LE PREMIER COUP DE CANON
« Krijgsbroeders! Geheel Nederland, jazelfs geheel Europa heeft het oog op ons gevestigd. Toon dan in het algemeen, en elk uwer in het bijzonder dat het vertrouwen hetwel konze dierbare Koning ons geschonken heeft, niet aan onwaaf digen îs besteed en nemen wij het onverBchrokken vomemen met mannenmoed tôt het uiterste te verdedigen. Levé de Koning ! » (i)
{Ordre du jour du général Chassé^ la novembre iSSu.)
La proclamation du baron Evain n'était pas encore parvenue dans toutes les garnisons du royaume, que le général Goblet recevait de Sir Robert Adair cet énigmatique billet :
« Bruxelles, 17 novembre.
> Monsieur le Ministre, > Dans l'ordre du jour signé par le Ministre de
(i) « Frères d'armes ! La Hollande entière, tonte l'Europe même nous regarde. Montrons tous, et chacun en particulier, que la confiance à nous accordée par notre Roi bien-aimé n'est pas donnée à des indignes et prenons l'énergique résolution de nous défendi*e avec courage jusqu'à la dernière extrémité. Vive le Roi t »
i%% LA SECONDS INTERVENTION FRANÇAISE
la Guerre, le baron Evaln, j'ai lu avec étonnement les paroles qui suivent :
< Le refus obstiné de la Hollande de retirer ses » troupes derrière les limites que les traités lui > ont assignées était un acte permanent d'hostilité » envers les grandes Puissances de l'Europe. »
» Je crois de mon devoir, Monsieur le Ministre, en ma qualité de représentant de S. M. le Boi de la Grande-Bretagne près S. M. le Eoi des Belges, de protester contre toute expression qui, dans l'état actuel des négociations, constaterait le Boi, mon Maître, en état de guerre contre la Hollande. »
Une protestation analogue était remise, le lendemain, par M. de Latour-Maubourg.
Ainsi, les vaisseaux anglais et français faisaient la chasse aux navires hollandais, sans que les excellentes relations de Londres et de Paris avec La Haye en fussent troublées; escortés de canons, d'obusiers, les régiments du maréchal Gérard avançaient sur Anvers, sans qu'une pensée belliqueuse les g^dât dans cette marche. Jamais l'univers n'avait contemplé un si parfait exemple de la paix armée.
A cœur joie, les journaux de l'opposition exploitent cette étrange conception politique.
Le Revenant met en scène le B;Oi Irrésolu, qui, pour la 71* fois, dit à son fils, le Prince Rosolin, de mettre ses éperons, de seller son coursier, mais d'éviter les allocutions martiales.
« Nous allons prendre une ville, une seule, vous m'entendez, braves soldats! déclare alors l'Altesse. Si cette ville est brûlée quand nous arriverons, nous nous en retournerons comme nous sommes
venus, sans toucher aux canards, aux bottes de foin, aux poulets de ma sœur.
» Après la campagne, nous reviendrons encore plus vite, si c'est votre bon plaisir, car mon père a besoin de ses troupes en temps de paix encore plus qu'en temps de guerre.
» En avant, braves soldats! »
On prétend aussi que Gérard doit être fort souffrant, car il lui est défendu de rien prendre.
Une caricature représente l'Armée du Nord s'acheminant vers l'Escaut, portée par une tortue gigantesque.
La même cordialité officielle qui règne entre Guillaume I*"" et Louis-Philippe existe dans le haut commandement français.
« Il y a deux jours — confie le général Neigre à un ami (i) — M. le général Haxo me demandait si nous avions des grenades à main et des mortiers à la Cohom dans l'équipage de siège. Vous voyez qu'il n'est pas redoutable en fait d'artillerie : il a probablement confondu la défense avec l'attaque. C'est ce que je lui ai dit, mais il m'a dit que non.
» Cependant, ce n'est pas moi qui lui donnerai des grenades à main. »
Plus l'heure de l'action approche et plus la discorde s'accentue. Dans le sein du même confident, Neigre verse de nouvelles plaintes (2) :
(i) Lettre du 4 novembre (Valenciennes).
(a) Lettre du lo novembre (Valenciennes).
iSA LA SECONDE INTERVENTION FBANÇAISE
« Ayant appris que le général Haxo voulait faire marcher les troupes du génie à Tavant-garde, afin d'arriver un des premiers devant la citadelle d'Anvers, et probablement s'emparer de tout, j'ai demandé au maréchal Gérard de mettre en tête de colonne les quatre batteries non montées du parc de siège (les trois autres escortent les convois par eau), la moitié de la 6" compagnie d'ouvriers et les vingt-quatre voitures chargées d'artifices, outils, etc.
» J'ai aussi prévu le besoin de communications sur l'Escaut, soit au moyen de ponts volants ou autres, et, dans ce cas, j'ai également engagé le maréchal à porter le petit équipage de pont à l 'avant-garde. Ayant reçu l'approbation de ces mouvements, j'aurai l'œil sur tous les points importants du monde, et prêt à satisfaire à tous les besoins de notre service sans le concours de personne. Des officiers partiront en poste, dès que le mouvement de l'armée sera décidé, pour aller reconnaître Boom, point de débarquement de l'équipage de siège, et les rives de l'Escaut, de Gand jusqu'à une lieue au-dessus d'Anvers. Comme il faut jouer de finesse avec nos amis du génie, je me tiens sur le qui- vive et j'espère n'être pas surpris... »
Tout en défendant à ses diplomates de tolérer la moindre allusion guerrière, la France précipitait le mouvement de ses troupes.
Dans la seule journée du 17 novembre, arrivent successivement à Bruxelles un long convoi de
fourgons et de caissons, 5 bataillons d'infanterie, le corps du génie, le 20® léger, les lanciers du duc de Nemours, une demi-batterie d'artillerie à cheval et d'autres régiments encore, avec les généraux Lawoestine, Achard, Neigre, de Castellane.
Desprez rejoint Duvivier à Lierre, où est établi le Grand Quartier Général belge (i) ; le Maréchal va établir le sien à Malines, que 82,000 soldats français et 9,5oo chevaux traverseront entre le 18 et le 23 novembre.
Les Cabinets de Berlin et de Vienne, qui semblaient si complètement d'accord avec Paris et Londres, recommencent àmontrer quelque hnmeur.
Le général de Mercx a reçu, le 11 novembre, la visite de M. Bresson, Ministre de France en Prusse, qui lui a tenu ce langage (2) :
« Il est de la plus haute importance que la partie du Luxembourg qui, par le traité du i5 novembre, doit rester à la Hollande, soit évacuée par les Belges sans perdre un seul instant. C'est l'unique moyen de prévenir l'intervention de la Diète, que le Roi des Pays-Bas cherclie depuis longtemps à provoquer. *
Ces craintes paraissent d'autant plus sérieuses, que la gazette officielle annonce l'envoi de deux corps d'armée Prussiens sur la Meuse. Cependant, à la demande d'explications de Lord Minto et de M. Bresson, M. Ancillon a répondu que « cette mesure est ordonnée seulement pour détourner les suites éventuelles que l'entrée d'une armée fran-
(i) Les quartiers généraux des divisions belges sont à Diest, Hérenthals, Tirlemont et Tervueren.
(2) Lettre du général de Mercx au général Goblet.
486 LA 8KC0NDB INTKRVKNTIOM FRANÇAIS!
çaise en Belgique pourrait avoir pour le repos de r Allemagne ».
A Vienne (i)» où la monarchie de Juillet comptait si peu de sympathies, l'arrestation de la duchesse de Berry déchaîne les colères contre Louis-Philippe. La Cour n'a d'yeux que pour les partisans de la Légitimité, la Ville ne jure que pair M. de Blacas et M. de Montbel, qui sont ses hôtes en ce moment ; c'est au point que le maréchal Maison, ambassadeur de France, en exprime son étonnement, même son mécontentement au Prince de Mettemich.
L'ambassadeur de Russie met ime affectation particulière à réunir chez lui les sommités aristocratiques les plus hostiles à la France et à la Belgique.
« Tout ce qui se rattache à la duchesse de Berry — observe le baron de Loë — intéresse trop vivement la famille des Bois, pour que les trois Puissances du Nord n'y prennent pas un intérêt direct... »
(i) Déjà, pour éviter tout malentendu avec la Cour autrichienne, le général Grobiet avait expliqué au baron de Loë (lettre du i6 novembre) qu'il ne fallait voir aucun appel à des manifestations dans la phrase du discours du Trône relative au Luxembourg et au Limbourg : « Les mots placés dans la bouche du Roi ne veulent dire que ce qu'ils disent littéralement. Ils sont la suite nécessaire des engagements pris tacitement, dans le temps, au sein du Ck»ngrôs et plus tard de la Chambre des représentants. Il avait été convenu,en effet, que les personnes appartenant aux portions du territoire livrées à la Hollande, qui, compromises pour notre cause, voudraient vivre sous les lois du Gouvernement belge, trouveraient auprès de lui une protection généreuse et que, surtout dans la distribution des emplois, il leur serait accordé une préférence que légitimait si incontestablement leur malheureuse position. »
En apprenant l'arrivée de l'armée française sur le sol belge, Mettemioh a eu cette simple réflexion : « Nous verrons comment tout cela finira » ; mais il ne faudrait pas se laisser prendre à son apparente indifférence. N'a-t-il pas déjà annoncé au Baron de lioë que, devant ces événements, le comte de Didrichstein ne sera pas envoyé à Bruxelles, où il devait remplir les fonctions de chargé d'affaires jusqu'à l'arrivée de M, Neumann, désigné pour le poste de ministre plénipotentiaire?
Ainsi préoccupé du côté de TAutriche et de la Prusse, le Gouvernement belge voit encore naître de nouvelles discussions avec le Cabinet des Tuileries.
Des promesses du duc de Broglie, le général Goblet avait conclu que les troupes nationales auraient seules la garde de la ville d'Anvers; l'émotion est donc vive, quand un courrier du colonel Buzen apprend que Gérard veut introduire ses soldats dans la place.
Le Conseil est réuni d'urgence. Sous la présidence du Roi, MM. Goblet, Duvivier, Rogier, F. de Merode, Lebeau, Evain signent ce procès-verbal :
« Le Conseil, après en avoir délibéré, estime à l'unanimité que la Convention arrêtée entre le Gouvernement français et le Gouvernement belge n'admet point l'entrée des troupes Françaises dans la ville d'Anvers.
» En conséquence, des ordres seront immédiatement donnés au colonel Buzen pour faire respecter
par tous les moyens en son pouvoir la disposition de cette convention. »
Cette décision est communiquée par le général Goblet à M. de Latour-Maubourg (i), en même temps que le Roi expédie un courrier à Paris pour faire connaître à Louis-Philippe les résolutions du Cabinet belge.
Surprise indignée du Ministre de France devant l'énergique décision du Roi Léopold et riposte d'allure batailleuse (2) :
« Vous me dites que le Roi a fait adresser au gouvernement militaire d'Anvers l'ordre de ne pas admettre, jusqu'à nouvelles instructions, des troupes françaises dans la place. Je ne sais pas bien ce que vous entendez par là.
» Je me bornerai à vous rappeler que l'article 11 de la Convention du 10 de ce mois nous donne le droit de faire occuper tous les postes autour de la citadelle. Ce droit nous est acquis et il n'est pas d'ordres autres que ceux de mon Gouvernement qui puissent en restreindre l'exercice.
> C'est au Gouvernement français seul à juger ce qu'il croira convenable de faire à cet égard. Mais en attendant le supplément d'instructions que les circonstances nous ont mis dans le cas,
(I) « Bruxelles, lo 19 novembre.
» Monsieur le Comte,
» Revenu très tard du Sénat, je n'ai pu tous donner plus tôt connaissance que le Roi avait fait adresser au gouvernement militaire d'Anvers Tordre de ne pas admettre jusqu'à de nouvelles instructions de troupes françaises dans la place dont la garde lui est confiée... »
(a) Bruxelles, no novembre.
M. le Maréchal Gérard et moi, de demander à Paris, je crois devoir protester formellement contre toute allégation qui tendrait à infirmer, en quoi que ce soit, le droit incontestable qu'a mon Gouvernement de réclamer l'exécution pleine et entière d'engagements solennels pris vis-à-vis de lui et qu'il saura faire respecter, s'ils étaient méconnus.»
Entre Paris, Bruxelles, Londres, les courriers transportent la correspondance du duc de Broglie, du marquis de Latour-Maubourg, du comte Le Hon, du général Goblet, de lord Palmerston, relative à la nouvelle question d'Anvers.
On finit par admettre que le maréchal s'entendra avec le Gouvernement belge pour n'occuper que les points absolument nécessaires au succès d'une attaque extérieure.
La cité sera confiée à la garnison du colonel Buzen, sous la responsabilité de toutes les conséquences désastreuses que pourraient entraîner ses actes d'agression contre la citadelle.
L'occupation française se bornera à un total de 400 hommes, qui formeront l'investissement du côté de la ville et seront relevés toutes les vingtquatre heures.
Lord Palmerston, auquel ce projet est soiunis par Van de Weyer, n'y fait aucune objection : il estime, au contraire, que rien ne doit être négligé pour la prompte occupation de la citadelle.
Si elle était réglée diplomatiquement et pratiquement, l'intervention française était de plus en plus discutée par une grande partie du pays. Les adversaires du Cabinet, pris d'un regain de chauvinisme, exploitaient comme une trahison et un crime politique l'inaction forcée des troupes belges.
A la Chambre, ce fut pendant plusieurs jours un véritable tiunulte, où les clameurs du public se mêlaient aux exclamations des représentants qui attaquaient le ministère.
M. Osy, député d'Anvers, entama la discussion :
« Il faut — dit-il — que la Belgique exprime l'indignation dont elle est animée et que notre armée sache que la représentation nationale proteste contre une intervention qui porte atteinte à son honneur... »
MM. Rodenbach, Nothomb, Gendebien, Devaux, Rogier (i), tous les orateurs du Palais de la Nation
(i) Extrait du discours de M. Rodenbach : c< Lorsque nous possédons une armée pleine de courage et de patriotisme, yerrons-nous l'étranger s'arroger le droit de combattre seul nos ennemis et ne nous sera-t-il pas permis d'élever la voix pour protester contre cet outrage? Si deux grandes puissances nous imposent ces conditions, que l'on sache du moins que la nécessité seule nous fait céder et que nous n'avons pas la stupidité de croire qu'elles agissent ainsi pour notre bien-ôtre... »
M. Gendebien dit seulement : « Depuis deux ans, l'intrigue et l'égoîsme l'ont emporté sur la raison. Le ministère a constamment changé de système, et chaque fois, et depuis trois jours encore, on a voulu en rejeter sur vous la responsabilité. Si l'évacuation préalable d'un territoire occupé par quatre cent mille Belges devait être consentie par nous, ce serait une absurdité, une monstruosité, dont il n'y aurait jamais eu d'exemple. Tout ce qui se fait est un assassinat, et de l'esprit le plus infâme. J'ai dit. »
c< Tout en appelant l'intervention du Gouvernement français — explique .Charles Rogier — nous nous sommes réservé le droit d*
prirent part à cette lutte, qui aboutit à la défaite du ministère.
L'amendement Dumont (i) — auquel se ralliait le parti gouvernemental — fut adopté par 44 voix contre 42; mais, comme le fit remarquer M. de Robaulx, en demandant que les noms des votants fussent consignés au procès-verbal, des ministres avaient pris part au scrutin. Le Cabinet démissionna aussitôt.
Séances orageuses, protestations des députés, anathèmesdes gazettes n'empêchaient pas de hâter les apprêts du siège.
Le 19 novembre, la division Tiburce Sébastiani est à Saint-Nicolas, près de Gand; Gérard a son quartier général à Merxem. Il y modifiera cer-
nons défendre nous-mêmes. La moindre agression contre les propriétés belges serait immédiatement repoussée par l'armée belge. Si une seule bombe est lancée sur la ville d'Anvers, l'armée belge reprend son rôle de défense; si un seul soldat hollandais met le pied sur le territoire belge, toute Tarmée s'ébranle à l'instant pour le défendre. »
(i) Amendement Dumont : et Après des délais interminables, l'obstination de la Hollande a amené l'emploi de moyens coeroitifs de la part des deux alliés de Votre Majesté. Comme Vous, Sire, ils savent que depuis longtemps la mesure des concessions est comblée de notre part, et nous avons la certitude que le Roi des Belges défendra avec la dernière énergie nos droits, nos intérêts et l'honneur national. Au milieu des circonstances qui nous pressent et dans l'état incomplet des négociations qui nous ont été communiquées» la Chambre des Représentants croit, dans l'intérêt de l'Etat, devoir s'abstenir de se prononcer sur la marche suivie par le ministère. »
taines lignes du plan d'attaque, d'après les renseignements apportés sur Tintérieur de la citadelle par uji traître, le lieutenant Bouvy, qui avait déserté le 14 novembre.
Pour se rapprocher d'Anvers, le maréchal attend que son artillerie soit au complet; mais, comme l'année précédente, après avoir eu des semaines pour préparer l'entrée en campagne, on s'apercevait de nombreux oublis, de retards imprévus.
Le duc d'Orléans écrit à sa tante. Madame Adélaïde (i) :
« ... Ici nous attendons toujours notre artillerie pour commencer le siège; mais j'espère qu'elle ne sera plus longtemps à nous arriver et que nous pourrons incessamment ouvrir la tranchée. Une autre difficulté nous arrête encore, c'est le manque de mortiers. Nous n'en avons point assez dans le parc de siège qui nous a été envoyé de Douai et il va falloir en emprunter aux Belges. A cet effet, le Roi Léopold et le maréchal Gérard vont avoir ime entrevue à Boom. Je m'y rendrai si je puis, quoique Louise ne doive point y venir, le voyage ne lui étant pas favorable dans sa position actuelle. Mais, un de ces jours, j'irai à la légère la voir à Bruxelles, où je l'ai retrouvée de plus en plus heureuse et vraiment dans la meilleure situation qu'il fût possible de lui désirer. Maintenant je serai d'autant plus aise de la revoir, que les démêlés avec les Belges sont apaisés...
» Nous avons la certitude de la résistance de
(i) Lettre de Brasschaet, le s4 novembre i83s.
Chassé et nous en sommes tous enchantés. Malheureusement, le E/Oi de Hollande, dans son intarissable fécondité de chicanes, vient de nous susciter, au sujet des forts de Lillo et de Liefkenshoek, un embarras qui pourrait bien, si Ton n'y faisait attention, prolonger notre séjour ici... »
L'embarras auquel le Prince fait allusion consistait en ce problème : le lieutenant-colonel Bake, commandant hollandais des forts de Lillo et de Liefkenshoek, est-il sous les ordres du général Chassé, comme le prétendait Gérard, ou bien a-t-il été nommé à son poste par le Roi Guillaume et demeuxe-t-il indépendant de la citadelle, ainsi que l'affirmait le gouvernement néerlandais?
Dans le premier cas, les deux forts devaient se rendre le jour même où Chassé serait réduit à capituler; dans l'autre hypothèse, ils pouvaient prolonger la résistance et, garantis par l'Escaut, à l'abri d'un coup de main au milieu des prairies inondées, ils permettaient à la Hollande de se maintenir sur un point du territoire belge. Ils donnaient également prétexte à de nouvelles complications, si la Prusse, d'accord avec les autres puissances, venait à occuper le Limbourg avant que le royaume de Belgique fût complètement évacué.
Tandis que les régiments français couvraient les
routes depuis Bruxelles jusqu'à Anvers, que les bateaux partis de Lille et de Valenciennes débarquaient à Boom le formidable matériel de siège et que le maréchal disposait ses forces comme pour lutter contre une armée tout entière, le général Chassé se préparait à une défense sans merci (i). Nommé en 1819 au commandement de la IV* division militaire, dont Anvers était le chef-lieu, et retranché dans la citadelle depuis le soulèvement
(i) David Hendrik, baron Chassé, né à Tiel, le 18 mars 1765, d'une famille d'origine française, émigrée en Hollande lors de la révocation de redit de Nantes. Cadet en 1776, lieutenant (1781), capitaine (1787), entre au service de la France, qui récompense sa bravoure en le nommant lieutenant-colonel (1793). Colonel (i8o3), il fait ensuite la campagne de Prusse, sous les ordres de Dumonceau. Général (1806), il reçoit du Roi Louis le commandement des troupes hollandaises envoyées en Espagne, où ses hommes l'ont surnommé « Generaal Bajonet ».
Nommé baron par le Roi de Hollande, avec une pension de 8,000 gulden, puis baron de l'Empire (1811).
Gravement blessé à Bar-sur- Aube, il rentre, après la première capitulation de Paris, au service de sa patrie, redevenue indépendante et se distingue à Waterloo.
Le Roi Guillaume le place à la tète d'une division jusqu'en 1819, lui confie ensuite le quatrième grand commandement militaire à Anvers.
€k>uvemeur de Breda, au retour de sa captivité, le général Chassé fut, en 1839, nommé membre de la Première Chambre des Etats- Généraux et mourut le 2 mai 1849.
Lorsqu'il quitta le service de la France, en 18149 Soult lui avait écrit :
c< Le maréchal de France, duc de Dalmatie, certifie que M. le maréchal de camp baron Chassé a tenu la conduite la plus distinguée pendant qu'il a été employé sous mes ordres aux armées franr çaises en Espagne et que son zèle pour le maintien de la discipline, son expérience pour conduire les troupes et sa valeur dans les combats lui ont acquis l'estime générale. »
Sébastian! rendait également témoignage à la vaillance de Chassé, « notamment à la bataille d'Almonacid, où il contribua puissam> ment à cette glorieuse journée ».
de i83o, il avait vécu deux années entières entre les remparts, devant les féeriques horizons de l'Escaut, la seule route qui le reliât encore à son pays-
Depuis vingt-six mois aussi, la garnison était restée la même. Tous ces hommes, officiers et soldats, fiers d'être les gardiens du dernier drapeau néerlandais flottant sur le sol belge, accoutumés à leur existence monotone, se connaissaient, s'appréciaient; tous aimaient et admiraient leur chef.
Lorsque le Prince d'Orange et le Prince Frédéric sont venus, après la campagne de l'année précédente, visiter la citadelle. Chassé passe avec eux la revue de la garnison.
Le défilé achevé, comme le général avait peine à remettre son sabre au fourreau et en témoignait quelque confusion, le Prince Royal lui dit, de façon à être entendu de tous : « Hq gaat er beter uit dan in, Generaal! » (i). Allusion aux faits d'armes accomplis au siège de Wurtzbourg, en Espagne, à Bar-sur-Aube, à Waterloo, dans tant d'autres occasions encore.
Construite par le duc d'Albe, remaniée par Napoléon, la citadelle n'avait subi que peu de changement après la domination Impériale, et ses casemates pouvaient, à l'heure du péril, abriter huit cents hommes. Mais lorsque l'on apprit à
(i) n en sort pins facilement qu'il n'^ rentre, général !
La Haye le définitif accord franco-anglais, et plus tard, la mise en mouvement de l'armée du Nord, il parut urgent d'augmenter la garnison.
Les permissionnaires sont rappelés en hâte, les malades évacués sur Berg-op-Zoom, les femmes et les enfants embarqués pour la Hollande. On travaille, avec une farouche ardeur, à multiplier les ouvrages de défense; même les hommes de garde ont leur part de la besogne.
Des troupes, de l'artillerie, des munitions, des vivres remontent l'Escaut ; bientôt Chassé a sous ses ordres i45 officiers, 4»4^^ sous-officiers et soldats.
Cette disproportion énorme entre les logis de la citadelle et sa garnison a été souvent reprochée au général de Eerens, le Ministre néerlandais. Mais il faut considérer l'étendue des ouvrages à occuper, tant vers la ville que du côté de la campagne, songer aussi que l'on devait être en nombre suffisant, si l'occasion se présentait de risquer une sortie, ou si quelque victorieuse émeute des Orangistes Anversois et Gantois permettait de tenter une jonction avec eux (i).
En confiant la défense de la citadelle au général Chassé (2), le Roi Guillaume savait entre quelles
(i) C'est aassi pour ces deux derniers cas que 36 chevaux avaient été conservés dans la citadelle.
(3) Etat-Major de la citadelle :
Z, E. de generaal der infanterie D. H. baron Chassé, opperbevelhebber.
De generaal-majoor C.-A. de Favauge.
De kolonel bij de generaal Staf , N.-F. de Gumoèns.
mains il remettait rhonneur de la Hollande. Même il redoutait, en cas de défaite, quelque acte d'héroïque désespoir et lui faisait écrire, le i5 novembre, par le général de Eerens :
« ... Alleen vindikmij nog verpligt, ten einde geheel en al aan den voor mij zoo vereerenden last te voldoen, TJwe Excellentie ten slotte bekend te maken met de vaderlijke bezorgdheid des Konings voor den persoon van zijnen hooggescliatten gene-
De luitenant-kolonel van den gêner asl Staf, H. -6. de Boer.
De majoor J.-P.-W. Hombach, adjudant Tan den opperbevelhebbber.
De iM« liiltenant;H.-I.-L.,HeBhasius, adjudant van den generaalmajoor de Favauge
De cMrurgien-majoor D' J.-C. Croissant.
De chirurgien-majoor M. Rodî.
De officier van gezondheid, 3« klas, J.-W. Christan. » » » » S. Hoven.
» » » 3e klas, F.-S. Dnbling.
» » » » J. H. Coert.
De apotheker der 2i« klas, Bulsing
De !">« luitenant der j3^ afdeeling infanterie, G. Wieland, waarnemende de functiôn van audit, militair.
De kapitein J. B. Brumsteede, toegevoegd aan de staf van den opperbevelhebber.
De kapitein F. Kroese, belast met het toezigt over de magazijnen van levens middelen en fourage.
Conseil de défense.
De generaal-majoor de Favauge, kommandeerende de infanterie.
De kolonel Graaf von Quadt, kommandeerende de lo^ afdeeling infanterie.
De kolonel, kapitein ter zee Koopman, kommandeerende Z. M* seemagt op de Schelde voor Antwerpen.
De majoor Voet, plaatselijke kommandant.
De majoor Seelig, kommandeerende de artillerie
De majoor van der Wijck, kommandeerende de génie.
De adjoint-intendant Mulder, als secretaris.
raal en voor het dappere gamizoen der citadel, op welke thans aller oogen zijn gevestigd.
» De Koning vreest dat het a^an Hoogstdenzelven zoo welbekend manmoedig karakter van Uwe Excellentie u in die verdediging soms buiten het geval van volstrekte noodzakelijkheid nog verder zouknnnenleiden dan de bepalingen der instructie voor de plaatselijke kommandanten in i8i5 vastgesteld, medebrengen. Hij wil geene roekelooze opoffering van zoo vêle braven en verlangt dat wanneer aan eer en pligt voldaan en door hun gedrag aan Oud Nederland de dnurzame aohting VanEuropa zal verzekerd wezen, Uw Hooggeschat leven en, kan het zijn, dat van velen uwer dappere lotgenoten voor hem en voor het dankbare Vaderland behouden blijven.
» Dat God de pogingen van Uwe Excellentie met den besten uitslag krone is ook mijn vurigste wensch (i). »
(i) c< Je me vois encore obligé, afin de parfaire à un devoir si honorable pour moi, de faire connaître à V. E. les soucis paternels qu'inspirent à S. M. la personne si estimée de son général et la vaillante garnison de la citadelle, sur laquelle tous les yeux sont fixés.
» Le Roi craint que la vaillance bien connue de V. £. l'emporte dans cette défense, et hors le cas de nécessité absolue, à dépasser les règles de l'instruction pour les commandants de places, établies en i8i5.
» Il ne veut pas le sacrifice inutile de tant de braves et demande seulement que le devoir soit accompli et l'honneur sauf.
» Il espère qu'ils sauront, par leur conduite, s'attirer l'estime durable de l'Europe, et que votre existence, celle de beaucoup de vos compagnons seront sauvegardées, et pour Lui et pour la Patrie reconnaissante.
» Que Dieu couronne les tentatives de V. E. : c'est là mon vœu lo plus ardent. »
L*annementdela citadelle était terminé. Canons, houvitsers et mortiers, ii4 pièces garnissaient les remparts ; poudre et projectiles devaient suffire à une longue résistance.
Une page du carnet manuscrit (i), sur lequel le général de Constant Rebecque jetait des notes rapides, donne, au sujet de l'armement de cette époque, des indications curieuses :