‹ La seconde jeunesse du roi HenriChapitre 8 sur 28 · hôtelier lui répondit · texte numérisé non relu

hôtelier lui répondit

— Personne ne le sait au juste. Ce matin on a vu et revu ici une troupe de gentilshommes et do pages qui sont montés au château et ont conféré longuement avec le gouverneur. Ce dernier était bien tranquille ordinairement , ma foi ! Mais depuis lors il est comme bouleversé. Il va et vient par la ville, embauche des ouvriers, fait ouvrir les fenêtres du donjon, épousseter les meubles, secouer les tapis, rajuster des tapisseries.

— Ah! vraiment? fit Laffin. Est-ce que quelque grand |>ersonnage. comme par exemple, le gouverneur de la province, viendrait visiter sa bonne ville de Semur ?

— Je me suis laissé dire, continua l'hôlelier des Trois -Pois, qui était quelque peu bavard, je me suis laissé dire que c'était une grande damo que M. I« maréchal aimait fort qui devait arriver ce soir ou demain et loger ici.

— Hou ! pensa l.aflin, c'est Mme de Moullévis qui s'en va dans sa terre du Charolais et fait tout ce fracas en chemin.

Et, rassuré, il cessa de questionner l’hôte et sc mit à table.

Hénazé ne paraissait point partager la quiétude de son maître.

Mais il ne soufflait mot.

Quand ils eurent soupé, ils allèrent se promener au bord de l’Armançon.

La nuit était venue et le château flamboyait de mille clartés.

— Ce brave gouverneur, murmura laffin, il doit être sur les dents. Cette belle Mme de Montlévis est si fière d’être la maîtresse du maréchal, qu’elle veut que chacun le sache. Pauvre gouverneur !

— Eh ! dit Hénazé, qui sait si c'est elle ?

— Qui veux-tu que ce soit ?

— Je ne sais pas... mais j’ai un pressentiment que ce n'est pas elle...

Laflin haussa les épaules.

— Nous le saurons bien demain, dit-il. Et puis, ce n’est pas une semblable péronnelle qui m’occupe. Je suis las, allons nous coucher.

Et M. de laffin, toujours tranquille, se mit au lit et s’endormit.

Mais, vers deux heures du matin, il fut réveillé en sursaut.

Un cavalier heurtait du pommeau de son épée à la porto do l'hôtellerie, criant :

— Eh ! marauds! ouvrez donc, ou je mets le feu à votre bicoque.

Hénazé avait sauté à bas de son lit au premier bruit.

— .Maître, dit-il, je reconnais celte voix.

— C'est quelque soudard, dit Laffin.

— Non, dit Hénazé. c’est Fiorimond.

— Le page du maréchal T

— Oui.

— Peste ! s'écria Laflin, qui su leva pareillement, si Floriiuond est ici, c’est que le maréchal n’est pas loin. Il ne s'en sépare jamais.

Et Laflin, quelque peu ému, s’empressa de se vêtir, tandis que les gens de l'hôtellerie couraient ouvrira Fiorimond, qui continuait à faire grand bruit et grand tapage.

Hénazé descendit, et il arriva au bas de l’escalier au moment où le page mettait pied à terre.

l.aflin était demeuré appuyé sur la rampe.

— Monsieur Hénazé ! exclama le page.

— Bonjour, monsieur Fiorimond, dit Huna/é.

— Comment I vous ici ?

— Oui, sans doute et vous ?

— Oh ! parlons de vous d'abord. Comment vous trouvezvous à Semur ?

— Nous y sommes arrivés il y a quelques heures avec M. de Laflin.

— Laflin est jci ?

— Oui.

— Ah ! le pauvre homme ! dit Fiorimond.

Et il y eut dans sa voix un accent de compassion qui fit tressaillir l.aflin des pied» à la tête.

Mais l.aflin avait coutume d'aller au devant du danger.

Il descendit donc, el, se montrant tout è coup:

— Je suis donc bien à plaindre de me trouver en ce moment & Semur, maître Fiorimond, dit-il, que vous en paraissez tout consterné ?...

— Plus il plaindre quo vous ne pensez, mon pauvre Laffin, dit Fiorimond qui prit un ton protecteur .

Et Laflin sentit quelques gouttes de sueur perler à son front, tandis qu'une vague épouvante lui serrait le cœur.

Fiorimond prit Laflin i«r le bras et l'entraîna dam la grand’salle de l'auberge, dont la pi*rtc était ouverte et où l'ou s'empressait d’allumer du feu pour lu», car il portait les couleurs de monseigneur le maréchal, el il parlait assez haut pour qu'un fût humble et empressé.

— Venez par ici, mon pauvre Laflin, dit-il, il n’est pas nécessaire que tous ces gens-lé entendent co que je vais vous dire.

Mais Laflin avait déjà relevé la tête.

— Hé! maître Fiorimond, dit-il, tout eu suivant le page, vous me parlez d'un ton bien léger, eu ine semble.

— Pas le moins du monde, répondit Fiorimond. C'est l’amitié que je vous porte qui dicte mes paroles, et je saurai même vous prouver que je suis un bon ami dam le malheur.

— Je suis donc dans le malheur?

— Jusqu’à»» cou, mon pauvre Laflin.

— Fiorimond, plaisantez- vous? fil Laflin avec un sourire un peu forcé.

— A Dieu ue plaise, hélas !

— Mon bel ami, continua Laffin, qui avait retrouvé son front impassible, excusez-moi, mais je reviens de faire mes vendanges, et je ne comprends pas un trailre mot à vos parole».

— Ce qui fait que vous ne savez rien de ce qui s'est passé.

— Absolument rien.

— J’en avais pourtant touché deux mots à M. Rénazé, dit Fiorimond eu regardant le jeune homme qui était pareillement entré dans la salle.

— Ah! oui, dit La fi ni qui respira, je sais ce que vous aller me dire. J'ai une pupille, ou plus tôt j’en ai deux, le frère cl lu sœur. U frère est un débauché, un joueur qui mangera tout sou bien en un clin d'œil.

— Boa ! dit Fiorimond, et la sœur ?

— La sœur s’est amourachée de je ne sais quel petit gentilhomme indigne d’elle.

— Vous croyez? dit Fiorimond qui eut dans le sourire une pointe d'ironie.

Mais Laflin n’y prit garde et continua :

— Je ne veux pas que le petit mange son bien, que la petite sc marie sottement, car j'ai promis il leur père mourant de veiller sur eux. Alors, il parait, d’après ce que Kénazé m'a dit, qu'ils s’en sont allés trouver M. le maréchal.

— Cela est la vérité.

— Et qu’ils m’ont accusé de les avoir spoliés.

— Exact, dit encore Fiorimond.

— El le maréchal les a crus ?

— Sur parole.

— Il me sera facile de me disculper, maître Fiorimond, dit Laflin, qui repreuail peu à peu ses grands airs hautains.

— Je l'espère pour vous, dit Fiorimond.

— • El c’est pour cela que je suis dans le malheur ?

Et Laflin se mit à rire.

— Ob ! non, dit Fiorimond, s’il n'y avait que cela, votre faveur ne serait pas bien malade.

— Qu’y a-t-il donc encore?

— Vos pupilles ont un protecteur.

— Bon ! Rénazé m a dit ça.

— M. le comte de N'oé, cousin du maréchal.

— Ah! ah!

— Avec lequel, du reste, vous avez croisé le fer.

— Moi, exclama Laflin, qui joua la surprise.

— Dans celte nuit où \ous avez, en compagiye de quatre bandits, essayé d’enlever votre pupille dont vous èlea amoureux.

Laflin ne sourcilla point .

— Vous êtes fou, mon ; Fiorimond, dit-il. Je n’ai jamais vu M. de Noé.

— Ni lui uou plus, dit Fiorimond.

— Eh bien! puisqu’il tu m’a jamais vu, comment a-t-il pu croiser le fer avec moi ?

— Vous aviez un masque sur le visage.

— Oh! la plaisante hi> oireî

— Pas si plaisante que vous la croyez...

Et Fiorimond frappa de son poing sur la table, disant:

— Çà qu'on m’apporte à souper, je meurs de faim.

Et il ajouta :

— Souffrez que je boive cl que je mange, mon pauvre Laflin, car vous ne savez, rien encore; et je parie mieux la bouche pleine.

Laflin tressaillit.

— Qu'y a-t-il donc encore? dit-il pour la seconde fois.

— Le maréchal est amoureux.

— De Mme de Montlévis, je sais cela.

— Vous vous trompez. Il n'aime plus Mme de Montlévis.

— Et qui aime-t-il donc ? demanda Laflin qui eut un tremblement dans la voix.

— Une nonne, dit Fiorimond .

El le. page se versa h boire.

Laffin respira et son visage reprit son expression de calme ordinaire.

— Une nonne, poursuivit Fiorimond la bouche plein.-, qu'il a vue l'espace de dix minutes, derrière les grilles de son couvent et dont l'image est restée gravée en traits de flamme dans son cœur.

— Eh bien! qu'est-ce que cela peut me fain-, demanda Laffin, et en quoi cela peut-il compliquer ce que vous appelez. si complaisamment mon malheur?

— Vous allez voir.

— J’écoute.

El Laflin prit un gobelet sur la table, et se versant à boire :

— A votre santé, maître Fiorimond ! dit-il.

— Vous me disiez vous-même que votre pupille avait au cœur un amour pour un petit gentilhomme...

— L'est vrai.

— Un amour qui vous paraissait indigne d’ode.

— Tout à fait indigne.

— Et ce gentilhomme...

— N’est qu’un gentillàtre.

— Eh bien ! le maréchal n'est pas de votre avis, mon pauvre Laflin.

— Plaît-il ?

— Votre pupille l'a consulté, et il est résulté do son entretien avec lui que le gentillàtre était un duc et pair, uu grand homme de guerre, un héros, et qu’il s’appelait...

laflin frissonna.

— Mais devinez donc, railla Fiorimond.

— Je ne sais pas, dit brusquement Laflin.

— Ce gentillàtre qu’aime votre pupille depuis deux années, mon pauvre Laflin, c'est monseigneur Charles do (ion laut, duc de Biron, notre seigneur et maître à tous deux. Laflin jeta un cri terrible.

— Et, acheva Fiorimond, savez-vous quelle était la nonne que le maréchal aimait?... C'était elle... votre pupille!... Laffin so dressa pàlc, muet, l'œil eu feu...

Il saisit mi couteau sur la table, ei dans son premier accès de désespoir, il voulut s’en frapper.

Mais Rénaié et Fiorimond sc jetèrent sur lui et le doser • nièrent.

Alors ses lèvres blémies et frangées d’ironie se crispèrent en un hideux sourire.

— Vous avez raison, dit-il, au lieu de mourir, je me vengerai I...

Tout cela avait été l’histoire d'un éclair. Laffm s'était laissé désarmer en prononçant le mot de vengeance, et i n'avait plus dès lors témoigné la moindre violence.

Laffiu était une de ces âmes vigoureusement trempée* pour la haine, qui seront toujours maîtresses d’elles-mèmc-.

Jusque-là, il avait considéré Biron comme un homme fai • blo dont il tirait personnellement grand profit et il lui était presque tout dévoué, au moins par calcul, sinon par amitié. Mai» Biron devenait son rival, et son rival heureux . Biron aimait une femme dont Laflin avait rêvé la possession, et Biron était aixuû d'elle.

Ce fut un ouragan do fureur qui s'éleva dans le cœur de Laflin .

Seulement, de même qu'il est des volcans dont le cratère demeure couvert de neige, de même le visage de Laflin, redevenu calme, ne laissa rien échapper de celle tempête intérieure.

Au contraire, le sourire revint à scs lèvres et il (lit à Flo rimond :

— Vous r.e me connaissez pas, mon bel ami. Le maréchal n’a pas de chien plus fidèle que moi. Il lui a plu de jelcr les yeux sur ma pupille, je m'incline devant sa volonté toutepuissante.

— Bah ! dit Floriir.und, vous avez parlé de vous venger, il n'y a pas une minute,

— J'ai obéi à mon premier mouvement de jalousie.

— El je ne vous en veux pas, dit Florimond qui continuait h parler à M. de Laflin sur le ton de la compassion. C'est si naturel, et vous èle* si à plaindre après tout.

— Je puiserai des consolations dans le scnümeiil do mon devoir. Le maréchal est mon maître et mon bienfaiteur, et je dois m'incliner devant ses moindres volontés.

Florimond se mordit les lèvres pour ne pas rire.

— En attendant, mon pauvre Laflin, dit-il, je vous dois donner un bon conseil.

— Parlez, dit Florimond.

— Où allez-vous?

— Je retourne à Dijon .

— Eh bien! remontez h cheval; puis, à un quart de lieue de la ville, au lieu de continuer à suivre la route ordinaire, prenez à gauche, prenez à droite, comme vous voudrez, mais écartez-vous de cette même route.

— Pourquoi donc? demanda Laflin.

— Alin de ne pas rencontrer des gens qui vous procureraient une nouvelle émotion.

— Plaît-il ?

— Depuis quand êtes-vous ici, mon pauvre Laflin ?

— Depuis hier soir.

— Alors vous avez vu de grands préparatifs, dans la ville.

— Oui.

— C'est la fiancée du maréchal qui voyage et va arriver

— Sa fiancée !

— Eh! bien oui... sa fiancée... voire pupille...

Laflin se contint et le masque de glace qu'il avait sur le visage ne se détacha point.

— Ah ! c'est pour elle qu’on a préparé le château ?

— Naturellement.

— El quand doit-elle arriver ?

— Dans quelques heures. Je la précède et suis chargé d'annoncer son arrivée au gouverneur.

— Et le maréchal l'accompagne?

— Non, le maréchal est demeuré à Dijon pour y attendre le retour d’un messager qu’il a envoyé au roi.

— Ah!

— Car peut-être ne savez-vous pas tout ce qui se passe, oion pauvre Laflin.

— Je ne sais rien .

— Le roi «envoyé lui- même un messager au maréchal, avec une lettre dont je ne vous ferai pas mystère, car M. de Biron l’a lue devant moi h haute voix.

— Et que disait celle lettre?

— Oh ! elle était courte. Le roi n’est pas clerc, il ne perd pas, la plume à la main, un temps précieux.

• Cousin, disail-il, le duc de Sawie se moque de nous. Attcndez-moi, sous huit jours, nous irons le corriger ensemble. »

— Vraiment I dit Laflin. F.I qu’a répondu le maréchal?

— Une lettre que j’ai écrite sous sa dictée.

— Peut-on la connaître?

— Certainement, mon pauvre Lafflu, puisque je n’ai pas de secret pour vous.

Et Florimond, de plus en plus compatissant, poursuivit :

— Tout à son amour, le maréchal a répondu au roi qu'il était prêt à lui obéir et à monter à cheval pour châtier le duc de Savoie, mais qu’il lui demandait, au nom de ses bons et loyaux services, une faveur toute spéciale.

— Et cette faveur?

— Cette faveur consistait à reculer l'entrée en campagne de huit jours. • Sire, achevait M. de Biron, je vais faire une fin, car je veux laisser des héritiers de ma race. Je me marie, si Votre Majesté le trouve pour agréable ; et mon cousin M. de Noé me charge de vous dire que la femme que je me suis choisie est de tous points digne de moi. »

— El quand le messager qui portait cette lettre est-il parti? demanda froidement de Laflin.

— Il y a près de huit jours. Je calcule qu’il arrivera à Dijon demain soir ou après-demain malin, rapportant au maréchal la réponse du roi.

— Naturellement le roi consentira au mariage, poursuivit Florimond.

— Et puis?

— Et puis, le consentement obtenu, M. de Biron montera à cheval et rejoindra sa fiancée au château d’Arey, où le mariage sera célébré en grande pompe. I.e maréchal n'csl pas exigeant, du reste, il ne demande que huit jours de lune de miel, et puis il ira battre le duc de Savoie.

Laflin ne sourcillait pas.

Florimond, tout en causant, avait achevé de souper. Il sc leva.

— Vous m'excusez, n'cst-ce pas, mon cher Laflin, dit-il, mais je meurs de sommeil. Je vais m’aller jeter tout vêtu sur un lit en doniiant l’ordre qu'on m’éveille au petit jour, afin que je puisse monter au château et voir par moi-même si tout est prêt pour que la future maréchale soit reçue selon son rang et ses mérites.

— A votre aise, dit Laffin, nous allons faire seller nos chevaux.

— Et vous allez toujours à Dijon ?

— Toujours.

— A votre place, je n’irais pas, dit Florimond

— Pourquoi?

— Le maréchal est si irrité contre vous qu’il est capable de vous faire occire sans jugement.

— N'ayez crainte, dit Laflîn, je le calmerai.

Florimond lui serra la main, toujours protecteur, toujours

plein d’une compassion railleuse pour cet homme qui naguère faisait trembler tout le monde. Puis il monta se coucher.

Alors Laflin regarda Rénazé qui n’avait pas dit un seul mol :

— Allons, dit-il, k cheval I

— Vrai? fit Rénazé, nous allons à Dijon?

— Parbleu ! répondit Laflin, ne faut-il pas transmettre au maréchal les projiositioiis du duc de Savoie?

— Mois vous me disiez que... le maréchal ne voudrait pas... trahir le roi...

I>U KOI HUNItl

L'iflin Hitil un coutfMi aur U UbW» et voulut a'oii I apper, (Pag® *0.)

— Eh bien ! dit froidement Laflin, il le trahira... car maintenant, je le veux!... Car maintenant il me faut la tète de Charles de Gonlaut Biron, et, le diable aidant., c’est ie bourreau qui me la donnera!,..

Florimotul, tout en raillant Laflin et le traitant avec celte compassion dédaigneuse qu’inspirent les hommes tombés, lui avait dit la vérité tout entière.

I.es choses s’étaient passées comme il l'avait raconté. Biron s’était, dans un moment d’enthousiasme et d’égarement, jeté aux genoux do Madeleine et lui avait avoué son amour.

Madeleine avait rougi , pâli, balbutié , puis son secret lui était échappé, et M. de Noé avait été le confident do ces aveux mutuels.

Alors Noé, qui n’éloit plus l’homme léger de la jeunesse du roi Henri, Noé, qui vivait depuis pris de dix ans dans sa patriarcale province, et en avait épousé les mœurs honnêtes et les austères idées, Noé le puritain, Noé le réformé, avait dit au maréchal :

— Cousin , mon ami , tu es allé trop loin pour ne pas 05* LIVRAISON.

aller jusqu'au bout. Les d’Arcy ne valent peut-être pas les Contant, mais iis sont bous gentilshommes néanmoins. La . petite est jolie , elle te plaît, elle t’aime , il faut en faire une maréchale.

— Sungdieu! avait répondu Biron, j'y compte bien. Il me faut d'ailleurs une lignée, et je veux avoir un lils à qui léguer mon titre de duc et pair.

— Alors, avait ajouté l'austère Béarnais, tout est pour le mieux. Mais encore, tu ne peux le marier sans le consentement du roi.

Ici M. Biron s’était emporté:

— Eh ! par le sang du Christ, s'étail-il écrié, m'a-t-il donc consulté, lui, quand il a fait sa promesse de mariage à Mme Cabriclle et à Henriette?

— Le roi est le roi, mon ami.

Mais le caractère fanfaron de Biron avait repris le dessus, et il avait entamé sou chapitre ordinaire de récriminations et de railleries :

a Sans lui, le roi serait encore sous les murs de Paris, et s’il couchait au Louvre, c’est que lui Biron l’avait bien voulu. »

ItiftQP ne voulait pas dépendre du roi; Biron ne voulait pas lui demander une autorisation dont il n’avait que faire.

A quoi Noé, toujours calme, rép«m«luil que le roi pouvait mirer en campagne contre la Savoie «l'un jour à l'autre et qu’il aurait besoin de l'épée du maréchal. Heureusement pour la bonne harmonie qui devait régner entre les deux cousins, Biron fut interrompu «tans sa jactance par l'arrivée «l’un messager du roi de France.

Ce messager apportait le billet dont Florimond avait parlé à I .a fl in.

Ce billet annonçait au maréchal qu’il le «levait rejoindre, lui, Henri de Bourbon, spus huit nu dix jours.

Chose bizarre! Tout à l'heure. Biron disait que Henri «le Navarre n’élait roi de France que parce qu’il l’avait bien voulu; maintenant qu'il avait lu cette lettre, Hiron .s’inclinait, et ce fanfaron d’infidélité et d'iiuh pendauce posa avec une respectueuse soumission ses lèvres sur le sceau royal.

— Tu vois bien, avait dit Noé en riant, que lu es toujours Biron le fidèle.

— Cependant, je veux nie marier, avait répondu le maréchal.

— Eli bien ! avait dit Noé, rien n'est plus simple.

— (jue ferais-lu donc à ma place?

— Deux choses.

— Voyous la première?

— D'abord je voudrais que tout le monde ici, depuis les gentilshommes jusqu'à tes pages, depuis l«*s gens de parlement jusqu'aux plus petits bourgeois de la ville apprissent que tu vas te marier et que tu leur donnasses une de ces fêles dont on parle dans le monde entier.

— Et que le roi ne donnerait {vas. II est trop ladre pour eda , dit Biron qui ne put se défendre de cette dernière hâblerie. Et puis?

— Dans celte fête, je présenterais ainsi à toute la Bourgogne la future maréchale de Biron.

— Bon !

— El puis enfin, comme il ne faut pas que l'ombre d'un soupçon puisse atteindre la femme de César, non, je me trompe, la femme de Biron, je lui composerais une escorte, je lui ferais préparer une litière, jo mettrais à cheval une gar«le d’honneur pour chevaucher à ses portières et je la renverrais dans son manoir...

— Comment ?... pourquoi ?

— Dans son manoir, acheva Noé, où je l’irais épouser dans huit jours.

— Pourquoi pas tout de suite ?

— Parce qu'il te faut le consentement du roi.

Biron fronça le sourcil , tordit sa moustache avec colère, mais ne souilla mot.

Noé continua :

— En trois jours et trois nuits, un gentilhomme lw>n cavalier peut arriver au Louvre.

— J’irais bien en un peu moins de temps, moi.

— Oui, mais tu n’es pas un homme ordinaire, les autres sont |vétris d’os et de chair.

— Et moi ?

— Toi, tu es en bronze.

Celte flatterie désarma le maréchal.

— En six jours donc, reprit Noé, tu peux avoir le consentement du roi.

— Et si le roi refuse ?

— Il ne refusera pas.

— Oui m’en répond ?

— Moi, car je lui dirai au besoin que tu as compromis Madeleine aux yeux de toute la province, que Madeleine est

tille d un homme qui a été notre compagnon d'c'^es et

qu’il ne la peut laisser en souffrance d'honneur. Il y a mieux, acheva Noé, je chargerai ton message* «l’une lettre j’écrirai au roi.

— Et en attendant le retour du messager?

— Tu resteras ici.

— Et je me séparerai de Madeleine?

— O grand enfant! murmura Noé en riant, si tu savais comme huit jours sont vite passés 1

Les choses allèrent comme l’avait ordonné Noé.

Il y «'ut une grande fête. Toute la province de Bourgogne apprit que son gouverneur prenait femme , et elle put admirer In beauté de In future maréchale.

Le maréchal avait envoyé des courriers pour préparer les logis de sa fiancée et de sa suite.

Vers le milieu de la fêle, il dit à Florimond :

— Tu vas monter à cheval.

— Diable! dit Florimond, je m'amusais pourtant beaucoup, et jo dansais un«i polonaise tout à l'heure avec la femme d'an président qui me trouve à son goût.

— J’en suis fâché, dit le maréchal, niais mon service passe avant ton plaisir.

Et il donna pour mission à Florimond de précéder Madeleine et son escorte do quelques heures, afin de veiller à ce qu’elle fût bien reçue en tous lieux. *

Alors Florimond lui dit :

— Monseigneur, si, d'aventure, je rencontrai* M. de l-aflin, vous serait-il agréable que je te lisse brancher ù un arbre do la roule?

Au nom de Laffin, Biron pâlit de colère :

— Ob I non, dit-il, ce n’est pas loi qui feras justice, c’est moi, ou plutôt «''est le parlement, car je le ferai juger et condamner à être rompu vif.

Florimond ifinsisla pas.

Mais, en montant à cheval , il ne put s'empêcher de murmurer :

— C’est égal , le maréchal a là line mauvaise inspiration . A sa place, je ferais pendre Laflin sans tambour ut trompette. Ce serait plus sur.

Huit jours s’étafent écoulés.

Biron s’était séparé de sa fiancée , Biron attendait avec impatience le retour du messager qu’il avait envoyé au roi, et Biron ne voyait rien venir.

M. «le Noé, demeuré auprès de lui, commençait, lui aussi, à trouver le temps long.

Biron était d’insupportable humeur et tout ce qui l’approchail s’en ressentait.

Noé lui-même ne trouvait plus aucune bonne raison à lui donner, et il ne pouvait plus retenir la langue intempérante de son coudn le maréchal, qui se répandait en invective; contre le roi .

Le soir du huitième jour, les deux cousins soupaient têt» à tète.

Mais Noé seul mangeait. Biron n’avait pas faim, et Biron se plaignait avec amertume de ce petit prince de Navarre qu’il avait fait roi de France et qui s'en montrait si peu reconnaissant.

Noé mangeait, buvait et ne soufflait plus mot.

Tout à coup Biron s'écria :

— Fart la mort-dieu ! je te jure, cousin, que dès demain je monte à cheval

I)U ROI HENRI

— Et tu vas à Paris?

— Non, je vais épouser Madeleine.

— Sans te consentement du roi?

— Je m'en moque .

Noe soupira et ne dit mot.

Mais, en ce moment, un gentilhomme vint dire au maréchal qu’un courrier, arrivé de Paris à franc étrier demandait à être introduit.

Alors Noé fit un bond sur son siège et dit :

— Je savais bien que le roi répondrait.

Riron s’était calmé subitement et il donna l'ordre d’introduire le courrier.

Ce courrier n’était autre que Galaor.

Galaor remit au maréchal un pli doul celui-ci brisa lescei d’une main fiévreuse.

Le roi écrivait :

a Monsieur mon cousin,

« Je quitte Paris demain; dans cinq jours je serai à « Dijon. Teno*- sous prêt. Nous irons faire le siège de « Bourg.

« Votre affectionné roi et cousin,

« Hex&i. o j

Du mariage, le roi n’en disait mol.

Birou froissa la lettre avec colère et la jeta à terre avec mépris .

!.«• rouge monta au visage do Galaor et il porta la main à son épée.

Mais Noé l’arrêta.

— Mon jeune ami, dit-il, le maréchal est un pou vif; excusez-le , mais il eu a Lien le droit , après tout, car Sa Majesté le roi Henri , notre cher rnaitre , est quelque peu oublieux.

— Je ne sais pas, dit Galaor, ce que le roi peut avoir oublié.

— (Jue M . le maréchal lui a envoyé un courrier.

— Bon!

— Pour lui demander la permission de se marier.

— Voilà ce que j'ignorais, dit Galaor.

— Et le roi ne lui en parle pas.

— Monsieur, répondit Galaor, j'ignore si M. le maréchal a envoyé un courrier ail roi. Le roi ne m'en a rien dit. Tout ce que je puis vous affirmer, c’est que le roi aime beaucoup M. le maréchal et qu’il en parle en termes très-affectueux.

Biron était devenu sombre et farouche, et il tordait sa moustache avec fureur.

— Il a du se passer quelque chose d’extraordinaire et que nous ne savons pas, murmura Noé. Peut-être le courrier du maréchal n'est-il point arrivé?

Puis, comme Biron se taisait toujours, Noé dit encore ;

— Ainsi, le roi a quitté Paris?

— Hier matin.

— Et il se rend directement à Dijon?

— Non, il s’arrêtera à Auxerre.

Noé tressaillit. -

— il a dû même y arriver cc soir, ajouta Galaor.

Noé fronça imperceptiblement le sourcil.

— Et pourquoi doue, demanda-l-il, le roi s’urrèto-t-il à Auxerre ?

— Je l'ignore. Mais il y passera au moins doux jours.

Noé se leva de table :

— Cousin, dit-il à Birou, veux-tu tu lier à moi?

— A propos de quoi? demanda le maréchal toujours farouche.

— le vais monter a cheval à l'instant même.

— Et puis?

— Demain soir je serai à Auxerre et j’aurai vu le roi. Il y a un malentendu. C'est impossible, le roi n’a pas reçu tou message.

— Fais ce que tu voudras, dit Biron. Mais, si le roi me refuse son consentement, je saurai m'eu passer.

— omets-moi que tu ne quitteras pas Dijon, avant d'avo.. reçu de mes nouvelles.

Le maréchal hésitait.

— Promels-le-moi, répéta Noé, et je te jure que tout ira bien.

Noé avait un véritable ascendant sur le maréchal. En outre, celui-ci commençait à admettre dans sou esprit la possibilité d'un accident arrivé à son messager. Enfin, Galaor l’avait assuré que le roi parlait de lui eu termes fort courtois.

Biron promit donc ce que Noé voulut.

Et comme ce dernier voulait faire ses adieux à Galaor, Galaor lui dit :

— Mais, monsieur le comte, nous allons faire roule ensemble.

— Gomment ! vous repartez 1

— Sans doute. Le roi m’a commandé de l’aller rejoindre à Auxerre.

Dne demi-heure après, Noé et Galaor étaient en selle.

Et Noé posait brusquement à Galaor cette question :

— Goimuis.se* vous une dame de la cour qu'on appelle Nancy.

— Sans doute , répondit Galaor, et vous la verre* à Auxerre.

— Gomment! s’écria Noé, elle accompagne le rui?

— Oui, jusqu a Auxerre.

Noé fronçait île plus en plus le sourcil.

Galaor cligna de l'œil et dit tout bas, eu se tournant à demi sur sa selle :

— Le roi s’ennuie et madame Nancy le veut distraire.

— Oh! oh!

— Elle lui a parlé d'une fort jolie fille...

— Sang du Christ! exclama Noé qui donna un vigoureux coup d’éperon à sa monture, de quoi doue su mêle Nancy ? Mordieu ! je comprends maintenant pourquoi le roi se veut arrêter h Auxerre... mais je suis là, moi, et à moins que ja n’arrive trop tard...

El Noé ensanglanta les lianes du son cheval à coups d’éperon, tandis que Galaor stupéfait su disait :

— Gu’est-ce que cela peut donc faire à M. de Noé quu le roi fasse une infidélité ù madame la duchesse de Verneuil?...

Et, pendant que Noé et GaJaor s'éloignaient de Dijon nu grand galop, Biron, sombre et farouche, demeurait seul eu sou cabinet et se disait :

— Le roi se moque de moi, quoi qu'eu dise Noé ; mais qu'il y prenne garde ! on ne raille pas Biron impunément !

Et; comme il parlait ainsi, une portière se souleva ut un homme apparut qui arracha un cri au maréchal.

Cet homme, calme, tranquille, presque souriant, entra en disant :

— Monseigneur, on ui'a «ht quu vous ujü vouliez faire (/cndre, je viens me livrer à votre justice.

4i LA SECONDE

Cet homme, c'était M. (le Laflin, qui avait attendu, pour se présenter, le départ du comte Amaury de Noé.

Le maréchal «'était levé précipitamment, et une pâleur nerveuse s’était répandue sur son visage.

Depuis dix jours, il avait répété cent fois le serment qu’il s était fait à lui-même de traduire taffm devant le parlement et de le faire juger et condamner comme spoliateur et comme assassin.

Et voici que Laflin, au lieu de se cacher, an lieu de fuir, osait se présenter devant lui.

Biron lui montra le poing.

— Misérable ! dit-il, je ne sais ce qui m’arrête en ce montent. Je devrais t'assommer d’un coup de poing ou te réduire en poudre sous mon talon.

— Monseigneur, répondit Laffin, si tel est le bon plaisir de Votre Seigneurie, Votre Seigneurie aurait bien tort de se gêner, en vérité. Mais la glorieuse main qui tient l'épée de Biron dans les batailles ne saurait s’abaisser à châtier un criminel tel que moi, car il parait monseigneur, que je suis un grand criminel.

Et Laflin, absolument calme, eut un sourire sur ses lèvres minces.

Tant d’audace stupéfiait le maréchal, il regardait son ancien favori et se demandait si c’était bien lui qui osait ainsi braver sa colère.

Laflin reprit :

— Monseigneur, il est des gens qui prennent la fuite ; il en c.>t d’autres qui, désireux d’apprendre de quoi on les accuse, bravent juges et bourreaux. Je suis de ces derniers.

— Coquin ! exclama Biron, tu es plus hardi que le valet du bourreau.

— Monseigneur, reprit Laflin, je suis tout prêt à me laisser hisser 2k ta potence.

— Ali ! ali ! dit Biron, dont la colère se ménageait de plus en plus une vague curiosité.

— C’est même pour cela que je suis venu, continua Laflin.

— En vérité! tu as donc cru que je te ferais grâce 7

— Grâce de la vie, non, monseigneur.

— Alors, imbécile! fil le maréchal, pourquoi es-tu venu?

— Pour solliciter une autre grâce de Votre Seigneurie, une grâce qu’on ne saurait refuser à un homme qui ap|>orle sa tète comme je le fais.

— Eh bien I parle, dit Biron, et hàle toi, car je vais tout à l'heure frapper sur ce timbre et donner des ordres le concernant.

— Monseigneur, répliqua Laflin, il fait clair de lune. Le bourreau y verra aussi bien dans une heure qu'a présent.

— Mais parle donc, malheureux !

— Je suis curieux de mon naturel, poursuivit Lafiin.

— Ab!

— Et j’aimerais bien, avant de me balancer dans le vide et franchir le seuil de l'éternité, savoir quel crime j'ai commis.

Celle audace pleine de flegme exaspéra Biron.

— Ab ! tu veux savoir? dit-il.

— Oui, monseigneur.

— Eli bien I je ne bisserai pas à un autre le soin do te dire pourquoi tu vas être pendu.

— J'écoute, dit froidement Laffin.

— Tu as été le tuteur de deux orphelins.

— C'est vrai, monseigneur.

— Tu les as dépouillés...

— C’est encore vrai.

— Et tu t’es enrichi de leurs dépouilles, laflin ne cessait de sourire.

— Est-ce tout? dit-il.

— Non, lu es devenu amoureux de ta pupille.

— Bon !

— Tu as essayé de l'enlever.

— Tout cela est parfaitement vrai, monseigneur.

— Mais, triple coquin ! s’écria le maréchal, en voili bien assez pour que tu sois pendu !

— Oh 3 certainement, dit Laffin, et je ne me révol pas contre le sort qui m’attend. Cependant si Votre Seign iric. qui ne sait qu'une partie de la vérité, la savait tout er ière, elle me ferait une grâce... Oh! pas celle de la vie., une autre...

— Laquelle ?

— Je suis gentilhomme, j’ai droit au billot. On ne pend que les vilains et les gens de petit élit, monseigneur.

— C’est vrai, répondit le maréchal.

— Mais, dit Laflin, pour oser briguer cette favei r, il faut que j’apprenne la suite de mes crimes à Votre Seigneurie.

— Parle donc, dit le maréchal.

— J’étais amoureux de ma pupille et je. savais quelle armait le plus grand homme de guerre de notre temps.

Biron étouffa un cri.

— Tu le savais, misérable?

— Oui, monseigneur.

— Et tu oses en convenir?

— Mais, oui. Par exemple, j’ignorais que les regards ce Votre Seigneurie se fussent abaissés jusqu'à elle.

— En vérité !

— Or, poursuivit Laflin, je ne veux faire aucun mystère de ma pensée. Mlle d'Arcy, de petite noblesse, pouvait devenir la femme d'un genlillâlre comme moi ; mais je n’aurais jamais cm que le maréchal duc de Biron en voulût faire la sienne.

— Et pourquoi pas, drôle ?

— Monseigneur, vous m'avez promis de m’écouler.

— Soit. Continue...

— Si j’avais pu prévoir que cette petite intrigante sc fit jamais présenter à Votre Seigneurie et que Votre Seigneurie eu dut tomber amoureux, je l'eusse tuée de ma main.

— El pourquoi cela, mons Laffin?

— Parce que, monseigneur, j'avais une femme de grande naissance à offrir à Votre Seigneurie.

— A moi?

— Oui, monseigneur.

— Tu me voulais marier?

— Avec une fille qui a uu royaume dans le creux de la main en guise de dot.

Biron tressaillit.

— Ma foi, monseigneur, poursuivit Laflin, puisque je vais être décapité ou pendu dans une heure, autant vaut que je m’acquitte entièrement de ma mission.

— Tu avais donc une mission ?

— Oui, monseigneur, j'étais chargé de vous offrir b lï.dn d’une princesse, la fillo du duc de Savoie.

Biron fil un brusque mouvement.

— Avec la Bresse et la Francbe-Cointé pour dot, ajouta I Laflin.

Biron était hautain, Biron était vantard, Biron disait à tout

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venant qu'il serait roi quand bon lui semblerait; mais Biron, priant ainsi, n’était pas sincère. Au Tond du cœur, il n'avait jamais songé sérieusement à une couronne.

Or, le duc de Savoie, le premier gentilhomme d’Europe après le roi France peut-être, lui offrait sa tille, et Biron avait le vertige !

S’allier, lui petit gentilhomme périgourdin, à la maison de Savoie?

C’était un rêve qu’il n’avait jamais osé faire.

Aussi regarda-t-il I.afTm d‘un air qui semblait dire :

— Au moment d’être pendu haut et court, oses-lu donc te moquer ainsi de moi?

Slais Laflin comprit ce regard :

— Monseigneur, répomlit-il, je n’avance jamais rien que je ne puisse prouver...

Alors Biron senlit quelques gouttes de sueur perler sur son front...

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