‹ La seconde jeunesse du roi HenriChapitre 7 sur 28 · I.aflin ue répondit («as · texte numérisé non relu

I.aflin ue répondit («as

— Six cent mille livres et minière du roi de Bourgogne! c’e>t un joli lot, continua Iténazé.

— C’est un rêve, dit Laflin, qui releva tout à coup la tête.

— Un rêve!

— Oui, insaisissable.

Iténazé se récria.

— Mon enfant, dit alors I.aflin, connais-Lu bien Birou comme moi? C'est une rude épée et une pauvre cervelle. Il

rt st fort comme Mars lui même et il a l’esprit irrésolu d’une terame. S’il se décidait un jour à trahir le roi de France, il s’en retentirait le lendemain et irait lui demander pardon è genoux .

— Oh! fil Rénazé.

— Nous pouvons, pour servir le duc de Savoie, donnei au maréchal de mauvais conseils et, vienne la guerre, faire avorter ses opérations militaires, mais nous ne 1’entrainerom que difficilement dans une révolte franche et ouverte.

— (jui sait? dit l’astucieux Rénazé.

— Ensuite, dit encore Laflin, je va ii te dire toute ma pensée.

— Parlez, maître.

— Biron est roi au petit pied, un vantard et un gascon. A l’entendre, il n’aurait besoin de personne pour aller prendre Paris d’assaut, entrer au Ixmvre, jeter le roi par la fenêtre et se mettre à sa place.

« Quand les gens du Périgord se mêlent d’être gascons, ils ne le sont pas à demi.

« Mais si pareille folie était tentée un jour, Biron ne prendrait ni Paris, ni le Couvre, eût-il avec lui l’armée tout entière et le duc de Savoie, qui se fait des illusions gigantesques. Le roi Henri monterait à cheval, la France se soulèverait comme un seul homme; il n’v aurait plus ni huguenots ni catholiques, mais une nation rangée autour de son roi légitime et par cola même invincible

« Et sais-tu comment cela finirait?

— Comment? demanda Rénazé qui ne paraissait pas con vaincu.

— Le roi taillerait en pièces l’armée de Biron, si toutefois Biron en avait une; il s’eu irait à Chambéry brûler le château du duc, et il ramènerait celui-ci prisonnier au Louvre. M. de Biron aurait la tôle tranchée, et son secrétaire, le sieur de Laflin, serait pendu, car on ne lui ferait même pas l'Iwoneur du billot.

— Oh! par exemple! dit Rénazé.

— Quant à toi, mon enfant, tu serais rompu vif.

Et Laflin continua avec bonhomie :

— La sagesse humaine consiste à borner ses désirs. C’est un joli emploi que celui que j’ai auprès du maréchal. Il règne et je gouverne. Il a la gloire, moi les profits. Dans dix jours, nous serons à Dijon et, une heure après, le maréchal, convaincu que je n’ai jamais voulu que le bien de ma pupille, me la donnera on mariage.

— Mais comment expliquerez-vous la bagarre du manoir d’Arcy ?

— Peuh! dit Laflin, rien n’est plus facile. Les Bcauregard sont des bandits de grand chemin. Ils auront attaqué le manoir, non pour enlever Madeleine, mais pour piller. I.a preuve en est que deux ont été tués sous les murs du château.

— Et les deux autres?

— On les pendra.

— Et s’ils vous accusent?

— On ne les croira pas.

— Vous avez réponse à tout, maître. El M. de Noé?

— Pour lui prouver que je suis un loyal gentilhomme, je lui montrerai la lettre du duc de Savoie.

Rénazé hochait la tète. Il aurait voulu voir son maître premier ministre.

— * Va, acheva Laflin, crois-moi : on ne se heurte pas impunément à ce Béarnais qui a commencé à n'avoir ni soldat, ni royaume, ni argent, et qui est devenu roi de France Biroti n’est pas de taille à se mesurer avec lui.

DU ROI 111. N R

Laffln avait envoyé à dom Baiin un

Huit jours après, Laffiu, houûrant encore, mais comprimant ses tortures, montait à cheval et prenait la route de T'jon, en compagnie de maître Rénazé, son favori.

Il ne se doutait pas alors que Noé et les orphelins avaient fait un joli chemin dans la faveur du maréchal.

Lafiin le rusé, Lafiin l’habile homme, n'avait pas vu poindre l’orage dans le lointain.

Lafiin ne savait pas encore que Biron aimait Madeleine et que le cœur de Madeleine était plein de lliron.

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La tranquillité d'esprit de M. de Lafiin ne pouvait être de longue durée.

Le premier jour tic leur voyage, Lafiin et Rénazé s’en étaient allés coucher k A vallon, chez leur bon ami dom Bazin.

mMMgc par *oo écuyer 'page 34).

Dom Bazin, on le sait, avait été soudard, puis il s’était fait moine. Mais il avait eu encore une autre profession.

11 avait été rebouteur.

Le rebouteur est un homme qui fait de la médecine et de la chirurgie sms être ni chirurgien ni médecin.

Il remet les entorses, guérit les fluxions, raccommode les jambes cassées.

Dom Bazin avait, en un tour de main, enveloppé îa jambe de M. de Lafiin d’un bandage merveilleux qui non seulement devait faire cesser la douleur, mais encore lui permettre «le faire une longue route.

Laffln et Rénazé avaient couché au couvent, puis étaient repartis le lendemain.

Le deuxième jour, ils arrivèrent à Semur, un peu avant la nuit.

Scinur, comme on sait, est sur un roc. Il y a la haute ville et le faubourg.

La rivière l'Annançon coule au pied de son vieux château.

M. de Uffin ne jugea pas utile de grimper dans la ville haute.

Il descendit à l'hôtellerie des Trois- liais , qui se trouvait hors des portes, au bord de la rivière.

Mais, tandis qu'un valet d'écurie s'emparait des chevaux, que l'hôte allumait ses fourneaux et qu'une jolie servante ^ .i l’u-il égrillard | iuinait une oie grasse, Laflin s'aperçut qu’une certaine animation tout à fait inaccoutumée régnait dans la petite capitale de l'Auxots.

Dot gens d'armes è cheval passaient au trot devant l'hôtellerie des Trois- Hois et entraient bruyamment dans la ville ; des pages aux couleurs de M. le gouverneur do la province. se montraient çù et h aux fenêtres des maisons.

Laflin et Hénazé étaient en liabit de voyage, couverts de poussière, et on n’avait pas fait grande attention à eux.

On ne connaissait pas Lnflin à Semur. ce qui paraissait extraordinaire, eu égard è sa haute position auprès du maréchal, mais ce qui s'expliquait surabondamment si on songeait que Laffin, quand il s'en allait dans l'Avallounais, évitait le plus possible les grandes villes, couchait dans les bourgades et ne tenait nullement à faire parler de lui.

Tel incognito permit à l.aflin, qu'on prenait pour un genlillôtrc des environs, de mj renseigner.

Il demanda donc co que signifiait tout ce mouvement, pourquoi ces pages, pourquoi ces gens d'armes ?

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