I-afïiii tomba en une rêverie profonde
Puis, relevant la tête :
— J’avais un masque sur le visage, dit-il, et je n'ai pi* prononcé un mut.
— Eli bien?
— Je dirai au sire de Nbé, s’il m’accuse, qu’il en a menti et je le provoquerai.
— Oui... niais les biens?
— Je prouverai à M. de Biron que je ne me les suis jamais appropriés et que si je les détiens encore, c’est que Guillaume est un enfant et que je suis son tuteur.
Le calme de Lafiin passait peu à peu dans l'esprit de Rénazé.
— Vois-tu, reprit le premier, quand on se nomme Laffin on est maître absolu de cette pauvre mouche du coche qui s’appelle Biron, et je ferai chasser de Dijon le Gascon qui ose se placer sur mon chemin.
— Mais il faut se hâter, dit Rénazé.
— Dans huit jours je serai on état de monter à cheval, répliqua Laffin.
— Et dans dix nous serons à Dijon ?
— Sans doute.
Laffin s'assit sur son lit de fougère et ajouta :
— Tu reviens de Savoie?
— Oui.
— Eli bien! parlons politique.
El Lafiin reprit son «abne et son impassibilité ordinaires.
Rénazé n'avait pas quitté son aumûnière durant ce long
voyage.
Il la portait suspendue à sa ceinture, et il y prit la lettre du duc de Savoie au maréchal.
— Comment ! dit î.aflin, tu os passé par Dijon et lu n’as pas fait tenir le message deM. de Biron?
— Non; j’ai pensé qu’il valait mieux, auparavant, de conférer avec vous.
— Au fait, tu as raison peut-être. Mais sais-tu ce qu’elle contient, celte lettre?
— Des banalités, des compliments, rien de précis. C’est vous qui êtes chargé dos négociations.
— Aii ! le duc m’a écrit?
— Parbleu !
Et Rénazé ôta son pourpoint et sc mit à en découdre une couture avec la pointe de sa dague.
— Mais, dit encore Laflin, tandis que soi» favori se livrait à celle liesogite, qu'as-tu fait de Galaor?
— Je l’ai quitté à Dijon.
— A-t-il assisté à tes eut revues avec le duc do Savoie?
— Charles-Emmanuel l a traité en ambassadeur, lui a douné des fêtes, cl n’a conféré qu’avec moi.
— Eufin, dit M. de Eaflin, comment le duc entend-i! sortir de l’affaire du marquisat de Saluces?
— Voilà ce qui va vous l’apprendre.
El Hétiuzé tendit à son inailrc la lettre particulière du duc de Savoie qui portait cette inscription :
A UK'ii fhü et ami le seiijncxtr de La f fin.
— Peste! dit l.affin, le duc doit avoir joliment besoin de moi.
El il rompit le sccl du message.
la» lettre contenait les propositions dont Halaor avait déjà parlé au roi.
Le duc oITrail à Biron la main tic sa lille, son concours pour le déclarer indépendant et roi de Bourgogne, et il apportait la Bresse à ce royaume, comme cadeau de noces
— Voilà pour le maréchal, dit badin, interrompant sa lecture. Voyous maintenant ce qui me concerne.
Le duc de Savoie offrait à M. de I.aflin une somme de six cent mille livres, le grand cordon de son ordre de Saint- I .autre, réuni à celui de Saint-Maurice, en l’un 1572, par son prédécesseur le duc Emmanuel Philibert; en outie, sa protection auprès du maréchal, si besoin était, pour que le nouveau roi de Bourgogne le conservât en qualité do premier ministre ; le tout ù la charge dudit sieur do l.afliu de décider e maréchal de Biron à déserter la cause du roi de France et ù accepter les propositions du duc de Savoie.