‹ La seconde jeunesse du roi HenriChapitre 5 sur 28 · I.À SECONDE JEUNESSE · texte numérisé non relu

I.À SECONDE JEUNESSE

Il Tallail deux jour# pleins pour atteindre ccttc dernière i

ville.

Rénazé changea cinq fois de cheval en roule, prit A peine un peu do nourriture, dormit en selle et arriva le surlendemain matin, & la pointe du jour, en vue d'Avallon, la vieille ville féodale, qui domine un paysage agreste qu'on dirait emprunté à un cauton de la Suisse.

Là, Rénazé était sûr d'avoir des nouvelles de LafOn.

Laflin avait un ami à A vallon, un ami sûr, et cet ami était le supérieur d'un couvent de moines.

Rénazé entra dans lu ville aussitôt que les portes on furent ouvertes, et s'en alla soulever le heurtoir de la porte du monastère, avec la conviction que l.affin était là blessé ou mort.

Les moines de ce temps -là n'étaient pas gens scrupuleux, ainsi qu’il appert des écrits du joyeux curé de Meudon.

Le supérieur du couvent à la porte duquel frappait Rénazé, était un aqrien soldat, tour à tour huguenot et catholique, et qui, pour échapper h une condamnation à moi! prononcée contre lui, avait endossé le froc.

Cet homme se nommait dorn Bazin.

Lnfliii le protégeait, depuis un certain jour ou, avant besoin d’un clerc qui lui minutât de faux actes do propriété pour couvrir ses spofalions d’une apparence de légulilé, il avait trouvé en lui une plume complaisante et docile.

I.uflin, devenu tout-puissant, n'avait pas été ingrat , et IVvfque d'Avallon, sur ses instances, avait nommé supérieur le soudard devenu moine.

liétiazc savait cela.

II savait en outre que, dans ses précédentes tentatives de séduction dont Madeleine était le but, Laffin avait établi dans le couvent son quartier général.

Aussi Iténazé entra-t-il comme un ouragan sous le préau du monastère.

Les moines étaient en prières; mais le supérieur vidait un flacon de vieux vin dans sa cellule, en compagnie d’un reitre, son ancien frère d’armes, qui l'était venu visiter.

— Où est Laflin ? répéta Rénazé.

Dom Bazin ouvrit de grands yeux.

— ( '.oui ment! monsieur Rénazé, dit-il, c’est vous qui me lo demandez?

— Sans doute, lit Rénazé, dont ]emoüon était à son comble.

— Mais je n'en sais rien. Voici huit jours que je l’attends et je n'entends jioint parler de lui.

Alors dorn Ihizin racôula à Rénazé que M. de Laflin avait soupé et couché au couvent en venant de Dijon, puis qu’il était parti avec l'intention de faire visite à sa pupille la demoiselle d'Arcy ; que, deux jours après, le sieur Laffin lui avait envoyé un message en toute bùt» par son écuyer.

Ce message apprenait à doin Marin qu'il se proposait d'enlever Madeleine dès la nuit suivante et de la conduire au couvent où, sans désemparer, lui, dom Bazin, lui donnerait la bénédiction nuptiale.

— Eh bien? dit ltéiiazé.

— Eli bien! répond:! dom Uazin, voici huit jours «le

cela.

— El vous n'avez pas vu Laflin ?

— Je l'attends encore.

U* pressentiments de Rénazé devenaient do plus en plus sombres.

— Ecoutez, dildoin Bazin : s'il est arrivé malheur à M. de Laffin, il est des gens qui doivent le savoir. Ce sont des gentilshommes qu’on appelle les Beauregard.

— Je les connais.

— Vous savez où est situé leur castel?

— Oui.

Rénazé prit quelque nourriture au couvent, se procura un cheval fraisetse remit en roule.

Il chevaucha à travers bois et vallées, laissa le manoir d'Arcy sur la droite, s'enfonça dans le# vaste* forêts qui s'étendent entre l'Yonne et la Cure, et arriva entin, coinnu- le soleil allait quitter l’horizon, en vue de ce castel ruiné, j»erché sur un roc aride et dans lequel les Mawoais-CEils avaient établi leur retraite d’oiseaux de proie.

Le inanoir parut plus sombre et plus triste encore que de coutume & Rénazé, car ce n’était pas la première fois qu'il y venait.

Au bas du rocher, un pâtre faisait paître un maigre troupeau.

Rénazé l'interpella:

— Eli ! maraud, lui dit-il, sais-tu si les seigneurs de Beauregard sont en leur demeure?

Le pâtre avait un esprit farouche »

— Il n’y en a plus que deux, dit-il.

— Où sont les deux nuire*?

— Ils sont morts.

Celte réponse confirmait les sombres appréhensions de Rénazé.

— Et quels sont ceux qui survivent? demanda-t-il.

— (T est le père et le plus jeune fils.

— De quoi donc sont morts les autres?

Le pâtre ne lui répondit pas et lui tourna le dos.

Rénazé, le cœur serré, monta le chemin abrupte qui pentait le long du roc.

La porte du manoir était ouverte et Rénazé entra.

Personne n’accourut à sa rencontre.

Il laissa son cheval dans la cour, entra dans une pièce, puis dans une autre, et entin arriva en une sorte de bouge infect d’où partaient des gémissements et des imprécations.

C’était le vieux Beauregard qui tordait sur un lit de douleur.

Auprès de lui, son plus jeune fils, le seul survivant, se tenait debout, sinistre, muet, menaçant.

— Où est laffin? répéta Rénazé en entrant.

A ce nom, le vieux Beauregard se souleva.

— Laflin? dit-il, vous demandez Laflin?

— Oui, dit Rénazé.

— Il m’a fait mettre en cet état... oh 1 le bandit... et ou m’a tué deux de mes fils à son service, ajouta le vieillard avec un arcent de haine.

— Où est-il? répéta Rénazé.

— Je n’en sais rien. Allez au diable !

Rénazé fut pris d’une colère folle :

—Misérables ! dit-il, c’est mon iftailrc le maréchal de Biron qui m'envoie, et si vous uc me dites où est Laflin, vous serez rompus vifs.

Celle menace produisit son effet.

— Je sais où il est, moi, dit le fils Beauregard.

— Est-il vivant?

— Oui, mais il n'en vaut guère mieux.

— Eh bien! dit Rénazé, mcoez-moi auprès de lui, si vous ne voulez pas faire connaissance avec le bourreau.

— Que le bourreau vienne doue! exclama le vieux Beauregard.

JT*

l-i» (ils haussa les épaules.

— Père, dit-il, nous avons joué de malheur, niais ce n'est point la faute de M. do Lafün.

Et sc tournant vers Ré mué :

— Suivez-inoi, ajouta-t-il.

Réimzé crut que M. de Laffin, blessé comme le vieux Doauregard, était couché dans une chambre du manoir.

Le dernier survivant des fils du M'iuvuin-vEil sortit de la chambre où son père continuait à blasphémer, gagna lu cour et dit à Remué :

— Vous pouvez remonter à cheval.

— Comment! ht celui-ci étonné, Lafiin a 1 'est pas ici?

— Non.

— Où est-il donc?

— Je vous dirai cela en chemin.

Et le fils du Mtiuvais-UEil prit une arquebuse et la mit sur son épaule, «joutant :

— Nous avons un bout de chemin à faire.

Rénazé, conduit par cet homme, redescendit donc le sentier taillé dans le roc, au bas duquel il avait rencontré le {titre.

Le fils du Mauvais-dit l marchait à côté de lui.

— Savez- vous seulement ce qui s'est passé? dit-il, tandis (pie Rénazé rassemblait son cheval pour l'empêcher de buter.

— Non, dit Rénazé.

— M. de Lafiin est venu ici un soir, et il nous a dit qu'il voulait enlever la petite du niauoir d'Arcy.

— Bon!

— Nous sommes montés à cheval, la nuit veuue. Nous avions reçu une lettre de la cousine Cuuégonde qui nous apprenait que le frère était parti, et que la petite était seule.

— Eh bien? fit Rénazé.

— Quand nous sommes arrivés, il y avait cinq démons au manoir, quatre hommes et une femme, qui a tiré sur nous des coups di; pistolet. La bataille a été rude. Mes frères ont été tués ; mon père a reçu une urquebusude dans les reius,

— Mais Laffin ?

— Lafiin avait un masque sur le visage. Il a sauté par une fenêtre et il est tombé dans un fossé, où il s est cassé la jambe.

— C’est tout le mal qu'il a?

— Oui.

Rénazé respira.

— 11 est demeuré trente heures dans le fossé, caché sous les hautes herbes. Ce n'est que pendant la nuit qu’il a pu en sortir, et il s’est traîné dans une maison de bûcheron qui est au milieu des bois.

— Et c’est là qu’il est ?

— C’est là. Je vais lui porter à manger chaque soir, et comme je suis un peu chirurgien, je lui ai remis sa jambe à l’aide d’éclisses faites avec l'écorce d’un bouleau.

— El cette maison est-elle loin?

— A une lieued’ici.

Rénazé était désormais plus tranquille. Laffin vivait. Laffin guérirait et il preudrait certainement sa revanche.

Au bout du sentier et au luis du roc, lu fils Bcaurugard fit prendre à Rénazé le chemin des bois.

Puis une fois eu forêt, il le guida à travers de hautes fu* l.ûos et des huiliers prevue impénétrables.

Au bout d'une heure, il lui montra quelque chose de blanc à travers les arbres.

— t^esl là, dit-il. Vous n’avez plus besoin du moi.

Et il s'en alla.

Rénazé n’avait pas cherché à le retenir, il aimait tout autant être seul avec Lafiin.

Il marcha droit à la maison que le Beauregard lui avait indiquée.

Los pas du cheval sur les feuilles mortes du bois firent tressaillir M. de Laffin.

Celui-ci était couché sur un amas de fougères; il se traîna vers la porte, armé de ses pistolets.

En reconnaissant Rénazé qui mettait pied à terre, il jeta un cri de joie.

Rénazé se jeta à son cou .

—Maître, disait le jeune homme avec émotion, voici Jeu:: jours et deux nuits que je vous cherche.

— Ah ! dit Lafiin.

— El je vous ai cru mort.

— Il est de fait que je l'ai échappé belle, mon enfant.

M. de Lafïin raconta à Rénazé dans tous ses détails l'aventure du ma noir.

— Maître, dit alors Rénazé, savez-vous quel était ce gentilhomme avec lequel vous avez croisé le fer?

— Il me l’a dit, mais je l’ai oublié.

— Il s'appelle M. de Noé.

— Ah!

— Et il est cousin de M. de Biron.

— Que m’importe ?

— Et il a conduit les deux orphelins au maréchal.

Lafiin fronça le sourcil.

— Qu'en sais-tu? dit-il.

— J’arrive de Dijon, et ils soupaient ensemble.

— Vraiment!

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