‹ La Seigneurie de Sillery et les Hurons de LoretteChapitre 2 sur 3 · COMMENT LA SEIGNEURIE DE SILLERV FUT RÉDUITE DES DEUX TIERS · texte numérisé non relu

COMMENT LA SEIGNEURIE DE SILLERV FUT RÉDUITE DES DEUX TIERS

Depuis plusieurs années déjà les sauvages étaient en possession du fief de Sillen', lorsque leur titre de propriété subit un premier assaut, souffrit une première limitation. Leurs tuteurs mêmes, les jésuites, émirent la prétention que Sillery, auquel l'acte de 1651 donnait 4 lieues de profondeur à partir du fleuve Saint-Laurent, n'en avait véritablement que 1 lieue et demie à peu près, tout le reste (c'est-à-dire les 2 lieues et demie au delà du coude de la rivière Saint-Charles) se trouvant recouvert par une concession de date antérieure, la seigneurie de Saint-Gabriel.

Dès 1647 (quatre années avant l'érection de Sillery), Eobert Giffard, médecin, conseiller, seigneur de Beauport, proche Québec, s'était fait concéder la seigneurie de Saint-Gabriel. Vingt ans plus tard, il en faisait don aux pères de la compagnie de Jésus. Or, c'est en 1669, deux ans à peine après le passage de cet acte de donation, et moins d'un an après la mort du donateur Giffard, que se fit jour pour la première fois dans -un acte public, cette prétention des jésuites au sujet des limites de Sillery. Celle-ci s'afSrma beaucoup plus nettement dans les aveux et dénombrements rendus par les jésuites en 1677 et 1678. Dans l'aveu de cette dernière année, ils déclarent en propres termes que la seigneurie de Sillery n'a " qu'une lieue et demie ou environ de profondeur, quoiqu'il soit dit dans le titre de concession que la dite seigneurie aura quatre lieues de profondeur, attendu que la seigneurie de Saint-Gabriel, de laquelle le titre est primitif, la coupe au droit de la rivière Saint- Charles".^

Cette prétention était-elle fondée en fait? La seigneurie de Saint- Gabriel avait-elle été placée véritablement à cet endroit? Comprenaitelle réellement dans ses limites une partie du terrain concédé depuis aux .sauvages sous le nom de seigneurie de Sillery? C'est ce dont nous allons cliercher à nous rendre compte par l'examen minutieux des faits.

A ce point de notre étude, l'histoire se lie intimement à la géographie, et le lecteur pour nous suivre plus facilement fera bien de consulter la carte ci-jointe de Sillery et des seigneuries avoisinantes.-

Le dernier jour de septembre 1646, Eobert Giffard s'embarquait à Québec et faisait voile pour la France, en même temps que M. de Maison-

' Cité par Marshall et Vanfelson, Claims of Lorette Indians, p. 52.

^ Sur cette carte, les chiffres placés à la suite des noms des seigneuries indiquenD dans chaque cas la date de leur concession. Les divers points de la seigneurie de Sillery occupés successivement par les Hurons sont indi(iué.s par le signe x .

[gérix]

neuve, gouYerneur de Montréal, et M. Tronquet, secrétaiie du gouverueur Montmagny; ''tous, ajoute le journal du P. Jérôme, avec bonne résolution de poursuivre quelque règlement pour leurs affaires, chacun prétendant ses intérêts particuliers".^ A Paris, le 16 avril suivant, Gilïard obtenait de la compagnie des Cent-Associés, la concession de Saint-Gabriel, savoir:

Ceux lieues de terres en la Nouvelle-France à prendre aux mêmes endroits de sa présente concession et rangeant icelle ou de proche en proche autant qu'il se pourra faire, sur dix lieues de profondeur dans les terres vers le nord-ouest, pour jouir par le dit sieur Giffard des dites concessions cidessus en toute propriété, justice et seigneurie .... Mandons à M. de Montmagny, gouverneur et lieutenant général pour le roi à Québec et pour notre compagnie, qu'il mette en possession le dit sieur Giffard des terres et lieux ci-dessus concédés, et qu'il lui assigne les bornes et limites d'iceux, et du procès verbal qui en sera fait, il en certifie la compagnie au premier retour des vaisseaux.^

Un mois plus tard (le 15 mai), Giffard obtenait de la compagnie un second acte plus large que le précédent. Nous le donnons ici en entier:

Ayant été représenté de la part du sieur Giffard, sieur de Beauport en la Nouvelle France, conseiller et médecin ordinaire du roy, qu'il ne peut jouir du contenu en la concession qui lui a esté faite le seizième avril dernier de deux lieues de terres sur dix lieues de profondeur à prendre en la Nouvelle France, au mesme endroit où il est déjà estably depuis longtemps, d'autant qu'il se trouve borné d'un costé des terres concédées aux RR. PP. jésuites, et de l'autre costé de celles concédées à la compagnie de Beaupré; requérant afin que la dite concession ne lui fut inutile, qu'il plut à la compagnie la transmettre et accorder en un autre endroit non encore concédé, soit au nord, soit au sud. A ces causes, désirant gratifier le dit sieur Giffard, lui avons concédé, accordé et octroyé la même quantité de terre que celle exprimée par notre dite concession du seizième avril dernier, à prendre de proche et en lieu non concédé, soit au nord, soit au sud, ainsi qu'ils seront désignés par M. de Montmagny, gouverneur de Québec; pour en jouir par le dit sieur Giffard aux mesmes titres et conditions portez par notre dite concession du seizième avril dernier, qui ne lui servira avec les présentes que d'une seule et même concession.

Fait et concédé en l'assemblée de la compagnie de la Nouvelle France, tenue au bureau, le 15 mai 1647. Paraphé plus bas est écrit par la compagnie de la Nouvelle France, Lamy."

De retour au Canada vers la fin de l'été, Giffard paraît avoir négligé de se faire mettre en possession par le gouverneur ou de se faire assigner par celui-ci " les bornes et limites" de sa nouvelle seigneurie, comme le lui prescrivait l'acte de concession. Du moins, il ne nous a été transmis aucun acte qui l'atteste: il ne s'en trouve aucun de cette nature dans la collection manuscrite officielle des titres de propriété des jésuites, et les événements qui vont suivre vont nous confirmer dans la pensée que

1 Journal., p. 08.

■^ Titrrs seif/neiiriavx, t. I, p. 48; Collection nianuscrile, pp. -i-l-ô.

■■' IbirJ., pp. ôO-l.

[iiÉRix] LA SKKi.VKrKIE DE SILLERY S9

cette double formalité n"avait pas été remplie. L'omission aura moins lieu de nous surprendre si nous nous rappelons Thostilité qui existait alors entre le gouverneur Montmagny et la faction des gentilshommes coloniaux dont Giiïard était. X'est-ee pas quelques mois auparavant que le conseil colonial avait été remanié, qu'on l'avait composé du gouverneur général, du supérieur des jésuites et du gouverneur de Ville-Marie, et qu'on en avait exclu Gitïard, Eepentigny et leurs alliés?'

Cependant, le premier octobre 1647, Giffard transportait aux hospitalières un fief démembré de cette seigneurie de Saint-Gabriel. Voici le texte de l'acte de donation:

J"ay, Robert Giffard, seigneur de Beauport, conseiller, médecin ordinaire de Sa Majesté, désirant gratiifier ma fille Françoise Giffard, demeurant avec îes Religieuses Hospitalières de la Nouvelle-France establies à Quebecq et y prétendant estre religieuse et prendre l'habit de religion et faire e.i profession en son temps, ay ceddé et donné et cedde et donne par les présentes aux dites Religieuses une demie lieue de la terre qui ma esté donnée cette année presante par Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France, par leur concession faite et dattée du saiziesme avril mil six cent quarante sept et par une autre tendant à même fin en datte du quinzième mai mil six cent quarante sept, laquelle terre conformément aux dites deux concessions se trouve ensuitte des terres concédées a Monsr Couillard et possédées par iceluy, qui sont sur la Rivière St Charle, du costé du Nord, l'espace d'unne roatte ou environ en deçà du Sault tirant vers Québec et ainsy celles qui mont esté concédées tirant en delà du dit Sault deux lieues le long de la ditte rivière et dix lieues en profondeur de quoy jay ceddé et transporté cedde et transporte la demie lieue plus proche du dit Sault aux dittes religieuses en mesme façon et conditions quelle ma esté donnée par les dits Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle France tant pour moy que pour mes hoirs et enfants entre lesquels je désire ayder et gratiffier ma dite fille Françoise Giffard et favoriser sa vocation religieuse de charité envers les pauvres malades du peyis.

Fait a Quebecq le premier octobre mil six cent quarante sept.

GlFFARD.-

On observera que dans cet acte, on ne mentionne aucune prise de possession ou délimitation préalable de la seigneurie de Saint-Gabriel. Au contraire les termes dont on se sert donnent à entendre que ces formalités n'ont pas été remplies. D'atitre paxt, on y voit exprimée assez clairement l'intention du concessionnaire de Saint-Gabriel de placer la partie de la seigneurie qu'il se réserve, immédiatement à la suite du fief de Saint-Ignace donné par lui aux hospitalières, c'est à dire en prenant pour base la continuation de la rivière Saint-Charles. On est

' Ferland, Cours d'Histoire du Ca-nada, t. I, p. 356.

- D'après une copie certifiée de l'original, lequel se trouve en la possession des sœurs de l'HôtelDicu de Québec. La traduction anglaise de cette donation dans le yo\xiT!\e Claims of Loretle Indians renferme une erreur grave, le terme "ensuite des terres " étant rendu en anglais par l'expression " in the lands."

surpris de voir dans quelle ignorance les intéressés enx-niênies étaient à cette époque de la topographie des environs de Québec. Si Gitîard avait connu le pays, il se serait rendu compte que la rivière Saint- Charles ne pouvait servir de base à sa seigneurie, puisque à une faible distance au delà de la demi-lieue tonnant le front de Saint-Iguace, il se produisait un ccude et la direction de la rivière devenait brusquement presque paiallèle à la ligne latérale de la concession (voir la carte).

Après avoir ainsi détaché de la seigneurie de Saint-Gabriel (dont il avait négligé de faire déterminer officiellement les bornes) le fief de Saint-Ignace en faveur des hospitalières, Gifi'ard ne paraît plus s'être occupé de sa nouvelle concession pendant près de six ans, c'est-à-dire jusqti'en 1653. Dans l'intervalle, comme nous l'avons dit, la seigneurie de Sillery fut concédée aux sauvages par la compagnie de la Nouvelle- France, en mars 1651, et par le roi de France en juillet de la même année. Au mois d'octobre, la nouvelle en fut apportée au Canada par le P. Lalemant. Le 7 février de l'année suivante (1652), conformément à la demande qu'il en avait faite la veille, le P. de Quen, supérieur de Sillery et en cette qualité tuteur des sauvages, était mis en possession de la seigneurie en question avec toutes les formalités d'usage par le lieutenant du grand sénéchal de la NonveUe-France.^

Le lendemain même, le gouverneur, Jean de Lauson, qui arrivé au Canada quelques mois auparavant avait déjà gratifié son fils Louis de lïmmense domaine de la Citière sur la rive sud du Saint-Laurent, concédait encore à celui-ci le fief de Gaudarville, immédiatement à la suite de la seigneurie de Sillery et d'égale profondeur. Or l'acte de concession donne à Gaudarville pour toute limite sur un côté " la ligne qui sépare la concession accordée aux sauvages par la compagnie de la Xouvelle-France".^

Le 20 août suivant, les hospitalières qui, en 1648, avaient obtenu de.s Cent-Associés une première confirmation de leur titre de Saint-Ignace, croyaient prudent d'en obtenir une seconde du gouverneur Lauson. Dans ce dernier document, il est dit en propres termes que le front du fief de Saint-Ignace remonte la rivière Saint-Charles " jusqu'à la concession récemment faite aux sauvages". Ainsi le fief de Saint-Ignace se trouvait borné au sud-ouest par la seigneurie de Sillery, et non pas par la concession de Saint-Gabriel. C'était la négation formelle et publique de la prétention émise par Gifïard dans l'acte de donation de 1647.

Il n'est guère probable que Giffard, bienfaiteur des hospitalières et médecin ordinaire de leur maison,^ soit resté dans l'ignorance de cet

' Claims 01' Lorrtie Indinns. pp. 28-9.

2 Tilrex seigneuriau.c. t. I. p. 3811.

3 L'îibbé Ca-grain. Histoire, (le l'Hôtel Dieu. pp. 210, 314.

[GÉhi.N] LA SEIGNEURIE ]iE SILLERY 91

acte de confirmation d'une concession qu'il avait faite à ces religieuses. Il a dû connaître les termes du document et se rendre compte que dans cet acte de confirmation, comme dans l'acte de concession de Gaudarville à l'autre extrémité, Saint - Gabriel était ignoré au ijrofit de Sillery. Dès lors pourquoi n'est-il pas intervenu pour faire remettre les choses au point? N'est-ce pas qu'il sentait le faible de sa position, pour n'avoir pas dès le début fait déterminer par l'autorité compétente les bornes de sa seigneurie ? Et puis, en cette année 1652, faire reconnaître Saint- Gabriel (1 lieue et demie de front) immédiatement à la suite de Saint- Ignace, cela signifiait la disparition de la plus grande partie, non seulement de la seigneurie de Sillery (1 lieue de largeur), mais encore du fief de Gaudarville. Irait-il se brouiller avec " les puissances " ? Pouvait-il espérer l'emporter contre la compagnie de Jésus et contre le gouverneur de la colonie?

Aussi Giflfard paraît-il dès ce moment avoir renoncé à l'idée de prendre sa seigneurie de Saint-Gabriel immédiatement à la suite de Saint-Ignace. Mais au moins voulut-il se faire accorder une compensation. Celle-ci était facile à obtenir. Le gouverneur Lauson était arrivé au Canada muni de pouvoirs spéciaux. Les seigneuries, que naguère on n'obtenait qu'à Paris, au bureau de la compagnie de la Nouvelle-France, c'était lui maintenant qui directement les accordait de Québec. Et Lauson, le 12 août 1652, était devenu l'allié de Gitïard, par le mariage de -on fils Charny, avec Louise, fille du seigneur de Beauport.'

En effet, le 31 mars de l'année suivante (1653), Gifîard faisait augmenter des deux tiers la superficie de sa seigneurie de Beauport. Nous reproduisons ici le texte même de cet acte de concession, qui éclaire vivement toute notre étude :

Jean de Lauson, conseiller ordinaire du roy en ses conseils d'estat et privé, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté en la Nouvelle France, estendue du fleuve de St Laurens, A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Salut. La compagnie de la Nouvelle France ayant reconnu en plusieurs occasions le zèle que sieur Giffard. escuyer sieur de Beauport, avoit toujours eu pour l'établissement de la colonie de la Nouvelle France, les grands frais qu'il a faits pour y parvenir, les pertes qu'il a supportées pour ce sujet, même lorsqu'il fut pris par les Anglois avec la flotte en mil six cent vingt-huit, la compagnie auroit tasché en reconnoissance de gratiffier ledit sieur Giffard, et particulièrement par l'assemblée du quinze janvier mil six cent trente quatre tenue en notre hotel en FYance, luy auroit accordé une lieue de front sur le fleuve St Laurens à commencer à l'embouchure de la rivière Notre-Dame dite de Beauport, avec une lieue et demie de profondeur, luy en ayant fait expédier une concession, en possession de laquelle il auroit esté mis par deffunt monsieur Champlain a qui elle sadressoit comme gouverneur — Pour lors auroit esté la dite terre bornée d'un costé de la dite rivière de

' ./ournai des jésuites, p. 174.

Notre Dame de Beauport, et d'autre de la rivière du Sault de Montmorency

et de plus par actes des seize avril et quinze mai mil six cent quarante sept signés Lamy, et scellés du sceau de la dite compagnie, luy auroit esté d'abondant accordé deux lieues de front sur dix lieues de profondeur s(5it proche de la première concession soit en tel autre lieu qui luy seroit désigné par le dit sieur de Montmagny, ce qui n'ayant pas peu être par lui/ ejceciité, il en auroit donné portion aux révérendes mères hospitalières, et de plus nous auroit requis de luy étendre sa concession de Beauport qui a déjà une lieue et demie de profondeur, la luy donner jusques à quatre lieues dans les terres, et ce Jusques à ce que rencontrant quelque autre étendue de terre à sa commodité il puisse être rempli de ce qui luy a esté concédé, à ces causes inclinant à la prière du Sr Giffard et jusques à ce qu'on puisse donner pius grande étendue. Nous en vertu du pouvoir à nous donné par la compagnie de la Nouvelle-France, avons accordé, octroyé et concédé, accordons, octroyons et concédons par ces présentes au dit Sr Giffard, seigneur de Beiiuport, deux lieues et demye de proffondeur sur la lieue de front de la dite seigneurie de Beauport, bornée de la rivière de Notre Dame de Beauport d'un costé icelle rivière comprise, et la rivière du Sault Montmorency d'autre, pour en jouyr par luy ses hoirs et ayans cause à toujours en pleine propriété, justice et seigneurie, avec tels et pareils droits quil a possédés cy devant et possède maintenant la dite seigneurie de Beauport, pour en composer un seul fief et et en rendre un seul hommage, et comme si par la première concession on luy avait donné quatre lieues de profondeur, au lieu qu'elle ne contient qu'une lieue et demie, et d'autant que 1« sieur Giffard est en possession des dits lieux, et qui sont contigus à ce que nous luy avons accordé par ces présentes, plus ample prise de possession nestant pas nécessaire. Mandons au grand sénéchal de la Nouvelle France ou ses lieutenants faire enregistrer les présentes ou il appartiendra, luy en délivrer les actes et le maintenir luy et ses hoirs et ayans cause en la jouissance des dits lieux ainsy que de raison.

En foy de quoy nous avons signé les présentes, à icelles fait apposer le cachet de nos armes et contresigner par un de nos secrétaires.

Au fort St Louis de Quebek ce trente uniesme jour de mars mil six cent ciaquante trois.

De Lal'sox.

Et plus bas, par Monseigneur,

Peuvket.'

Le membre de phrase que nous avons mis en italiques établit clairement que Giffard à ce moment avait renoncé à prendre Saint-Gabriel à l'endroit oii se trouvaient Sillery et Gaudarville. Le lecteur observera également que vers la fin de l'acte, Lauson déclare qu'il dispense le concessionnaire de la formalité de la prise de possession, mais pour la raison toute spéciale qu'il est déjà en possession des terres avoisinantes et qu'il ne saurait en conséquence se produire de confusion. Cette prise de possession n'était pas une formalité dont on pouvait se dispenser à son gré comme Giffard l'avait fait dans le cas de Saint-Gabriel.

On a dû remarquer que dans cet acte en augmentation de Beauport, Giffard réservait son droit à une nouvelle concession "jusques à ce

I Titres seigneuriaux, t. I, p. 3S.^.

[oÉKix] LA SEIOXEURIE DE SILLERY £3

que rencontrant quelque autre étendue de terre à sa commodité il puisse être rempl}' de ce qui luy a esté concédé". Cette dernière compensation, il l'obtint dès l'automne suivant. Le 15 novembre 1C53, Lauson lui concédait la seigneurie de ilille-Vaches, mesurant 3 litues sur 4, à l'entrée du golfe Saint-Laurent.'

Le concessionnaire de Saint-Gabriel pouvait être satisfait. En dédommagement de la perte d'ime concession de 15 lieues en superficie, i;erte résultant de sa propre négligence, il avait reçu l'augmentation de Beauport (2 lieues et demie en superficie) et la seigneurie de Mille- Yaches (12 lieues), soit une superficie totale de 14 lieues et demie. Il aurait pu difficilement exiger davantage.

En effet, pendant bien des années nous n'entendons plus parler de cette seigneurie de Saint-Gabriel. En 1658, les jésuites firent enregistrer au parlement de Paris, par le procureur général du roi, les titres des concession et de ratification de Sillery " pour être exécutés selon leur forme et teneur". C'était là une nouvelle confirmation solennelle des limites assignées en 1651, 1 lieue de front sur 4 lieues de profondeur.

Mais en 1667, Giffard, comme nous l'avons vu, transportait cette même seigneurie de Saint-Gabriel aux pères de la compagnie de Jésus établis dans la Nouvelle-France. L'acte de donation est donné ci-après:

Pardevant Paul Vachon, notaire des jurisdictions et seigneuries de Beauport, Notre Dame des Anges et de l'Isle d'Orléans et témoins soussignés, furent présens en leur personne Robert Gifïard, Ecuyer, seigneur de Beauport et demoiselle Marie Renouard, son épouse de son mari autorisée pour l'effet des présentes, lesquels ont reconnu et confessé avoir donné, quitté, cédé et transporté par donation entrevifs en la meilleure forme et manière que donation puisse avoir lieu et sortir effect, et par ces présentes donnent, quittent, cèdent, transportent aux Révérends Pères de la Compagnie de Jésus établie au pays de la Nouvelle France, en la personne du Révérend Père François Lemercier, supérieur des Missions de la dite compagnie au dit pays à ce présent et acceptant, c'est à savoir l'espace de terre énoncé au contrat cy-dessus en l'autre page (le titre de 1647), avec tous les avantages déduits et prérogatives y contenus appertenants aux dits sieur et demoiselle de Beauport, son épouse, donnateurs, en vertu de la concession cy dessus contenue en l'autre page, pour en jouir par lesdits Révérends Pères de la Compagnie de Jésus comme de chose à eux appertenant, tant à cause de la bonne amitié qui est entre les dits Sieur et demoiselle et les dits Révérends Pères contractants, que plusieurs bons et agréables services que les dits dcnnataires ont fait et rendus aux dits donnateurs, et partant la dite donnation cy dessus faite pour récompenser les dits Révérends Pères de la Compagnie de Jésus par les dits seigneur et demoiselle de Beauport. son épouse, veulent et consentent les dits seigneur de Beauport et demoiselle Marie Renouard, son épouse, donateures, que la présente donation sorte et tire à

Titres seigneuriau.r, t. 1, p. '.'.Z-2.

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exécution sans qu'ils puissent être inquiétés de quelque façon et manière que ce puisse être par quelque personne que ce soit, car ainsi a été accordé le deuxième jour de novembre mil six cent soixante et sept au château et maison seigneurialle de Beauport, présence de Jean Mignau sieur Chastilloc et de Henri Chartre, habitans en la dite seigneurie de Beauport, la dite donation faite toutefois à la réservation de demie lieue de terre de front donnée et concédée par le dit seigneur de Beauport et demoiselle son épouse aux Révérendes Mères hospitalières de la Miséricorde de Jésus établies en la ville de Québec, comme il appert par le titre de concession cy devant fait le jour et an susdit.

Signé Giffard, Marie Renouard, François LeMercier, Chastillon, Henry Chastre et Paul Vachon, notaire, avec paraphe."

Quelle pouvait donc être la pensée de Giffard en gratifiant les jésuites d'un titre de seigneurie en lui-même très incomplet dès l'origine, et dans la suite virtuellement révoqué par la concession d'une étendue équivalente de terre en d'autres lieux? L'âge (il avait alors quatre-vingts ans)^ avait-il affaibli ses facultés, obscurci son jugement? Un fait étrange c'est qu'au moment où cette donation fut consentie, ni Giffard ni les jésuites ne paraissent avoir été fixés sur la situation exacte de la concession mentionnée dans l'acte. Ils ne paraissent pas surtout avoir soupçonné que Saint-Gabriel et Sillery pourraient chevaucher Yiin sur l'autre. On a pu observer que l'acte de donation (de même que les actes de concession auxquels la donation nous renvoie) ne détermine aucunes limites; et clans un acte de foi et hommage rendu plus de trois semaines après que l'acte de donation en question eut été pa.ssé et " registre " (le 26 novembre), Martin Boutet, procureur des PP. de la compagnie de Jésus, déclarait que le fief de Sillery consistait " en une lieue de terre de front sur quatre lieues de profondeur".^

Cinq mois plus tard, le 14 avril 1668. Giffard mourait;-' et c'est peu de temps après, que les jésuites en vinrent à la conclusion que la seigneitrie de Saint-Gabriel devait recouvrir l'arrière-partie du fief de Sillery. Car le 4 mars 1669, dans un procès-verbal de bornage du fief de Saint-Ignace, auquel le P. Claude Dablon, procureur des missions de la compagnie de Jésus dans la Nouvelle-France, est un des signataires, la concession située au sud-ouest du fief des hospitalières n'est plus désignée

' Collection manuscrite, p. 46.

2 Recensement officiel de 1667, Suite, op. cit., t. IV, p. 67.

' Archives canadiennes, M 1, Actes de Foi et Hommage, t. I, pp. 24.>6 ; Correspondance officielle des Gouverneurs français, 2' série, vol. II, p. ïOl (à la bibliothèque du Parlement).

* E.\tralt du Journal des jésuites : " Le 14, Mons. Giffart est mort fort chrétieniii'inent, assi.sté du P. de Carheil tout le temps de sa maladie. Le 16, il a esté enterré au pied de la croix de l'église (de Beauport), selon qu'il l'avait désiré. Nous .avons assisté trois de nos pères à ses obsèques, avec Monseigneur l'Evesque, Mous, de Beraières et Mons. de Mézeré, l'officiant avec le.s séminaristes."

[GÉKrx] LA .<EIGXEUKIE DE SILLERY 95

comme appartenant aux sauvages, mais comme étant la propriété des RR. PP. jésuites.' Ceux-ci dès 1671 concédaient des terres aux colons français dans retendue de ce qui fut connu désormais sous le nom de Saint-Gabriel.- Dans les lettres d'amortissement de leurs concessions que les jésuites obtinrent du roi de France, le 12 mai 1678, il est fait mention entre autres seigneuries de "une lieue et demie de front sur dis lieues de profondeur à eux donnée le 2 novembre 1667 par le sieur Giffard auquel la compagnie en avait fait don dès l'an 1647''.^ Mai» la situation exacte de Saint-Gabriel n'y est pas indiquée. Toutefois, nous avons vu que dans les aveux et dénombrements de 1677 et 167S, les PP. jésuites déclarent formellement que Sillery na que 1 lieue et demie de profondeur, le reste se trouvant recouvert par Saint-Gabriel.

Dans la position délicate où se trouvaient les jésuites, placés entre l'intérêt de leur compagnie et celui des sauvages, ils auraient dû, semblet-il, pour la sauvegarde des droits de leurs pupilles et celle de leur propre réputation, faire constater officiellement, en im document ad hoc, l'existence et la situation exacte de Saint-Gabriel. Ils auraient dû également faire sanctionner par un acte publie distinct le changement de bornes qu'ils opéraient au préjudice de Sillerj-. De toute apparence, ils n'en firent rien. Dans le cas de leurs autres seigneuries importantes: Notre- Djme-des- Anges, Batiscan, La Prairie, Siller}', le Cap-de-la-i\Iadeleine, le titre original est toujours accompagné d'une ou de plusieurs prises de possession, et d'une ou de plusieurs ratifications. Mais pour la seigneurie de Saint-Gabriel, les jésuites, moins prudents que les hospitalières ne l'avaient été, se contentèrent du titre incomplet à sa face même que leur avait transmis Giffard, sans prise de possession, sans délimitation officielle.

Nous ne voyons pas davantage que les jésuites se soient préoccui>és à ce moment d'obtenir pour leurs pupilles quelque nouvelle concession de terre en dédommagement de l'étendue qu'ils venaient de leur enlever. Peut-être jugeaient-ils les sauvages domiciliés dans le voisinage de Québec trop peu nombreux pour justifier pareille demande.

Késumons ici les principales constatations faites au cours de ce chapitre. Robert Gifïard, en 1647, obtint de la compagnie des Cent- Associés la concession d'une seigneurie de 2 lieues sur 10, dont il était tenu de faire délimiter les bornes et de se faire mettre en possession par le gouverneur de la colonie. Il négligea de remplir cette double formalité, mais par acte sous seing-privé, donna aux hospitalières un

' Collection nianu.scrite, pp. 52-3.

' Journal» of the Législative Ansembly, 1843, Appemlix F.

' Edite et Ordonnances, 1. 1, pp. 103-4.

96 SOCIETE ROYALE Dr C.^'ADA

fief prétendu détaché de cette seigneurie de Saint-Gabriel, que, de sa propre autorité, il avait placée sur la rivière Saint-Charles. Cinq ans plus tard, il s'aperçut que sa prétention mal assise allait le mettre en lutte avec la compagnie de Jésus et le gouverneur Lauson, renonça à son premier dessein, et en dédommagement se fit accorder l'augmentation de Beauport et la seigneurie de Mille-Yaches. Dès lors le titre de Saint- Gabriel transporté aux jésuites en 1667, était de nulle valeur, ne pouvait leur conférer aucun droit ; et c'est à tort qu'ils s'en servirent pour réduire des deux tiers l'étendue assignée aux Indiens, leurs pupilles.

CUM.MEXT LES SAUVAGES PERMIRENT CE Ql'lL LEUR ÉTAIT RESTÉ DE SILLERY. — 16!J9.

Jusqu'à 1G50, il n'y avait eii à proximité de Québec qu'un lieu d'habitation fixe, qu'un point de groupement pour les Indieus domiciles, sans distinction de race et de tribu. A l'anse de Saint-Joseph, auprès de la résidence de Sillery, des Montagnais, des Algonquins, quelques Hurons, et parfois même quelqxies Abénaquis, se rencontraient, vivaient côte à côte un temps plus ou moins long. Lorsque à la suite de la destruction de leurs bourgades du pays des Grands Lacs, les Hurons, par bandes successives, au nombre de plusieurs centaines, vinrent s'abattre sur Québec, les jésuites qui avaient décidé en premier lieu, de les placer sur leurs terres de Beauport, prirent des mesures pour leur faire ailleurs un établissement séparé. Le 19 mars, ils passèrent contrat avec M^'s (Je Grandmaison pour ses terres défrichées de l'île d'Orléans. Quelques jours plus tard, le P. Chaumonot, accompagné de deux bcpviteurs, allait demeurer dans l'île, au milieu de ses ouaillef, et le 18 avril, les terres étaient distribuées "aux Hurons, "' trente portions, di: le Journal, la plus grande desquelles n'est que demi arpent''.^

Pourquoi les plaçait-on à l'île d'Orléans? Pourquoi pas à Sillery .même? Les jésuites jugeaient sans doute avec raison qu'il n'était pas prudent de grouper ensemble trop étroitement deux types de formation aussi différent* que l'Algonquin et le Huron. Ils se rendaient compte que les Algonquins ayant à Sillery l'honneur de l'ancienneté et le privilège de fournir le grand chef, ne renonceraient pas facilement à leurs prérogatives; et que de leur côté les Hurons, avec l'avantage du nombre et une fierté tout aussi grande, sa refuseraient à reconnaître la suprématie de leurs alliés de race algonquine.

' Journal, p. 150.

[gérin] la seigneurie DE SILLERY 97

Mais au moms, poiirquoi n'avoir pas établi les Hurons dans les limites de la seigneurie de Sillery? Il est vrai qu'au moment où le contrat fut passé avec Mlle de Grandmaison potir les terres de l'île d'Orléans, le P. Lalemant avait déjà obtenu de la compagnie de la Nouvelle-France, à Paris, la concession d'une superficie de 1 lieue sur i attenante à la résidence de Sillery; mais la nouvelle n'en devait parvenir à Québec que cinq ou sis mois plus tard. D'ailleurs ces Hurons étaient habitués à compter sur la culture pour une large part de leur subsistance, et il faDait sans retard les pourvoir de terres défrichées, et les terres défrichées disponibles n'étaient pas communes à cette époque au Canada.

Les Hurons se fixèrent donc à l'île d'Orléans. Sous la direction du P. Chaumonot, ils y vécurent assez paisiblement quelques années des produits de leur pêche, de leur chasse, de la traite des fourrures et des provisions de maïs récoltées par leurs femmes. Les relations nous apprennent qu'en 1653, ils avaient 300 arpents défrichés et ensemencés en maïs. Bientôt deux ou trois des nations iroquoises se mirent à les solliciter de quitter le voisinage de Québec pour se joindre à elles dans leurs bourgades au sud du lac Ontario. En 1657, leurs instances étaient devenues tellement pressantes, menaçantes même, que la plupart des réfugiés hurons jugèrent prudents de ne pas difEérer davantage. Des trois nations composant les bourgades huronnes de l'île d'Orléans, celle de la Roche se donna aiLx Onnontagués, celle de l'Ours se donna aux Agniers; seuls, ceux de la nation de la Corde voulurent continuer à demeurer auprès des Français; mais ils durent quitter l'île d'Orléans et se réfugier dans la ville même de Québec, proche du fort.'

Vers le même temps un incendie détruisit tous les bâtiments de Sillery, et les Indiens de la résidence de Saint-Joseph, sous l'effet de la crainte des Iroquois, vinrent eux aussi chercher refuge à Québec.

Dix ou douze ans plus tard, lorsque les Iroquois eiirent été quelque peu intimidés par les expéditions de Tracy et de Courcelles, et que la paix eut été rétablie pour un temps, les Hurons libérés du service militaire et tenus moins constamment éloignés de leurs familles, prirent le parti de s'établir à quelque distance du fort. Leur nombre, déjà très réduit par la sécession des gens de l'Ours et de la Eoche, avait été diminué encore par les pertes subies à la guerre. Ils n'étaient plus qu'environ 150. Ils ne retournèrent pas à l'île d'Orléans ; mais toujours sous la direction du P. Chaumonot, formèrent un établissement à Notre- Dame-de-Foye (aujourd'hui Sainte-Foye), en arrière de Québec, en pleine seigneurie de Sillery (1669).^

' Relation de 16.Ï7, pp. 20, 22 ; Journal, pp. 21fi, 217. ' Relation tic 1669. p. 2.'i.

Sec. I, 19(t0. 7.

Ils n'y restèrent que quatre années. En 1G73, ils se transportèrent en bloc à quelques milles plus loin, à Tendroit appelé Lorette (aujourd'hui l'Aneienne-Lorette). Ils y étaient depuis près de vingt-trois ans lorsqu'il leur fallut déménager encore une fois. Voici le curieux document qui le constate :

Louis de Buade, etc., Jean Bochait. etc. ... *

Sur ce qui nous a esté représenté par les sauvages liurons établis à Lorette, parlant pour eux le Père Découvert, jésuite, leur missionaire, que depuis plusieurs années ils s'aperçoivent que le terrain du dit lieu de Lorette est entièrement usé et ne peut plus subvenir à leur nourriture, et notamment, la présente année, qu'ils n'ont recueilly de bled dinde que jusqua Noël, ce qui les a obligez de chercher dans la profondeur des bois voisins du dit lieu un terrain qui leur fust propre, ce qu'ils ont trouvé, mais ils ont appris en mesme temps que Guillaume Bonhomme, habitant, et le sieur Peuvret fils s'en prétendent l'un et l'autre propriettaires comme en ayant concession en fief; la contestation qui se trouve entre le dit sieur Peuvret et le dit Bonhomme les met hors d'état de travailler à l'abbatis des bois pour se préparer à la semence du printemps prochain, nous suppliant très humblement de leur permettre de se placer dans le lieu qu'ils ont trouvé, étant dans lestendue des dites terres, et pour cet effet de leur accorder demie lieue de front joignant la profondeur des terres du sieur de Maure sur deux lieues de profondeur sy tant se trouve, aux offres qu'ils font de les quitter au bout de douze années pour retourner aux propriétaires des dits lieux; Nous en vertu du pouvoir conjointement donné par Sa Majesté, ayant égard aux besoins des sauvages et attendu que les lieux ne sont en aucune manière défrichez, avons permis et permettons aux dits sauvages hurons de s'établir dans le dit terrain qui se trouve enti'e la seigneurie de Neuville et celle de Gaudarville, consistant en une demie lieue de front sur deux lieues de profondeur, à la charge d'en faire tirer incessamment l'alignement et de nous en rapporter le certificat, et qu'ils quitteront les dites terres au bout de douze années pour retourner aux propriettaires des dits lieux, sy mieux n'aiment les dits sauvages leur en payer les rentes pour le temps qu'ils en voudront encore jouir comme sy elles étaient affermés à des François. . . .

Fait et donné à Québec, le cinquiesme décembre mil six cent quatre vingt seize.'

Toutefois pour une raison qui ne nous est pas connue, ce n'est pas vers Gaudarville que les Hurons émigrèrent, mais bien en remontant le cours de la rivière Saint-Charles, en un point qui fut appelé la Jeune ou Xouvelle-Lorette (1697).

Ces déplacements périodiques de nos Hurons dans le voisinage de Québec n'étaient pas l'effet du caprice ou du hasard, mais la conséquence directe de leur état social. Leur agriculture était rudimentaire ; elle se réduisait à un simple travail de jardinage exécuté par les femmes, pour la satisfaction des besoins les plus urgents de la famille, et à l'exclusion d'animaux domestiques, de bêtes de somme et de trait. Dès lors ils se

' Titres seignfuriaua:, 1. 1, p. 428.

[<.kkin] la seigneurie DE SILLERY 99

trouvaient hors d'état de parer au moyen des engrais de ferme à l'épuisement graduel du sol par les récoltes, ou d'aller s'approvisionner au loin de lx)is d'œuvre ou de chauffage, de matériaux de construction. Force leur était donc de déplacer leur village dès que le sol et la forêt dans un assez court rayon avaient été dépouillés de leur richesse première. Telle avait été leiu- pratique naguère dans leur ancien pays des bords de la Mer douce, où d'après le témoignage de Champlain, les bourgades changeaient de lieu tous les quinze, vingt ou trente ans.^

Pendant que le groupe huron poussait toujours vers l'intérieur, se lisant successivement à Sainte-Foye, puis à Lorette et enfin, à la Nouvelle-Lorette, que se passait-il à l'anse de Saint-Joseph, sur la rive du fleuve? Comme au temps passé, des Algonquins et des Montagnais, restés plus ou moins nomades, venaient y passer quelques mois de l'année. En Ui()9, ils y procédaient à Télection d'un chef en remplacement du regretté Xoël Xegabamat Tecouerimat, décédé trois ans auparavant. Peu d'années après, la mission de Sillery était ravagée par la petite vérole," le groupe algonquin était presque anéanti. Mais bientôt la mission s'augmenta d'vm nombre d'Abénaquis, arrivés de l'Acadie et du Maine (le??).' En 1680, un groupe nombreux de ces Abénaquis était installé à Sillerj-, à côté des Algonquins, au nombre de 500 ou 600 hommes.'' En 1681, Sillery est désigné au recensement comme mission des Aliénaquis et des Algonquins. En 1683, les jésuites obtenaient du gouverneur La Barre et de l'intendant de Meulles, la concession de •1 lieues de terre en superficie au saut de la Chaudière, vis-à-vis Sillery, sur la rive sud du Saint-Laurent.^ L'automne de cette même année, les jésuites y fondèrent une nouvelle mission sous le nom de Saint-Françoisde-Sales, et les Abénaquis commencèrent à s'y établir. Il est difficile de dire exactement en quelle année Sillery fut complètement abandonné par les sauvages. L'abbé Ferland donne la date de 1684;" mais d'autre part, nous voyons qu'en 1685, il y avait à Sillerj' 488 Indiens et 17 cabanes:' et l'année suivante, l'intendant Champigny écrivait au ministre que la population indienne de Sillery s'élevait à 700 âmes, par suite de l'arrivée récente de deux cents Abénaquis.* Nous voyons aussi qu'en

' Champlain, Voyages, 1616, p. 75.

- Garneau, Histoire du Canada, t. I, p. 220.

- Docuinents de la NonvelleFrancf, t. I, p. 272. * Roy, la Seigneurie de Lauson, t. I, p. 394.

' Collection manuscrite, p. 2:J8.

" Ferland, Cours d'Histoire du Canada, t. II, pp.l30I. ■ Suite, Histoire des Canadiens-Français, t. VI, p. 45.

■* Correspondance officielle des Gouverneurs français (manuscrit à la bibliothèque du Parlement), 2<^ série, t. V, p. 320.

lOO SOCIÉTÉ ROY.AXE DU CANADA

1687, la rougeole api^ortée par les navires du roi, enlevait dans le seul village de .Sillery 130 indigènes.^ Mais il faut dire que les pièces officielles de l'époque ne distinguent pas bien clairement entre l'ancienne mission de Sillerj- et la nouvelle mission de Saint-François-de-Sales qui en était sortie, sur la rive opposée du fleuve.^ Il nous paraît assez probable toutefois, que c'est vers 1687 ou 1689 que Sillery fut définitivement abandonné par les sauvages.

Bref, à la fin du dix-septième siècle, il n'y avait plus d'Indiens domiciliés dans le voisinage de Québec, sauf le petit ^oupe liuron de la Nouvelle-Lorette. C'est alors que les jésuites obtiurent des autorités coloniales le titre qui leur attribua en propre ce qui était resté aux sauvages chrétiens de leur seigneurie de Sillery. Nous donnons ci-après les passages essentiels de l'acte.

Hector de Callières, chevalier de l'ordre de Saint Louis, gouverneur et lieutenant général pour le roy en toute la France septentrionale; Jean Bochart, chevalier, seigneur de Champigny, Noroy et autres lieux, conseiller du Roy en ses conseils, intendant de justice, police et finances au dit Pays.

Veu la requeste à nous présentée par le révérend père Martin Bouvart, supérieur de la compagnie de Jésus en ce pays, et le père François Vaillant, son procureur, tendant à ce qu'il nous plust leur transférer en propre les fief, terre et seigneurie de Sillery, dont ils n'ont jouy jusqu'à présent que comme administrateurs du bien des sauvages chrétiens, à qui le dit fief avait esté donné par Sa Majesté au mois de juillet 1651, et que les dits sauvages ont esté obligés d'abandonner depuis dix ou douze ans pour s'establir ailleurs, tant parceque les terres en culture y estaient tout à faict usées, que parce que les bois de chauffage, coupez depuis prez de quarante ans, se trouvent beaucoup éloignés de leur demeure. ... Et estans pleinement informez des bonnes intentions des dits pères de la compagnie de Jésus, des grands secours spirituels et temporels qu'ils rendent aux sauvages de ce pays, et des grands soins qu'ils ont pris, et des dépenses excessives qu'ils ont faictes pour soutenir les missions des dits sauvages, et pour travailler solidement à leur salut, et particulièrement à l'égard de ceux qui estoient établis au dit lieu de Sillery, pour lesquels depuis qu'ils en sont sortis, ils ont achepté à leurs propres frais d'autres terres en divers lieux de ce pays, afin de les y establir, sans quoy ils se .^croient dispersez. Pour ces raisons, nous avons donné, concédé et octroyé en propre aux dits pères jésuites les dits fief, terre et seigneurie de Sillery, d'une lieue de large sur le fleuve Sainct Laurens, et dune lieue et demie ou environ de profondeur jusqu'à la seigneurie de Sainct Gabriel qui la termine par derrière '

Ainsi donc, pour justifier l'expropriation des sauvages chrétiens, l'acte n'indique que deux raisons: d'une part l'abandon de Sillery pax les Indiens, par suite de l'éptiisement du sol et de réloignement du bois de chauffage ; d'autre part, les dépenses faites par les jésuites et l'achat

1 Docuvunts de la Nouvelle-France, 1. 1, p. 405. ' Ibid., 1. 1, p. 468 ; t. II, p. 88. - Titres seigneuriaux, t. II, p. 65.

[gérin] la seigneurie DE SILLERY lOl

par eui de nouvelles terres pour la subsistance des Indiens. Il y a là trois points que nous allons examiner successivement.

1° ''Les sauvages ont été obligés d'abandonner le fief de Sillery." La date même de 1687 ou 1689, à laquelle nous sommes ici reportés, nous montre bien qu'en faisant cette assertion les jésuites n'avaient en vue que les Algonquins et Abénaquis de la résidence Saint-Joseph, lesquels, en effet, vers cette date, avaient quitté Sillery pour la mission de Saint-François-de-Sales, au Sault-de-la-Chaudière. Les jésuites ue font aucunement allusion aux Hurons de L-orette. C'est que probablement dans leur esprit, il y avait déjà trop d'années que ceux-ci avaient quitté la seigneurie. Car depuis trente ans la prétention des jésuites était que Sillerj' ne s'étendait pas, vers le nord-ouest, au delà du coude de la rivière Saint-Charles, et les Hurons avaient franchi cette limite pour entrer dans le prétendu Saint-Gabriel, dès 1673, l'année qu'ils déménagèrent de Sainte-Foye à Lorette (l'Ancienne).

Mais nous savons que ce changement des bornes restreignant des deux tiers l'étendue de Sillery, avait été opéré par les jésuites de leur seule autorité, sans intervention spéciale, directe, des officiers publics. H est donc raisonnable d'affirmer qu'en 1699, les Hurons de la Nouvelle- Lorette se trouvaient encore dans les limites légalement reconnues de la seigneurie de Sillerj' (voir la carte). Au reste rien dans les termes de l'acte original de concession, n'obligeait les sauvages chrétiens à résider sur le territoire même de la seigneurie de Sillery. Pour conserver leur droit de propriété, il leur suffisait de demeurer dans le voisinage de Québec, et sous la direction des pères jésuites, et ils s'étaient toujours conformés ' à cette double condition. Et puisque ces Hurons étaient toujours restés sous la direction des pères jésuites, il est difficile de comprendre comment ceux-ci leurs tuteurs, responsables de tous leurs mouvements, pouvaient être admis à invoquer contre eux la non-résidence, ou toute autre erreur de conduite.

Pour ces raisons, le premier considérant de l'acte de 1699 nous paraît mal fondé en fait et en droit.

2° L'acte dit encore que les sauvages furent obligés d'abandonner Sillery " parce que les terres en culture étaient tout à fait usées, et que le bois de chauffage se trouvait trop éloigné".

Pour dire la vérité tout entière, il aurait fallu ajouter que la principale raison pour laquelle on ne pouvait plus trouver de combustible à proximité de la mission Saint -Joseph et de terrain cultivable disponible dans la seigneurie de Sillery, c'était que les terres sur toute la largeur d« la seigneurie, et svir une grande partie de sa profondeur, étaient déjà occupées par des colons français à qui les jésuites avaient concédé ces

terres à cens et rentes. Et cet état de choses n'existait pas seuieiueut dans le bas du fief de Sillery; on le retrouvait presque au même degré dans la partie située au delà du coude de la rivière Saint-Charles que les jésuites avaient englobée dans la seigneurie de Saint-Gabriel. C'est ce que montre très clairement la carte cadastrale de Catalogne, préparée à cette époque.^ Il était inconséquent et injuste de priver les Indiens de Sillers', de leurs droits de propriété parce que leurs tuteurs avaient trouvé plus profitable de concéder à des blancs la plus grande partie des terres assignées aux sauvages, et avaient par là même mis ceux-ci dans la nécessité de chercher ailleurs leur subsistance.

3° L'acte déclare enfin que les pères de la compagnie de Jésus ont fait ■■ des dépenses excessives pour soutenir les missions des sauvages", et que notamment pour ceux qui habitaient à Sillery '" ils ont acheté à leurs frais d'autres terres en divers lieux".

Comme la première, cette déclaration ne peut s'entendre que du groupe abénaquis, et même dans son cas. elle n'est pas alisolument exacte. En vue d'établir au dehors les Abénaquis de la mission de Saint- Joseph, les jésuites obtinrent pour eux des autorités coloniales, à titre gratuit, de nombreuses et vastes concessions de terrains: 3 lieues carrées à la rivière Chaudière (1683) ; 21 arpents de front sur la rive gauche de la Chaudière sur toute la profondeur de la seigneurie de Lauson (1689) ; 1 lieue et demie de front de chaque côté de la rivière Chaudière sur une demie lieue de profondeur (1697); et finalement, en 1700, deux concessions sur la rivière Saint-François, d'une étendue de 3 milles de profondeur sur 6 milles de front. Mais dans toute cette période, nous ne trouvons qu'un achat de terrain fait par les jésuites pour les Abénaquis: la terre de Pominville, de 15 arpents de front sur 40 de profondeur, acquise ■en 1686, au prix de 150 livres et d'un canot estimé à 30 livres. -

Quant aux Hurons de Lorette, les jésuites n'avaient certainement pas acheté de terres pour eux. A peine dans cette partie de l'ancien domaine de Siller}' qu'ils désignaient sous le nom de Saint-Gabriel, sur les terrains pauvres de la zone sablonneuse, avaient-ils réservé un emplacement i>our le village huron. une commune de faible étendue et quelques centaines d'arpents de bois.

C'est de mauvaise grâce que la cour de France ratifia cet acte de 1699, obtenu des autorités coloniales. La sanction n'en fut transmise au gouverneur et à l'intendant que près de trois ans plus tard, avec cette

' Voir la copie de P.-L. Morin à la bibliothèque du Parlement. ' Voir l'intéressant chapitre que M. J. -Edmond Roy consacre aux Abénaquis dans son Histoire de la Seigneurie de Lauson, 1. 1, pp. 393 et suivantes.

[gérix] la SEIGNEfRIE DK SILLERY 103

remarque significative: " Sa Majesté a accordé aussi la confirmation de la terre de Sillery demandée par les pères jésuites, quoique cela soit contre la règle qu'elle s'est faite de ne plus donner de terres du Canada à des communautés religieuses."

Les jésuites se rendaient-ils bien compte de l'injustice consacrée par cet acte, au détriment surtout des Hurons de Lorette? Nous ne le croyons pas. En l'absence de preuve directe, nous nous refusons à admettre qu'il se soit trouvé au sein de cette communauté religieuse très estimable des jésuites de la Nouvelle-France, un groupe d'hommes capables d'ourdir pareil complot. En dépit des apparences, nous restons persuadé que les jésuites étaient de bonne foi lorsqu'ils réduisaient des deux tiers le fief de Sillery au profit de leur seigneurie de Saint-Gabriel. Nous sommes persuadés également que plus tard en se faisant attribuer en propre ce qii'il restait de Sillery, leur pensée n'était pas de dépouiller les sauvages, mais simplement de s'assurer pour le maintien de leurs œuvres une source de revenu à la veille peut-être de retomber dans le domaine public.

Ce qui justifie bien cette conclusion, c'est qu'à la suite de l'acte de 1699, plus de quatre-vingt-dix-années s'écoulèrent, tant sous le régime anglais que sous le régime français, sans que les Hurons eussent élevé la voix pour se plaindre. De fait la translation de la seigneurie de Sillery aux jésuites ne changea rien aux conditions de vie des Indiens du voisinage de Québec; elle n'affecta aucunement la nature des rapports de CCS derniers avec leurs tuteurs.

Les Hurons continuèrent comme par le passé à jouir des terres que les jésuites avaient laissées à leur disposition sur le haut de la rivière Saint-Charles. Ces terres n'étaient ni très étendues, ni très fertiles ; mais les Hurons n'en désiraient pas d'autres. Leur formation sociale ne les portait guère vers les travaux pénibles des champs; leur faux orgueil de chasseurs et de guerriers les en éloignait. Précisément, en arrière de Loretto, il se déroulait une vaste région forestière et montagneuse, peu fa\orable à la culture, mais abondante en productions naturelles, en poisson, eu gibier, en bêtes à fourrure. D'autre part, la proximité de Québec offrait un facile débouché pour les pelleteries, et mettait les Hurons en rapports suivis avec les marchands et les fonctionnaire.-; irani;ais. Ils négligèrent l'agriculture de plus en plus, pour vivre de la pêche, de la chasse, du commerce des fourrures, et des allocations pour service militaire.

De son côté, la compagnie de Jésus continua à e.xereer >ur les Hurons son patronage surtout moral et religieux. Il y eut toujours à

Lorette au moins deiix jésuites chargés de la direction spirituelle des sauvages, et dans une mesure même de leurs intérêts matériels; investis à cette fin d'un pouvoir patriarcal, presque despotique, et s'immisçant d'autorité dans toutes leurs affaires. Pendant une longue période, les Hurons s'accommodèrent très bien de cette règle des jésuites. Du moins c'est seulement lorsqu'elle fut à la veille de finir, qu'ils manifestèrent du malaise, du mécontentement, comme nous allons voir.

CdM.MENT LES HURONS REVENDIQUÈRENT EN VAIN L.A. SEIGNEURIE DE SII.LERT.— 1791-1837.

En 1759, Québec tombait aux mains de Wolfe; l'année suivante Montréal se rendait à son tour, et dans les articles de la capitulation qui cédait le Canada à la Grande-Bretagne, le général anglais Amherst refusait d'inclure la garantie que les communautés religieuses d'hommes, et notamment celle des jésuites, seraient reconnues. Deux ans plus tard, la compagnie de Jésus était supprimée en France, et ses biens confisqués par l'Etat. Il ne faut donc pas s'étonner si par le traité de Paris de 1763, qui régla définitivement les conditions de la cession, il ne fut rien fait pour améliorer la position des jésuites au Canada. Les membres de la compagnie de Jésus déjà fixés dans la colonie purent continuer à y demeurer et même à y jouir des revenus et à administrer les biens de leur ordre. Mais ils n'eurent plus la liberté de recruter de nouveaux sujets, et il fut décidé qu'à la mort du dernier d'entre eux, leurs biens retourneraient à la couronne.

Dans l'intervalle, l'agitation contre les jésuites se continuait en Europe. Déjà expulsés du Portugal en 1759, ils le furent de l'Espagne en 1767, du Paraguay en 1768; et en 1773, le pape Clément XIV supprimait la compagnie de Jésus dans toute la catholicité.

En Angleterre, les biens des jésuites du Canada étaient chaudement disputés. Amherst avait obtenu du roi Georges III la promesse qu'ils lui seraient conférés en récompense de ses services dans la réduction de la colonie française. En 1770, il produisait sa réclamation. En 1774, l'année qui suivit l'abolition de la compagnie de Jésus par le pape, les autorités anglaises, dont les derniers scrupules par le fait même disparaissaient, transmirent au gouverneur Dorchester des instructions pour la dissolution de l'ordre au Canada et la prise de possession de ses biens. Mais il se forma un parti influent opposé aux prétentions d' Amherst et désireux de voir les biens des jésuites appliqués, suivant la destination

tGKRix] LA SEIGXKURIE DE SILLERY 108

première d'une partie d'entre eux, à des fins d'instruction publique. Les deux factions se firent mutuellement échec'

Les Hurons étaient au courant de la situation. Ils savaient que la compagnie de Jésus au Canada n'avait pas été reconnue par les autorités anglaises, et que l'ordre lui-même avait été supprimé par le pape dans l'univers entier. Ils n'ignoraient pas que des intérêts puissants étaient en lutte pour la possession des biens des jésuites dans la colonie; et ils voyaient arriver le jour où ces biens (parmi lesquels leur ancienne seigneurie se trouvait confondue) passeraient en des mains étrangères. De quel traitement seraient-ils l'objet de la part de ces nouveaux seigneurs? Ils n'avaient même pas de titre de propriété pour l'emplacement de leur village et la commune }' attenante. Depuis 1742, ils avaient bien un titre des jésuites pour la réserve forestière de 1,600 arpents,- mais cet acte comportait certaine? charges qui leur paraissaient trop onéreuses.

La chasse n'était plus aussi fructueuse qu'autrefois, ni le commerce des fourrures aussi profitable. Par le moyen de diverses petites fabrications, les Indiens cherchaient à tirer meilleur parti des peaux de bêt«s et autres productions naturelles de la région montagneuse, la valeur plus grande ainsi donnée à ces articles, devant compenser en partie la rareté croissante de la matière première. Quelques Hurons, même, songeaient à s'adonner à la culture, et avaient commencé à se faire concéder des terres à cens et rentes par les jésuites.^

Cependant le nombre de ceux-ci au Canada diminuait très vite. Ils avaient été autrefois jusqu'à quarante; en 1766, ils étaient réduits à vingt et un: au commencement de 1790, ils n'étaient plus que quatre, dont un à Montréal et trois à Québec." Au mois de février 1790, le P. de Glapion, supérieur de l'ordre depuis 1763, décédait, et le P. de Yillcnev.Te-Girault, quittait Lorette, où il avait exercé le ministère pendant trente-six ans, et devenait supérieur à Québec. Il ne fut pas remplacé à Lorette. Vers le même temps les Hurons avaient cessé de recevoir la subvention annuelle d'un demi-minot de blé par famille que les jésuites leur avait payée; ils s'en plaignirent au P. Girault, et le requirent de leur remettre leurs terres. Celui-ci les avisa de s'adresser au ïouvemeur Dorchester; et c'est ce qu'ils firent en 1791, l'année même

1 Dunkin, Appendice au Rapport (h: lord Durham, 1838, Archives canadiennes, P. F.. 73, pp. 99 et 100 ; Garneau, ibid., t. II, p. 65-6.

' L'original se trouve aux archives du département de.s Affaires indiennes.

■■■■ Joui-iials ofthe Leffislative Asannbly of Lower Canada, 1843, Appendix F.

i Archives canadiennes, \mi, Papiers d'Etat, p. 23; la Revue canadienne, 1900, p. 431 ; l'abbé Tanguay, Répertoire du Cleryé, pp. 109, 111, 12:!.

que furent introduits la nonvelle constitution et le régime des assemblées délibérantes au Canada.^

Nous donnons ci-après quelques passages de leur pétition:

A Son Excellence Guy, lord Dorchester, capitaine général et gouverneur en chef de la province de Québec.

Ce n'est pas de vous respectable père, ou de ceux de votre nation, de qui nous pouvons nous plaindre si nous sommes dépourvus de tout ce que nous avions ; car vous n'êtes maitre du pays que depuis trente et un ans ; mais c'est à votre justice et bonté que nous voulons avoir recours pour tâcher de ravoir le peu qui nous reste, c'est à dire la seigneurie de la Jeune- Lorette, à présent entre les mains des jésuites, qui ne cessent de concéder à d'autres nos propres terres jusqu'à nos portes; nous avons jusqu'à présent pris cela en patience, espérants toujours que les Révérends Pères Jésuites que nous regardions avec respect comme nos pasteurs auraient d'eux-mêmes pris le parti de remettre entre nos mains nos propres biens, et qu'ils se seroient donnés quelques peines pour instruire nos jeunesses afin qu'il y en ait parmi nous de capables de veiller à nos affaires; comme ils avoient promis quand la seigneurie leur a été donnée en gardes, mais comme ils nous ont tenus dans une crasse ignorance que nous avouons avec honte, et en toute façon et manière ont manqué aux conditions et devoirs que selon eux-mêmes ils s'étaient imposés et obligés de remplir pour que la dite seigneurie leur fut concédée:

C'est pourquoi, notre père, nous nous adressons à vous et implorons votre protection.

En même temps, comme les révérends pères ne veulent plus faire les fonctions dans nottre église, pour cet effet vous voudrez bien vous intéresser pour nous que quatre de nos jeunes gens soient reçus gratuitement dans le séminaire pour être instruit et recevoir une éducation de façon que nous puissions avoir des prêtres, maîtres d'école, etc., dans notre village, afin de ne plus vivre dans l'ignorance, mais de montrer par notre exemple à quel point le génie des sauvages peut être cultivé.

Espérant toujours d'être reçus d'un œil favorable, nous ne cesserons de chanter vos louanges et remettrons à nos enfants et à notre postérité le respectable et chéri nom de Dorchester, père et protecteur des Hurons.

A la Jeune Lorette, 22 juillet, 1791.

Thomas Martin. Zacharie Otis. Etienne Petit. Augustin Picard, chefs du village, pour eux-mêmes et la nation Huron (sic) de la Jeune- Lorette.-

Le 15 août suivant, la demande des Huront. fut référée à une commission composée de MM. Dunn, Grant, Dupré, Lanaudière et Baby; et des copies de la pétition furent adressées aux jésuites, à l'évêque, au séminaire*de Québec et aux officiers de loi de la couronne.

La réponse du procureur général se fit attendre quelques années. Entretemps une nouvelle pétition était présentée demandant que les

' Clainis of Lorette Indians, p. 1:5.

- L'original est déposé aux archives du Secrétariat d'Etat.

[gérin] la SKIGXEI'RIE DE SILLEKY 107

biens des jésuites fussent mis à la disposition de la législature pour des fins d'éducation; et les Hurons inquiets de l'avenir, se retournèrent vers ces mêmes Jésuites qu'ils venaient d'injurier, et leur demandèrent un titre en règle pour l'emplacement de leur village, la commune et la réserve forestière. Ce titre leur fut octroyé par les PP. Girault et Cazot le 26 février 1794.»

Le 3 août 1797, le procureur général Jonathan Sewell. présentait son rapport sur la pétition des Hurons de Lorette. Il y avait plus d'un an alors que Dorchester avait quitté définitivement le Canada, et c'est à son successeur, sir Eobert Prescott, que Sewell s'adresse. Il ne paraît avoir fait de la question qu'une étude assez superficielle. Son argumentation se réduit à ceci: les Hurons réclament la seigneurie de Sillery et partie de celle de Saint-Gabriel. En effet, la seigneurie de Sillery fut concédée aux sauvages chrétiens dès l'année 1651; et ils en restèrent les propriétaires Jusqu'à 1699. Cette année-là le roi de France, pour des raisons qu'il Jugea suffisantes, accorda Sillery aux Jésuites en leur nom propre, et comme les Jésuites sont toujours restés en possession depuis, la prétention des Hurons à cette seigneurie n'est pas admissible. Quant à la seignevtrie de Saint-Gabriel, elle ne fut Jamais la propriété des sauvages. Suit une allusion malveillante et absolument déplacée touchant " les bons et agréables services" rendus par les révérends pères Jésuites à Giffard et à sa femme, et le procureur général conclut au renvoi de la pétition des Hurons. -

Ceux-ci revinrent à la charge quelques mois plus tard. Le 12 Janvier 1793, ils faisaient au gouverneur Prescott de nouvelles représentations. Cette seconde pétition est curieuse à plusieurs égards. ' Comme la première, elle est rédigée en un français parfois étrange, et elle dénonce les Jésuites avec violence. Nous n'en donnons que les conclusions.

Notre père Hatiyathaque (c'est le nom sous lequel ils désignent le gouverneur), nous vous prions et conjurons conjointement et au nom des Sept nations, nos frères et alliés, de nous faire rendre notre seigneurie, ou de nous la donner vous-même, ce qui était autrefois à nous et qui nous a été si injustement dérobé par les ambitions et fourberies des jésuites trop connus dans tous (sic) les parties du monde. Et comme la proclamation de Sa Majesté britannique nous assure de nous défendre contre nos ennemis et contre tous ceux qui auraient ou voudraient empiéter ou anticiper sur nos terres, et qui enjoint tous les gouverneurs ou commandants en chef de Québ^ et autres lieux de nous protéger contre tous nos usurpateurs, et donc que nous ne pouvons pas dire autrement que nos terres nous ont été ravies et usurpées par messieurs les jésuittes, sans notre connaissance, con-

' Archives du département des Affaires indiennes. - Clahns o/ Lorette Indiatis, p. 41-3.

sentement ni renonciation de notre part; nous n'avons point non plus eu aucunes terres des jésuites en échange pour notre seigneurie, ni nous ni nos ancêtres; nous en appelons à tout le monde en témoignage.

C'est pourquoi, père Hatiyathaque. nous vous prions de prendre notre cause en votre prudente considération, et de nous défendre contre nos ennemis et nos abuseurs, puisque vous-même rétablissez tous nos frères les Sept nations sur leurs propres terres, qui leur avaient été comme nous anticipées par les jésuites ou autres personnes; et nous, y aura-t-il que nous d'entre nos frères de délaissés, nous qui avons l'honneur de demeurer dans 1* cœur de voti'e sein, que nous ne connaissons que le roi Georges III pour notre souverain et notre père. Ainsi donc, Hatiyathaque, représentant de notre bon père Georges, nous espérons derechef que vous nous délivrerez de nos abuseurs et nos ennemis en nous rétablissant sur nos anciennes terres en préjudice de tous nos envieux. Nous espérons finalement d'être reçus d'un œil favorable, et nous ne cesserons de chanter vos louanges, et remettrons à nos enfants et à notre postérité la plus reculée le respectable nom de Prescott, père et protecteur des Hurons. Jeune Lorette, 12 janvier 1798.

Thomas Martin. Zacharie Otisse, François Vincent, Zacharie Thomas, Petit Etienne, Augustin Picard. Simon Hélène, Joseph Vincent, Louis Monique.'

La réponse de Prescott, communiquée le 31 mars suivant aus Hurons par le secrétaire Eyland, et probablement rédigée par celui-ci, est un modèle d'astuce plutôt que de logique. Mes enfants, dit-il en bref, vous avez bien raison de vous plaindre de l'injustice commise par les jésuites et par le roi de France à votre égard. Jamais un roi d'Angleterre ne se serait permis de dépouiller ainsi sans raison ceux à qui il aurait donné des terres. Mais aujourd'hui que la chose est faite, il faut bien que vous vous y résigniez.- Mais puisque, au dire même du gouverneur, c'était injustement que les jésuites avaient pris possession de la seigneurie de Sillery, comment les autorités anglaises, détentrices des biens de ces jésuites au Canada, et notamment de cette seigneurie de Sillery, pourraient-elles se dispenser de la remettre à ses légitimes propriétaires ? C'est ce que ni Prescott ni Eyland ne se donnèrent la peine d'expliquer.

Les Hurons ne perdirent pas courage. Après le départ de Prescott (1799), ils pétitionnèrent son successeur Milnes, par l'entremise du colonel Louis de Salaberrj', surintendant des sauvages. Milnes promit d'y voir, mais rien ne fut fait. Craig remplaça Milnes en 1807, et les Hurons s'empressèrent de lui soumettre leur réclamation, mais ils n'en reçurent pas de réponse. Le 25 octobre 1811, ils présentèrent une pétition à sir George Prévost, qui avait remplacé Craig; et Edward Bowen, suppléant du procureur général, fit un rapport, comme celui de

' Archives du Secrétariat d'Etat.

- Claims of Lorette Indians, pp. 43-4.

[oérin] la SKUiNKrUIE DE SILLERY 109

son prédécesseur, défavorable à la prétention des Hiu-ous. Plus sérieux que celui de Sewell, ce rapport n'allait pourtant pas au fond des choses.'

En 1814, Joseph Bouchette, arpenteur général à Québec, se rendait en Angleterre poiir y faire publier son ouvrage Topography of Oanadar Les Hurons le prièrent de soumettre leur réclamation au gouvernement britannique. Deux ans après, au moment de revenir au Canada, Bouchette écrivit en effet en leur faveui- à lord Bathurst, secrétaire des coloçies, qui se borna à le renvoyer au gouvernement canadien. ••

Les Hurons présentèrent une pétition à sir John C. Sherbrooke, qm fut gouverneur du Canada de 1816 à 1818. Cette pétition fut référée à une commission composée de Mil. Uniacke, Caron et Pyke, et l'afEaire en resta là.*

Le 21 janvier 1819, nouvelle pétition des Hurons au successeur de Sherbrooke, le duc de Eichmond. Cinq jours plus tard, ils présentaient une pétition dans les mêmes termes au parlement provincial.- Ce document rédigé suivant toutes les formes et beaucoup plus clair et circonstancié que les premières pétitions que nous avons vues, était certainement l'œuvre d'un légiste, probablement de John Neilson ou d'Andrew Stuart, qui pendant de longues années s'intéressèrent en faveur des Hurons, ou encore de Yallières de Saint-Eéal, que nous voyons figurer comme premier témoin au bas de la pétition au gouverneur. C'est wa très habile exposé de la cause des Hurons, quoique entaché de quelques inexactitudes et d'imputations injurieuses pour les jésuites.

Le 26 janvier, il fut nommé un comité dans lequel siégèrent MM. Neilson, Stuart, Tasehereau, Bellet, Gauvreau, Davidson, Cuvillier, Blanchet et Vanfelson. Ce comité, sous la présidence de John Neilson, recueillit dans le cours de février quelques témoignages, entre autres celui du grand chef Nicolas Vincent (Tsawauhonhi) ; et le 22 avril, il soumit ces témoignages à la chambre, déclarant que les autres travaux de la session l'avaient empêché de pousser plus loin ses investigations.

Quelques mois plus tard, le duc de Eichmond mourait des suites d'un accident, et lorsque l'année suivante son successeur, Dalhousie, arriva à

1 Claims of Lorette Indians, pp. 41-S.

- Cet ouvrage important contient des notices -sur les seigneuries de Sillcry et de Saint-Gabriel (pp. 403 7) où malheureusement les erreurs Iiistorique.s sont nombreuses On se reni compte qu'à cette époque, dans les cercles officiels et même chez ceux qui s'intéressaient le plus aux Hurons, on ne pos.sédait que des notions très vagues sur la nature de leurs titres. Ces erreurs ont été reproduites dans la seconde édition de l'ouvrage de Boucliette en ISW. Cette dernière édition donne sur les Hurons de Lorette des renseignements intéressants extraits en partie des journaux de la Chambre.

3 Claims of Loretle Tndians, pp. .ï.S 6.

< Ibid., pp. 13, 14.

5 Archives du Secrétariat d'Etat.

Québec, il ne tarda pas à être mis au courant des griefs des Hurous. Le •i j décembre 18"<;0, il transmettait leurs papiers aui officiers de loi, et le 3 juillet 1821, le solliciteur général Marshall et le procureur général Vanfelson, soumettaient leur rapport. Comme leurs prédéeesseiirs, ils concluaient au rejet de la pétition. Pour faire pièce sans doute à la déclaration très fortement motivée des Hurons, ces fonctionnaires présentèrent une étude assez détaillée de la question. Mai.s leur connaissance des faits historiques était très insuffisante; leur argumentation en est à tout instant viciée. C'est ainsi qu'ils font reposer leur principal argument sur le prétendu abandon de Sillery par les sauvages. Mais lorsqu'ils en viennent à fournir leurs preuves, on s'aperçoit qu'ils confondent tout le temp.s la mission de Saint-Joseph-de- Sillery avec la seigneurie même, et qu'ils font peser sur le groupe huron de Lorette la responsabilité d'actes du groupe algonquin-abénaquis. Dans la seconde partie de leur rapport, ils constatent que Saint-Gabriel, dont la largeur devrait être de 1 lieue et demie, ne mesure qu'environ 1 lieue à cet endroit (la largem- du fief de Sillery), et pour rendre compte de cette différence, ils donnent à entendre que le fief de Gaudarville est de date plus ancienne que la seigneurie de Saint-Gabriel. Cette supposition entièrement fausse les dispense d'expliquer comment il se fait que Sillery seul ait été sacrifié au profit de Saint-Gabriel. Si réellement cette seigneurie, avec 1 lieue et demie de largeur, devait être prise à cet endroit, pourquoi, après avoir absorbé la lieue de largeur fournie par Sillery, s'était-on arrêté à Gaudarville, Gaudanille concédé cinq ans après Saint-Gabriel et près d'un an aju-ès Sillery ? Pourquoi les sauvages avaient-ils été seuls à souffrir ?'

Malgré ce nouvel échec, la cause des Hurons ne fut pas abandonnée. A la session de 1823-4, un comité de la chambre oii siégèrent MM. Andrew Stuart, Bourdages, Viger, John Neilson et Bélanger, remit leur pétition à l'étude. Le grand chef Nicolas-Vincent Tsawanhonhi, et Stanislas-Kotska Aharathaha, porteur de diverses pièces des archives de Lorette, furent examinés. A la fin de février, le comité, sous la présidence d'Andrew Stuart, présentait un rapport favorable à la demande des pétitionnaires. Ce rapport assez étendu, s'ouvre par un exposé historique détaillé, mais qui renferme d'assez graves erreurs de fait. L'auteur n'a eu pour toute source de renseignements que Charlevoix, Ducre^ix, et une histoire de l'Hôtel-Dieu. Il en résulte de nombreuses confusions. Mais en même temps d'excellentes raisons sont avancées à l'appui de la prétention des sauvages de Lorette. Le comité recommande en conclusion

• Le rapport de Marshall et Vanfelson se trouve reproduit dans l'ouvrage Claims of Lorette Tndians, pp. 4S-5S.

[gérin] la SEIUXKIKIE DK SILLEKY 111

qu'une humble adresse soit présentée au gouverneur en chef le priant de remettre les Hurons en possession de la seigneurie de Sillery.'

Il ne fut pas donné suite à cette proposition. La chaiiibre à ce moment était trop occupée à défendre ses propres pi-érogatives, pour donner beaucoup de temps aui griefs des Hurons. Précisément, à la suite de la lutte très vive qui s'engagea alors entre elle et l'exécutif, Dalhousie fut rappelé (1828). Son successeur, sir James Kempt, fut à son tour invité par les Hurons à intervenir en leur faveur. L'opinion du procxireur général James Stuart, en date du 28 feviier 1829, n'est pas différente de celles de ses prédécesseurs. On y retrouve les mêmes défauts: parti pris d'opposer une fin de non recevoir à cette réclamation importune, argumentation sèche au point de vue le plus étroit de la loi et reposant sur ime connaissance insuffisante, parfois erronée, des faits.-

En 1831, le gouvernement britannique remettait enfin les biens des jésuites à l'administration coloniale, pour être appliqués au développement de l'instruction publique. Et à cette occasion, les Hurons encore une fois soumirent leur cause au gouverneur (lord Aylmer, successeur de Kempt). Nouvelle pétition au parlement provincial en 1834, suivie d'une autre à lord Gosford, en 1835. Mais comme dans les cas précédents, la réponse fut défavorable. Gosford s'en débarrassa très sommairement en invoquant prescription de titre, incertitude des traditions, etc. (1837).^

Puis survient une période d'agitation politique, de troubles populaires, aboutissant à l'imion législative du Haut et du Bas Canada et à l'introduction graduelle du gouvernement responsable, c'est-à-dire à la prédominance croissante de la chambre élective dans la direction des affaires. Nous ne trouvons plus de traces de revendications des Hurons qu'en l'année 1844, où elles reparaissent dans le rapport des commissaires des Affaires indiennes.

Ainsi donc, les Hurons de Lorette avaient revendiqué la seigneurie de Sillery auprès de tous les gouverneurs du Canada depuis Dorchester jusqu'à Gosford, et toujours sans succès. A quatre reprises les officiers de loi de la couronne avaient été appelés à se prononcer sur leur cas et chaque fois, la décision avait été défavorable. Un comité de la chambre s'était déclaré pour eux, mais la chambre n'avait pas tenu compte du vœu exprimé par le comité. Leur cause était-elle donc désespérée, et de-

■ daims of Lorette Indians, pp. 3-10. C'est alors que des chefs hurons furent délégués en Angleterre pour faire valoir leurs prétentions auprès de la cour. George IV les reçut avec considération, mais pour le fond de leur demande les renvoya aux autorités coloniales.

■ Ajchives du Secrétariat d'Ktat.

^Ibid.

vaient-ils se résigner à rester toujours sous le coup de ce déni de justice? Non. Dès cette époque, le tort qui leur avait été infligé recevait un commencement de réparation; et nous pouvons espérer qu'un jour la réparation sera complète.

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