‹ La seconde jeunesse du roi HenriChapitre 4 sur 28 · V . d'Epcruon jeta un cri · texte numérisé non relu

V . d'Epcruon jeta un cri

Nancy elle-même devint tonte pâle.

Seul, le roi demeura impassible.

Galaor lui-même fut déconcerté de ce calme. Cependant il ajouta :

—Un joli royaume, en vérité, que la Bourgogne, la Bresse, la Franche-Comté et le Lyonnais réunis. C'est aussi grand que le reste de lu France, et le maréchal échangera son bâton contre un sceptre et prendra le nom de Charles I #r , roi de Bourgogne.

Ioî roi ne sourcilla pas.

— Tu te trompe», ami Gainer, dit-il, cela ne sera pas.

— Mais sire, M. Hénazé le veut.

— Fort bien.

— M. de Laffin le voudra.

— Je ne dis pas non.

— Et M. de Biron...

— Biron refusera avec indignation, dit le roi avec calmp.

Puis comme d’Épernon, Nancy et Galaor gardaient tous le

silence :

— Et certes, reprit le roi, je connais mon Biron sur le bout du doigL Voici vingt ans que nous guerroyons ensemble et nul mieux que moi ne sait qui il est

« Biron est un héros doublé de comédien ; il est brave à la bataille comme pas un, et vantard le verre h la main, comme tous les Gascons réunis, Biron passe sa vie à médire de moi, des autres et do lui-même.

v Je l’ai comblé de biens, et il prétend que je le méconnais ; je l’ai enrichi, et il sc vante d'entretenir mes armées de ses deniers.

■ Sij’aiino une femme, Biron dit qu’il l’a aimée avant moi, et que c’est à son refus que je jouis de ses bounu* grâces.

« Enlin Biron racontera, «prés boire, à qui voudra lentendre, que s'il lui plaisait de me détrôner, il lo ferait et se mettrait a ma place.

« Mais, acheva le roi, il faut bien pardonner tous ces petits défauts fi un homme comme lui, qui ne pense pas un mot de ce qu’il dît, et qui passerait à travers le feu do l'enfer pour me venir délivrer.

« Biron est fidele, mes amis ; Biron ne me trahira jamais ; et, vienne lu guerre ! il ira brûler le manoir de ce maître fourbe

qu’on nomme le duc de Savoie, pour lui apprendre a avoir douté un moment de sa loyauté. *»

El quand il eut parlé ainsi, le roi Henri sc versa & boire et dit :

— Je bois à mon cousin et ami, à mon fidèle et hlen-aimé compagnon d’armes, Charles de Gontant Biron, maréchal de France et gouverneur de ma bonne province de Bourgogne!

— Vive Dieu! sire, s'écria Nancy choquant son verre au gobelet du roi. Votre Majesté a raison, le monarque qui a pareille confiance en ceux qui le servent ne saurait être trahi.

Le sourire revint aux lèvres do roi.

— Eh bien! dit-il à Galam , que t’a dit le maréchal à ton retour de Savoie ?

— Je ne. l’ai pas vu, sire.

— Comment cela?

— Ma foi! quand j’ai eu recacheté les deux lettres, replacé l’une dans l’aumônière cl recousu l’autre dans le pourpoint de Rénazé, je tue suis mis au lit en mu disant que la nuit porte conseil !

Le lendemain, Rénazé s’est éveillé en me disant que le vin de la côte du Rhône était capiteux en diable et qu’il avait la tète cassée. Je lui ai fait la même aveu. Fuis nous sommes remontés à cheval et nous avons fait route ensemble jusqu’à Mâcon. Mais là, je lui ai dit :

— Puisque vous êtes porteur de la lettre, vous n’aves nul besoin de moi. Je vais passer par Autun, ce qui est mon chemin le plus direct.

Il ne s’est point défendu de celte séparation, et nous nous sommes quittés.

Alors j’ai mis mon cheval au galop et de village en village, changeant «le monture chaque jour, je suis arrivé ici, et me voilà, sire, acheva Galaor.

Le roi lui tendit la main.

— Maintenant que tu as aoupé, va te coucher, lui dit-il, et dors bien, car demain nous montons à cheval.

— Demain? fit d’Épernon.

— Oui, maréchal, répondit le roi. J’ai luïle d’en finir avec mon cousin le duc de Savoie.

• — Bah ! fît Nancy, si pressée que soit Votre Majesté, elle fera bien une petite halle au ebuteau d'Arcy?

— Hé! hé! dit le roi, peut-il en être autrement, puisque cette petite dont tu parle» est si belle !

— A la bonne heure ! dit Nancy, je retrouve mon roi Henri des anciens jours qui sait aimer entre deux batailles.

— Et boire entre deux amours, ajouta le roi en manière* de conclusion.

Quittons Paris et le Louvre et transport jns-nous à Dijon, dans le vieux palais de» ducs de Bourgogne devenu la demeure du maréchal de Biron , gouverneur de la province pour Su Majesté In roi do France.

La nuit est venue.

Mai» le palais resplendit de lumières, les coure, les antichambre», les corridors sont emplis d’éct yers, de valet» et de gentilshommes.

Des musiciens ambulants qui passaient >ar Dijon le malin ont été retenus par ordre du maréchal , et ifs ont établi un orchestre dans une des coure inférieure» < u palais.

Lc> belles daines , les pages moqueurs < t hardis , les souj dards effrontés, les courtisans humbles et arrogants tout à U

ht) ROI IIRXR1

fois, se croisent, échangent do doux propos ou des paroles hautaines , vont et viennent par le palais ou se groupent respectueusement à distance, dans la grande salle des États lotit le gouverneur a fait sa salle de réception.

Est-ce donc un jour de fête? Le maréchal reçoit-il un hôte illustre? Ou bien le roi de France, son maître, lui tait-il l'honneur de le venir visiter?

Hicu de tout cela.

Ce jour-là ressemble à tous les autres jours.

Le maréchal aime le faste, et, comme l’a dit Noé, c'est un petit roi.

Jamais prince souverain n'a eu autant de seigneurs, de courtisans et de pages ; les plus belles femmes de lu province ont abandonné leurs maris pour venir mendier un regard ou un sourire du maître.

0]>endant le maître est taciturne et, comme un vrai roi, il s’ennuie.

Il songe, et il soupire seul.

Mais son estomac est sans appétit devant la table somptueuse dressée pour lui seul; et tandis que dans son gobelet d’or ou verso des vins généreux, peut être regrette-t-il le repas fait à la bâte et la gorgée de mauvaise boisson qu'il avalait eu selle le malin d'une bataille.

Il est de mauvaise humeur; il a rudoyé quelques gentilshommes qui osaient s’approcher de lui; il a eu des paroles ms (sonnantes pour la dame do Montlévis.

Qu'est-ce que la daine de Montlévis?

Une belle femme qui n’a pas trente ans, et que le maréchal aime à ses heures , qu’il couvre d’or et de pierreries, mais à la condition du la malmener comme on malmène un levrier favori qui vous importune de ses caresses.

Pourtant ses courtisans ne se sont point rebutés, et l'oreille distraite de Biron entend un vague murmure qui ne lui déplairait pas, s’il était de meilleure humeur.

lin gentilhomme do robe, conseiller au parlement de Dijon et qui revient de Paris, ou le roi lui a donné audience, ne s’est pas gêné pour dire que le Louvre était une masure auprès du palais ducal , que le roi vivait comme un homme de peu, sans valetaille et sans courtisans, qu’il mangeait du fromage de chèvre comme un Basque, et jouait à l’hombre avec le premier seigneur venu.

El les courtisans de Biron murmurent que le maréchal, s'il était roi, s'acquitterait mieux de son métier; et le maréchal entend chuchoter autour de lui des paroles qui lui donnent le vertige.

Pourquoi donc est-il do si mauvaise humeur?

Pourquoi cet homme qui semble fait pour ceindre une couronne est-il ce soir si ennuyé, si sombre?

Un page seul le sait.

Ce page, c’est un jeune drôle du quinze ans, qui sert de valet de chambre au maréchal , couche auprès de son lit, le suit partout, lui verse à boire et connaît toutes scs pensées, môme le» plus secrètes.

Ce page a uom Florimond.

Pour lui seul, depuis qu'il est à table, le maréchal a daigné desserrer les lèvres.

— Tous ccs gens-là m’ennuient, dit enfin le maréchal , en regardant les groupes de courtisans rangés à distance et qui assistent respectueusement à son souper.

Ce mot suffit à Florimond.

Il fait signe à un chambellan et lui dit :

— Faites donc retirer tout le monde. Monseigneur a la migraine et le bruit l’agace horriblement.

Comme s’envole un essaim d'abeilles dont on renverse hi ruche, la salle des Étals s’est videe en un clin d'œil.

Le maréchal est seul, seul avec son page, en présence de son souper auquel il touche à peine.

Et Florimond, qui est le seul peut-être, en ce palais, quo le regard du maréchal ne fasse point trembler, Florimond, qui a son franc parler de page et de favori, dit alors :

— Monseigneur, il est triste vraiment de voir un puissant ■seigneur comme vous et qui se fera roi quaud il le voudra, s'ennuyer comme un simple fauconnier un jour de pluie.

— Ah ! tu crois que je m’ennuie? dit Biron.

— Oui, monseigneur. La preuve en est que Mme de Montlévis...

— Ne parlopas d'elle...

— Pourquoi? demande le page qui ne s'est point effarouché de voir Biron froncer le sourcil.

— Je ne l'aime plus.

— Ah!...

Et le page souriant, ajoute :

— Je m'en doutais. .

Biron est retombé dans un farouche silence; puis, tout a

coup relevant la tète :

— Florimond?

— Monseigneur...

— Depuis combien do temps fjdTin est-iJ parti?

— Depuis dix jours, monseigneur.

— Que le diable l'emporte! je le congédierai quaud il reviendra.

— ‘ Et pourquoi cela, monseigneur ?

— Parce que je ne veux plus d'un secrétaire qui me rjuitte tantôt pour aller engranger ses foins, tantôt pour faire scs vendanges , ou bien pour couper ses buis II est trop riche, mous Laflin, et il s'occupe plus de scs affaires que de mon service.

— C'est égal, reprend Florimond, si M. de Laflin entrait eu ce moment, la colère de Voire Seigneurie tomberait.

Le maréchal ne répond pas. Il est retombé dans ni rêverie.

— Monseigneur, dit encore Florimond, après un silence, si j'osais dire ce que je pense...

— Plail-il? fait le maréchal.

— Ce que je crois.

— Hein?

— Ce que je sais...

— El que sais-lu donc , drôle ?

— Que Voire Seigneurie n’aime plus Mme de Montlévis.

— Parbleu ! je te l’ai dit.

— Mais que Votre Seigneurie a un autre amour au cœur.

Lu maréchal a tressailli.

— Qu'en sais-tu, petit drôle? fait-ii sans colère.

— Dame! répond Florimond, si Votre Seigneurie daiguc m’écouter.

— Parle.

— Je couche au pied du lit de monseigneur...

— Boni Après?

— J’ai le sommeil léger.

— Ah ! ali !

— Un rien me réveille, et, la nuit dernière, la voix de Votre Seigneurie m’a fuit ouvrir les veux. Je me suis levé, • roymt que vous aviez besoin de moi , monseigneur; mais j’ai vu quo vous dormiez.

— Ali!

— Seulement vous rêviez tout haut.

LA SECONDE JECNESSE

— Et tu as écoulé ?...

— Dame ! monseigneur.

— Et de qui parlais-je en rivant?

— Ma foi, monseigneur, dit Flnrimond, je vais peut-être encourir votre colère , mais il m'a semblé que Votre Seigneurie parlait d'une femme dont il était éperdument •moureux, et il a prononcé plusieurs fois le mot de couvent, ii’oii j’ai conclu que celte femme pourrait bien être une nonne.

A ccs derniers mots, le visage du maréchal se colora «oui me celui d'un écolier pris en faute.

Le page Florimond eut un petit moment d’inquiétude.

Biron fronçait le sourcil après avoir rougi, —Biron ne répondait pas.

Le maréchal était un des hommes les plus colères et les .plus violents do son époquo; et bien que le page eût son franc parler habituellement, il n’en avait pas moins été rudoyé quelquefois et <k la belle manière*

Mais, ce jour-là, Florimond en fut quitte pour la peur.

Tout au contraire, après un moment de silence et d'embarras, Biron releva la tête, regarda son page et lui dit:

— Ab! tu crois que je suis amoureux d'une nonne?

— Dame ! fit le page.

—Je ne sais pas si elle était nonne, poursuivit Biron, ou simplement nonnette, car jo ne l'ai vue qu'une seconde, et comme à travers un éclair, mais je te jure bien quej’cn ai été ébloui.

— Oui-dà ! dit Florimond.

Le page avait pris son air le plus familier, son sourire le plus engageant, et certes, le maréchal ne demandait sans doute pas mieux que de lui faire ses confidences.

— Il y a de cela près de deux ans, dit Biron.

— Teste ! monseigneur, fit le page. Alors, c’est un amour sérieux...

— Je ne sais pas si c’est de l'amour..*

— Oh ! quand on se souvientd'unc femme au bout de deux ans...

— C’est-à-dire, reprit Biron, que je l'avais presque oubliée; mais voici deux jours que son image ce présente à mot sans cesse. Pourquoi? Je n’en sais rien.

— Je le sais, moi. dit Florimond en clignant de l’œil.

— Tu es donc bien expérimenté en ces matières, petit drôle? dit le maréchal.

— Heu ! heu!

— Alors, explique-moi...

— C’est tout simple. Votre Seigneurie n’aime plus Mme de Montlévis.

— Après?

— Et le cœur de Voire Seigneurie se trouvant vide. Je souvenir de la nonnette lui revient.

Biron soupira.

— Monseigneur, continua Florimond, qui sc sentait prendre tout à coup de l’importance, il y a un malheur dans tout cela.

— lequel?

— C’est que, n'étant pas suffisamment au courant, jo ne pourrai donner à Votre Seigneurie un bon conseil.

— Et si tu étais au courant?

— Dame ! si jeune que je puisse être, j’ai quelque expérience en matière d'amour, ayant été aimé jmr une belle dame qui approchait de lu quarantaine, laquelle m’a instruit fort convenablement sur toutes les affaires de cœur et de sentiment.

— C'est-à-dire que lu voudrais savoir l’histoire de la petite nonne?

— Dame!

Biron se versa à boire, soupira une fois encore, et dit:

— Eh bien! écoute-moi.

Le page appuya ses deux coudes sur le dos d'un fauteuil placé en face du maréchal, et attendit.

— Tu sais, dit-il, qu’il y a deux ans nous étions encore en guerre avec le duc de Savoie ?

—Ce qui 11e peut manquer de recommencer, observa Florimond.

— Peut-être. J'avais passé la Saône et j’avais livré bataille aux troupe* du duc.

— Lesquelles s’étaient retirées en désordre, dit Florimond.

—Naturellement, fil Biron, qui n était pas modeste. Je rentrais donc avec mon armée victorieuse, traversant les villes et les villages, et acclamé partout sur mon chemin par une population en délire.

A Mâcon, l'enthousiasme était à son comble. Le populaire entourait mes gentilshommes et se pressait jusque sous les pieds de mon cheval.

Jamais le roi Henri, qui se vante pourtant d’être le prince le plus populaire du monde, n’a eu pareille réception.

Dix fois on faillit m’enlever de ma selle et me |H)rter sur les épaules.

J'arrivai ainsi jusque sous les murs d'un couvent.

La mère abbesse était sortie sur le seuil de sa sainte maison pour me complimenter et m’offrir des fleurs.

Mais la mere abbesse était vieille et laide cl sa harangue ennuyeuse.

Ce qui fit que je me mis à regarder autour d'elle, dans l'espérance d'apercevoir uu visage plus réconfortant que le sien.

Et tout à coup j’nperçus, derrière les grilles d’une «les fenêtres du cloître, une adorable tète blonde, un ange....

— La plus jolie femme qu’ait jamais vue Votre Seigneurie, sans doute ?

— Assurément, dit Biron; je ne sais pas si elle me vit, car cela eut la durée d'un éclair; mais il me semblait que Dieu m'avait ouvert un coin de son paradis pour me montrer un doses anges?.,.

— Et depuis lors?...

— Depuis lors, poursuivit Biron, je songe à ce visage idéal, et il y a des heures où il me prend une envie furieuse d’aller mettre à sac lo couvent pour m'emparer de la nonnette et en faire une maréchale.

— lié ! hé ! dit le page, cela m’explique, monsieur, pourquoi Mme de Monllévis a perdu tant de terrain depuis quelques mois.

— Bon! fil le maréchal; mais que ferais-tu à ma place?

— A peu près ce que Votre Seigneurie comptait faire.

— Tu mettrais le couvent à sac ?

— Non pas précisément.

— Alors que ferais-tu ?

WJ ROI IIEMil

M» foi, moiwcign'-or. jo **U peoWtiv encourir rotre colore (Page U.)

— Je me dirai» que je suis gouverneur de Bourgogne.

— Fort bien.

— Que j'ai, coi: me tel, le droit d'entrer partout, même dans un cloître.

— Et puis ?

— Et je m’en irais rendre visite à la mère abbesse.

— Mais...

— Généralement, continua Florimoml, ces pauvres filles sont des filles de noblesse qu'une famille barbare condamne à la vie monastique. Je voudrai» passer le couvent en revue, puis quand je l'aurais aperçue, — c’est de la nomiclle que je parle — je lui voudrai» parler eu particulier.

— Mais la règle du couvent?

— Un maréchal de France est au-dessus de la règle.

— Et la mère abbesse?...

— Je lui offrirais deux mille cous d'or pour son couvent, et elle me céderait la nonnette sans difficulté.

— Tu crois?

— Certes oui, dit Florimond.

Et comme le front de Biron s'éclaircissait, il se fil du bruit à la porte de la salle et on entendit la voix du chambellan qui disait :

**- Je vous répète, mon gentilhomme, que mnnynsneur le maréchal est à souper et qu'il ne vous peut donner audience.

— Et je te dis, moi, maroufle, répondit une voix fortement empreinte de l'accent gascon, que si le maréchal soupe, cela tombe’ à merveille, car je vions justement pour souper avec lui.

— Jésus-Dieu! s'écria Biron, je reconnais celte voix.

En même temps la porte s’ouvrit, et un gentilhomme qui avait pris le chambellan par les épaules et l'avait jotédecêté, entra bruyamment, disant :

— Ventre-saint-gris, monsieur mon cousin, on entre plus facilement au Louvre que dan» votre palais ducal.

— Noé ! exclama Biron.

— Bonjour, cousin, dit Noé, qui vint embrasser le maréchal. As-tu encore de quoi souper? je meurs de faim l

Et Noé se mit à table, au grand scandale des courtisans demeurés à la porte et qui se demandaient quel pouvait être ce Gascon effronté qui leur passait sur le corps et eu agi?- »ail ainsi sans façons comme un homme qui n'avait qu'un mot à dire pour être roi ! . ..

L\ SECONDE .1 H l’N LISSE

Biron et Noé étaient cousins, et, du plus, compagnons •l'armes.

Pendant dix ans, ils «'étaient butins côte à côte auprès du oi Henri, leur ami et leur maître.

Aussi le front du marédial se tk*rida-l-il complètement û m vue du Gascon, et il s'écria :

— Vivo Dieu ! je ne croyais pas que la journée Unirait si bien pour moi, Noé, mon bel ami.

— Cousin, répondit Noé qui avait retrouvé toute sa verve gasconne, voici deux mois que j'ai reçu votre lettre, et je ine suis mis en route.

— Tiens 1 interrompit Biron, pourquoi no me tutoies-tu plust

— Dame ! fit Noé, un maréchal de France.

— Peul» I

— Un petit roi...

— Imbécile!

— Depuis Sens jusqu'ici, continua Noé, on ne parle que de toi, au point quon commence jwir en être tout lier.

— Ah!

— Et qu'on finit par en avoir les oreilles rompues.

— Merci bien, dit Biron. Tu n’as pas changé, cousin, tu es toujours moqueur un brin.

— Oh ! rien qu’un brin, fit Noé. Je suis môme très-sérieux, à mes heures . La preuve en est que j'ai laissé ma femme et mes quatre enfants, et ma maison de Nérac, dans laquelle j'ai grand besoin de faire des réparations, et que je ine suis mis en route avec mou écuyer Luraazou, à la seule tin de répondre à ton invitation.

Le inaréclml tendit la main à Noé.

— Tu es un bon cousin et un aimable ami, dit-il. Mais comme tu dois t’ennuyer dans ta maison de Nérac!

— Pas du tout.

— Tu u'as donc plus l’humeur batailleuse ?

— Non. D’ailleurs, le maître n’a pas besoin de moi.

— Le maître ! Comme tu y vas ! lit Biron eu plissant dédaigneusement les lèvres.

— Dame! fit Noé.

» Henri de Navarre, après tout, poursuivit Biron, u'élait que notre compagnon, et s'il est roi de France, c’est que nous l’avons voulu.

— Bail ! dit Noé, il a bien fait, lui aussi, quelques petites choses pour cela. Mais écoute, cousin, si tu m’en crois, nous ne parlerons pas de lui; je te counaU, lu passeras la vie à médire du roi et à le servir fidèlement, ce qui est un trait du caractère gascon.

— N’es-tu pas Gascon comme moi ?

— Il y a Gascons et Gascons, cousin. Los bons et les mauvais.

— Quels sont les bons?

— Ceux de Nérac et de Pau.

— Et les mauvais?

— Ceux de Bordeaux et du Périgord. Tu es PérigourJin, n'est-ce pas, maréchal.

— Après? dit Biron.

— Après, si tu veux nous parlerons de toi, de ton luxe royal, de tes gentilshommes enrubanés de tes couleurs comme des bergères le dimanche, de ton gouverne; tient, dont on te conseille de faire un royaume et dans lequel, du reste, la justice est si mal rendue.

Noé disait tout cehi d'un ton moqueur, la bouche à demi pleine, car il ne perdait pas uii coup de dent.

— Qu'est-ce qüe tu chantes là, cousin? s’écria le maréchal piqué.

— La vérité, mon bel ami.

— La justice est mal rendue chez moi?

— Elle n’est pas rendue du tout!

— Oh! pur exempte!

— Et comme je n’avancc jamais rien que je ne puisse prouver, continua Noé, je te vais fournir le témoigna go do mes paroles.

— Parle.

— En venant ici, je me suis arrêté dans un manoir où il y avait deux pauvres orphelin», uno jeune lillc et un garçon de quinze ou seize ans.

— Eh bien ?

— Leur (>ère a été notre compagnon. Il se nommait le baron d’Arcy.

— Tiens ! dit Biron, il me semble que je me souviens de lui. Oui, nu bon vivant et un brave soldat.

— Précisément. 11 est mort riche, ses enfants sont pauvres.

— Comment cela peut-il se faire?

— Un tuteur les a dépouillés de leur héritage.

— Vive Dieu I fit le maréchal, il y a des tribunaux, un parlement dan» mou gouvernement de Bourgogne et s’ils s'étalent adressés à eux.. .

— Il» l'ont fuit, ou plutôt ils Font essayé.

— Eli bien?

— On leur a ri au nez, on leur a dit qu’une bouteille en verre ne se heurte pas à un canon, que les petits et les humbles comme eux ne doivent rien réclamer aux puissant*.

Biron eut un accès d’orgueil :

— Je ne connais de puissant en Bourgogne que moi, dit-

— Voilà où tu te trompes, cousin, dit Noé. Celui dont je parle est plus puissant que toi, et c’est pour cela que justice n’est point rendue aux orphelins.

Biron frappa de son poing sur la table.

— Te railles-tu, cousin ? dit-il.

— Non, certes, dit Noé.

— Tu prétends qu’il y a un homme plus puissant que moi en Bourgogne?

— Oui.

— Cousin... cousin...

— Si tu ne veux pas que je le croie, reprit Noé, qui avait conservé tout s»n calme, mande les orphelins auprèsdo loi et rends-lcur l’héritage dont on les a dépouillés.

— Mais où sont-ils, eus orphelins ?

— Ici même, dit Noé. Sûr que tu leur donnerais audience, je les ai amenés, et ils attendent ton bon plaisir dans la salle voisine.

— Je leur donnerai audience en effet, dit lo maréchal, et justice leur sera rendue, mais auparavant...

— Auparavant tu voudrais bien savoir le nom du cet homme qui passe pour plus puissant que toi dans ton gouvernement, reprit Noé d'un ton railleur.

— Oui, je veux lu savoir, s'écria le maréchal, dont les lèvres se frangeaient d’écume.

— El s’il l’est en effet, poursuivit Noê, puisqu'il n’est ni juge, ui gentilho unie qui ait osé venir jusqu'à toi pour plaider la cause des deux orphelins.

— Tu y viens bien, toi?

— Obi moi, dit Noé, j'ai toujours eu mon franc parier

avec tout ta monde. et ce n'est pas avec loi, cousin, que je mettrais une sourdine à ma langue, n'esl-ce pas?

— Mais 1e nom do cet homme? son nom? répéta Biron hors de lui.

— U s'appelle Laffin, dit froidement Noé.

— Laffln ! exclama ta maréchal; mon secrétaire?

— Oui.

— Ah ! ah ! ah ! Plus puissant que moi, lui ?

— Très-certainement.

— Ah ! ah ! ah !

Et Biron fut pris d’un rire nerveux.

— La preuve en est qu'il te fait faire ce qu'il veut, continua Noé, qu'il est au-dessus des tribunaux, au-dessus des parlements, et qu'à de certaines heures il te donne de mauvais conseils et voudrait faire de Biron, ta lidèle et Je brave, un traître à son roi et à son pays.

l,e maréchal était devenu horriblement pâle.

Noé se leva de lubie, courut vers la porte, l’ouvrit à deux battants et dit :

— Guillaume, Madeleine, venez, mes enfants! lo maréchal est dans un de scs jours de justice.

Les doux orphelins, vêtus de noir, entrèrent appuyés l'un sur l'autre.

Soudain Biron jeta un cri et recula, lui qui n'avait jamais rompu d'une semelle devant l'ennemi.

— La nounetle ! murmura-t-il en reconnaissant la jeune fille.

— Aïe! pensa ta page Fiorimond, M. de Laffin, qui a fait trembler tout le monde jusqu'ici, pourrait bien périr sous ta bâton, comme ta dernier des vilains!. .

UH

Si rentrée de Noé avait produit quelque émotion parmi tout ce monde de courtisans qui s'empressait dçns tas antichambres du maréchal, celte émotion parvint à son comble quand on vit que ta nouveau venu agissait connue chez lui et présentait les deux orphelins à Biron.

Le page Fiorimond, qui était un garçon d'esprit, ayant entendu son maître prononcer le mot de nonnetle, ne douta plus un seul instant que Madeleine et la jeune fille du cloître ne fissent qu'une seule et même personne.

Et Fiorimond, pensant que le maréchal, après lui avoir tait ses confidences amoureuses une demi-heure auparavant, serait peut-être un peu gêné avec lui maintenant, Fiorimond s’esquiva.

Seulement il avait tas grandes traditions des pages de lu bonne roche; s'il n’assistait jws à un entretien, il savait néanmoins n'eu pas perdre un traître mot.

En s’en allant par une porte à laquelle le maréchal tournait le dos, Fiorimond laissa retomber la ürajterie qui la couvrait, mais ne lerma point la porte, de telle façon qu’il entendit la conversation de Noé, de Biron et dos deux orphelins, ce qui le confirma de plus en plus dans l'opinion qu’il avait émise déjà, que M. de Laffin pourrai bien périr sous le bâton.

Quand Fiorimond pensa n’avoir plus rien de curienx à entendre, il s’éloigna sur la pointe des pieds, gagna un corridor, pénétra dans les antichambres et se mêla à la foule.

Là. tas commentaires allaient leur train.

Depuis qu'il était gouverneur de Bourgogne, ta maréchal n’avait jamais admis à sa table que de très-grands soigneurs, et comment pouvait-on supposer que ce gentillàtre vêtu de

gros drap, chaussé de Mies fnrlcs, portant un manteau poussiéreux, était un haut personnage ?

Quand on vit venir Fiorimond, on l'accabla de questions.

Fiorimond prit son petit air suffisant et dit:

— Mes chers seigneurs, vous êtes tous des bélîtres. Le gentilhomme qui vient d'entrer et à qui M. le maréchal a sauté au cou, est tout simplement M. le comte Amaury de Noé, son cousin, un Gascon plus noble que vous tous réuni», puisqu'il descend du vénérable patriarche qui planta la vigne, et l’ami très-particulier et très- cher de S. M. le roi Henri, notre maître.

« Par conséquent, je vous engage à vous incliner très-bas sur son passage, si vous voulez demeurer eu faveur, et je crois devoir prévenir ceux d'entre vous qui espèrent encore une audience...»

Fiorimond s’arrêta, partit d’un bon éclat de rire moqueur, puis ajout a:

— Ceux-là peuvent s’en retourner citez eux : M. ta maréchal ne recevra personne ce soir. Il passera la soirée en...

: famille.

— En famille ! exclama un chambellan.

— Ne vous ai-je pas dit que M. de Noé était son cousin?

— Mais cette jeune fille et ce damoiseau vêtus de noir?

— Ils seront de la famille aussi, s’ils n’en sont pas déjà. Par conséquent, bonnes gens, ajouta ta page avec l’impertinence d’un favori, rentrez au logis et ne faites pas de mauvais rêves.

Comme Fiorimond disait cela, un cavalier fendit la foule.

— Maître Fiorimond, dit-il, je vous trouve un peu osé, ce soir. Ali I vous dites «pie le maréchal ne donnera pas d audience... Eh bien! il me recevra, moi.

— Tiens I exclama Fiorimond, c’est monsieur Hénazé !

— Lui-même, dit avec hauteur ta favori do Lafiiu.

Et Rénazé voulut faire un pas en avant.

Mais Fiorimond se plaça devant lui.

— Cher monsieur Kénazé, dit-il, ai vous voulez pénétrer chez le maréchal, je suis prêt à vous annoncer, seulement...

— Seulement quoi ?

— S» voua êtes mal reçu, vous ne m’eu voudrez point, n'est-ce pas?

— Comment ! mal reçu ?

— Dame ! si vous saviez ce que je sais...

Et Fiorimond devint sérieux, et Hénazé ne put se défendre d'une vague inquiétude.

— Et que sais-tu donc, mai Ire drôle ? fit-il, conservant néanmoins son ton d’arrogance.

— Oh ! pardon, dit Fiorimond avec calme, si vous le prenez ainsi, passez, entrez chez monseigneur... vous verrez bien...

Uénazé sentit son inquiétude redoubler.

— Mais enfin de quoi s'agit il? demanda-t-il tout bas.

— Je voulais vous donner un conseil d’ami, vous ta prenez sur un tan... à votre aise, monsieur Rénazé. dit Florimond d'un tan moqueur.

— Au indus, dit Hénazé, pourrai-je parler à M. de Ijiffiu?

— M. de Laffin n’est pas à Dijon.

— Ahl

— Voici près de dix jours qu’il es l parti , et il aurait mieux fait de rester.

Ces dernières paroles firent tressaillir Hénazé. Il comprit qu’il se passait quelque choie d'extraordinaire, et, prenant Horiinond parta bras, il l'entraina dans une galerie voisine, de façon à n’être entendu de personne.

— Voyons ? dit-il, qu’est-ce qu'il y a T

— U y a que 11. do I-affm est en disgrâce.

Rénazé pâlit .

— 11 a une pupille, u'est-cè pas? continua Florimond.

— Vous savez cela ? fit Rénazé.

— Oui.

— Eli bien ?

— Il a dépouillé celle pupille et il veut l’épouser.

— Penh ! dit le favori, qu’est-ce que ça peut vous faire ?

— A moi, rien. Mais monsieur le maréchal a pris la pupille sous sa protection.

— fl la connaît donc ?

— Mieux que cela, il soupe avec elle en ce moment, et il la trouve à son goût... je puis mémo vous affirmer qu’il eu est amoureux.

— El elle lui a dit?...

— Que M. de Laffin avait voulu l'enlever et qu’il brûlait pour elle d'une flamme odieuse. Pendant ce temps, où est M. de Laffin? je l'ignore... mais il se serait cassé la jambe en sautant par lu fenêtre du manoir de la belle, une nuit où il l’a trouvée entourée de défenseur, que cela ne m'étonnerai! pas.

En attendant, cher monsieur Rénazé, ajouta Florimond avec un accent de compassion protectrice, vous êtes trop le favori de M. de Lafliu pour qu'il fasse bon pour vous chez monseigneur, et si vous m'en croyez...

— Mais j’arrive île Savoie.

— Eli bien! retournez-y.

— J’ai un message du duc.

— Donnez-le-moi.

— Non pas, dit Rénazé, je vais me mettre à lu recherche de M. I.aflin et nous verrons ensemble à faire face à l'orage.

— lionne chance ! dit Floriinond d'un Ion railleur.

— Au revoir, cher ami.

El M. Rénazé, qui tout à l’heure encore appelait le page maître Florimond, lui tendit humblement la tnain.

— Au revoir, très-cher, dit Florimond.

Et voyant Rénazé s'éloigner la tète basse, le page, qui avait appris un peu de latin chez un curé, murmura:

Sic transit ijloria mundi.

Ce qui voulait dire pour lui :

Ainsi patte la faveur de» courtisans.

flans l’esprit de Florimond, M. de Laffin et Rénazé étaient des gens h jamais perdus!

Maître Rénazé, comme il l’avait dit A Florimond, arrivait de Savoie.

Depuis qu’il s’était séparé de Goianr, à Mâcon, il ne s’élait plus arreté.

Aussi était-il en habit de voyage et avait-il laissé son cheval tout sellé aux mains d'un varict.

Depuis qu'il était si riche, le sieur Laflin ne se refusait aucun des plaisirs, aucun des fastes de la vie.

Non content d'avoir un splendide appartement dans le palais ducal, il possédait une maison de plaisance aux jMirtes de Dijon, et il s'y retirait chaque soir, quand le maréchal n'avait plus besoin de lui, pour y soupor avec do gais compagnons et des femmes aimables.

Rénazé s’était dit, en franchissant le seuil du palais :

— Laffin est peut-être à Del- Air.

C’èlail le nom de la maison de plaisance.

Aussi avait-il jeté sa bride à un varlet, lui commandant de lui tenir son cheval en main environ un quart d'heure, et si, au bout de ce temps, il ne l’avait pas revu, de le couduire à l’écurie.

Rénazé sortit doue du palais comme il y était entré, sans avoir vu le maréchal, sans avoir vu Lafliu, et couvuiucu qui ce dernier était en pleine disgrâce.

Or, Galaor avait fort bien déliai les échelons de celte mystérieuse influence qui partait de lténazé pour remonter jusqu a Biron.

Laflin avait une aveugle affection pour Rénazé, et Rénazé lui faisait faire ce qu’il voulait.

Lafliu, par contrc-cuup, avait si bien capté la confiance de Biron, que le maréchal sc rendait aveuglément aux conseils de son secrétaire intime.

Mais Rénazé n’avait directement aucune influence sur lu maréchal.

Aussi no songea-t-il point, après les» révélations de Florinmnd, h essayer de forcer la porte.

Biron aurait fort hicii pu faire tomber sur lui foule la colère qu'il ressentait contreM.aflin ; et il se hâta de sauter en selle et de quitter le palais où, désormais, il ne faisait pa> bon pour lui.

Il mil son cheval au galop cl courut à Bel- Air ventre à terre.

C'était une demeure seigneuriale, entourée d’un parc séculaire et de jardins h l'italienne remplis de statues.

Laflin, artiste à ses heures, y avait entassé des merveilles et des chefs-d'œuvre.

Chaque soir, ce palais au petit pied était étincelant de lumières, remplis des sons harmonieux d'un orchestre, retentissant d'orgies et d’éclats de rire .

Laflin s’amusait, ni plus ni moins que s’il eût été maréchal de France, comme Biron.

Mais, ce soir-là, Bel-Air était muet, plongé dans l'ombre.

Rénazé eut un battement de cœur.

— Après ça, se dit-il, peut-être Lafliu sait-il déjà sa disgrâce et se cache-t-il.

El il fît franchir à son cheval le pont-levis jeté sur le

fossé.

La cour était déserte ; les portes étaient fermées.

Rénazé sonna à tour de bras. Enfin, une lumière apparut à une croisée, et une voix demanda ce qu’on voulait.

Rénazé se nomma.

Un vieux domestique se hâta d'accourir.

— Où est Laffin? demanda Rénazé.

— Monseigneur est absent, répondit le valet.

laflin sc faisait donner du • monseigneur » par scs gens.

— Il ne saurait être absent pour moi, dit Rénazé en mettant pie il à terre.

— Mais, monsieur, je vous jure que monseigneur n’est

pas ici. ' i

— Alors, il est A Dijon ?

— Pas davantage.

Rénazé s'impatientait déjà, lorsque le vieux valet lui dit encore :

— Monseigneur est parti voici dix jours. U devait revenir au bout de quatre ou cinq. Cependant, en me quittant, il m'a dit: « Je pourrais prolonger mon absence et il faut prévoir le cas où M. Rénazé arriverait avant mon retour. »

Lnfdn m traîna ver» In jkjiU) armé de ** pUoteU. (Page 35.)

— Ali 1 «lit Rénazé' il l'a dit cia?

— Oui. monsieur, et il in’a laisse un message pour vous.

Tout on échangeant rca quelque* mob, Héuazé avait

lais» 1 son cheval à la porte et il avait suivi le vieux valet dans la maison.

Celui-ci ouvrit sa souqucnille et retira de son sein un billet scellé aux armes de l.aflin et adressé à Kénazé.

Kenazé l'ouvrit.

l.aflin disait :

« Mon cher enfant,

« D'abord, je ne voulais, en épousant Madeleine d’Arcy, ma pupille, que me mettre à l'abri des réclamations de son frère. Mais, comme les papillons, je me suis brûlé à la chandelle, et j'éprouve pour elle une passion violente et sauvage, qu'il ne m'est plus possible de maîtriser. Je pars et, dussé-je l’enlever, dussé-je tout mettre à feu et h sang, elle m'appartiendra. Ce mol, pour le cas où je ne serais pas revenu quand tu arriveras de Savoie, où, je l'espère, tu auras fait de la bonne et utile besogne.

a Ton dévoué,

a Lai- un. »

Cette lettre plongea Héuazé dans la stupeur.

évidemment, l.aflin était parti pour nu- lire sou projet à exécution.

évidemment encore, le projet avait échoué, puisque, au dire de FJorimond, Madeleine se trouvait à Dijon et jouissait auprès du maréchal d'une grande faveur.

Qu'était donc devenu Laffin ?

C'était à croire qu'il était tombé dans quelque embuscade ot avait succombé sous les coups des protecteurs de la jeuue fille.

Rénazé, ce jouvenceau efféminé et qui, au dire de Calaor, avait plutôt les allures d'une fille que celles de son sexe, était cependant doué d’une certaine énergie.

Ensuite, il avait pour l.aflin une amitié non moins dévouée que celle que Laffin lui portait.

— Donnez-moi un cheval frais, «lit-il au vieux domestique.

— Où allez-vous donc? demanda celui-ci, qui le vit en proie à une vive émoticr .

j — A la recherche de ton maître, qui est mort ou mourant pour sûr, répondit Bénazé hors de lui.

lii quart d'heure après, il était en selle et courait sur U route d'A vallon.

94* livrai son»

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