'ait fait justice de misérables calomniateurs.

El comme le dîner tirait à sa fin, il se leva de table.

Le roi, fidèle à ses habitudes de sobriété, avait déjà terminé son repas, et il était dans la grand’salle, adossé au chambranle de la cheminée qui supportait sa statue.

—Hé! maréchal, dit-il en voyant reparaître Biron, je gage que vous allez faire ma partie de boules.

— Comme il plaira I Votre Majesté, répondit Biron d'un ton rogue.

\a roi le prit encore par le bras.

Et comme ils descendaient au jeu de boules :

Eh bien ! cousin, as-tu deviné?

— Non, sire.

— Alors tu n’as rien à me dire?

— Rien absolument, sire.

I jp . roi soupira, mais il n’insista pas.

U partie s’engagea.

Biron avait pour partner M. d'Épernon, et le roi le comte deSoissons.

Elle fut longue, bien disputée, et comme elle tirait à sa fin, le roi dit :

— Maréchal, vous jouez bien, mais vous faites mal vos parties.

— Ce qui ne m’empêche pas de les gagner, sire, répondit Biron.

El il gagna en effet.

— Quel malheureux homme! murmura le roi. Je veux lui pardonner et il ne veut pas!...

Ce disant, il s’éloigna.

Biron demeura à causer avec M. de Soissons, et ce ne fut que quelques instants après qu’il s’aperçut que le roi était parti.

— Où donc est Sa Majesté? demanda-t-il.

— Le roi travaille, répondit un gentilhomme.

— Avec qui?

— Avec M. de Sully et la reine.

— Deux jolis conseillers, par ma foi ! dit Biron.

Et pirouettant sur ses talons, il se trouva face à face avec Galaor qui lui dit :

— Monseigneur, je suis de l’avis de M. d'Épernon.

-Plaît-il?

— L’air de Fontainebleau ne vous vaut rien .

— En vérité.

— Et vous feriez bien de retourner à Dijon.

— Tarare! chanta le maréchal, me trouve en fort bon air ici.

Cependant il eut un moment d'inquiétude.

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