ÉPILOGUE
«i Hcnrt, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre;
A nos amez et féaux conseiller» les gens tcn.ms nostre Cour de Parlement à Paris, Salut.
« Ayant esté informé des entreprises faites par le duc île Riron contre nostre personne et nostre Estai, pour obvier aux malheurs , ruines et désolations qui advieiidroienl à en royaume , s» telle félonie pouvait estre mise à efTecl : la charité et amour que nous portons à nos sujets cl obligation de laquelle Dieu m»us a charge* de n'omettre chose qui soit au pouvoir d’un bon prince pour les conserver et nous opposer à tout ce qui peut troubler le repos et renouveller la face des misères dont il a pieu à la .Majesté Divine se servir de nous pour Ips délivrer ;
« Avons |M>ur la charité que devons à nostre patrie et forçant la douceur de nostre naturel, pris résolution de nous assurer de la personne dudit due , et à cet cITect ordonné qu'il soit gardé en nostre chasleau de la Raslille , oit il est à présent détenu. Et d'autant que le devoir de la justice et nostre conscience lions commandent que la vérité «1*1111 crime si énorme soit avérée et que la punition des coulpable* de quelque qualité et «lignite que ce soit, s’en fasse, selon qu'il est porte par les loix et ordonnances du royaume;
« Nous avons renvoyé cl renvoyons ledit duc , pour lui estre fait et parfaict son pmeez criminel et extraordinaire, et par vous procédé à l’instruction et jugement d'iceluv, gardant et observant les formes qui doivent être gardées eu affaires de telles et si grandes importances, et à l'endroit des personnes qui ont la qualité dudicl accusé; comme aussi, nous vous donnons pouvoir et mandement do procéder, faire et parfaire le procez, contre tous ceux que trouverez coulpables, consentans et adhérans à ladicte conspiration , de quelque qualité et dignité qu ils soient;
« Mandons à nostre procureur général de faire en cela toutes les poursuites et réquisitions qu’il verra estre nécessaires, et à vous d'y vacquer toutes affaires cessantes cl postposées, «t n’y faire faute. Car tel est nostre bon plaisir. »
Telle fut l'ordonnance que le lendemain de l'arrestation du maréchal le roi signa.
■iis moins «Iramatique que l'histoire.
Riron n’avait plus lien à espérer de la clémence «lu roi.
Transféré à la Raslille le jour même, il fut interrogé dès le lendemain par ht chambre «riininelle «lu parlement.
Son principal accusateur avait suffi.
I.afrin arriva au parlement avec une escorte de trente | cavaliers.
Riron lui montra le poing. Eaffin se mit à rire.
Rendant l'instruction de son procès, qui dura plusieurs semaines, Riron nia son crime.
Au lieu «le montrer du repentir, il se répandit en injures contre ses juges, disant qu’il repoussait leur juridiction et qu'il voulait êlre jugé par ses pairs.
L'interrogatoire terminé , l'instruction close , 00 voulut assembler les pairs, et le soin «le prononcer la sentence leur fut dévolu .
Mais ses pairs se récusèrent.
— Eh bien! dit le roi, que le parlement prononce I
Enfin la sentence fut rendue.
On avait ramené Biron «lans son cachot, oit nul ne pénétrait , si ce n'était l'archevêque de Bourges, son coofesaenr.
Le lemlemain, le grand chancelier, accompagné du lieutenant civil et criminel du Châtelet, du prévôt, du chevalier «lu guet, cl enfin du sieur Voisin , greffier «lu parlement, se présenta à la Bastille el se fit ouvrir les portes du cachot.
Alors le greffier dit au maréchal :
— Mons«*igneur, mettez-vous à genoux.
— Pourquoi faire? «lemanda Riron avec hauteur.
— Pour entendre voire seutence.
Biron se mil à genoux. Les fatigues de l'interrogatoire, la longueur des débats, l’avaient brisé.
Alors le greffier lui lut l’arrêt qui le condamnait à avoir la lèle tranchée.
Soudain Riron sc releva :
— Misérable ! dit il, oses-tu parler de la place de Grève à un homme qui a rendu de si b«»ns el loyaux services?
— Ne craignez rien, monseigneur, répondit le greffier, le roi vous fait grâce «le la place de Grève. Vous serez décapité dans une des cours de la Bastille.
Biron entra en fureur.
— Le roi est un ingrat ! dit-il, il me doit sa couronne !
Et il injuria le chancelier, el sa fureur deviut telle qu'on fut obligé de le laisser seul.
Un homme s’était glissé dans le cachot do Riron , à la suite de tous les gens de justice.
Cet homme, c'était Galaor.
Comme tout le monde s'en allait , il s'approcha de lui el lui dit :
— Monseigneur, à celte heure un ange est aux pieds du roi el lui demande votre grâce.
Un nom jaillit des lèvres du maréchal :
— Mailelein**!
Et cet homme, qui tout à l'heure défiait ses juges et ses bourreaux, sc luit à pleurer.
Galaor avait dit vrai.
A l'heure même où on lisait ft Riron sa sentence de mort, une jeune fille, vêtue d'habit* de deuil, était aux genoux du roi.
Le roi la releva et lui dit :
— Mon enfant, Dieu m’est témoin que j’ai voulu pardon-
Dü ROI HENRI
ncr jusqu'u la dornière heure; j'ai supplié le maréchal de me confesser son crime, et il est resté sourd à mes prières.
« Aujourd'hui je ne puis plus rien.
n I.e bien de mon Etat, l’avenir du royaume de France, 1* intérêt de mon fils, voulaient que la justice soit faite. *
On avait emporté .Madeleine évanouie, et le roi s était enfermé ce jour-là, en ne voulant voir personne et disant qu avec Biron allait mourir tout ce qui notait à lui du sa jeunesse.
La journée s'écoula, la nuit vint, puis les premiers frissons de l’aube coururent sur les vitres du Louvre.
Le roi était toujours debout, toujours sombre, refusant toute nourriture et ne voulant recevoir ni Sully, ni la reine.
I n seul homme entrait d’heure en heure dans son cabinet.
Cet homme c'était Galaor.
Le malin, le roi lui dit :
— Est-ce fait?
— Pas encore, sire.
Et, farouche, le roi s'approchait de la fenêtre et regardait la Seine qui roulait son flot bourbeux.
Galaor était sorti de nouveau-
Enfin, comme les premiers rayons du soleil étincelaient sur les toits, Galaor revint.
II était pâle comme un spectre.
— Ah ! dit le roi, c'est lini !
Galaor lit un signe de tête, et deux larmes s'échappèrent de ses yeux.
— O ma jeunesse ! murmura le roi, la hache qui vient de tomber t'a occise du même coup...
Et il i-e mit à genoux et dit tout haut :
— Mon Dieu, maintenant que le roi de France a fait son devoir, souffrez que le prince Henri do Bourbon implore votre miséricorde pour le repos de l'âme de son ancien ami le duc Charles de Gontaut- Biron!...
— Le roi à fait son devoir, murmura Galaor, mais je n'ai pas fait le mien tout entier, moi...
Et il sortit.
Il y avait une foule immense sur la place de la Bastille. La population avide se pressait à l'entour de la prison dans laquelle le maréchal dé Biron venait de mourir.
Quiconque sortait de la Bastille était interrogé, et la foule frémissante voulait savoir comment était mort celui qui avait terni |«ar un si grand crime une si glorieuse vie.
Parmi les carieux, un homme allait de groupe en groupe, interrogeant les uns, répondant aux autres, et manifestant une joie indécente.
Cet homme était vêtu comme un petit gentillâtre, et personne dans lu foule ne le connaissait.
Tout à coup, une main s'appesantit sur son épaule.
Il se retourna et pâlit ; il était en présence de Galaor.
— Monsieur de Laflin, lui dit le Gascon, je vous donne à choisir : ou jouer des coudes et me suivre, ou me laisser dire à celle foule qui vous ôtes. Dans ce cas-là, je vous jure que vous serez écbsrpé.
Et il le prit par le bras.