PRISE DE LA CITADELLE D'ANVERS
(rrand mimodramo en i8 actes et a4 tableaux, à grand orchestre.
En attendant le DERNIER PROTOCOLE, farce À grand spectacle, bien di\ertis6ante et due au talent de sept acteurs, connus par de nombreux Huccès en ce genre.
Mettemich lui-même ne croit pas encore à la guerre.
Il le dit au baron de Loë, qu'il reçoit, le 2 novembre, en présence de l'ambassadeur anglais, sir Frédéric Lamb :
« Tout est fini dans le moment où je vous parle ; la Hollande accepte les propositions qui lui sont faites par l'intermédiaire de la Prusse, avec quelques légères modifications :
» i" La libre navigation de l'Escaut, moyennant péage;
» 2** Le libre passage sur les routes qui traversent le Limbourg vers l'Allemagne, moyennant péage;
» 3** La libre navigation sur les eaux intérieures et la Meuse, moyennant un péage à convenir.
» Voilk donc la paix conservée à l'Europe et la Belgique en possession de la navigation tant demandée, sans avoir exposé Anvers à être réduit en cendres. Vous ne i)ouvez recevoir de nouvelles plus rassurantes. »
— « Mais, réplique le Ministre de Belgique, tous ces avantages nous étaient assurés déjà par le traité du i5 novembre »; et rentré à la Légation, il se hâte d'écrire au général Goblet que ces pro- I)Ositions lui semblent encore destinées à gagner du temps, qu'il faut i)lus que jamais montrer de la fermeté, car les Puissances craignent d'entendre le premier coup de canon (i).
Le baron de Loë donne encore un autre motif à l'optimisme de Mettemich : grâce aux nouvelles l)acifiques qu'il répand, les fonds autrichiens, tombés de 1,129 à 1,075, sont remontés à i,i5o.
Beaucoup de gens, à Paris comme à Bruxelles,
(i) Lettre du 2 novembre.
iee LA SECONDE INTERVENTION FRANÇAISE
partageaient le scepticisme du Ministre autrijchien. Même après la dépêche de La Haye, annonçant que le Roi Guillaume refusait d'évacuer le territoire belge pour le 12 novembre, d'innombrables incrédules prétendaient que l'armée du Nord jouerait jusqu'au bout le simple rôle de cordon sanitaire et que les escadres alliées se garderaient d'inquiéter les navires néerlandais.
Cette fois pourtant, les méfiances avaient tort. C'en était fait des hésitations de Iiouis-Philippe et de son cabinet, qu'une nouvelle raison forçait à agir au plus vite.
Grâce à l'alliance chèrement payée du traître Beutz, la duchesse de Berry était arrêtée à Nantes, le 7 novembre, chez M"*^' du Guiny, et quoique le duc de Broglie écrivît à Talleyrand : « Ceci nous assure une majorité grande et infaillible », quoique M'"" Adélaïde déclarât au môme : «Cela s'est passé très tranquillement à Nantes », un soulèvement de l'opinion était à craindre, qu'il fallait détourner sans retard.
Les moyens emi)loyés par le Gouvernement pour s'emparer de la belle-fille de Charles X, son transfert dans la citadelle de Blaye n'indignaient pas seulement les Légitimistes; ils soulevaient, d'un bout à l'autre du pays, une émotion formidable, que les commentaires de la presse grossissaient encore.
Les journaux carlistes remarquent que l'arrestation eut lieu au jour anniversaire de l'exécution de Philippe-Egalité (i).
(i) Ce môme soir, la famille royale assistait à la première reprciientatiou de Xathalie^ un ballet dansé par MUe Taglioai.
liBS DKRNIÈRBS HÉSITATIONS i67
« Il est question, écrit La Mode, de supprimer toutes les fenêtres des Tuileries; elles ne seraient plus éclairées que par des Judas. »
M. Crémieux, que Doutz suppliait de le défendre devant l'opinion, lui a répondu : « Aucune religion ne vous veut et vous ne pouvez en invoquer aucune, car Moïse a voué à l'exécration celui qui a commis un crime comme le vôtre, et Jésus- Christ, livré par la trahison d'un de ses apôtres, est un fait assez éloquent aux yeux de la religion chrétienne. »
Le due de Montmorency -Luxembourg donne sa démission de Pair de France. MM. de Montarand, de Chateaubriand, Eugène Janvier, Hyde de Neuville, de Kergorlay, de Conny, Alphonse Bergasse, Nibelle, de Marcellus, Pardessus s'offrent pour, défendre la Princesse. M""* Anquetil, de la Flèche, de Casteja, de Noailles, de Sivry, d'Hanache, de Reggio, Chaligné, de Charette, de Bouille, de Cléry, d'Auffay, d'Espinchal, de Beauffremont demandent à partager sa captivité. M"*® Bayard, la nourrice du duc de Bordeaux, Charlotte Moreau, femme de chambre de M"" du Guiiiy, multiplient les démarclies pour être autorisées à servir la prisonnière. Le prince d'Hénin, le comte de Montalembert et son fils, le marquis de Villette, le baron de Mengin- Fondragon se proposent en otages.
Les Dames de Paris font une collecte pour l'achat d'un trousseau qui sera envoyé à la citadelle de Blaye, où le libraire Bossange expédie tous les volumes récemment parus.
Avant d'assurer la forte somme à Deutz pour
obtenir son concours, le Gouvernement avait en vain offert quarante mille francs à Marie Bossy — la cuisinière de M"** du Guiny — si elle voulait révéler la cachette de la duchesse de Berry, En reconnaissance de la leçon de loyauté donnée par la servante, les gazettes royalistes ouvrent une souscription pour elle et Charlotte Moreau, sa compagne.
En même temps, les quolibets s'abattent comme une avalanche sur la fameuse expédition, toujours annoncée, toujours remise. La Caricature résume un conseil de Guerre, dans lequel furent discutées les actions d'éclat qui seraient commandées au Prince Rosolin — le duc d'Orléans :
« Première action d'éclat, — Lies jour et heure fixés, vous monterez en berline et vous entrerez en Belgique à la suite de l'armée française. Je pense que vous auriez préféré le cheval à la chaise de poste, mais les Puissances étrangères ont trouvé cela trop héroïque, surtout pour un début de campagne.
» Deuxième action d* éclat. — Vous traverserez ainsi toute la Belgique, prenant d'assaut les villes et bourgades que vous rencontrerez sur votre route et dont les populations amies viendront audevant de vous avec des cris d'allégresse et des rameaux d'olivier. Et puis, afin que la campagne soit aussi brillante que i)ossible, on illuminera partout sur votre passage. M. Barthélémy vient d'expédier les devises impromptu qui doivent figurer sur les transparents. C'est une chose convenue ainsi avec les Puissances étrangères. »
Pour épargptter de nouveaux assauts à ses ministres, pour éloigner de son trône émeutes et attentats, Louis-Philippe était forcé d'agir énergiquement et vite.
« Chartres (i) et Nemours partent dimanche pour l'armée, — annonce M"*" Adélaïde à Talleyrand (2). — J'espère, et nous en avons besoin en ce moment, (lue cela ne sera pas long et qu'ils nous reviendront bientôt avec la grande et belle nouvelle de la reddition d'Anvers. Je trouve que la réponse du Roi de Hollande, tout en refusant, n'annonce pas l'intention de faire une grande résistance. Toutes les difficultés s'aplanissent pour notre juste, bonne et belle cause... »
La Conférence de Londres avait voulu, par une dernière fantaisie, manifester son existence. Dans la journée du 6 novembre, le baron van Zuylen prie les plénipotentiaires de Prusse et d'Autriche d'informer la Cour de Saint-James qu'il a reçu l'autorisation de négocier un traité définitif avec la Belgique.
En faisant cette communication, les diplomates proposent d'inviter le représentant de la Russie à assister à la séance et estiment qu'il serait convenable de suspendre immédiatement Tordre d'embargo sur les navires hollandais.
(i) Le iioni que portait le duc d'Orléans avant la Révolution de Juillet et qui lui était conservé dans Tintimité de la famille royale. (31 Lettre du 8 novembre.
i70 LA SECONDE INTERVENTION FILINÇAIBE
Déjà le bruit était répandu dans la Cité qu'un délai nouveau serait accordé aux Pays-Bas et que l'action combinée de la France et de l'Angleterre se bornerait à de pures manifestations (i).
Devant l'attitude de Palmerston et de Talleyrand, qui n'admettent aucun retard à l'embargo, M. de Lieven refuse de paraître à la Conférence et le baron van Zuylen doit abandonner sa tentative suprême. Pourtant, sur l'avis formel de son Gouvernement, il reste à Londres, où l'attitude du Roi Guillaume est une surprise, comme une énigme, pour le monde politique.
Malgré les ordres envoyés dans les ports de la Grande-Bretagne pour empêcher qu'aucun navire anglais ne fît voile vers la Hollande, malgré l'embargo mis jusqu'aux Indes sur tous les navires néerlandais, le Souverain des Pays-Bas annonçait officiellement que sa flotte respecterait tous les équipages anglais et français.
« Ce qui me frappe le plus dans le moment actuel (2), écrit Van de Weyer, après une conversation avec ]\T. de Bûlow, c'est l'inaction de la Hollande. Comment, si elle veut la guerre, concevoir que le Prince d'Orange ait laissé quinze jours s'écouler sans nous attaquer, alors qu'il aurait pu le faire avant que l'armée française ne fût prête à entrer en campagne?
» Vainqueur, il replaçait la Belgique dans la l)lus dangereuse des positions ; vaincu, il se retirait et cédait à la force tout ce qu'il devra céder
(1) Lettre de Van àe Weyer au général Goblct.
(2) Lettre de Van de Weyer au général Goblet.
LES DERNIKHES HESITATIONS 474
aujourd'hui sans avoir combattu, mais aussi rien davantage. Il avait donc une chance favorable de plus en nous attaquant. »
On prétendait que, personnellement, le Prince eût penché pour l'évacuation immédiate, jugeant, en cas de guerre, la position de Venloo avec le commandement de la Meuse préférable à la possession de la cidatelle d'Anvers.
Lia convention proposée par la France au Roi des Belges se composait de huit articles.
Les six premiers (i) étaient approuvés sans dis-
(i) tt Article premier. —L'armée frauçaise, durant sou séjour eu Belgique, n'occupera aucune des places fortes de ce royaume et ne mettra garnison dans aucune de celles de ces jîlaces qu'elle pourra avoir à traverser.
» Art. 2. — Au moment où l'armée fran<;aise s'approchera de la citadelle d'Anvers^ les troupes belges lui remettront tous les i>ostes qu'elles occupent autour de cette citadelle et des forts situés sur les deux rives de l'Escaut.
» Art. 3. — L'armée belge conservera dans la ville d'^lnvers une garnison qui ne se composera pas de plus de 3,ooo hommes. 1\ est entendu que cette garnison ne prendra aucune part à l'attaque de la citadelle et des forts que les Hollandais occupent sur les deux rives de l'Escaut et qu'elle s'abstiendra également, avec le soin le plus strict, de tout acte d'hostilité contre la flottille hollandaise stationnée sous les feux et pour la défense de la citadelle.
)) Art. 4. — Le gros de l'année se concentrera à la droite de l'armée française, dans des positions prises entre les deux Nèthes.
» Art. 5. — La citadelle d'Anvers et les forts qui en dépendent aussitôt qu'ils auront été évacués par les Hollandais, seront remis aux troupes belges avec tout le matériel et tous les approvisionnements qui pourront s'y trouver au moment de l'évacuation.
» Art. 6. — L'armée belge ne dirigera aucune agression contre la Hollande, sur quelque point que cela puisse être. »
cussion, mais il n'en pouvait être de même pour les suivants :
« Art. 7. — S'il arrivait que les Hollandais prissent Tinitiative des hostilités contre la Belfçique, l'armée française et l'armée belge agiraient de concert pour repousser cette agression; mais, dans ce cas, il est également entendu que les opérations ne pouvant avoir d'autre but que l'affrancliîssement du territoire de la Belgique, les deux armées s'abstiendront constamment d'entamer le tenitoire hollandais.
» Art. 8. — Il sera pourvu par une convention spéciale à la réi)artition et au règlement des frais extraordinaires de rexi)édition. »
. En ce qui concenie l'article 7, le lloi Léopold y juge le droit de légitime défense trop strictement limité. Son ministre à Paris fait remarquer au duc de Broglie que si le but de cette stipulation est d'empêcher les actes de défense au delà des frontières, en ce sens que l'ennemi eût un asile inviolable sitôt qu'il touclierait son territoire, l'article est inadmissible ; mais s'il tend seulement à prévenir un système d'opérations sur le sol néerlandais, il dépasse le but. Mieux vaudrait remplacer ces mots : « Les deux armées s'abstiendront constamment d'entamer le territoire hollandais » , pai* ces autres : « Les deux armées s'abstiendront à leur tour de prendre l'offensive sur le territoire hollandais. »
Quant aux frais de rexi)édition, le Roi des Belges ne i)eut i)rendre aucun engagement sans
une disoussion des Chambres. Mais le duc de Broglie affirme que l'article est pour la forme uniquement et « que le ministère français en fera bon marché. Son seul but est de justifier par quelque stipulation du soin ou seulement de la tentative de décharger le Trésor de ces dépenses extraordinaires » (i).
L'article 7 est modifié suivant le désir du Cabinet belge (2).
L'article 8 disparaît, mais M. de Latour-Maubourg fait ses réserves et déclare que le silence gardé à l'égard du concours financier de la Belgique ne préjuge nullement la question (3).
Absorbés par l'établissement ou les modifications des traités, les Ministres des Affaires Etrangères ne trouvaient sans doute pas le temps de les
(i) Lettre de Le lion au général Goblet.
(a) « Art. 7. — S'il arrivait que les Hollandais prissent rinitiatlve des hostilités contre la Belgique, l'armée française et l'armée belge agiraient de concert pour repousser cette agression. Dans cette hypothèse, les doux généraux en chef pourront arrêter, dès à présent, le plan d'opérations combinées que la dite agression rendrait aécessaire de mettre à exécution; ils auront soin d'ailleurs de ne jamais perdre de vue, dans cet arrangement, que leurs opérations a^'ant pour unique but l'affranchissement du territoire belge, ces opérations ne sauraient, dans aucun cas, prendre le caractère d'une guerre offensive contre le territoire hollandais. »
(3) Le général Groblet, ayant pris connaissance de la réserve, remet à son tour une note, par laquelle il s'en réfère purement et simplement aux engagements résultant du traité du i5 novembre, dont les stipulations ont été imposées à la Belgique et dont l'exécution a été garantie par les cinq Puissances.
i74 LA SECONDE INTERVENTION FRANÇAISE
communiquer à leurs collègues de la Guerre, puisque le baron Evain écrit à Goblet, le lo novembre :
« Je reçois une nouvelle estafette du quartier général de Valenciennes, qui m'apprend que, n'ayant aucune convention pour l'entrée et la direction à donner aux troupes françaises, l'expédition de tous les ordres de mouvement se trouve suspendue, et l'on me demande des instructions sur la marche des colonnes. On me demande aussi si j'ai donné les ordres pour la concentration de notre armée, quelles positions nous devons céder, etc., etc.
» Tout se trouve donc enchevêtré là-bas, comme ici, par le manque de conventions.
» Il faut indispensablement qu'on en fasse une, telle que le maréchal Gérard sache ce qu'il doit faire, ainsi que moi pour l'armée belge.
» Sans convention, il y aura défaut d'harmonie et même désordre. Je ne puis trop engager à y songer sérieusement : nous n'avons plus que quatre jours pour combiner nos mouvements, et c'est à peine le temps de les concerter. »
Nouvelles estafettes le lendemain ; instances nouvelles du général Evain.
Le II novembre, à minuit, les signatures de la convention s'échangent à Bruxelles, pendant que les ordres définitifs pour l'entrée en campagne sont expédiés par le maréchal Soult.
Le lendemain au soir, dans les rues les plus fré-
LES DEKNIÈBES HÉSITATIONS 4 75
quentées de Paris, aux portes des théâtres, les marcliands de journaux crient :
« Le voilà, pour deux sous, à tout le monde, le Moniteur^ contenant l'ordonnance du Roi pour la rentrée de l'armée française en Belgique. Le voilà, pour deux sous ! »
On se croirait en présence d'une situation bien nette, quand de nouvelles complications surgissent. La Prusse, qui s'était refusée, jusque-là, à occuper Venloo, annonce au Foreign Office qu'elle va envoyer un corps d'armée dans le Limbourg et le Luxembourg. A cette déclaration. Van de Weyer et Lord Palmerston de riposter que jamais ils n'admettront l'intervention prussienne (i). Le Ministre anglais s'étonne de ce brusque changement dans la politique du Cabinet de Berlin ; il lui rappelle que rien de pareil n'avait été annoncé, lorsque les plénipotentiaires russes abandonnèrent la Conférence, où jamais il ne fut officiellement question d'une occupation préalable. La Prusse ne posséderait Venloo qu'en l'enlevant de vive force aux Belges, qui le détiennent et ne le céderont qu'après la reddition d'Anvers. D'ailleurs, même en admettant toutes les impossibilités, de simples notes, qui n'engagent à rien, ne sauraient suffire à conclure un acte de pareille importance.
Autre nuage encore : le baron Allège de Cyprey, ministre plénipotentiaire de France à Francfort, annonce que la Diète considère l'arrestation de M. Pescatore comme accomplie sur le territoire de
(i) Lettre de Van de Weyer au général Goblet (la novembre).
la Confédération. Elle veut en demander satisfaction et autorisera le Gouvernement de Luxembourg: à ne plus reconnaître le statu quo, maintenu jusqu'ici grâce à tant d'efforts.
Puis, Forage s'éloigne. La Prusse qui, le ii novembre, voulait la guerre, déclare, le 12, qu'elle n'agira pas sans le concours de la France et de la Grande-Bretagne .
Le corps du général Muffling, qui se trouve à Aix-la-Chapelle, reçoit l'ordre de ne point dépasser la frontière.
« Rien ne paraît donc devoir s'opposer à ce que l'armée française opère son entrée en Belgique, le i5 à minuit — annonce Van de Weyer au président du Conseil (i). Ce que l'on proposera peut-être ensuite sera de fixer une époque (le 10 ou le i5 décembre), à laquelle les troupes belges évacueraient les parties cédées du Limbourg et du Luxembourg. A coup sûr, la citadelle d'Anvers sera réduite avant ce temps. >
Le baron van Zuylen comprend que son rôle est fini et adresse une dernière lettre à Lord Grey. Elevé dans l'habitude d'envisager TAngleterre comme la plus intime alliée de la Hollande, ce lui est une profonde douleur de voir le Cabinet britannique s'associer à la France révolutionnaire pour enlever à un Roi légitime la seule partie de ses
(i) Lettre du la novembre.
LES DERNIERES HEHITATIONS ^7
Etats que la révolte n'ait point envahie. Toutes les concessions ont été faites, hormis celles qui sont incompatibles avec l'honneur et l'indépendance de la Hollande.
Depuis la première semaine de novembre, Anvers se préparait à la guerre, multipliait les mesures de défense contre un bombardement possible. Les fonds du Trésor ont été transportés à Bruxelles ; dans la Cathédrale, les deux grands triptyques de Rubens sont recouverts d'une armature de solives et de cuir; les archives, les objets d'art sont enlevés, placés en des retraites sûres. Gand, Namur, Bruges envoient leurs pompiers, qui seront logés avec la troupe de ligne et recevront la paie des soldats d'artillerie. Dans la crainte d'alertes en pleine nuit, les habitants sont invités à éclairer la façade de leurs maisons.
L'activité est pareille du côté de la citadelle. Du soir au matin, les Hollandais lancent des flèches à feu pour surveiller les environs des remparts ; des allèges, chargées de soldats, encombrées de munitions et d'approvisionnements, sillonnent l'Escaut.
Il n'est déjà plus un logement disponible dans Malines, où de nombreuses familles anversoises se sont retirées, fuyant à l'avance les bombes et l'incendie. Pour calmer les craintes et prouver que la ville n'a rien à redouter de l'artillerie néerlandaise, le Eoi a ordonné qu'aucun meuble précieux ne soit retiré de son palais de la place de Meir.
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478 LA 6SC0MDS INTSRYENTIOM FBANÇAISE
Le maréchal Gérard et ses aides de camp arrivent à Bruxelles, le i3 novembre, à l'heure où le Roi ouvre les Chambres (i).
Pas plus que l'année précédente, l'intervention française n'est approuvée par l'unanimité du pays ; beaucoup de patriotes, demeurés convaincus que l'armée belge suffirait à sauver l'indépendance, les Orangistes, au grand complet, blâment l'entrée des troupes étrangères.
Ces sentiments se manifestent ouvertement au Palais de la Nation, où, dans la séance du 14 novembre, quarante-deux députés signent une Adresse au Roi, protestant « contre toute intervention étrangère qui n'aurait pour but que d'échanger la la citadelle d'Anvers contre les parties cédées des provinces du limbourg et du Luxembourg > .
(i) ce Si rexécntion du traité par les Puissances — dit Sa Majesté — doit empêcher notre jeune et belle armée de signaler sa valeur, son dévouement m^est garant que, dans le cours des événements qui se préparent, la violation du territoire par L'ennemi ou tout autre acte d'agression contre la Belgique n'aurait pas lieu impunément^
» Je suis heureux de pouvoir vous apprendre que les revenus de l'Etat pour Tannée courante ont dépassé toutes les prévisions. De nouvelles communications ont été ouvertes à l'intérieur; d'autres sont préparées, et je m'occupe sans rel&che du soin d'ouvrir des débouchés et d'étendre nos relations commerciales à l'étranger.
» Nous touchons à un grand événement, Messieurs. L'affranchissement du territoire doit contribuer à affermir la confiance publique. Mais nous nous souviendrons avec douleur que la Belgique tout entière n'a pas été adoptée par l'Europe. Lorsque le jour de la séparation sera venu, nous ne méconnaîtrons point les services rendus par les x>opulations qui se sont avec tant de dévouement associées à notre cause. Elles n'ont pas cessé d'occuper ma pensée; elles méritent de fixer celle de la Nation.
» Je compte, Messieurs, que l'harmonie ne cessera de régner entre les grands pouvoirs de l'Etat et que la Patrie continuera de trouver sa force dans l'union de tous ses enfants. »
Manifestation toute de principe et dont les auteurs ne pouvaient attendre aucun résultat, puisque l'armée du Nord est déjà massée sur la frontière, que ses premiers détachements franchissent le i5 novembre, à 6 heures du matin.
Avant la nuit, les habitants de Mons ont vu défiler le 8* et le 12® de ligne, conduits par le général de Castellane, un régiment de chasseurs à tîheval, les hussards de Chartres, une compagnie d'ouvriers, une brigade de gendarmerie. Le duo d'Orléans descend à l'hôtel de l'Aigle d'Or.
D'autres troupes entrent le même jour par Binche, Courtrai et Tournai.
En même temps, les divisions belges opèrent un mouvement important. Dans la matinée du 16 novembre, la brigade Clump arrive à Bruxelles; elle se compose de trois bataillons de garde civique mobile (major Charlier), du 12* régiment d'infanterie, d'une batterie d'artillerie complète, du i^'régiment de ligne, d'une compagnie d'ambulanciers. Léopold T^j qu'accompagnent le maréchal Gérard et le général Desprez, la passe en revue dans la rue Royale.
Le 2* de ligne et la batterie qui tenaient garnison à Louvain partent pour Tirlemont et sont remplacés par deux escadrons de lanciers, un escadron de chasseurs, le S'' régiment de ligne, un bataillon de la garde civique d'Anvers, un bataillon du 10" de ligne, une batterie d'artillerie.
Dans toutes les garnisons du royaume, lecture est faite de l'Ordre du jour adressé par le général Evain à l'année belge :
« Le refus obstiné de la Hollande de retirer ses
troupes derrière les limites que les traités lui ont assignées était un acte permanent d'hostilité envers les grandes Puissances de l'Europe.
» Deux d'entre elles se sont chargées du soin de le faire cesser.
» Dans ce but, leurs flottes combinées viennent de mettre à la voile pour soumettre les ports- de la Hollande à un blocus sévère et, aujourd'hui même, une armée française dépasse la frontière belge.
» Sous peu de jours, une marche rapide aura conduit cette armée devant la citadelle d'Anvers.
» De son côté, l'armée belge conser\^e sa mission : celle de préserver notre territoire de toute agression, de garantir de toute atteinte les personnes et les propriétés.
» Cette tâche est belle, elle est nationale et jamais il ne fut question de la confier à des mains étrangères.
» Le Roi connaît le dévouement de l'armée, il compte sur elle. Si l'ennemi ose prendre une téméraire initiative, le Roi en appellera à ses bataillons, et il ne doute pas que l'on reconnaisse alors les successeurs de ces guerriers qui, pendant une période glorieuse, ont si souvent partagé les mêmes périls et cueilli les mêmes lauriers que les Français. »