‹ La secondes intervention française et le siège d'Anvers, 1832Chapitre 13 sur 14 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ce ... La défense opiniâtre du général Chassé m'a laissé peu de répit pour ma correspondance : aussi n'aurai- je guère le loisir de tous dépeindre le singulier spectacle que nous avons sous les yeux et dont nous sommes à la fois les acteurs et les témoins : une armée assiégeante et une garnison assiégée s'entretuant à qui mieux mieux, sans pour cela être en guerre, des soldats perdant la vie ou quelqu'un de leurs membres dans une opération qu'on est convenu d'appeler pacifique... »

{Lettre du duc d'Orléans au comte de Saint-Priest, i6 décembre i83a,)

Dans toute l'étendue du royaume des Pays-Bas, le 2 décembre (i) fut un jour de prières ferventes, de supplications montant vers le ciel, Timplorant pour la vieille Néerlande.

Tous les secours humains manquaient à la fois à Guillaume P', délaissé par ceux qui l'avaient secrètement encouragé dans sa résistance : il ne pouvait plus compter sur l'appui armé de la Prusse, ni davantage sur l'appui moral de la Russie et de

(i) Dix-neuvième anniversaire de la rentrée de Guillaume d'Orange à Amsterdam.

l'Autriche. Ses propres troupes, que guettaient les régiments français et belges, devaient rester le fusil au pied, sur la frontière.

Chassé et sa garnison, isolés dans la citadelle qui s'anéantit pierre à pierre, au milieu d'un tel déchaînement d'artillerie, que la terre paraît trembler (i), n'ont plus rien à attendre que de Dieu.

Les pluies torrentielles, tombées dans la nuit du 3o novembre, avaient fait déborder le ruisseau du Kiel et si bien détrempé le sol, que les batteries françaises furent achevées avec mille peines. On dut entasser fascines, madriers pour faire un chemin aux canons, qui risquaient de rester embourbés.

Le feu soutenu des Hollandais, deux sorties qui réussirent à détruire le bois de la Pépinière et quelques maisons gênant le tir de la citadelle ajoutaient aux difficultés des assiégeants. Toute la nuit, toute la journée du 2 décembre furent encore employées à terminer les batteries. Une pièce, placée dans le saillant de Saint-Laurent et enfilant le chemin de Wilryck, rendait très périlleux le transport des munitions prises au parc d'artillerie.

Du côté de la ville, les conditions imposées aux Hollandais étaient comme un défi porté à leur patience. Non seulement il leur fallait contempler, d'un regard paisible et satisfait, les mortiers et les canons pointés vers eux (2), mais aussi laisser les officiers français s'installer dans la tour de la

(1) Lettre du duc d'Orléans (8 décembre).

(2) Cette batterie était commandée par le capitaine Soudain de Neuduwert.

LA PBI8B DB LA LUNETTB DE SAINT-LAURXNT 333

cathédrale, dans le clocher de l'église Saint- André, comme en nn observatoire, d'où ils surveillaient les mouvements de la petite garnison et les annonçaient au moyen de bannières de diverses couleurs.

L'existence des assiégés n'avait aucun mystère pour les longues- vues et l'état-major du maréchal était instruit des moindres faits, comme des événements les plus graves; il savait les dégâts causés par un boulet, aussi bien que les ravages d'un incendie. Bientôt l'imagination des observateurs se donna libre carrière, interprétant à son, gré les menus événements du jour : ayant aperçu un convoi funèbre qui traversait l'esplanade, n'annoncèrent-ils pas la mort et les funérailles de Chassé !

Cette surveillance incessante s'exerça dès le commencement du siège. Le 2 décembre déjà, soixante hommes, qui vont tenter une sortie vers le Melkhuis, sont rassemblés derrière la grande caserne, afin que leur mouvement échappe aux observateurs de la cathédrale. A peine hors de la citadelle, la petite troupe se heurte à une ligne de travailleurs, dix fois supérieure en nombre, dont elle ne soupçonnait pas la présence. Après un échange de coups de fusil, il faut se replier, sous peine d'être enveloppés (1).

(i) Dans cette sortie, commandée par les lieutenants Reime, Van Deventer et Tadjudant Lageman, le premier (prisonnier hollandais tombe entre les mains des Français : c'est le sergent Heino, de la 9<io afdeeling infanterie, que ses blessures ont empêché de se relever.

Le 3 décembre, les heures d'accalmie furent nombreuses du côté de la défense comme de celui de l'attaque. Même les princes d'Orléans avaient pu passer la journée à Bruxelles auprès de la Reine ; dans les cabarets de Berchem, les soldats éblouissaient l'habitant du récit des grandes batailles sous l'Autre ; Ary Scheffer, en uniforme de garde national, parcourait les tranchées, prenait sur son album de rapides esquisses ; à coups de poing, les enfants se disputaient les éclats de bombes ramassés dans les champs.

Mais le soir, on se répète partout que les moments tragiques sont proches, qu'Anvers va être bombardé. Les commissaires de police avertissent les étrangers que, s'ils franchissent les remparts, ils ne pourront revenir de longtemps, car les portes seront sévèrement consignées.

L'anxiété des Anversois grandit. Les uns augmentent la couche de paille et de terre dont ils ont matelassé leurs soupiraux, descendent les objets précieux dans la cave, où ils se préparent un refuge. Les autres, estimant que loin des canons hollandais sera la meilleure sûreté, courent au bureau des diligences, déjà encombré.

Charles Bogier et le général Goblet sont arrivés de Bruxelles, ont vu le maréchal, puis le colonel Caradoc.

Il fait encore nuit, le lendemain, qu'un long cortège de fugitifs se presse aux portes de Borgèrhout et de Malines. Elles seront fermées à

8 heures du matin, et Ton s'écrase pour quitter la ville.

C'était le jour de la Sainte-Barbe et jamais la patronne des artilleurs ne fut fêtée avec plus étourdissant fracas.

A II heures, le maréchal, les princes, le colonel Caradoc prennent place sur le parapet du fort Montebello. La musique militaire est au pied du rempart, attendant le premier coup tiré par la batterie française n° 5, pour attaquer un pas redoublé.

« On se serait cru chez Pranconi » , écrivait un officier anglais, témoin de cette étrange cérémonie.

Pour accentuer la ressemblance, les curieux de spectacles militaires s'entassaient dans le grenier du Théâtre des Variétés, dont les lucarnes dominent l'esplanade et la citadelle. ' Le concierge, imprésario avisé, met les places en location, au prix de 5o cents, et encaisse, dès la première représentation, une recette de 3oo florins (i).

(i) Le programme était attra^-ant, d'après les renseignemeuts que donne l'ordre du jour de rartillerie française du 4 décembre :

« ... La vivacité du feu sera réglée d'après les ordres que les •commandants d*artillerie recevront de l'officier supérieur de service.

» En général, il devra être très modéré, de manière que le pointage se fasse avec soin et, à moins d'ordre contraire, il ne dépassera pas la proportion de huit coups par heure, par canon, six par obusier, quatre par mortier. On aura soin de ne pas tirer par salve...

» Les consommations ne devront pas, en général, excéder 6o coups par vingt-quatre heures pour les canons, 4^ pour les obusiers et 3o pour le mortier, ce qui donne par jour une consommation totale de a,64o boulets, 8oo obus et i,aoo bombes. En tout : ifi^ projectiles.

A partir de ce moment commence une canonnade terrifiante, ininterrompue, un épouvantable échange de mitraille, qui ne cessera qu'à la capitulation. Dans cette journée du 4 décembre, quatrevingt-cinq pièces françaises bombardent la citadelle, et des officiers, postés dans la flèche de la cathédrale, envoient, de deux en deux heures, des bulletins qui serviront à rectifier le tir. Pourtant, rien encore ne semble menacer la sécurité d'Anvers.

« Jusqu'ici, écrit le général Groblet à Van de Weyer (i), pas un coup n'a été tiré de la citadelle contre la ville, bien que la question de neutralité n'ait point été décidée. Un fait remarquable, c'est que, des onze mortiers qui menaçaient la ville, les Hollandais en ont ôté quatre pour les transporter sur le front menacé par les Français.

» Quant à la position du Gouvernement, je crois pouvoir vous annoncer qu'elle ne demeurera pas plus longtemps incertaine. Soit mauvaise volonté, soit impuissance, soit désistement de ses premières exigences, l'opposition n'a pas fourni les éléments d'un nouveau ministère. Dans cet état de choses, le maintien du cabinet actuel devient une nécessité. La Chambre d'ailleurs semble se montrer mieux disposée à prêter son appui au pouvoir... »

La journée du 5 est, pour les assiégés, plus terrible encore que les précédentes : 3,557 projectiles sont lancés par les pièces françaises.

(i) Lettre du 4 décembre.

L'épouvante des Anversois, déjà obsédés par ce tonnerre ininterrompu, va s'accroître, lorsqu'ils connaîtront la lettre du général Chassé, qu'un parlementaire a portée au quartier général :

« Monsieur le Maréchal,

> Les calamités que votre agression appelle sur la ville d'Anvers, pendant que l'on négocie encore pour le maintien de la paix, paraissent devoir se réaliser dans toute leur rigueur, par suite de ce que j'aime à croire encore être l'effet de l'imprudence de vos troupes et ne pas être dicté par votre volonté.

» Malgré ma réponse B du 3o novembre i832, à la seconde lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, il a été fréquemment tiré contre la citadelle du fort de Montebello. Ce sont des transgressions aux bases de l'arrangement que Votre Excellence m'a proposé, ainsi qu'à celles que j'ai énoncées dans ma réponse.

» Je crois donc devoir en prévenir Votre Excellence, afin de faire tout ce qui dépend de moi pout empêcher un conflit désastreux... Le fort de Montebello est tellement une dépendance de la place, que je ne pourrais m' abstenir de riposter à tout feu ultérieur dirigé contre moi de ce fort, comme des remparts de l'enceinte... »

Quoique leurs âmes fussent bien fermées à l'illu-

sien, les Néerlandais avaient eu, ce jour-là, une vision d'espoir.

Du côté de Lille s'avançait une escadrille, placée sous les ordres du schout-by-nacht (contre- amiral) LewevanAduard, composée delà frégate Eurydice, des corvettes Komeet et Proserpina, de la bombardeerkorvet Médusa, de deux bateaux à vapeur et de vingt petites canonnières. Arrivée à la hauteur du fort de la Perle, elle jette l'ancre, malgré la protestation du général Sébastiani, commandant des ouvrages défensifs, qui n'admet aucun empêchement à la libre navigation de l'Escaut. Sans se laisser émouvoir, Lewe van Aduard passe la nuit à ordonner les préparatifs du combat.

Tout en se disposant à la bataille, les Hollandais n'oublient pas que le 6 décembre ramène l'anniversaire du Prince d'Orange, et le jour naissant montre ces bâtiments, où la mort allait frapper bientôt, pavoises pour une fête.

Un officier va sommer Sébastiani d'avoir à évacuer immédiatement les forts et les digues ; en cas de refus, la flottille ouvrira le feu dans un quart d'heure.

La réponse négative du général est accueillie par une canonnade, à laquelle les forts de Sainte- Marie et de la Perle ripostent si vigoureusement, que l'escadrille doit bientôt redescendre vers Lillo.

Connaissant les projets du contre-amiral. Chassé, pour appuyer plus fortement l'attaque des navires, avait, dans la nuit du 5 au 6, fait réparer les principaux dégâts causés à ses batteries. Ses rapports

au Ministre de la guerre, le général Van Eerens, déclarent que « le feu ennemi est tellement violent, que jamais aucun de nous ne vit rien de semblable. Il surpasse en force, en vivacité tout ce que nous connaissions jusqu'à ce jour. On a remarqué que, dans le même moment, douze à quatorze bombes sillonnaient l'air. Ce feu a tellement bouleversé le sol, que la circulation devient d'une difficulté extrême; le transport des munitions, le déplacement des pièces sont horriblement pénibles, impossibles parfois... »

Cette nuit-là, les assiégeants firent une tentative pour s'emparer de la Lunette Saint-Laurent. Elle fut déjouée par la vigilance du capitaine de garde Van Well Groeneveld, qui découvrit les Français s'avançant sur la chaussée de Boom.

Une bombe éclate dans l'hôpital, tuant trois blessés. Le major Croissant ordonne aussitôt que les malades, en état de supporter cette fatigue, seront embarqués, conduits à la Tête-de-Flandre, sur la rive droite de l'Escaut. On installera les autres dans une casemate, où le service de santé dispose des couchettes de paille.

Al 4 heures du soir, le grand magasin d'approvi sionnement est incendié. D'Anvers, on aperçoit les flammes, contre lesquelles tous les efforts de la garnison restent impuissants et qui s'éteignent à

minuit seulement, ne laissant que débris de murailles (i).

Puis, c'est la poudrière du bastion n° 2 qui saute. Parmi les blessés, le comte de Limburg^ Stirum et l'adjudant Roger, qui doivent être amputés ; le lieutenant Van Buren, qui succombe après quelques heures.

Cette désastreuse journée, prélude de tant d'autres catastrophes, témoignait que nulle défaillance n'était à craindre parmi les assiégés. Pris entre les boulets et l'incendie, ils s'étaient montrés de vaillants cœurs, et le vieux général pouvait s'enorgueillir de commander à de tels hommes.

Les Français admiraient la bravoure de leurs adversaires et se plaisaient à lui rendre hommage. Après la journée du 5, le duc d'Orléans conte à sa mère comment une pièce néerlandaise fut en vain la cible de toute une batterie : on veut la démonter coûte que coûte; quatre-vingts coups sont dirigés contre elle et toujours la lumière du canon reparaît (2).

(i) Lettre du duc d'Orléans :

« Nous aiierçûmes un grand bâtiment tout en feu dans la citadelle, et, en avant, deux maisons du village de Kiel auxquelles les Hollandais avaient mis le feu et qui flambaient. Ces deux incendies ressemblaient à des palais de feu, on voyait Tintérieur des bâtiments éclairés de toutes les couleurs, et, entre deux masses de flammes, le rempart de la citadelle, noir foncé, sur la crôte duquel se dessinaient, comme des ombres, de petites figures courant en tous sens. »

(2) Lettre du duc d'Orléans (Sur une pièce installée dans le saillant de Toledo) :

« Us servaient leurs pièces avec tant d'activité, qu'un seul canon.

A la suite de la lettre de Chassé, une nouvelle panique s'est abattue sur Anvers. Les habitants, qui ne peuvent ou n'osent fuir, s'abritent dans les caves, cherchent un asile dans les églises. Par les rues, on ne voit plus que gardes civiques défilant musique en tête, estafettes galopant aux remparts, escouades de pompiers qui veillent jour et nuit. Aux menaces de bombardement hollandais s'ajoute encore la crainte des projectiles français.

Les journaux de Paris et de Bruxelles vantaient la merveilleuse adresse des artilleurs, avec exemples à l'appui. Un canonnier, auquel le maréchal avait promis la croix, s'il démontait une pièce en trois coups, n'en demandait qu'un seul et réussissait; une autre fois, Gérard donnait 4^ francs et laissait encore espérer la Légion d'honneur à un pointeur qui annonçait à l'avance les résultats de son tir.

Tous n'étaient pas aussi prodigieusement habiles, car, dans la seule journée du 6 décembre, l'Hôtel des Monnaies et quinze maisons des rues de la Cuiller et du Couvent, voisines de l'espla-

que nous observions parce quMl était un de ceux qui nous gênaient le plus, tira près de trente coups ù l*heure.

» Je résolus alors de le faii*e démonter à tout prix.

» Quant à leur adresse, vous en jugerez quand vous saurez qu'impatienté de voir toujours ce même canon travailler sans relâche, j'étais avec les généraux Baudrant et Jamin sur des chaises dans la batterie n^ 3, lorsque le boulet vint frapper le gabion contre lequel je m'appuyais et me couvrit la tète et le chapeau de terre. Je n'en fus que plus animé à faire tirer toutes les pièces sur ce point; mais tout ce que nous pûmes faire fut do démolir la crête de blindage et d'élargir l'enibrasui'e. Au coucher du soleil, la pièce faisait encore feu régulièrement et nous incommodait beaucoup, »

nade (i), étaient abimés par des boulets français envolés d'une batterie de Berehem.

L'annonce de la venue du Roi avait cependant apaisé l'affolement des Anversois. Arrivé de Bruxelles, le soir du 5 décembre, Léopold se rendait directement au Palais, où le duc d'Orléans et le maréchal se présentaient peu après. Comme on s'était laissé gagner par toutes les craintes, on se rattachait à toutes les espérances, et le bruit courait déjà que Chassé renonçait à défendre Saint-Laurent.

Le Théâtre des Variétés, dont les recettes avaient notablement baissé la veille, fait de nouveau le maximum. Devant l'affluence des curieux, il se décide à ouvrir ses portes l'après-midi.

Quoique le spectacle de la matinée ne vaille pas celui du soir, où le ciel est rayé de flammes, où les fusées de la citadelle illuminent la campagne et l'Escaut, on s'étouffe devant les lucarnes. Un officier anglais, assidu de ces représentations, écrit que le public s'emballait ainsi qu'au théâtre, murmurait ou applaudissait, suivant que les coups semblaient bien ou mal portés.

La curiosité est si forte, que des personnes bravent toutes les consignes, s'exposent aux balles, aux éclats d'obus, pour aller jusqu'au campement du ig"" de ligne, près de Berehem, contempler les soldats qui font la cuisine en plein air, qui chantent, qui dansent.

Cependant, l'attaque grandit encore : du 6 au

(i) L'esplanade s'étendait sur les terrains actuellement occupés par le Musée

7 décembre, les batteries françaises lancent 4,145 projectiles. Une bombe traverse le blindage du laboratoire, tout rempli de poudre : l'explosion tue trois hommes, un quatrième ne survit que quelques heures.

Le soir du 7, un étincelant clair de lune scintille sur les environs de la citadelle, au profond désappointement des Français, qui achèvent fiévreusement la batterie de mortiers dirigée contre le bastion n* 2. Les assiégés, au contraire, bénissent cette lumière, qui révèle tous les mouvements de l'ennemi : sous leur feu, les soldats doivent à plusieurs reprises abandonner le travail.

La défense hollandaise sera d'autant plus acharnée, que Chassé a dégarni ses remparts du côté de la ville pour réarmer tout son front.

Ce n'est plus seulement un duel d'artillerie qui met en présence Français et Néerlandais. Sans vouloir exposer une importante fraction de ses troupes dans une sortie. Chassé va harceler l'adversaire par des attaques multipliées.

Près de la Lunette Saint-Laurent, un détachement débouche tout à coup du chemin couvert, derrière lequel il s'était embusqué, se précipite sur les voltigeurs. Quand ils sont obligés de battre en retraite, les Hollandais jettent dans les tranchées de petites bombes, un peu plus grosses que le poing (i). Dans la contre-garde du fort Montebello, les projectiles néerlandais enlèvent des gabions, détruisent tous les parapets. Des soldats sont

(i) Lettre du duc d^Orléans à la Reine Marie- Amélie.

atteints et, sur Tordre du maréchal, le travail est interrompu.

Mais la citadelle à souffert plus encore : la grande caserne n'est qu'un monceau de décombres; en hâte, il faut évacuer les cuisines. L'œuvre de destruction accomplie depuis quelques jours par les bombes françaises prouve que les ouvrages blindés n'offrent qu'une sécurité illusoire; sur l'ordre de Chassé, tous les hommes qui ne sont pas de service abandonnent les casemates, vont se reposer dans les poternes et les galeries de communication.

Du côté des assiégeants, les tranchées sont gelées à certaines places, à d'autres, transformées en de véritables marécages, où l'eau et la boue atteignent à la hauteur du genou. Le Boi des Belges n'hésite pas à s'y aventurer, bien que le feu hollandais demeure aussi violent.

Passe ime civière emportant un soldat, qu'un boulet vient de mutiler affreusement.

Léopold s'approche et, sur la poitrine du Français, il épingle la croix de son Ordre (i).

(I) SainirSyr-Nug^ues, dans son ordre du jour, dit à l'armée française le beau geste du Roi :

ce ...Hier, S. M. le Roi des Belges a parcouru les tranchées et visité les parallèles, les batteries et jusqu^au cheminement le plus avancé du génie. Ayant rencontré un sapeur grièvement blessé qu'on emportait et dont la contenance et le langage annonçaient une âme forte et intrépide, il lui a adressé des paroles d'intérêt et lui a accordé la décoration de l'Ordre Léopold («l'c). Cette hono-

lia nouvelle de la présence du Souverain à Anvers s'était vite répandue dans le royaume et aussitôt naissait une mode nouvelle : fût-il le plus pacifique citoyen du monde, tout Belge, soucieux de la considération, devait avoir assisté au siège de la citadelle et obtenu une lucarne au Théâtre des Variétés.

Un autre motif que la curiosité attirait encore bien des hommes à Anvers: des jeunes chirurgiens arrivaient d'Angleterre, d'Allemagne et sollicitaient rhonneur d'assister Zinck, Forget, Hippolyte Ijarrey dans les soins prodigués aux blessés.

La principale ambulance française siège dans une des plus grandes maisons de Berchem, où le docteur Gouzé, de l'hôpital d'Anvers, a fait porter les matelas nécessaires (i). Deux ambu-

rable récompense, décernée sous le feu ennemi, sera pour toute Tarmée française un témoignage du prix que met à ses seryices le Gouvernement allié, pour qui nous sommes venus combattre. Nos blessés ont été transportés à Thôpital d'Anvers, où ils sont reçus et traités avec le plus grand soin. XI. le docteur Seutin, qui a servi dans l'armée française, s'y fait remarquer par son zèle et son dévouement. M. le mai*échal se plait à lui en témoigner sa satisfaction. Il doit aussi exprimer sa reconnaissance aux habitants d'Anvers, qui ont fait offrir par le bourgmestre de transporter euxmêmes nos blessés de l'ambulance de Berchem À l'hôpital d'Anvers, afin de leur éviter le transport i>ar voitures qui les fait beaucoup souffrir. M. le maréchal s'empresse de transmettre à l' armée cette preuve touchante des sentiments de gratitude et d'humanité de la Nation belge; il est garant que les soldats français, en versant leur sang pour elle, n'oublieront jamais que la discipline, comme le courage, est au premier rang de leurs services; c'est par lÀ qu'ils acquerront des droits à l'approbation du Gouvernement français et à l'estime de tous les peuples. »

(i) Aux personnes qui envoyaient de la charpie, du linge, on délivrait un bon de remerciements, ainsi formulé par le chirurgien en chef : c( Bien que les ambulances de l'armée soient abondamment

lances de tranchée sont installées dans l'église de Saint-Laurent et au village d'Hoboken.

Chaque jour, le matin et vers la fin de Taprèsinidi,les blessés — portés sur des civières et placés dans des fourgons — étaient évacués, sur Anvers, sur Malines, où ils trouvaient un accueil et des soins qui laissèrent dans leurs cœurs un sentiment de profonde reconnaissance (i).

Bans la citadelle, une pareille sollicitude entourait les victimes du siège, mais combien les ressources étaient différentes !

Battu par la mitraille, émietté par les bombes, l'hôpital devient inhabitable : c'est dans des casemates, où les chirurgiens ne peuvent se tenir

pourvues de tout ce qui leur est nécessaire, nous ne recevons p&s moins avec plaisir et reconnaissance les dons offerts pour le& blessés... » ÇLarkkYj Histoire chirurgicale du siège d'Anvers,)

(i) Après la reddition de la citadelle, M. Zinck, le chirurgien français, écrit à M. Seutin, médecin en chef de l'armée belge :

« Mon cher camarade,

» Au moment de rentrer en France, il me reste un devoir bien doux à remplir : c'est celui de vous offrir mes remerciements pour l'empressement avec lequel vous êtes accouru nous prêter les secours de votre talent et de votre expérience. Nos blessés de l'hôpital d'Anvers n'oublieront pas plus que moi les soins assidus et affectueux que vous leur avez prodigués. L'Intendant de notre armée et notre conseil de santé savent déjà quelle part active vous avez prise à nos pénibles travaux et, en les en informant, je n'ai été que juste à votre égard.

» Veuillez, mon cher camarade, recevoir, avec mes adieux, l'expression de mes sentiments de reconnaissance, d'estime et d'affection. »

debout, OÙ le renouvellement de Tair est impossible, où les lampes fumeuses répandent une funèbre clarté qu*on entasse les malheureux blessés.

Chaque soir, une chaloupe montée par deux hommes ramène des bastions avancés les soldats atteints par le feu ennemi.

Si rétat des malades le permet, une embarcation les conduit à la Tête-de-Flandre ; mais nul signe ne la distingue, rien ne garantit sa sécurité pendant la traversée de l'Escaut.

Un magnifique élan de charité entraînait tous les cœurs néerlandais : pauvres, riches donnaient suivant leurs moyens ; liste des objets envoyés à la citadelle, sommes d'argent offertes pour les blessés et leurs familles, emplissaient les gazettes. Auprès des gulden arrivant par milliers, figurent charpie, compresses, paniers de raisin, confitures, sirops, thé, sucre, tabac, pipes, madère, etc. Les enfants des écoles se cotisent, les ateliers envoient leur obole ; certains dons sont accompagnés d'une devise, telle que :

De gift hoe klein Het doel toch rein (i).

Par les pigeons voyageurs, par les postes du télégraphe aérien qui reliaient la citadelle à une

(i) Qaelque petit qae soit le don,

Le but est pur.

tour du Binnenliof à lia Haye, le général Chassé restait en communication constante avec son gouvernement. Au contraire, l'état-major français semblait se faire un devoir de tenir le cabinet belge dans Tignorance des progrès du siège.

Irrité de cette façon d*agir, M. Goblet envoie au quartier général, le 7 décembre, un employé du ministère, M. Noyer, muni de toutes les recommandations imaginables, car il convient, écrit-il à Le Hon (i), « que les faits importants soient recueillis avec un soin et une exactitude irréprochables ».

Après bien des recherches, M. Noyer retrouve le colonel Bouthay, commissaire belge auprès de Tarmée française, logé dans quelque vieux château, à plus d'une lieue d'Anvers- Cinq minutes de causerie l'ont déjà convaincu que sa mission sera malaisée : le colonel lui conte qu'au début du siège, il se rendait chaque matin à l'état-major, interrogeait et recevait cette immuable réponse : « Il n'y a rien de nouveau...» Devant ce parti pris, il n'a plus insisté.

Espérant un meilleur résultat, M. Noyer va trouver le général Desprez, dans l'après-midi du 9 décembre, puis adresse au président du Conseil le récit de la visite :

« M. Desprez m'a dit: « Quel intérêt le Ministre » des Affaires Étrangères et ses agents à Londres » et à Paris peuvent-ils prendre à ce qui se passe » ici ? C'est une affaire toute française ; il n'y a » que le Gouvernement français qui ait droit à

(i) Lettre du 7 décembre.

» demander des renseignements. Quand les Belges » se battront, à la bonne heure ! M. Le Hon pourra » alors désirer connaître le résultat des opérations » et nous demander des détails ; maintenant, » qu'il en demande au Gouvernement français ! »

» Il m'a dit cela à peu près dans les mêmes termes. Il faut avouer qu'en cette circonstance M. le général Desprez avait un peu trop en mémoire son extrait baptistaire. Aussi je me suis hâté de lui répondre que l'affaire était belge avant tout, que les Français ne venaient pas conquérir Anvers pour leur Gouvernement, mais pour le nôtre ; qu'il était très naturel que nos envoyés à Londres et à Paris désirassent connaître les chances d'un événement qui se rattache si étroitement à la diplomatie, puisque le siège d'Anvers n'avait lieu qu'en vertu d'un traité auquel notre plénipotentiaire avait pris une part si active, etc.

» Le général m'a dit, en vrai soldat : « Des » coups de canon ne seront jamais de la di- » plomatie. Du reste, a-t-il ajouté, je ne donne » communication de ce qui se fait qu'au Roi seul, » à qui j'écris tous les jours. M. Goblet n'a qu'à » lui demander communication de mes lettres. »

» M. Bugne, que je suis allé voir ensuite, m'a paru réduit à un rôle purement passif ; il est là, m'a-t-il dit, pour laisser faire; il appelle, lui, son rôle contemplatif.

B Je lui ai fait quelques questions sur le service des estafettes, dont je voulais profiter, mais il m'a dit que, n'ayant plus d'occupation, il n'expédiait pas une estafette par semaine.

» Des nouvelles, il en a fort peu. Aller les men-

dier, et sans succès encore, ne peut lui convenir ; des communications, on ne lui en fait pas. Je lui ai parlé de la neutralité de la ville. Il m'a répondu qu'il considérait le principe admis de fait et qu'il ne pensait pas qu'il pût y avoir encore des motifs de craindre pour la ville... »

Le 10 décembre est marqué par la plus importante sortie, tentée depuis le début du siège.

Sous le commandement du capitaine Morre, des lieutenants Nantzig et Derks, soixante-cinq hommes de la 10*® afdeeling — auxquels se joint un détachement de Werkers (i), dirigé parle i®"^ lieutenant Camerling — se précipitent au pas de course sur les sapes volantes établies devant le bastion n** 2. Surpris, les Français se sauvent et les Hollandais, sans perdre de temps à les poursuivre, commencent à détruire les travaux : les ouvriers bouleversent les terres, sous la protection de leurs camarades de l'infanterie.

Les Français reparaissent en nombre, Morre et Nantzig tombent sous leur feu; mais les Hollandais tiennent ferme une demi-heure encore, ne battent en retraite qu'après avoir précipité dans les fossés six mortiers à main, pris les carabines et les cuirasses abandonnées par leurs ennemis.

En quarante-huit heures, 6,ii5 projectiles ont été lancés contre la citadelle ; le rapport de Chassé

(i) Travailleiirs.

confesse que nul blindage ne résisterait à une pareille attaque.

« De bomvrije lokalen werden overal doorgeslagen — écrit le chef d'état-major de Boek dans son Journal.

» Nimmer heeft de geschiedenis een zoodanig voorbeeld van barbaarscheid bij beschaaf de volken opgeleverd. De regen van bommen en granaten gaat aile verbeelding te boven ; de toestand onzer soldaten is allerbeklaaglijkst. Editer zijn allen nogmet goedenmoed bezield (i). »

Un brouillard si épais couvre la nuit du lo au II, que Ton distingue à peine la traînée lumineuse des bombes.

Les Français mettent Tobscurité à profit pour commencer une nouvelle batterie de quatre mortiers, à l'extrémité droite de la deuxième parallèle.

Maintenant, les trente mortiers de 29 qui, aux premiers jours du siège, étaient en Carrière de la première parallèle, se trouvent dans les'batteries E, F, G, H, et dans le fort Montebello. Leurs bombes atteindront jusqu'aux ouvrages qui regardent le front de la ville.

(i) c< Les locaux blindés sont défoncés partout. Jamais ^rhistoire n*a enregistré pareil exemple de barbarie chez les peuples civilisés. La pluie de bombes et de grenades dépasse l'imagination. |La situation de nos soldats est des plus déplorables. Néanmoins, ils sont tous animés d'un bon courage. »

S43 LA 8BCONDB INT£BVSNT10N FRANÇAISE

Cette même nuit, le génie a achevé une descente à ciel ouvert, entre le saillant du chemin couvert de la Lunette Saint-Laurent et la descente blindée déjà construite. Sur cette dernière, on lance dans le fossé un radeau, au moyen duquel un mineur est attaché à l'escarpe.

Nouveaux ravages dans la citadelle. Une bombe s'abat sur la poudrière du bastion n"" i et, sans la présence d'esprit d'un canonnier qui éteint le commencement d'incendie, le bâtiment entier sautait (i) . Les caves de la grande caserne, considérées jusque-là comme défiant tous les projectiles, sont mises à jour; d'autres souterrains subissent pareil sort. Les soldats n'ont plus de refuge que dans les poternes, dans des galeries si resserrées, que la plupart doivent rester debout, tandis que les autres, étendus ou assis, cherchent un peu de repos.

L'artillerie souffre terriblement aussi du tir acharné des Français : entre le lo et le ii décembre, cinq pièces sont démontées.

Anvers n'est pas épargné non plus : dépassant la citadelle, des projectiles tuent une femme, blessent un enfant à mort.

Toute la matinée du ii, les canons avaient grondé de part et d'autre. Soudain, ils s'apaisent,

(i) Dès que cet acte de bravoure fut connu en Hollande, des souscriptions sont adressées aux journaux, spécialement destinées au. soldat qui a sauvé l'existence de bien des compagnons d'armes.

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mais alors des échos de combat arrivent de Calloo (i).

« Les quais des bassins d'Anvers — écrit M. Noyer, dans son rapport rédigé à 5 h. 3o du soir — sont couverts de curieux avides d'explosions, qui, n'ayant plus en ville le bruit accoutumé de l'artillerie du siège, paraissent enchantés de trouver un dédommagement, en attendant que Chassé et le maréchal recommencent de plus belle...

» Il y a un endroit du quai d'où l'on aperçoit distinctement les mâts des frégates. Le temps est très clair aujourd'hui et l'on voit, à chaque explosion, deux petits nuages blancs monter audessus du fort Sainte-Marie et des frégates. Le feu de celles-ci est terrible : ce sont des bordées roulantes, qui doivent écraser les ouvrages improvisés des Français. On dirait que les soldats de Chassé et ceux du maréchal suspendent leur combat pour attendre le résultat de cet événement.

» Au-dessous du fort Burght, qui se trouve près de la Tête-de-Flandre, les Hollandais ont fait une coupure qui établit une communication avec les Polders inondés.

» Trois chaloupes canonnières hollandaises qui, le matin, se trouvaient encore à l'entrée de la coupure, se trouvent, cette après-midi, dans les Polders, à la hauteur du fort Isabelle... »

(i) C'était rengagement, près dn fort Sainte-Marie.

Une alerte imprévue survient du côté de la Conférence, que l'on croyait endormie pour longtemps sur les protocoles.

Après la convention du 22 novembre, les plénipotentiaires russes, obéissant aux instructions impériales, s'étaient retirés et, de l'avis unanime, les séances ne reprendraient pas avant la cessation des hostilités. < Mais — annonce Van de Weyer à Goblet (il décembre) — les dépêches arrivées de Saint-Pétersbourg à Londres changent toutes les idées que l'on s'était faites à cet égard. La Cour de Russie applaudit à la conduite de ses plénipotentiaires et leur dit qu'en se retirant de la Conférence, ils ont parfaitement saisi l'esprit de leurs instructions et compris la volonté de l'Empereur et qu'en conséquence, on leur retire tout pouvoir et tout mandat pour assister à la Conférence...

» Il est indubitable que cet acte de la plus insigne mauvaise foi est un coup monté par MM. Matuszewics et de Zuylen et que l'on veut ainsi jeter un nouvel embarras dans les affaires. La Russie a un vif intérêt à ce que la France et TAngleterre soient incessamment occupées de difficultés qui entravent la marche de leurs ministères et détournent leur attention de ce qui se passe en Pologne... »

Au rapport du 11 décembre, Chassé a, pour la première fois, laissé deviner des craintes, car le batardeau placé devant la courtine I-II vient

d'être détruit par les pièces ennemies et l'eau ne sera plus retenue dans les fossés.

Les Français n'en profiteront-ils pas pour tenter un assaut général?

Il faut se tenir prêt à conjurer ce nouveau péril : le nombre des soldats est augmenté dans chaque bastion, toutes les précautions sont prises pour empêcher une escalade des flancs bas (i).

Sur l'esplanade de la citadelle, dont les boulets ont labouré le sol, devant les murailles écroulées de la caserne et des magasins, dans le fracas des canons néerlandais qui ripostent aux obusiers

(i^ GamizoenS'order. — Bij eenen algemeenen aanval, waartoe men zlch altijd gereed moet houden door het afloopen van het water in de gracliten, zoo zal :

Het bastion n» i, in de regter flank, bezet worden door het 2''^ bâtai 11 oen der 10^ afdeeling infanterie.

Het bastion n» 2, door het flankeur batoilloen der 'j^ afdeeling infanterie.

Het bastion n» 3, in beide lage flanken, door het i><« batailloen der • lo''^ afdeeling infanterie.

Het bastion n» 4? in de regterlage flank, door het flankeur batailloen der 7^* afdeeling infanterie, hetwelk tevens als reserve zal beschoawd worden.

Het bastion n» 5, in beide lage flanken, door de drie kompagnieên van het flankeur batailloen der cfi^ afdeeling infanterie.

De 4^ kompagnie van de ^^ afdeeling infanterie zal in bastion n» 4 verblijven.

De handlagers zijn belast mot de defensie der lage flanken, daar waar zij zich in de galerij bevinden.

Van bastion i en 2, zuUen steeds ieder 5o man als tirailleurs gebruikt worden, niorgen de noodige zandzakken te plaatsen daar waar zulks noodig is, op de Hoofdwal en ravelijn Ilulppoort.

fran^'ais, Chassé réunît sa garnison, le 12 décembre (i).

En vertu des pouvoirs que lui a concédés le Roi, il remet les insignes de la 4* classe du « Militaire Willems-Orde » à vingt-trois de ses plus vaillants.

D'autres ont l'honneur d'une citation à Tordre du jour.

« Ik houde mij verzekerd dat deze onderscheiding tôt een si)oorslag aan de bezetting zal vertrekken, om in het kamp en léger vermoeijenissen en gevaren met onverschrokken moed te blijven verdragen, terwijl Ik bij deze, de stellige verzekering geef, dat clk uitstekende daad dadelijk door mij zal worden beloond of, naar omstandigheden, ter kennisse van Zyne Majesteit zal worden gebracht (2). »

(il Depuis le début du 8ièp;e, les Hollandais avaient eu a officiers et 3G soldats tués, 4 officiers et l'ia soldats blessés; 4 bommes étaient portés manquants; 8 canons et i5 affûts démontés.

(a) « Je me tiens pour assuré que cette distinction sera un encouragement à la garnison, comme au camp et à l'armée, pour continuer à supporter avec un courage héroïque les fatigues et les dangers.

» Je donne ici l'assurance catégorique que chaque fait remarquable sera immédiatement récompensé par moi ou, d'après les circonstances, porté à la connaissance de Sa Majesté... »

Décorés dans l'infanterie : i^ lieutenant lîroers; major Voet; 2' lieutenant Derks; sergent Verhe>dcn; caporal Van Veen; flanqueurs Tennîssen, Iluigsrok, Kisenbergen, Douwes: fusilier Bouwman.— Artillerie : les capitaines Scliutter,Van Deventer,Versehoor ; les lieutenants Doorman et Vnn Driel van Goudswaard; sergentmajor Van der Kruk; caporal Robarts; canonnier Schophuizen. — Génie : lieutenant comte van Limburg Stirum; sergent mineur Van Suiktelen; caporal Profost; mineur Vosson. A l'ordre du jour, le !«• lieutenant Kamerling et l'adjudant Rogier, déjà décorés; les sergents Keijzer et Kôhler, le mineur llerbouts et l'ouvrier du génie Smit sont cités à l'ordre du jour.

Alors que la Hollande, unie dans un même amour, dans une même pensée, recommandait à Dieu les enfants qui souffraient et combattaient pour elle, le suppliait de soutenir leur cœur, d'épargner leur jeunesse, les Français, plus que jamais dominés par les querelles de partis, exploitaient le siège d'Anvers au gré de leurs passions politiques (i).

Mais, chose autrement grave que les coups d'épingle, les caricatures et les épigrammes de la presse, la discorde était au camp français. L'antipathie peu dissimulée qui, depuis Valenciennes, séparait Haxo et Neigre, s'accentuait; les escarmouches du début menaçaient de tourner à la guerre ouverte, d'autant que chacun des généraux avait ses partisans, qui entraient à leur tour dans la lutte.

Des rapports arrivaient journellement au maréchal Soult, tendant à le persuader que l'approvisionnement en poudre ne répondait pas aux besoins du général Neigre, réduit à ralentir le feu de ses batteries.

Inquiet, le Ministre de la guerre charge le maréchal de camp baron Gourgaud, aide de camp du

(i) Les feuilles orangistes se livraient, elles aussi, aux nobles jeux d'esprit. La Papillote expose Vétat de la France en i832 : « La liberté est D. C. D., la révolution de Juillet D. K.V., le Roi n'est pas M. E., les doctrinaires sont A. I., les Pairs E. B. T., deux cents et quelques députés II. T., la gloire nationale A. B. C, la dette nationale O. C, le crédit B. C, la liberté de la presse G. T., la charte par l'adresse L. U. D. »

Roi, de se rendre en poste auprès de Gérard, « à l'effet de prendre une connaissance exacte des approvisionnements de siège de l'artillerie » (i).

Le général Neigre savait les manœuvres de ses adversaires. « J'ai été et suis encore bien tourmenté — écrit-il à l'ami qui avait été déjà le confident de ses premiers déboires — par l'exigence de certaines personnes qui croient que le service pénible de l'artillerie se conduit comme quelques mètres de sape, qu'on ne prend même pas la peine de finir, et qui, en général, sont impraticables, puisque l'artillerie fait presque tous ses mouvements en dehors des tranchées. A cet égard, j'ai dû être surpris de trouver dans la lettre du maré-

(i) a Général, mou intention est que vous partiez en poste, au reçu du présent ordre, pour vous rendre auprès de M. le maréchal comte Gérard, commandant de Tarmée du Nord, à l'effet de prendre une connaissance exacte des approvisionnements de siège de Tartillerie devant la citadelle d'Anvers .

» Vous trouverez ci- joint l'état de composition que j'ai arrêté pour l'équipage de siège de 80 bouches à feu organisé en France. Tout ce matériel devait être tiré de nos magasins, d'après mes ordres du 16 octobre dernier, sans avoir recours aux ressources que le Gouvernement belge offrait.

» 11 parait néanmoins que le général Neigre n'a amené devant la citadelle d'Anvers que 102,000 kilos de poudre ; le Ministre de la guerre de Belgique lui en a fait remettre aâ3,ooo kilos, ce qui porte l'approvisionnement total du siège à 325,ooo kilos.

» Mais il a été ajouté 6 pierriers à l'équipage au moment du départ de l'armée ; de plus, le Gouvernement belge a mis 3o mortiers de 29 centimètres à la disposition du général Neigre, et cette augmentation de bouches à feu rend insuffisant l'approvisionnement de 825,000 kilos de poudre.

» Le général Neigre ayant laissé 170,000 kilos de poudre en arrière, cette circonstance pourrait faire craindre qu'il ait également laissé en France une partie des 76,760 projectiles qu'il devait en tirer. Cette imprévoyance serait extrêmement bl&mable... » (Lettre du la décembre,)

chai Gérard au Ministre de la guerre, mise dans le Moniteur duio de ce mois, le paragraphe suivant : « Les travaux du génie avancent ; je presse Tartille- » rie, et l'infanterie est complètement en mesure. » Ici M. le maréchal ne nous rend pas justice, et ses premiers rapports ont été plus favorables à Tartîllerie... »

On avait tant répété, au début de l'expédition, que la résistance de Chassé ne dépasserait pas trois jours, qu'au premier obus bien dirigé la citadelle ouvrirait ses portes, que la défense des assiégés stupéfiait Paris.

Tous les efforts de l'attaque convergeaient vers la Lunette Saint-Laurent, dont la prise, chaque matin annoncée comme prochaine, était chaque fois remise au lendemain.

Les gazettes raillaient ces prophéties à longue échéance :

« Le maréchal Gérard commence à s'apercevoir que la Lunette Saint-Laurent n'est pas une lunette d'approche.

» Les Hollandais, avec leur Lunette Saint-Laurent, nous en font voir de toutes les couleurs. »

Le Cabinet français, qu'un succès militaire signalé pouvait seul maintenir au pouvoir, pressait le maréchal de remporter quelque avantage capable d'émouvoir l'opinion.

Les efforts surhumains multipliés de part et d'autre, l'héroïsme dépensé dans la citadelle comme devant ses murailles, ne suffisaient pas

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aux électeurs : il fallait une victoire à populariser par rimage.

Passage de courriers plus nombreux, mouvement inusité entre le quartier général et la ville, arrivée de charrettes surchargées de fagots destinés à remplir les fossés, indiquent aux Anversois que l'attaque est prochaine.

Jusqu'à Bruxelles, où Ton vit dans l'attente de quelque grave événement, les esprits sont portés à rattacher le moindre fait au siège d'Anvers. Une bande posée sur l'affiche du Théâtre Royal, l'après-midi du i3 décembre, annonce « Relâche par ordre » : aussitôt l'on se répète que le duc d'Orléans vient d'être tué par un boulet hollandais, alors qu'il s'agit simplement d'une réparation urgente à faire au lustre, dont la corde est usée.

Dans la citadelle, l'anxiété est profonde. On apprend par un pigeon voyageur que cinquante échelles ont été réunies en grand mystère près des batteries françaises ; mais l'auteur du billet n'a pu obtenir aucun renseignement sur le point où sera tentée l'escalade.

Entre-temps, la flottille, par de fréquentes escarmouches avec la division Tiburce Sébastiani, échelonnée sur la rive droite de l'Escaut, cherchait à établir la communication de Chassé avec la frontière néerlandaise.

Pendant l'engagement du 12 décembre, un boulet parti du fort de la Croix frappe mortelle-

ment le contre-amiral Lewe van Aduard sur le pont de rEurydice.

Vers I heure du matin, le i3 décembre, une lueur si vive envahit le ciel que, sans Todeur de laine brûlée apporté par le vent, Anvers croirait à une aurore boréale.

Un des derniers magasins est en flammes !

Les batteries françaises tirent avec fureur. En un même moment — écrit Chassé dans son Journal — douze à quatorze bombes étaient visibles dans l'espace. Sur le sol de la citadelle, labouré par la mitraille, le transport des munitions, le déplacement des pièces sont devenus presque impossibles. Ce qui restait des abris blindés s'écroule; les hommes, dans les poternes, les galeries surbaissées, souffrent cruellement du manque d'air.

A la fin du jour, un rapport apprend au général que les Français ont lancé un radeau dans le fossé de la Lunette Saint-Laurent. Quand l'obscurité est complète, le soldat Arends, vêtu d'un costume sombre, coiffé d'une casquette grise, se laisse glisser dans le fossé, puis, s'aidant des pieds et des mains, monte le long du mur de revêtement, jusqu'à réi)aulement, d'où il observe tout ce qui l'entoure.

A ce moment, les mineurs français, installés sur un radeau — l'avis mystérieux disait vrai — achevaient de creuser, à trente pieds sous le sol de la Lunette, trois chambres, renfermant chacune 5oo kilogrammes de poudre et fermées avec des sacs de sable.

Mais de l'endroit où il se cache, Arends ne peut les apercevoir. Par le même périlleux chemin, il

rentre à la citadelle, affirme qu'aucun danger immédiat n'est à craindre.

Chassé juge donc inutile d'augmenter la surveillance à Saint-Laurent : les 120 hommes qui occupent la Lunette suffisent à la garder, quoiqu'ils appartiennent aux plus jeuneset plus inexpérimentés de la garnison,

Le 14 décembre, à 4 1/2 heures du matin, le mur du saillant de la Lunette, soulevé par l'explosion des mines, s'écroule dans le fossé.

Dès que le lieutenant-colonel Vaillant et le garde du génie Négrier ont reconnu la brèche, une compagnie de grenadiers (lieutenant Duverger) et une compagnie de voltigeurs (capitaine Couraut) la gravissent sans bruit : arrivés au sommet, ils se précipitent, baïonnette en avant. Les Hollandais ne sont pas revenus de leur stupeur, qu'une autre compagnie de voltigeurs (capitaine Montigny) et un détachement de grenadiers (lieutenant Boulet) ont tourné la Lunette, coupé la retraite.

Des 120 hommes qui composent la garde de Saint-Laurent, 60 tombent aux mains des assaillants; d'autres, à la faveur de l'obscurité, peuvent regagner la citadelle.

Quelques-uns restent intréi)ides, comme le soldat Gooze Morre, qui, frappé à coups de baïonnette, la main droite et le bras gauche arrachés, refuse encore de se rendre.

Cependant, les canonniers Van Storkel et

Van Egmond, placés à un poste éloigné du point d'attaque, ont résolu de défendre la porte du fort. Ils y placent deux mortiers à main, puis, aidés du lieutenant Boers, du sergent Pelegrim et de quelques camarades, dirigent le feu contre les Français, peuvent tirer onze fois avant d'être enveloppés...

Ainsi s'accomplit la prise de la Lunette Saint- Laurent, que les intérêts de la politique allaient bientôt placer au même rang que les plus célèbres assauts de l'histoire militaire.

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