ROMS DES AMES
Bmii portéi.
Moyens pwtii.
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Le fusil ordinaire ....
Le faftil de rempart. .
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» de 10 pp.
» de 10 »
» de 12 »
Pierrier. . . .
Grenade à main .
(i) Ce carnet, rédigé en français, est conservé à la section historique de TEtat-Major général de Tarmée des Pays-Bas.
900 JJL 8BC0NDE INTERVENTION FEANÇAISS
Les provisions de vivres étaient telles que malgré la dévastation des bombes, les ravages du feu» il en restait encore pour bien des jours, quand sonna l'heure de la capitulation.
Un vaste hôpital s'installait sous la direction du chirurgien-major Croissant, qui avait servi dans les ambulances de la Garde Impériale.
De toutes parts, les dons affluaient pour les blessés de demain ; entraînés par l'exemple de la Princesse d'Orange, les femmes hollandaises préparaient la charpie, découpaient des bandes de toile, qu'on faisait parvenir à la citadelle.
Le 12 novembre, Chassé, qui vient d'apprendre la signature de la Convention franco-anglaise, adresse cet ordre du jour à ses troupes :
« Dappere krijgsbroeders ! Het oogenblik waarop de onze hoUandsche moed en trouw eene nieuwe proef zalondergaan, nadert; binnenweinige dagen zal zich een Fransch léger voor deze muren vertoonen, om on s zoo mogelijk, tôt de overgave dezer sterkte benevens die der onderhoorige forten, met kracht van wapenen te dwingen. Vol vertrouwen op de rechtwaardigheid van onze Zaak, gerust op uwen beproefden moed en verknochtheid aan Koning en Vaderland, zuUen wij dit léger onverschrokken te gemoetzien.
» EMjgsbroeders ! Geheel Nederland, ja, zelfs geheel Europa, heeft het oog op ons gevestigd.
LB8 FINANÇAIS DEYAliT LA CITABBLLB 2Ûi
Toon dan in het algemeen, en elk uwer in het bijzonder, dat het vertrouwen hetwelk onze dierbare Koning ons geschonken heeft, niet aan onwaardigen is besteed, en nemen wij het onverschrokken voomemen met mannenmoed tôt het uiterste te verdedigen.
» Levé de Koning ! (i). »
Dans Anvers, l'existence était faite de perpétuelles alertes. Quelques mètres séparaient les factionnaires belges et les sentinelles hollandaises, qui ne se ménageaient pas les injures. Malgré les ordres formels donnés des deux côtés, un coup de feu pouvait répondre à quelque grossièreté trop vive et fournir prétexte aux plus funestes représailles.
On est convaincu que le général Chassé possède des intelligences dans la ville — elles le tinrent au courant des moindres événements jusqu'aux derniers moments du siège — mais il est impos-
(i) (c Vaillants frères d'armes ! Le moment est proche où la fidélité et la yaleor hoUaudaises seront mises à une nouvelle épreuve. Dans peu de jours, une armée française se montrera sous ces murs pour tenter de nous réduire par la force des armes à rendre cette forteresse et les forts qui en dépendent. Plein de foi en la justice de notre cause, en votre courage éprouvé et en votre attachement au Roi et à la Patrie, nous attendons cette armée de pied ferme.
» Frères d'armes ! La Hollande entière, toute r£urope même nous regarde. Montrons tous, et chacun de nous en particulier, que nous sommes dignes de la confiance de notre Roi bien-aimé et jprenons tous l'énergique résolution de nous défendre avec courage usqu'à la dernière extrémité. Vive le Roi ! »
sible de découvrir les gens qui le renseignent, non plus que la façon dont les nouvelles lui parviennent.
Par arrêté du i5 novembre, le colonel Buzen déclare que quiconque se mettrait en communication avec l'ennemi sera considéré comme traître et jugé par le Conseil de guerre dans les vingtquatre heures. Même mesure contre tout individu qui répandra ou propagera des bruits alarmants.
A partir du 21 novembre, les portes sont fermées de 5 heures 3o du soir jusqu'au matin.
Du côté des Français, l'ordre du jour signé, le 20 novembre, par le général Saint-Cyr-Nugues n'a rien d'enflammé. Il y est question de la galté et de l'ardeur des soldats, de la bonne disposition des habitants ; on exhorte les hommes à vivre dans la meilleure intelligence avec les Belges ; d'ailleurs, « l'estime réciproque doit rendre faciles et honorables tous nos rapports avec nos alliés ». Le chef d'état-major traite aussi la question des subsistances; enfin, il prévient l'Armée que M. le colonel Caradoc est arrivé en qualité de commissaire anglais et qu'il suivra le Quartier Général.
Sur l'officier envoyé par le Cabinet de Saint- James, la presse de l'opposition allait plus d'une fois exercer sa verve.
La Mode inaugure la série avec une fantaisie intitulée : La. citadelle d'Anvers et le commandant anglais.
— « M. le Maréchal, si l'on ouvrait la tranchée devant la citadelle?
— » Demandez-en la permission au colonel Cradock (sic).
— » M. le Maréchal, si nous mettions en batterie nos pièces de siège?
— » Informez-vous préalablement si tel est le bon plaisir du colonel Cradock.
— » Les trois couleurs de Jemmapes et de Valmy auraient grand besoin de se reteindre dans un peu de gloire, M. le Maréchal.
— » Si le colonel Cradock n'y trouve aucun inconvénient.
— » M. le Maréchal, voici un plan de campagne qui paraît assez bien concerté.
— » Priez d'abord le colonel Cradock d'y apposer son visa. »
« Cet honorable colonel Cradock est le commissaire anglais délégué par le bon plaisir du Cabinet britannique auprès de l'armée du Juste-Milieu, afin de présider aux exploits futurs du grand Prince Rosolin (i). »
< On soumet la gloire française à un laissezpasser britannique, écrit Le Rénovateur. Notre escadre navigue sous les ordres d'un amiral anglais; un commissaire envoyé de Londres est chargé du contrôle et de la surveillance des opérations du maréchal Gérard, de peur que nos soldats, assez peu érudits en matière de protocole, n'aient l'étour-
(i) Un des noms sous lesquels les adversaires de la NConarchie de Juillet désignaient le duc d'Orléans
904 LA SECONDE INTSBVENTIOK FBJUÏÇAISS
derie d'outrepasser les dispositions du progrramme officiellement rédigé au Foreign-Office... » (i).
Le 19, dans l'après-midi, les premiers Français furent aperçus de la citadelle : ils étaient peu nombreux, sans armes, semblaient faire des tracés, prendre des notes.
La nuit ne les éloigna pas, car on voyait des lueurs aller et venir, des lanternes s'élever, puis s'abaisser.
Durant les huit jours qui suivirent, ils n'approchèrent pas davantage des remparts, et l'ordre était donné aux sentinelles de ne pas les inquiéter.
Autour de Berchem, on commençait à couper,, pour en faire des fascines, les branches d'arbres, dont les experts estimaient la valeur.
Si le général Chassé ignoraitlesprojets du Mare-
(i) Le colonel Caradoc n'était pas le seul officier anglais venu à Anvers pour suivre les opérations. A V Hôtel da Grand Lêibourenr habitèrent pendant toute la durée du siège : colonel W. Smith (Horse Artillery), lieutenant colonel Colin Campbell (2ith fusiliers), captain Fitzgerald (of the Navy), captain Brandreth (oftheEngineers), colonel Scott (iTth lancers), captain Bail (8th Hussard), captain Parker et lord Kevelagh (i^^Life Guards), captain C. Stuart Wortley (3th Dragoon Guards).
D'autres passèrent à Anvers quelques jours seulement.
Parmi ceux-là : lieutenant colonel Reid, captain Blcardo (a^ Life Guards), captain Stoddard (of the Staff Corps), lieutenant Colboum (Royal Artillery).
LBS FRANÇAIS DEVANT ZiA CITADELLE SM
chai, le Gouvernement belge n'en savait pas daTantage (i).
Pour se renseigner, il envoie le colonel Boutay en qualité de commissaire près de l'armée française. Son premier rapport est daté de Merxem, le a^ novembre, au matin :
« Monsieur le Ministre,
» Ma première journée a été à peu près perdue par Tabsence de M. le Maréchal, qui a passé une grande partie de la journée à Berchem, où l'on remue des terres, et par des dispositions prises pour transférer aujourd'hui le quartier général à Borgerhout. Je n'ai pu être reçu avant 8 heures du soir, ni causer d'affaires. M. le Maréchal doit quitter Merxem à 9 1/2 heures du matin, pour aller s'établir à Borgerhout : ce changement est avantageux sous le double rapport des opérations et des communications...
» Bans les villages en avant d'ici, l'imprévoyance, le manque d'avis et l'amoncellement des troupes ont fait faire maigre chère aux soldats français ; le pain, la viande, en un mot le nécessaire a manqué dans beaucoup d'endroits, ce qui a mécontenté l'habitant aussi bien que le militaire. Ce
(i) Jusqu'au dernier jour du siège, le Gouvemement français laissa le pays dans une invraisemblable ignorance des événements militaires. Cette absence de renseignements fut telle que, sur le conseil du baron de Lascours, préfet des Ardennes, M. Hennequin, sous-préfet de Rethel, s'était abonné au Moniteur belge pour être mis au courant de ce qui se passMt autour d'Anvers.
306 I<A BBCONDB INTSftVKNTION FKAMÇAI8S
petit mal doit avoir déjà trouvé son remède: je vois partir d'ici beaucoup de vivres et de fourrages. L'affaire des fours donne encore des embarras; un Anglais, domicilié ici, demande 5, ooo francs par mois pour la location de deux fours...
» Les Anversois émigrés se lamentent sur la destruction prochaine de leur ville. Ils répètent l'argument orangiste, que la prise de la citadelle fera fermer l'Escaut...
» Vous avez sans doute connaissance d'une espèce de comité anglais établi à Anvers, composé de quatre ou cinq personnes, qui travaillent nuit et jour, à ce qu'on prétend, et qui correspondent d'une manière très active avec Lord Adair (sic). Quelques Anversois de haut bord s'imaginent que les opérations de ce comité sont de nature à retarder celles de l'armée française ; ils espèrent encore que, grâce à ses efforts, on n'en viendra pas à Vultima ratio.
» Le colonel Buzen ne m'a pas paru abonder dans le sens de la convention relative à l'occupation de la première barricade par les Français. Il pense que si Chassé a des vues hostiles contre la ville, les moyens ne lui manqueront pas pour les accomplir. Ses émissaires, quelques imprudents ou des exaltés suffiraient pour renverser les dispositions préservatrices. Une considération me semble propre à ranimer un peu : Chassé redoute l'effet de nos batteries; il doit reculer devant l'idée d'accélérer la défaite en attirant sur lui tous les efforts réunis.
» On dit que des allèges ont amené des volontaires et que ceux-ci, contre Tordinaire, se mon-
traient sur le tillac. On dit qu'une petite voile française a été maltraitée et prise par un brick hollandais et qu'une frégate anglaise a été capturée par deux frégates bataves : ce début, si la chose se confirme, donnerait de l'arrogance à nos ennemis. »
A voir comme les nouvelles circulaient difficilement entre Anvers et Bruxelles, on imagine combien de jours s'écoulaient avant leur arrivée à Londres. Le 3o novembre, Van de Weyer, surpris et inquiet d'être tenu au courant par la seule lecture des gazettes, écrit au général Goblet. Plus étonné encore, le ministre répond que deux lettres furent envoyées par lui ; il suppose qu'elles auront été retenues au Foreign- Office (i).
La Prusse restait encore indécise, nerveuse hier, calme aujourd'hui, mais se souciait fort peu d'engager une guerre, que la Russie et l'Autriche ne désiraient pas plus qu'elle.
M. Ancillon avait affirmé à Lord Minto que, si le cabinet de Berlin acceptait l'offre d'occuper Venloo, il le remettrait à la Belgique dans le cas où, à une époque déterminée, le Roi de Hollande n'aurait pas donné < les assurances et garanties que réclame l'intérêt des populations à céder par la Belgique » .
Be son côté, le duc de Broglie promettait au
(i) Lettre du 2 décembre.
i08 LA SECONDE INTERVENTION FRANÇAISE
comte Le Hon (i) de ne confier les territoires du Limbourg et du Luxemboui^ à la Prusse « que sous la condition qu'elle s'engagerait à ne les point remettre à la Hollande avant qu'elle eût accepté le traité du i5 novembre ».
L'affaire Pescatore, qui avait tant surexcité les colères de la Diète, venait de se dénouer tout paisiblement par réchange du fonctionnaire hollandais contre M. Thom (2).
Enfin la question ministérielle tombe d'ellemême dans l'oubli. Le Roi Léopold, avant de se rendre au quartier général de Lierre, a reçu M. de Meulenaere, qui passe pour un des chefs de la fraction unioniste-libérale, M. de Theux, qiii appartient à la fraction unioniste -catholique, tous deux conseillant le maintien du cabinet. M. Fallon, qui est des libéraux purs, acceptait en principe de former un nouveau ministère, mais a dû y renoncer après quelques tentatives infructueuses, et rien n'est modifié dans le Gouvernement (3).
Du ciel de la France comme de celui de la Belgique, tous les nuages ont disparu. Sans craindre de malencontreuse surprise, le maréchal (xérard peut faire charger ses canons.
Un soleil de printemps salue le réveil d'Anvers,
(i) Lettre du 36 novembre (Le Hon au général Goblet).
(2) L'échange se fit le 22 novembre, à Marner, où le colonel Prisse, escorté par un piquet de lanciers, conduisît M. Pescatore.
(3) Lettre du général Gk>blet à Le Hon (3o novembre).
le dimanche 25 novembre. Il pose des touches d'argent clair au vol des mouettes qui tourbillonnent sur l'Escaut, mêle de grands fils lumineux aux dentelles de la Cathédrale.
Jamais, depuis des semaines, la vie n'a paru aussi douce : on met les vêtements des beaux jours, on rit, on ne veut plus penser que des mortiers sont braqués sur la ville.
Des gens de Berchem disaient, la veille, que Tartillerie française était arrivée à Boom. La jolie promenade à faire! Et voilà les Anversois qui partent, gaîté au cœur, chansons aux lèvres, pour admirer les canons.
En chemin, ils n'osaient d'abord trop s'approcher des remparts de la citadelle, mais la hardiesse leur vient : ils quittent la route, avancent vers les fossés, regardent de tous leurs yeux la gueule des pièces hollandaises qui apparaissent entre les épaulements, le drapeau dominant la maison de Chassé, les sentinelles postées sur les parapets.
Plus loin, l'artillerie française, les uniformes inconnus attirent aussi la foule, qui ne rentre dans Anvers qu'à la nuit, animée, bruyante, ravie de sa journée.
La confiance de la ville a gagné les habitants de Berchem. Ils espèrent, eux aussi, que tout se bornera à une grande promenade militaire, quand, douze heures plus tard, l'intendant de la Neuville avise le bourgmestre, M. de Marbaix, que sa commune risque d'être détruite par les feux croisés ou
2i0 LA SECONDE INTERVENTION FRANÇAISE
les ricochets de la citadelle et qu'il est prudent de s'approvisionner d'eau.
Dans le village de Saint-Laurent, ordre est donné d'évacuer toutes les maisons.
En même temps, soixante voitures de paysans sont réquisitionnées, qui devront être réunies près l'église de Berchem, destinées — dit-on — au transport des blessés.
Mais à 8 heures du soir, un contre-ordre arrive : rien ne troublera la nuit.
On se rassure plus encore le lendemain : un grand dîner chez le général Haxo n'indique pas l'approche des heures redoutables.
« Le maréchal a reçu l'ordre d'épargner la citadelle. » « La consigne du général Chassé est de ne pas résister aux Français. » Les propos fantaisistes volent jusqu'à Bruxelles, en passant par Malines, où ils emplissent d'allégresse les cœurs des réfugiés anversois. Les plus crédules partenî» aussitôt pour regagner leurs foyers, quoique les Orangistes racontent que la révolution va régner sur les rives de l'Escaut.
Tout autre est l'esprit des soldats français. Les perpétuelles variations qui les énervaient sur la frontière, les exaspèrent maintenant qu'ils sont devant Tennemi. Leur orgueil souffre de ces indécisions toujours renaissantes :
« L'Empereur, disent-ils, ne faisait pas tant de façons pour la campagne de Russie ! »
Cependant, Gérard, Haxo et Saint-Cyr-Nugues, dont ils maudissent la lenteur, décident en ce moment même, les derniers détails de l'attaque, fixée au 3o novembre. Mais le secret est si fidèle-
LES FBAlfÇAIS DBYANT LA CITADELLE 24 1
ment gardé, que les chefs de service eux-mêmes sont avertis dans la soirée du jeudi 29 seulement, à 9 heures.
Quand le duc d'Orléans quitte Brasschaet — où il a remis le commandement de sa brigade au colonel Gémeau — pour rejoindre le maréchal, il traverse les champs de Berchem, où de pauvres gens soignent leurs potagers, que les Français vont tout à l'heure détruire de fond en comble, en y ouvrant les tranchées.
Les rassemblements s'opèrent dans le plus profond silence, sous une pluie battante, par la nuit noire.
Un meunier, fervent Orangiste, dont les fenêtres s'ouvrent vers la citadelle, renseignait Chassé depuis une semaine, au moyen de bougies diversement placées. Il allait le prévenir du mouvement des Français, quand des soldats envahissent la maison, s'emparent de lui.
On empoisonne tous les chiens du pays, tant on redoute que leurs aboiements donnent l'éveil. Aux Français qui relèvent les détachements du colonel Buzen, on apprend le cri particulier que lancent les sentinelles belges lorsque l'heure sonne ; ainsi les Hollandais ne s'apercevront pas de la substitution (i).
Les brigades Zoepffel, d'Hincourt et Bapatel occupent Berchem, la digue d'Hoboken et Wilrqk; une ambulance est installée à la hâte dans l'église de Saint-Laurent.
Cinq mille quatre cents hommes, fusil en ban-
(i) Lettre du duc d'Orléans à la reine Marie- Amélie.
doulière, la pioche dans une main, la pelle dans l'autre — pour éviter le bruit que feraient ces instruments en se choquant, — attendent Tordre de commencer le travail.
Les gardes des tranchées, au nombre de mille, arrivent en rampant jusque sur les glacis, où ils se couchent à plat ventre, invisibles pour les factionnaires hollandais.
Tout cela s'accomplit avec tant de mystère que, par ordre du maréchal, on n'a pas prévenu le colonel Caradoc.
Le commissaire anglais était endormi déjà, dans le château voisin de Berchem qu'il partageait avec M. Talguy, premier secrétaire de la légation de France, quand il est réveillé par le pas des troupes, appelées de Borgerhout. Il s'habille rapidement, fait seller un cheval et galope jusqu'à Berchem.
Si l'arrivée, en temps de paix et sur territoire neutre, de toute une armée commandée par un maréchal, constituait déjà un fait extraordinaire dans les annales de la diplomatie, l'histoire militaire contemporaine ne contient guère d'exemple de tout un travail de siège, opéré en cachette devant une citadelle, sans déclaration de guerre, sans la moindre sommation préalable.
A l'aube du 3o novembre, quand le regard commence à percer la brume, les sentinelles hollandaises ne peuvent croire au spectacle qu'elles ont devant les yeux : à 5oo pas des remparts s'étend le premier parallèle, depuis Montebello jusqu'au
LES FRANÇAIS DEVANT LA CITADELLE Si 3
Laag Kiel, en face de la chaussée de Boom. Du côté de la ville, des uniformes français se montrent à la porte des Béguines, aux avant-postes hier encore occupés par les Belges.
A 6 heures, près de l'Arsenal brûlé, un parlementaire apparaît : le colonel Auvray, sous-chef d'état-major, porteur de la sommation de Gérard à Chassé.
« Monsieur le Général,
» Je suis arrivé devant la citadelle d'Anvers, à la tête de l'armée française, avec mission de mon Gouvernement de réclamer l'exécution du traité du i5 novembre i83i, qui garantit à S. M. le Roi des Belges, la possession de cette forteresse, ainsi que celle des forts qui en dépendent, sur les deux rives de l'Escaut.
» J'espère vous trouver disposé à reconnaître la justice de cette demande. Si, contre mon attente, il en était autrement, je suis chargé de vous faire connaître que je dois employer les moyens qui sont à ma disposition pour occuper la citadelle d'Anvers.
» Les opérations du siège sont dirigées sur les points extérieurs de la citadelle, et quoique la faiblesse de la fortification du côté de la ville, et le couvert des maisons m'offrent des avantages pour l'attaque, je n'en profiterai pas. Je suis donc en droit d'espérer que, conformément aux lois de la guerre et aux usages constamment observés, vous vous abstiendrez de toute espèce d'hostilité contre la ville.
» J'en fais occuper une partie dans le seul but de prévenir ce qui pourrait l'exposer aux feux de votre artillerie. Un bombardement serait un acte de barbarie inutile et une calamité pour le commerce de toutes les nations.
» Si, malgré ces considérations, vous tirez sur la ville, la France et TÀngleterre exigeraient des indemnités équivalentes aux dommages causés par le feu de la citadelle et des forts, ainsi que par celui des bâtiments de guerre. Il vous est impossible de ne pas prévoir vous-même, que, dans ce cas, vous seriez personnellement responsable de la violation d'une coutume respectée par tous les peuples civilisés et des malheurs qui en seraient la suite. J'attends votre réponse et je compte qu'il vous conviendra d'entrer sur-le-champ en négociation avec moi, pour me remettre la citadelle d'Anvers et les forts qui en dépendent.
» Recevez, je vous prie. Monsieur le Général, l'assurance de ma considération.
» Le Maréchal, commandant en chef Tarmée du Nord.
« Comte Gérard. »
Réponse du général Chassé (i) :
« Citadelle d'Anvers, le 3o novembre i832.
» Monsieur le Maréchal,
» En réponse à votre sommation que je viens de recevoir à l'instant, je vous préviens. Monsieur le
(i) Ecrite en français, comme le fut toute la correspondance du commandant de la citadelle, jusqu'à la fin du siège.
Maréchal, que je ne rendrai pas la citadelle d'Anvers qu'après avoir épuisé tous les moyens de défense qui sont à ma disposition. Je considérerai la ville d'Anvers comme neutre, si longtemps qu'on ne se servira pas des fortifications de la ville (et ouvrages extérieurs qui en dépendent) dont le feu pourrait être dirigé contre la citadelle et la Tête-de-Flandre, y compris les forts Burght, Zwijndrecht et Austruweel, ainsi que la flottille stationnée sur l'Escaut devant Anvers.
» n s'entend de soi-même que la libre communication par l'Escaut avec la Hollande, comme elle a eu lieu jusqu'à présent, ne doit pas être interrompue.
» J'apprends avec surprise que, pendant que Votre Excellence entame des négociations, on commence des hostilités par des ouvrages d'attaque au Sud, sous le feu de notre canon; quant au-, quel (sic) j'ai l'honneur de vous prévenir que si, à midi, on n'a pas cessé de travailler à ces ouvrages, je me trouverai dans la nécessité de les empêcher par la force.
» Recevez, je vous prie. Monsieur le Maréchal, l'assurance de ma haute considération.
» Le Général d'infanterie,
» Baron Chassé. »
Quoique la campagne d'Anvers eût été tenue éveillée par les mouvements des troupes, le roulement des caissons, pas un des paysans qui avaient
leur échoppe le vendredi, sur la place de Meir, ne manque l'ouverture du marché.
Malgré ce qu'ils avaient vu des préparatifs de l'attaque, la même illusion survivait chez tous : Chassé céderait devant la démonstration française, et tout finirait sans poudre ni boulets...
A midi et demi, une détonation retentit : fidèle à sa parole, le commandant néerlandais a tiré le premier coup de canon contre les ouvrages français, du côté de Berchem.
Aussitôt, les appels des vendeurs s'arrêtent, un silence se fait sur toute la ville. Beaucoup croient que l'heure du bombardement est venue ; on se précipite vers les maisons, on se réfugie dans les églises, les pompiers courent à leurs postes.
La porte de Berchem est restée ouverte aux détachements belges qui rejoignent les garnisons de Lierre, de Malines ou de Termonde, comme aux habitants que l'effroi chasse de la cité, mais interdite à quiconque veut pénétrer dans Anvers sans être muni d'un laissez-passer.
Diligences et charrettes se heurtent devant le pont-levis; les chevaux impatients agitent des torrents de boue ; cris de colère et voix suppliantes se mêlent.
Le Maréchal avait tout fait pour provoquer ce coup de canon, qu'il attendait anxieusement et allait considérer comme une déclaration de guerre.
Il adresse au baron Chassé une seconde let-
LES FRANÇAIS DEVANT LA CITADELLE 2i7
tre (i), dans laquelle 11 émet la prétention de pouvoir tirer, des ouvrages extérieurs de la ville sur la citadelle, sans que les HoUandais aient le droit de riposter par une seule bombe lancée sur Anvers. La réponse du Général rétablit les responsabilités de l'attaque et ne laisse aucun doute sur
(I) « Monsieur le Général,
» Les premières hostilités sont dans les coups de canon que vous Tenez de tirer sur mes troupes, au moment môme où je recevais TOtre lettre de ce jour. La coupure des digues près de Liefkenshoek, les ai et 25 de ce mois, le coup de canon tiré le ai sur un officier belge, pourraient être considérés comme une rupture d'armistice, bien plus que les dispositions commencées sur le terrain que j'occupe devant la citadelle. Avant de tirer, j'ai voulu vous présenter un moyen de préserver la ville d'Anvers et sa population des fléaux de la guerre, et dans ce désir j'ai offert de renoncer aux avantages que me présente une attaque du côté des maisons, en me portant aux côtés extérieurs.
» La lunette Montebello est nécessairement comprise dans ces derniers, ainsi que les contre-gardes et ouvrages ne faisant pas partie de l'enceinte proprement dite.
» £n agissant ainsi, je me fonde sur l'exemple des sièges de 1746 et 1793, dans lesquels la ville, d'un commun accord, a été considérée comme neatre, sans que pour cela les assiégeants aient perdu la faculté d'étendre leurs travaux sur les ouvrages extérieurs.
» Lorsque j'userai dépareille faculté, si vous en prenez occasion de tirer sur la ville, je serai en droit d'attaquer votre citadelle par le côté qui me conviendra et vous savez le désavantage qui peut en résulter pour votre défense.
» Si, pour la conservation de la ville, je puis consentir à ne point faire usage des batteries intérieures pour tirer sur la Tôte-de- Flandre, on ne saurait admettre pour cela que vous puissiez conserver la libre navigation de l'Escaut; ce serait de ma part l'équivar lent de vous assiéger sans vous bloquer. Je dois donc. Monsieur le Général, vous presser de nouveau d'accepter des arrangements qui fassent de la ville d'Anvers un point neutre entre vous et moi, dans l'intérêt de votre honneur et de l'humanité, ou vous rappeler que toute la responsabilité d'un refus retombera personnellement sur vous. »
^i8 LA SECONDE INTERVENTION FRANÇAISE
l'accueil qu'il fera à une agression venue delà ville :
« Monsieur le Maréchal,
» En réponse à la seconde lettre de Votre Excellence d'aujourd'hui, j'ai l'honneur d'informer Votre Excellence que lorsque vous faisiez des propositions pour ne pas attaquer la citadelle du côté de la ville, vos troupes étaient occupées, sur le dehors, à faire déjà des ouvrages d'attaque contre la citadelle, que je me suis vu forcé de combattre.
» C'est donc de votre part, M. le Maréchal, que les hostilités ont commencé.
» Au reste, toutes les fortifications de la ville, avec les ouvrages détachés et forts, ne peuvent jamais faire partie pour assiéger la citadelle, sans que la ville d'Anvers soit compromise, et je vous préviens, M. le Maréchal, que le premier coup de canon qui sera tiré de ces lieux me fera considérer la ville comme ayant pris une attitude hostile, qui pourra l'exposer à une ruine totale, dont les suites funestes retomberaient sur Votre Excellence.
» Il est incontestable, M. le Maréchal, que les ouvrages susmentionnés ont été construits pour la défense de la place et non pour attaquer la citadelle. C'est ainsi que les autorités militaires d* Anvers les ont toujours considérés et reconnus.
1 La libre navigation avec la Hollande par l'Escaut, laquelle a toujours eu lieu, est un point si juste sur lequel je ne puis céder, ne concevant pas que cette communication peut vous être nuisible dans vos opérations du siège.
LES FRANÇAIS DEVANT LA CITADELLE Si«
» Vous voyez par ces propositions, M. le Maréchal, que je suis encore toujours disposé à épargner la ville, tel que ma conduite ne l'a que trop prouvé pendant deux ans, nonobstant des provocations réitérées des habitants et des autorités militaires. >
Le coup de canon qui terrifiait Anvers a répandu la joie parmi les Français. De vieux soldats se mettent à chanter les refrains d'il y a vingt ans, les airs de marche qui scandaient l'entrée à Berlin ou à Vienne. Nées de leur fantaisie, les nouvelles belliqueuses volent dans les rangs : la Russie se fâche; l'armée prussienne va envahir la Belgique. Et ils songent que c'est le surlendemain, l'anniversaire d'Austerlitz.