‹ La Seine et ses bordsChapitre 2 sur 7 · HAUTE-SEINE · texte numérisé non relu

HAUTE-SEINE

aE^waaffiîBssrsB^.

RÈs le village de Saint-Germain- - '' la-Feuille et non loin du boui^ de- ' ' Chanceaux, il existe un étroit val- ^ '"'■ Ion , espèce de gorge resserrée entre "* " lieux côtes qui font partie de la chaîne lies monts de la Côte-d' Or. La sur I« ' ' , revers septentrional d'une hauteur ç,^, couverte de bois, on voit jaillir un .'' . .;.. faible ruisseau qui descend rapide- /■ ment la pente de la colline. Plus bas une espèce de mare ou de petit étang /■■■'■

• UH-'-^-

'' v:.iv^^^v^ . ^ /. w,^v4p/ l'arrête dans sa course et Temprisonne un moment. '^ ' / '" :/.,.>, v//. Il reprend des forces en grossissant, et se remet a

jx^K ' » 7 /^- in/; ^ •'* • ^ couler, mais avec un peu moins de rapidité. Si la

'>/^/;tV/,? -,r * ^ curiosité TOUS porte k le suivre dans ses détours .VOUS

' ^^' *«v i/.ï / i.- r " * '•^ le verrez s'enfler peu k peu de plusieurs autres ruis-

. , . i'^iA'^i) 'ti**- ^cV«A/ seaux, et vous arriverez enfin avec lui k un groupe /,>^t^l' ^'^U^'^ '^*^'-< <. ^^ / . . ^ f ^

r*^!***?; '^^ '^ ^*^- tx^'''>t de cinq ou six maisons appelé Courceaux, éloigné

:r . . ^/,. ,2r /iurt*^ % .'^i .d'une demi-lieue de sa source. Alors ce filet d'eaux

''^ ^ • / f*'/' i^.^ ■* rencontre pour la première fois un obstacle. C'est un

'.* * ' ;,, >^l^*^*^''/d/^<. petit pont qui sert de passage a la route de Paris a ' / / /j>;:»*y"d/ **<^ -^^^ Dijon, et sous lequel il semble plus humilié de cour-

* ' *^^ ,.A'u^^^» î '' '^^^ '* ^^^®> Ç^® '^ Rhône lui-même sous les arches h^. /c',, "^iirti^"^.*^*-**^''^^ pont Saint-Esprit. C'est surtout lorsque, grossi

par les pluies, il est devenu torrent, qu'on le voit

\ >*• ' ^ ^ v * . / '/se briser avec violence contre les cailloux qui servent

/. ,. /^^ '' ^ * '^ '' ' de piliers a cette chétive construction.

^ /& .c >tf • t'<v< V ;«r<'*^ '^^ Cherchez alors quel peut être le nom et quelle sera

: V;;^^ j^ ,^ *^ y '^ destinée de ce petit ruisseau. L'enseigne d'une

"' " ' y ^ méchante auberge va vous l'apprendre : Au premier

/.. ^ ^; / pont de la Seine. C'est en effet ce fleuve qui se hâte

. ; ' ^ ' ^ "^ d'aller arroser la capitale de la France pour se préci-

' ' ///' "^ -^ piter ensuite dans l'Océan par une embouchiure aussi

,*- vaste que dangereuse , c'est bien lui qui est la devant *^ ' '' vous , lui que vous pourriez aisément enjamber et voir

» •* tj

\ y ^ l\, -/. '/.. . ' ,*M couler entre vos pieds.

Les géo^taphéàr, esdkvcs d« Féttetir qu^ttafnc ""^r^^,',^^, /I^ ^ >e/^H. là rt^sfemblâûcc des ttoms, ou péûf4tré abusés p^ ^ '/,' * * .-

rapprochement mnémdtefchuîcîtie , jJaeèïit toufi Ia/^,l/^,ct;^^ ,'m*vj„t source de cette rivière auprès du Boôi'g et de Fab-^ '^'H ^^''h'-:/ * ' ^ Av *

baye dé Saim-Serue. Ceux-d eu sont poùrtâïrt éloi- W' /^ ; ■ >— i.-^^ ^ • gnés de plusletirs Beues j ils en sotit séparés paa* plii-^|^' 1^^ î^ 1 j V ' . ^iu>! I sieû« monts, et les eaux qui Ici arfoséiSt sonr celles ' * - ^ , ^^^^fi^'-de rignoUy qui a sou embonebute dans là Sâtône, ii'C^^ j / w w ; < ^, / . . '^ >^^. ^ avec laquelle il va se perdre datis la Méditerranée, r • ^ ; i^^'* ' y^ ' ^ mais que les vovâgeurt, sur ht foi dc*saTaUts> ont pu ^ \' ^

prendre souvent pour le fleUVe lui-même. '' '\ . /

Ce ne serait pas une moins grave erreur de rap- >' '^^ '^ ', ^' /. , porter k la Sti^É Torigine du iiom des peuple» séqtia- . • » ^ • ^^ * ^^ ^^ *^ aîeûS, puisqu'ils habitaient l'Hefvétîe et les pays ,| ,7'^^ .',.•. > v^^/akA. compris entre le Rhône , la Saône et lé Rhiti. '^ / vw /^^ ^ ♦ li^ '^

Eu quittant Courcemix, la Séiné, quoiqu'elle ^^^ ^ ^ " /

reçoive phisîetns sources k sott pasfage*^ n'cit cncôfihB pendant longtemps qu'un étroit ruisseau qui promène ' /' '' \ / "-. . ses ëtiuX limpides et poissonneuses au milieu des prés, . ^ dans uU vallon solhaïfe et bordé des deux côtés par^^ ., ,. ' ,\.^^ ur^ ' ^r *

un pays montagneux, boisé, d'un aspect agreste et saulrage. Ëlîe alimente dans sât routé Un assé^ g<^^d nombre d'usines , e^ s'aviàuce' en décrivant toujours . . , des circuits multipliés, comme si la nature hiî avait />*■ V ' ' '• • ^ trace des son berceau cette voiemcertame et tortueuse / . / . /,

c u If "•' . i //

^.'.. iv ;/'A»^*" .*»*.» À /A <^qui la signale dans tout son cours*, fleuve ou ruîs-

^-^rC / * »^^ .u ; ' .-A^w.-. seau, son caractère est toujours le même, ^on la voit

,, . . / , ^ /;, ^ vr . . f »., ; c\ '^^ se plaire également partout k embrasser dans ses con-

/ .►<-• • '•' ■^- '^j < *•" '* '' ^ tours infinis les prairies qu'elle féconde.

A .^,Jr ^ ^r':, 4 ,. / SI uous coutlnuons d descendre avec elle, nous ne

A. '. t, * j .<«^'' y^ *, '"U tarderons pas a arriver k Billy , où elle reçoit le Gévejf • ^ ,A »* i<^^ ,^4i Vf«<t ' ■ ^ ron, petite rivière qui vient doubler ses forces etçii

r^rf .1. .-w.^V^rVy ^v f.;,i ;.. Ce pauvre village n'est remarquable que par sa

.v^ Y^.^*i /* ' ^ ; ^ ^ • ' ^' /\ situation pittoresque entre deux montagnes courour

r» - ^ .v ,4t wj.^/.^^., ' ' ,, ûées de bois, et parce qu'il est le premier quisoit

:^»/L^4ï>:^/ / . <' U^i* arrosé parla Seiite. Plus loin elle reçoit une nouvelle

^ \,.\X h À ^ ^ ^ / >f- a4.^^^^^^^ > ^* Verrerie, et passe a un autre village, appelé

,'? i -v/ry ;,«i<r.>. '* . Oigny, situé sur sa rive droite. Ici la route de Paris,

$ ,* e c r t) ^. ; / r»: « /> ^ . < v / qui, depuis Courceaux, côtoyait sa gauche k une pe-

" r> s M « ^^ V'/' '7*.. tite distance, s'en éliHgne tout à coup et se cache

, ./ /^*r^''-<v. \ ^^'';\rS derrière les collines qui bordent la vallée. La multi-

(i ^ ^ î ' ,, /y /« » »^A * ^* 4 P'^^^^ ^®s hameaux et des villages diminue , et si l'on . 4 /r .<. ^ /<•< r '-' */;/^' '^excepte Orrcy, placé assez loin de la rivière pour

U'^^Mi/'^ f'*"^ "■' ' ^' qu'en suivant son cours on en soupçonne k peine ■r^defM'-^é àf /4^/ff^ '^ Texistence , il faut faire trois lieues avant de rencon-

rL-^^'L ^^f^^icil^^/r^..':.^^^^^^ sur la route, dont la ma.

.'*.'*/.«</ «/; fcv*i >.-<y''f^ notonien*est interrompue que par les sinuosités nom--

, . . ;' ^, Ax f ^'♦Y" /kk/V*W breuses de laSsinE. Enfin se présente un clocher, qui.

'\ n. /^ f'^'^^ »: ' ;'^^vw* - ; invite k pi^esser le pas, et k venir se reposer un in-

stantà rabridcsmaisonsdontil annonœ le voisinage.'/ ''''^*^';'' V '; // Celte paroisse, c'est celle de Tantique Duesme, vil-^^«^«-«'V J^< ^ /[ lage qui s'enorgueillit d'avoir été jadis la capitale y L /..^'^^ ^"';/*;;

'une petite contrée signalée par les géographes , etûa. ^in^^^CtHJyi y^^cy^. dont la célébrité remonte jusqu'aux temps de la se- {t'uC\ (-.t. ; ? (^ " * (w^ */ conde racede nosrois. Son territoire ne renferme que^^^/^^;^ ci,< /, /» ^ y /n7,Vj des coteaux et des roches au centre desquels se déploie/ '/; '/.'^^ ., t , . ; la fertile vallée de la Seihe, chargée de sa fraîche vce- /^ »^ ^^ v ^ * -' ' ' ' ' ^

dure et de ses ombrages accoutumés,. comme un riant (/;^A ca. //" . «v ^Vv oasis au milieu du désert.

En sortant de ce village, vous en apercevez de- % - * / ; • * '/'^ '- ' xr

vaut vous un autre a peu de distance; c'est Que- /<'*/; -' ^ *^'> i' i **: '^ '>

mign y en Duesmois , situé aussi sur la rive gauche de *A ^^ ^ ? f' m' h ^ », , . . ,

la rivière , au confluent d'un ruisseau , dans une gorge c^ f< ^ , ^ ' / '

resserrée entre des rochers.Xeur chaîne continue sans' vnC'^ ' */ ';/• ' ^ " interruption jusqu'à L'en^branchement d'une petite /^^^ //y W ,î>^»i'^*«^' ' ''^

vallée transversale, par laquelle débouchent le Re- ^-^^ ^^v ^» . " ' < . ^ <

, . 7.^i,^ rru kVv* <^^'^ t-. ':■••/

vinson et L'Aigny , réunis pour apportera la Seihe le ■ . , ; . , ?h*- > ^v - ^ ^ .

tribut de leurs eaïuT. Alors le fleuve commence sav '* ' * ■ '^' ''J'C marche majestueuse, et s' avance paisiblement au tra-/^/ /iV^iC » ;. ^ '^^z ; -* ' vers d'une prairie bordée des deux côtés par des ro- ^', 'V;, V.'/ /'* / ' .. . ' *

chers, au pied desquels, sur la gauche, est placé le ■ *'^ •''' ''* * ' '

village de Cosne ) et après une heure de marche celui J .< ^ ' " '• . ^ • . • , /, de Saint-Marc dans un délicieux vallon. La route de ^" ' ''

Paris qui s'était éloignée k regret desrives de la Seihe,

'■'„-,*» ■«-**^*''-''"^^''"'^'' et quii, eoBBiie B0' enfem qoi se cadie pour jcwer,

■ .' '^'^ '^/'» vC^'"'','"^^'''*'* P*wi™rs fois repanifl'1103 yeui dans 1* lein-

, /.. A- ■^' '^*', ^/' pùn^ se iwpptoAe enfin pour longtemps Ai fleuve,

■iii dl.^ it-tr" ^•''^ :'■' -'■:-y ex desixaà des plaines racffiti^cuâes danslarallee

"',!,., ■ ? 'V /.■ ^ parime pente' loogoe et pea rapide, qu'oit aperçoit

'■''• .,,''-.-''"','! !, v,^' .^^P***'^'™*^'^"** ï^i'i de concert avec laSEim,

''^i'~. '^'"■~/'**^/ '^.Jlj^^'fçlle s'avance dtms la ptairie, cotojHitsa rive ganche,

'• -j,^ ■.•i^v.\y^ t^^i -et se conformant à ses mtpîadres sinuosités. Aime

, ■, ■■ ^^^.,^ ■,;■ , ,/m/i ■ demi-beure de chemin au-dessMls de S«ùat-Marc, le

' f '•'"• ' iVv" *^^Brevon, venant de la droite, se jette dans le fleuve,

■ ,- . , . . ' après avinr arrosé le village de Bremur placé a^iéa-

;^ ,.'u '>'-<'<•'""' '!" blement an pointdejonctiondesâeuxvallées. Aisey-

' 'r'/'- m/' .(<'*?■■"• '^I^<= ^'*'** <^^ ^^ point de vue plus pittoresque

■ , fi, 1 V '"''■■ '-A ■'"'encore. Ce village, entouré de moats dont les cimes ;.f. ' ■■' f '-■ V"- sont couvertes de DOW épais, est travesfse en santoir

■■•■'''''''. ,''"=*'^laSsuiBetIagnuideroutade Paris, qui passe Ik f v.-f- ",•"■'■, le. sur UB TKot 8t reprend I» droite da flenre qo'dle fVI '■* ""'" ' •*'{ ( avait quittée à Courceaos. Tous deux gagnent euffi. t/kr* i'^''f^^i7' suiteNod, oà en établie m» foriderie importante. Tifc»».—- ï'^'^7''' ApainesBrtiadeoe vill^, la SÊiitE,.pariuï èe

■^' ^r . ' i,-''"'^^, nés capriceamii luisontftmilierSrs'écenesiibitemeni i^^j h' '' ^""^î '^^ 1* route de Paris j- pour allcv arroser CfaamesBon

l?iï*1 ' '^irtV'Tu'^"' ^t'*P«l tlslacôiied'Ampafy. Puis revwJ^t sw sw 'ku^^f" *'' '*.iV- f pas , die baigne BimcBy oà se distingue la jolie mai-

y\*^(il'C '', ^ ' soiidecampajpaed'uqsBwieBbaMsier daChàtaisn, ,

et vient aUrae^te^deses eaux la magoifique papeterie A'*^ ^^^.^ '■' tm^/Ay ' •« ^'

de M. Uumoert. d est au-dessous de cette usine cpie //i/V/>»''< // /^ < . % , j^y

la Seutb se divisant eu plusieurs bras et coulant dmis^-l', -H ( .''""'/i*^ ^ ^

un terrain «pooffieux, laisse en été son lit presque i"^,/^"' 'Hh^ -* ^i/..:.^j^;j

sec, et unirait par tarir

sortir de Chàtillon ne

fier. Ainsi y ce ne sont

mais celles de la Douix qui viennent a notre insu , /., ^,;.^ ffl ^ / ?

dans les jours d^un été constant, baigner les grèves deA? jl Aî^,/ i^ ^iu%%i^^-fi

Paris . Mais prénom garde d' anticiper sur notre voyage .»^ *'*' '^ ^ 7^ '^ ^ «^ ^^^^ ^^/ - Y^

Depuis Buncey, usines , hameaux et maisons de plaisance nous annoncent par leur multiplicité le voisinage de quelque ville. Devant nous, en effet, paraissent déjà les murs de Chàtillon , autrefois capitale du pays de la Montagne, Tune des cinq subdivisions de la Bourgogne, et aujourd'hui chef-lieu de sous-préfecture. Cette ville, la première qu'arrose Ja Seine, est assez bien bâtie, et ses rues sont larges et propres. Elle est située de manière que les extrémités en sont fort élevées, relativement au milieu qui est situé dans un fond , ce qui forme sur son axe une espèce d'amphithéâtre partagé par le fleuve, en r , deux parties dont Tune s'appelle Chaumont et l'autre le Bourg. A Chaumont existe une maison seigneuriale qu'où croit avoir été bfttie par le chancelier Rol^

lin; c'est aussi a Tune des portes de ce quartier qu'on voyait autrefois dans une niche l'image de saint Antoine, dont la profanation devint si célèbre en 1576 par le funeste châtiment que le Ciel tira des quatre soldats hu^enots qui s'en étaient rendus coupables :

Car Pun brûla d'ardear intolérable , En même temps l'autre moult ag;ité Mourut en Seine, où, comme il est croyable.

Fuyant le mal s^était précipité ' .

Quant aux deux autres dont la chronique ne parle pas, la tradition rapporte qu'il y en eut un qui se fit ermite, et que le dernier expira de lassitude après avoir pendant huit jours, sans discontinuer, monté et descendu rapidement uneliaute échelle.

Vl existe plusieurs volumes sur les nombreux miracles dont cette ville fut le théâtre et dont saint Vorle a été le principal acteur au temps du roi Contran. Saint Bernard, petit-fils d'un comte de Châtil- Ion, illustra aussi sa patrie par des actes miraculeux,

' La maladie dont ces malheureux furent atteints était probablement Vignis infernalis , déjà connu au douzième siècle sous le nom de Jeu Saint-Antoine, et cette dernière qualification se rattache selon tonte apparence à quelque tradition du même genre.

et c'est a lui que Fîmàgé de Ik Vïérgé dfe ïa cathédrale donûa, dit-on y trois gouttes de lait, dont' la suavité lui inspira l'hymne magnifique : Ai^emarUstétla,

Mais si CMtillon est célèbre dans nos anciennes annales religieuses y il ne Test p^s tiiôins Aétos notre histoire civile. Dès le temps dé la seconde race de nos rois , les premiers ducs de Bourgogne y fixèrent souvent leur séjour, et ils y possédèrent un château. Plusieurs fois pris et repris dans les temps dé guerre (ivile ou d'invasion, il fut notamment assiégé en i 186 , par Philippe-Auguste, qui s'en empara. C'est V à l'occasion de ce mémorable événement qu'une ^ vieille chronique fait Télôge suivant de cette ville :

Be plus UD0 biax chtfstcaii qn^oii Aofkitiie Cfaastiilôn , Quf sert aux Bourgtiîgiiotis d'koMW etde frontière , Est ung noble et grand bourg moult moins large que long , Où leur royolme met son fort et sa barrière.

La Seine, ce biax fleuve, escbappé du berceau , Qui lui donne à dix lieues plus hault son origine , Partaige ëgaument et la ville et le chasteav, Et les lkv0 totits deux de son eati cristalline.

De nos jours Napoléon, sentant TimportâDiGe de

cette ville et l'avantage de sa position , ordonna par un décret de 1805 que la Seine y fût reiidue navîga- 1

ble. Mais le fleuve s'est montré rebelle a cette volonté ^ui soumettait le monde y et le projet de canalisation , est demeuré sans résultat , au grand regret des négociants en vins dont le commerce eût pris alors un essor plus grand et plus libre. En i 814- , les alliés et Fempereur tinrent un congrès dans cette ville ^ et plus heureuse que la plupart de ses voisines, elle participa au calme solennel d'une cour diplomatique y tandis que celles-là étaient la proie des flammes ou le théâtre de sanglants combats.

Entre le pont et l'issue de la ville , la Seine borde une belle promenade ^ et laisse a sa droite le moderne château du duc de Raguse , qui a fait pour ce beau ' séjour des dépenses considérables dont il n a pas recueilli le fruit. On voit aussi , du même côté , s'élever . une haute colline où subsistent encore les ruines imposantes de l'antique château des premiers ducs de Bourgogne. Derrière elle est une roche caverneuse , dont la cime est ornée d'une plantation d'arbres qui produit un bel effet de perspective , et dont le sein renferme les secrets réservoirs d'une grande sourcç. , . C^est la Douix qui , comme la Sorgue de Vauçluse , sort du pied d'un rocher, et coule, sinon avec la même abondance, du moins avec la même limpidité. Sa largeur est a peu près , en tout temps , de 1 5 à

iS pieds> et son cours est d'yne lièue. Elle double . en hiver le volume des eaux du fleuve; en été elle remplit a elle seule , comme nous l'avons déjà dit plus haut, son lit desséché par les terrains spongieux qu'il traverse.

Âpres avoir fait un grand détour vers la gauche y en s'éloignant de Chàtillon, la Seine, lasse de voyager dans des lieux solitaires , se hâte d'arroser Sainte- Colombe et revient gagner a Courcelles la grande route de Paris. Puis^ elle baigne de sa rive gauche^ Pothîères où se trouve une antique abbaye , et reçoit sur sa droite un petit ruisseau auprès de Charey y si- ' tué pittoresquement entre le ruisseau , le fleuve et la grande route , comme dans une presqu'île. Enfin, audessous de Gommeville, nous franchissons les limites du département de la Côte-d'Or, et nous entrons dans celui de rAid)e.

Mussy, célèbre par son commerce devins, n'est plus., qu'a un quart de lieue devant nous. Mussy renfermait ' autrefois un château appartenant aux évêques de Lan-, grès, qui étaient les seigneurs temporels de la contrée. Cet édifice, dont on voit encore les ruines, fut détruit en i 793 , mais la ville a néanmoins conservé le surnom de VEi^êque, qu'elle portait alors. Placée ' jadis sur la frontière de deux provinces , comme elle

rest anjoiotd'bui sur rdile de dtenx departieniieûts , die fut tour a tour conipvîse par tes géogiftphes Aim le territoiref ohampeiïofô et dan» le paya de la Montagne. Mais elle a généralement, et avec raison , sui^i la destinée du comté de Bar^ qui, quoique enclavé dans la Champagne, est toujours resté uni au duché de Bourgogaeydepuid le traite d'Arras de 1435, où Charteâ YII fut oMigé de racKeteF, par là donation du Barrois , l'alliance et la fidélité intéressée de Phîlippele-Bon, qui s'était vendu a F Angleterre;

En quittant Mus^, la SEnys* laisse a sa droke la grande route de Paris y et une colline dont la cime est couronnée d'arbres magnifiées; c'était une prome* nade plantée par les évéques deLangres et dépendante de leur clmteau. M aimenant elle appartient a la ville, et sert de rendes^vous a ses fêtes. De son extrémité, on aperçoit les nombreuses sinuosités qifê la StiVE fait dès son entrée dans le département de l'Aube. La route qui passe à ses pêeds est assez égale ; mais eQe devient très^bourbeose a cause delà mauvaise qualité des matériaux qui servent à son entretien^ et du grand roulage qui la foule sans cesse , connne principale route de Paris a Dijon, Besançon et Genève , quoique reléguée dans le troisième rang par le décret de clas^ sification. Les collines qui bordent le fleuve cessent

d'être cauvertes de TignoUes sur leur penchant , et de bois ftur leur sommet- Le sol , de calcaire (ju'il était dans la C6te-d'0r , devient craîeux et presse infertile; mais la cause elle-même de son aridité fournit k cette contrée une de ses jHrincipales ressources. Connue sous le nom de Uanc d'Espagne , et plus justement appelée Blanc de Troyes ^ la craie qu^on en tire se répand dans toute FEurope^ et forme une des plus importantes brandies du commerce du pays.

Kentôt Courteron, Gyé et KeuTiile, placés tous trois sur le bord de la route de Paris ^ k peu de distance les uns des autres j viennent appuyer leur extrémité sur la rive droite de la Seine , tandis que la rive gauche arrose successivement Buxeuil^ Polizy et Polizot. Renommé par ises vins et ses fromages y le village de Polizy possède un siiperbe château , situé au confluent de la Laigne et de la Sbihe ^ dans la position b plus agréable et la plus pittoresque , a Textrémité d'une avenue qui a plus d*utt quart de lieue de longueur. Le fleuve baigne, auprès de Pcdizot, les pieds du mont Chavet y et commence a être flottable pour ks trains et les radeaux. Il passe ensuite au-

. dessous d'une belle papeterie , et arrive k im -çcM. oè la grande route de Paris le traverse pour ht troiôièitie fois , et reprend sa iHyt garuche ijti'eHe ne doit plus

quitter qu'a Montereau, trente lieues plus loin. Nous sommes presque aux portes de Bar, qu'on aperçoit déjà sur la gauche ; mais avant de franchir Tenceinte de cette ville, la Seiite attend que TOurce, rivière assez forte, lui ait apporté auprès de Villeneuve- les eaux d'une multitude de petites sources qu'elle a reçues dans son cours.

Entraînée par la même pente, TArce imite son exemple en venant aussi se confondre avec la Selne au même confluent, et les trois rivières réunies se précipitent vers la ville. De là le dicton populaire et généralement connu des habitants de la contrée :

« Ource , Ârce , Laigne et Seime «c Abordent au pont Bar sur Seine. »

Après avoir franchi l'enceinte de Bar, la Seihe suit à sa gauche une belle promenade , et traverse seulement l'extrémité orientale de la ville, qui consiste presque tout entière en une longue rue, dont la ^ande route de Paris parcourt toute l'étendue.

Cette ville, autrefois capitale d'un comté, est à présent chef-lieu de sous-préfecture. Sa position dans une vallée étroite et resserrée entre deux coteaux escarpés , en avait rendu jadis la possession importante en temps de, guerre, et ses comtes, profitant des res-

sources que la nature leur offrait, avaient mis tous leurs soins a la fortifier. Dès le temps de Louis-le- Débonnaire oh là voit jouer un grand rôle dans toutes les guerres dont la Bourgogne et la Champagne furent le théâtre; Nitard, dans sa chronique de cet empereur y la cite comme une place considérable. Plusieurs fois depuis elle éprouva toutes les horreurs d'un siège , et tous les ravages d'une ville prise d'assaut. Mais le coup le plus terrible qui fut porté à sa prospérité ^ c'est celui qu'elle reçut en 1359, pendant la captivité du roi Jean. Un parti d'Anglais s'empara de la ville, la ruina de fond en comble , et passa la plus grande partie des habitants au fil de Tépée. « Il y eut , dit Froissard , plus de neuf cents hostels brûlez , et la Seine fut couverte de cadavres. » Pendant les guerres de Charles VI, de Charles Vil, et de la ligue , elle fut de nouveau prise et reprise plusieurs fois^

Enfin, instruits par une triste expérience, les ha«bitants de Bar, préférant la tranquillité à; la gloire, démolirent de leurs propres mains , et sans autorisation, ces murs qui faisaient tout a la fois la force et le malheur de leur patrie , et eurent recours ensuite a la clémence paternelle de Henri IV pour obtenir le pardon de cet acte audacieux. Ils ont conçu même ,.

dit-on , une telle horreiir pour les armes qu'il ne finit poft ohercher d'autre cause de la décadence complète ou est tonbée la comellerie autrefois si renommée de œttie ville , qui ne s'occupe plus maintenant que du coBuneroe pacifique des vins.

Des deux coteaux qui resserrent Bar dans leurs étreintes et Tempechent de s'élargir, celui de la rire droite est dépouillé de toute verdure, l'autre à Toccident est garni de vignes et de bois. Sur ce dernier s'élève, d'une manière pittoresque, une chapelle de Notre*Dame , qui produit un charmant effet au milieu du bocage dont elle est entourée. On attribue sa fondation a un miracle que les gens du pays prennent plaisir à raconter.

Deirière le château des anciens seigneurs , dam un bois appelé la Garenne des comtes , on montrait autrefois un vieux chêne , où la tradition disait qu'un bûcheron avait trouvé une petite image de la Vierge delà hauteur de la main , et représentant Notre-Dame de Pitié. H se hâte de l'emporter a son logis où gisait sa fille atteinte d'une maladie de langueur et abandonnée par les médecins. Dès son retour, elle se troirva mieux et se rétablit en peu de temps. Cette guérison subite fut ri^^rtée k la présence de la sainte image, et le comte enjoignit au bûcheron de la re-

placer où il ravak trouvée. Le bruit de ce miracle se répandit dans les environs ; une foule de pèlerins accourut de tous côtés implorer rintcrcrssîon de la Vierge, et bientôt le produit des offrandes fut assez considérable pour subvenir aux frais de la construction d'une chapelle qu'on adossa au chêne miraculeux. Le bocage qui l'entoure ^ semblable aux bois sacrés des anciens y a toujours été respecté avec une religieuse vénération y même dans les temps d'impiété.

La même histoire se retrouve dans un grand nombre de villages de France où le même miracle s'est peut-être accompli, et il faut avouer que cette marque signalée de la protection de la vierge pour l'enfant du bûcberon , est du moins bien douce k croire. On la raconte k Notre-Dame de l'Épine en Champagne, avec cette seule différence que Timage bienfaisante fut découverte sous un buisson d'aubépine , au lieu de l'être? dans le tronc d'un arbre creusé par le temps , et ici la reconnaissance des peuples s'est manifestée par rérection d'un des plus gracieux monuments de l'architecture chrétienne.

C'est au-dessous de ce bocage , sur le penchant de la colline, que s'élevait autrefois le château des comtes de Bar, placé a l'extrémité d'une longue pointe de terre. L'assiette en était non-seulement agréable, mais aussi

très-forte et presque imprenable^ Sa forme était un triangle, dont la base s'appuyait sur sa muraille orientale qui dominait Bar-sur-Seine. Il n*en restait plus au siècle dernier qu'une tour placée à la sortie de la ville ; et dans laquelle on avait encadré ime grosse borloge , mais cette tour n'a pas échappé aux ravages du temps.

Jusqu'à Bar, la Seike avait suivi, presque sans dévier, la direction septentrionale; au-dessous de cette ville , elle conunence à incliner vers l'ouest et tend a se rapprocher en ligne droite de la capitale. Elle laisse d'abord sur sa gauche une petite plaine, où il y avait autrefois une chapelle qui portait le nom de Géré ou de Gérés, et qui avait été bâlie, dit-on, sur l'emplacement et avec les ruines d'un temple de la déesse des blés. Moins heureuse que Notre-Dame-de- Pitié , elle n'a pas été respectée comme elle dans la tourmente révolutionnaire , et ses débris eux-mêmes ont été dispersés. Le fleuve arrose ensuite successivement de sa rive droite Bourguignone , Courtenot et Fouchères, et reçoit k sa gauche la petite rivière de Sarce.

Ici finit le pays des montagnes ; les pentes escarpées et les hautes croupes qui bordent la Seine s'abaissent rapidement ; les flancs^ de la vallée s'élargissent,

et nous entrons dans le bon terroir que nous ne quitterons plus désormais; car, même en traversant la Champagne pouilleuse^ le bassin du fleuve nous présentera sans cesse une bande fertile et richement cultivée, dont la moindre largeur est d'une demi-lieue. Nous nous croirions déjà dans la Brie ^ si le moindre écart , à droite ou a gauche de la rivière , ne nous conduisait dans des terres craieuses et arides , qui ne sont plus fécondées par le limon que les inondations apportent chaque hiver dans les prairies de la vallée.

De Bourguignone , la Seine est alors devenue Champenoise , et s'enorgueillit de Têlre; car ce titre qu'elle partage avec Racine , Lafontaine , Pithou , le Varron de son siècle , et l'ingénieux Grosley , Girardon, les frères Mignard, n'a rien qui ne soit honorable ^ malgré l'étymologie insultante qu'on a prétendu donner a un ancien proverbe ^ dont voici la véritable origine. Pour favoriser le commerce des moutons que faisait la Champagne y les seigneurs du pays aflranchirent du droit de passage les troupeaux au-dessous de cent moutons \ alors les bergers se concertèrent pour former des réunions moindres de cent têtes, et les faire ainsi passer sans rien payer. Un de ces patres qui conduisait quatre-vingt-dix-neuf moutons , soutenant. qu'il ne devait pas le péage, le seigneur

irrité de sa ruse , déclara dans sa colère qat quatre'uin^^dix-neuf moutons et un Champenois faisaient cent bétes , et ordcmna, s'il faut en croire la traidition, que le récalcitrant iix. jeté à la riyîère.

Le premia: bourg de Champagne que le fleuve rencontre, c'est SainC-Parre, dont ks inaisons sont alignées sur la grande route à une petite distance de sa rive gauche. Plus loin^ auprès de YiUemoyenne y la Seuib se partage pour enceindre une île assez grande, et la seule que nous ayons rencontrée jnfrqu ici qui ait véritablement mérité ce nom. Les deux bras du fleuve se rejoignent a Clerey, et il passe ensuite a Saint-Aventiuy village dont le nom seul indique assez que la ti*adition doit lui prêter une origine romaine ; car tout ce qull y a de monuments antiques en France remonte, aux yeux du peuple, jusqu'au temps de Jules-César et de la conquête des Gaules.

A Verrières la Scihé entre enfin dans b plaine riche , basse et aqueuse, où est située la ville de Troyes. Des deux côtés , sources , ruisseaux et rivières accourent apporter le tribut de leurs eaux et fertiliser «les prairies. Le Lhozain, la Magne, lHuranâe et la Profonde, se versent en mêse temps dans te fleure. Lui-même se multiplie et se divise en une fouk de

bras , dont le plus fort se détourne vers la droite et semUe éviter avec dédain de traverser la capitale de la Champagne. Nous le laisserons aller arroser Pont- Saint-Hubert et Pont Sainte-Marie, espèce de faubourg de Troyes , et nous suivrons les nombreux cou«rants qui entrent dans la ville, l'environnent de toutes parts et alimentent son commerce manufacturier ; ce sont des canaux que Thibault IV, comte de Champagne fit creuser à grands frais , moins encore pour donner a l'industrie plus d'extension et d'actif vite que pour fortifier et embellir la ville.

Autour et au pied des remparts régnent , sous le nom de Mail, des allées d'arbres qui procurent aux habitants de Troyes une double enceinte de promenades. Dans les fossés , attenants a. celles du faubourg Saint- Jacques, sont d'autres allées plus basses, t;ullées en berceau et arrosées , non par ces eaux bourbeuses et fétides qui croupissent ordinairement au pied de nos murailles, mais par une onde, fraîche, limpide et couraute. C'est une ramification de la Seiwe, qui donner ces fossés Tapparence d'un vallon en miniature ; les talus verdoyants qui le bordent en représentent les coteaux*

Ces abords charmants, et lalongueur desfatibourgs , donnent au voyageur l'espérance d'entrer dans une

Hég^M^ QÎté. MaU $w atteinte eal emeUement déçue; (}e$ ïTU^ salea et étroites , des maisons de bois petite», Qoir^ et nuj bâties , sont les seuls objets qui se présiei»|teQt a ses regards. Cette ville possède cepepdaaX ^^ques édifiées resoarquftMes ; des églises nombreuses , UA bel Hô(el-Dieu , une maison de ville , dont la &çade>0iérite defi^err^tteutiondes curieux. Mais ces monuments disparaissent dans la foule des maisons partiqulières, qui n'offrent ni régularité j ni formes agféibksy la rareté des carrières ^ et la difficulté de faire venir les pî«:res de Châtillon , la Seine n'étant pas navigable dans cet intervalle, contraignent les hi^itsM^tft d^ n'employer que la charpente et la pierre de çr^iepon^r leurs constructions ^ ce qui leur donne HA aspect; noir et désagréable. Nous ne paiderons pas de h, l>ouclv)rie de cettje ville, où^ dit-on , les mouches n'entreprit jaiv^is ^ ce phénomène > si toute JMa il existe ne defvant être attribué ni aux miracles , njb au^ prièFevS de saÎQt Loup., maiii a l'obscurité du lieu et a la &aîcbeuiiqiu'y enti^etient un courant d'air bien ménagé. Tr^je^ y que les «ncieois appelaient Augusto^homu^ Treamsk^ Cmtan 7W(}a5^i)ionim>étaitau temps de Jules-César la capitale des Tricasses. Ce peuple, dans la division des Gaules par les, Romains, fit partie de la.CeltiqnQ> puis de la deuxième^ et enfin de la cin-

quième Lytnnaise. Sous la domination des Francs, il foruka la province de Champagne qui prit son nom des Taâes plaines qu'elle renferme.

II. est facile de faire sortir de Tancienne dénomination de Trecassis et Trecœ le nom moderne de la ville deTroyeSy que quelques étyinologistes hasardeux ont prétendu faire venir d'une colonie de Troyens , et que quelques autres plus sensés ^ mais aussi peu véridiques, rapportent au nombre des chattmux qu^elle possédait autrefois. Le principal des trois était celui des comtes ; le second s'élevait derrière le couveat des Gordeliers \ le troisième ruiné par un incendie en A 534 , était situé entre Saint Nicolas et la pone du Beflroy, aujourd'hui porte de Paris. C'est dans ce dernier, que l'empereur Louis-Ie-Bègue traita le pape Jean VIII , après en avoir reçu la couronne impériale au concile assemblé dans la cathédrale. Ces châteaux étaient unis entre eux par une cha)ne de remparts munis de bastions et de forts très-ràpprochés. On? donnait à ces fortifications une origine antique, comme l'attestent les noms de Tours de Paris, d'Hector, d'Andromaque, et de porte de Jules -César, qu'elles reçurent sous François I*', lorsqu'elles furent réparées et augmentées pour repousser l'invasion imminente de Charles-Quiat.

Ces dénominations^, tout à fait dans le goût de la Renaissance^ indiquent assez, que les beaux esprits contemporains aimaient a jouer sur la prétendue parenté de la capitale de Champagne et de la capitale de Phrygie. Cette manière de comprendre et d'expliquer l'origine des peuples était d'ailleurs tout a fait dans le goût d'une nation qui aimait a faire remonter la sienne k Francus ou Francion , fils d'Hector.

Dès le cinquième siècle cette ville joua un grand rôle dans nos annales. En 451, Attila s'approcha d^elle en revenant de ravager la Bourgogne. Saint Loup, son évêque, pour détourner le torrent dévastateur, alla au devant de lui k la tête de son clergé. A son arrivée au camp , le cheval de l'un des généraux barbares fut effrayé par les rayons du soleil que réfléchissaient ses habits pontificaux et les ornements sacrés qu'on portaiten grande pompe. Il se cabra et se renversa sur son cavalier qui fut écrasé. Attila furieux allait ordonner la mort des malheureux députés^ mais saisi de respect k leur vue, il promit k l'évêque d'épargner sa. capitale. En effet, après avoir visité la ville en ami, il descendit les bords du fleuve jusqu'k Méry et Pont-sur-Seine. Plus inflexibles que le roi des Huns , les Normands prirent et ravagèrent Troyes au neuvième siècle. Eil1328,

Thibaut de Champagne y soutint un siège contre les seigneurs qui voulaient enlever la régence a Blanche de Castille , dont il était le courtois chevalier. Saint Louis vint le secourir , et fit ses premières armes sous les murs de cette ville. En i 4-1 S le duc de Bourgogne s'en empara ; Charles VU assisté de Jeanne d'Arc la reprit treize ans plus tard.

Isabeau de Bavière transféra le parlement dans cette ville en i 420 , et y célébra le mariage de sa fille Catherine avec Henri, roi d'Angleterre, après avoir conclu ce traité honteux qui livrait le royaume de France aux Anglais, nos plus mortels ennemis. Charles VIII y fit une entrée solennelle a son départ pour la conquête de l'Italie; et sous Charles IX, la saint Barthélémy y laissa des traces sanglantes; enfin, de nos jours, Napoléon y transporta trois fois son quartier général, et en fit le centre de ses opérations pour repousser l'invasion étrangère. Il est a remarquer que dans la longue galerie des illustres guerriers qui ont paru sous les murs de Troyes, Attila et Napoléon occupent les deux extrémités.

Il y a deux faits bien curieux sur Troyes , et leur étrangeté est d'autant plus remarquable que cette ville cist bâtie au milieu des eaux. L'un, c'est qu'elle n'a

-^ so -

pas une seule fontaine, les habitants préférant pour boisson Teau de puits a celle de la Seijve , qui leur serait sans doute bien plus salutaire , et leur épargnerait les nombreuses fièvres auxquelles ils sont sujets. L'autre, c'est qu'il n'existe pas en France une cité qui ait été plus souvent incendiée. Réduite en cendres en i i 88, elle Ta été une seconde fois en i 524-. Le clocher de la cathédrale a reçu huit fois la foudre , et chaque année la ville éprouve des désastres plus ou moins considérables causés par le feu. Mais, nous devons le dire a la louange de ses habitants , le nombre des pompiers y est immense et leur zèle admirable.

La Seine portait autrefois bateau à la hauteur de Troyes ; mais eUe ne le peut plus depuis les nombreuses saignées qu'on lui a faites pour arroser la ville, et mettre en mouvement une foule d'usines. On a entrepris de creuser un canal pour suppléer a la navigation depuis Marcilly , mais les travaux sont encore peu avancés et il est a craindre qu'on ne lesabandonne. Leur achèvement serait d'un grand avantage pour le commerce et la richesse de la Basse-Champagne , et la contrée prendrait un aspect animé qui n'attristerait plus le voyageur, comme le trajet de Troyes à Méry par la vallée de la Seike. Tantôt un petit port animerait le paysage par son agitation et son mouvement,

tantdt une barque de pécheurs ou une gentille nao^tle chargée de promeneurs viendrait égayer le regard ^ las de se fixer sur des prairies monotones et des iles marécageuses.

Tous les nombreux canaux de dérivation , qui traversent la ville de Troyes , se réunissent après avoir passé auprès de la porte du faubourg Saint Jacques, appelée aussi quelquefois porte de Jules César ^ mais ils ne tardent pas à se diviser en une foule de ramifications nouvelles y auxquelles vient se rattacher le bras du fleuve que nous avions laissé s'éloigner de laville, et qui s'est enrichi dans sa marche aventureuse des eaux de la petite rivière de la Barse qui prend sa source sous le château même de Vendeuvres. Les principaux de ces bras de la Seivê prennent des noms particuliers. Dans Troyes , il y a le grand et le petit ru, nom générique des ruisseaux qu'on trouve fréquemment employés dans la Champagne et la Brie. Sur la rive droite du fleuve au-dessous de la ville , la Melda se détache pour arroser Sainte-Maure, Saint-Benoît et Villecerf, prend à Chaucbigny le nom de Noue^ies-Rondes , et s'écarte du lit principal du fleuve de plus d'une demilieue.

Cette multitude de courants d'eau, dirigés dans tous les sens et formant un long archipel , baigne une

grande quantité de villages , tels que Lavaux, Barberey, Saint -Lié, Savières et Billy; mais le plus important de tous compte k peine quelques centaines de cbaumières, d'un aspect, non- seulement chétif et pauvre, mais aussi sale et rebutant. Privés de la ressource que l'abondance des bois de charpente offrait au midi du département de l'Aube , les paysans construisent leurs habitations avec des carreaux de terre faits k l'avance et durcis a l'air, et ils les asseyent sur une maçonnerie de blocailles ou même de craie , a laquelle ils ne donnent guère qu'un pied de hauteur au-dessus du sol naturel.

Dans cet état , ces cabanes pourraient facilement être enlevées de leurs bases , et transportées d'un endroit a un autre ; ce qui avait fait proposer il y a quelques années, par un mauvais plaisant , de fonner une compagnie pour l'établissement d'un magasin ou entrepôt de maisons a Troyes^ où chacun aurait pu aller choisir un logement a son goût et a sa convenance, et l'expédier a domicile. Il est sûr que les gens du pays auraient été souvent obligés de renouveler leurs achats ; car malgré toutes les précautions qu'on prend d'ordinaire pour éviter les atteintes de la rivière , et pour placer dans les fondations la pierre de craie la plus dure et la plus solide, les pluies et

les inondations ont bientôt miné les constructions les mieux affermies en apparence, et celles qui parviennent a un siècle de durée , obtiennent dans le pays les honneurs d'une antiquité vénérable.

A la gauche de la Seii^e , entre elle et la route de Paris, qui suit la vallée et la dominé du haut de la plaine , coulent une foule de petits ruisseaux , et se trouvent les étangs de Barberey , de Saint-Lié et de Mégrigny. C'est au-dessous dece dernier que lefleuve, rassemblant toutes ses forces, se creuse un lit plus large et plus profond, et entre dans Méry, où, par ordonnance royale, il devient navigable; malheureusement les bateaux considérables ne peuvent remonter le fleuve jusqu'à Méry que pendant la saison des hautes eaux.

Cette ville, chef-lieu de canton, présente un aspect charmant; son petit port est plein de mouvement; car c'est le premier qui soit ouvert sur la Seine a la Qavigation, et Ton y embarque les produits que Ton

apporte de tous les points du département de l'Aube. L'intérieur delà ville offre un pâté de maisons , sinon mieux bâties, du moins plus neuves et plus propres que celles de Troyes. Elle doit ce fqible avantage au funeste désastre qu'elle éprouva dans le courant de février 1814. Blucher , a la tête des Prussiens , fut battu

par l'armée impériale dans la plaine de Méry. Irrité de sa défaite ; il voulut en faire disparaître les traces , et mit le feu à la ville, quil n'abandonna pa& avant de s'être assuré que les flammes n'y avaient pas épar*^ gné une seule maison.

La grande routé de Paris passe aune distance assez grande de Méry y comme elle le fera ensuite pour Romilly et Pont-sur-Seine. Elle aurait sans doute tra* versé ces trois villes , si l'on n'eût consulté que l'intérêt de leurs habitants et la curiosité des voyageurs. Mais les inondations auraient rendu pendant l'hiver cette route impraticable.

Dans les environs de Méry , se remarquent des pér pinières magnifiques , et on y cultive avec succès les abeilles. Le terrain annonce par une amélioration sen* sible que nous approchons du riche et fertile plateau de la Brie. Le bassin du fleuve, déjà très-étendu, s'élargit encore, et se couvre d'épaisses moissons qui servent chaque année a l'approvisionnement de la capitale. La pêche y devient plus abondante, et on y trouve presque tous les poissons d'eau douce , sans en excepter la truite.

Au sortir de Méry , la Seine change de direction et va droit de Test a l'ouest. Elle semble éviter d'entrer dans le département de la Marne , qu'elle côtoie

un instant de sa rive droite. Cependant elle détache de son cours le canal Sauvage, celui des Moulins , et plusieurs autres bras qu'elle envoie au-devant de TAube pour la recevoir. Entraînée parla pente du terrain, FAube vient se jeter dans les bras du fleuve, a Textrémité méridionale du département de la Marne, près de Saron et de Marcilly , comme nous rapprennent les paysans de la contrée dans une de ces phrases rimées qui pourraient bien avoir donné au père Buffier ridée de la géographie technique :

Entre Marcilly et Saron

Le fleave d'Âobe perd «on nom.

Cette rivière dont jusqu'ici le cours avait eu plus de longueur que celui de la Seïite , et qui était navigable depuis plus longtemps, a mérité par son importance de donner son nom au département de TAube. Mais elle se jette d'une manière trop apparente dans la Seine , pour qu'il y ait jamais eu à douter que ce fût elle qui dût perdre ici son nom et son existence.

Tandis que les canaux delà Seine reçoivent l'Aube à Marcilly, le lit principal du fleuve s'appuie toujours sur la gauche, tandis que celui-ci laisse s'échapper de son sein plusieurs bras qui vont les rejoindre.

Au confluent d'une de ces ramifications transversales , s'étend Romilly, bourg considérable de près d'ime lieue de longueur sur la rive gauche. Des fabriques d'aiguilles et de bonneterie font sa richesse et sa principale branche de commerce. On y remarque un château magnifique , environné de belles plantations de peupliers avec un parc traversé de plusieurs canaux ombragés. Il appartient a un riche banquier, comme la plupart des châteaux.

La Seine gagne ensuite Fabbaye de Sellières, où les restes de Voltaire furent déposés en i 778 par les soins d'un M. Mignot, son neveu, qui en était alors abbé. Mais , treize ans plus tard, l'assemblée nationale , jalouse de cette possession , ordonna que le corps de ce grand écrivain fût transporté au Panthéon. Chose étrange ! celui qui n'avait consacré sa vie qu'a saper les fondements du christianisme et qu'à écraser Vinfixme , comme il le disait lui-même, celui-lk devait après sa mort obtenir deux fois un abri pour ses cendres, la première dans le sanctuaire d'une abbaye, la seconde , dans les caveaux du plus magnifique de nos temples.

Enfin , au-delà de Crancey , tous les bras de la Seine se réunissent, et le fleuve offre alors aux regards un aspect plus imposant. Ici, nous le pouvons sans

crainte 9 quittons le marche-pied du fleuve désormais navigable, montons dans cette nacelle qui nous y invite, et laissoos-nous emporter par le courant dans cette jolie embarcation. Devant nous est le bourg de Pont-sur-Seine, dont l'existence remonte a ime haute antiquité. C'est dans son voisinage que Tarmée d'Attila fut taillée en pièces par Âétius. Qiilpéric campa sous ses murs lorsqu'il marcha a la rencontre de Sigebert posté a ArcisHsur-Aube. Louis XIII donna ce bourg a Louise de Guise , veuve de François de Bourbon , prince de Conli; elle le vendit au surintendant Bouthillier de Cbavigny, qui y fit bâtir un superbe château sur les plans de Lemuet. Il était composé de quatre corps de bâtiments a deux étages symétriques, occupés aux angles par des pavillons carrés. Sous Tempire, il appartint à la mère de Bonaparte^ cet honneur a causé sa ruine ^ les alliés ont brûlé et renversé cet édifice. Le bourg lui-même eut beaucoup a souffirir de l'invasion ; mais comme Méry il s'est relevé de ses ruines.

Louis XVni, pour consoler Pont-sur-Seine des malheurs incalculables que lui avait causés le passage des alliés , lui accorda le titre de ville et lui imposa le nom de Pont-le-Roi. C'était perpétuer le souveDirde ses maux, au lieu de les soulager. Aussi, malgi'é la

volonté royale, le bourg garda son ancien surnom dont il était plus fier ^ mais la vanité ne perdit rien à cette démonstration d'indépendance, et Pont-sur-Seine conserva en même temps son nouveau rang parmi les

villes.

Près de la Seine , à Test de PontJe-Roi , sont de grosses pierres brutes, dont quelques-unes ont jusqu'à vingt-quatre pieds de circonférence. On croit qu'elles ont été des autels druidiques , ou des monuments éle^ vés par Attila sur le cbamp de bataille, pour faire des sacrifices. On a aussi trouvé dans les environs quelques tombeaux qu'on dit romains j mais les armures et les médailles qu'ils renfermaient ne nous permettent pas de leur attribuer une origine aussi reculée.

Le fleuve, après avoir passé au village de Mamay, détache sur la droite le canal de Courtavant, qui rend navigable la rivière de Villenoxe ; puis il se partage en deux bras, dont le moindre prendle nom de vieille Seine, se subdivise en plusieurs branches, et va inonder les immenses prairies qui s'étendent au nord de Nogent et de Bray. L'autre continue sa route vers Nogent et reçoit l'Ardusson , petite rivière pleine de souvenirs pour le voyageur sentimental. C'est sur ses bords que vint chercher un asile l'infortuné Abeilard,

qui naquit aux persécutions quand il mourut a 1 amour. Il y construisit une petite chapelle en feuillages, et il l'appela le Paraclet, soit en l'honneur du Saint-Esprit auquel ses ennemis l'accusaient de ne pas croire, soit par allusion au mot grec ParaclesiSy consolation, parce que c'était le premier lieu oii il eût trouvé un asile contre la médbanceté des hommes ; mais la haine et l'envie le poursuivirent jusque dans sa retraite, où sa réputation lui avait attiré une foule de disciples. Forcé de la quitter, il appela Héloïse , qui s'y rendit avec ses compagnes, et y établit la fameuse abbaye du Paraclet. Ainsi les souvenirs de l'amour présidèrent a la fondation d'un asile de piété , et cela dut arriver plus d'ime fois. Après la mort d'Abeilard , Héloïse obtint que le corps de son amant lui fût rapporté de Chatons , et un même tombeau réunit dans la mort les restes de ces époux malheureux que la vie n'avait pu réunir.

Nogent nousojffrira des souvenirs d'un autre genre. Cette petite ville , située sur les confins de la Champagne , appartenait, au neuvième siècle , aux abbés de Saint- Denis; elle passa ensuite dans le domaine royal, dont elle fut distraite en faveur du surintendant Bouthillier de Chavigny , qui la vendit a la famille des

Noailles ses derniers propriétaires. Napoléon se trou* vait à Nogent en i814y quand il apprit que, sans égard aux propositions qui devaient servir de base aux négociations du congrès de Chatillon, les alliés, a Tinsdgation de T Angleterre, exigeaient de la France qu'elle rentrât dans ses anciennes limites de '1792. Irrité de cette prétention , Tempereur reprit les armes , batdt ses adversaires en cinq «idroits et les repoussa de toutes parts; car partout où Tempereur était alors, dans cette dernière lutte de sa fortune contre Finflexible nécessité des événements, la victoire n'osait avoir de caprices , et ne savait qu'obéir aux ordres de sonmaitre. Maisilne pouvait se multiplier, etrennemi, repoussé par un cbemin, s'en ouvrait bientôt un autre.

En quittant Nogent-^sur-SfurB , pour voler au secours d'une autre ligne, Bonaparte avait fait mettre la ville a Tabri d'un coup de main ; toutes les maisons qui donnaient^^sur la campagne avaient été crénelées, et des artifices étaient préparés pour faire sauter les ponts. Le génà:al die Bourmont fut chargé de la défense de cette place «t s'en acquitta honorablement. Il résista trois jours a l'armée du prince de Scbwartzemberg , et n'abandonna la ville qu'a la dernière extrémité , après avoir fait sauter les ponts ,

-Blet lorsqu'une grande partie des maisons criblées par les boulets n'offraient plus qu'un monceau de ruines. Les ponts de Nogent étaient cités pour la beauté de leur construction et la hardiesse de leurs voûtes. On y admirait surtout une arche de trente- trois mètres d'ouverture, construite sur les dessins de Péronnet.

La ville a été totalement restaurée , et il n'y reste plus de traces des ravages de Tennemi. Elle possède des promenades charmantes sur les bords de la Seiite et un petit port plein d'activité. Les deux bras du fleuve sont bordés de plantations , de jardins et de maisons gracieuses , surtout dans File étroite qu'ils embrassent.

La Seine, au sortir de Nogent, conserve le même aspect qu'à son entrée dans cette ville. A sa gauche de petites collines bordent son bassin et le rétrécissent. Ne rencontrant pas d'obstacles a sa droite , elle continue à se répandre dans la plaine basse et aqueuse qui s'étend jusqu'à Bray . Ces terres d'alluvion qui ont plusieurs lieues de largeur produisent de trèsbons fourrages dont on expédie l'excédant par la Seine pour approvisionner la capitale.

La grande route de Dijon a Paris a quitté dans Nogent les bords du fleuve pour aller traverser Provins et tout le plateau de la Brie. Mais elle a laissé

à son départ le route royale de Mézières à Orléans y c[ui continue a suivre la rive gauche de la Seine jusqu'a Montereau et qui sert de lisière a la chaîne de collines dont toute la vallée est bordée sans interruption.

Après avoir arrosé La Motte -Tilly et Courceroy, le fleuve quitte a Villiers la Champagne et FAube pour entrer dans la Brie et le département de Seineet-Marite. La petite rivière de Lorrin sert de limites a ces divisions géographiques et se jette dans la Seine par une double embouchure dont le deuxième bras arrose Textrémité de Villiers. A la hauteur de Noyen, File immense qu'elle forme est ombragée par quelques bois situés au milieu des prairies et sujets , comme toute la plaine, aux inondations du fleuve. Il a y quelques jours a peine que la vallée, large de plus de trois lieues, offrait Faspect d'un grand lac dont la surface était dominée par la cime des arbres plongés dans le courant de toute la hauteur de leurs tiges et qui venaient y baigner la pointe de leurs rameaux.

La Seine arrose ensuite le village de Jaulnes, dont le nom indique peut-être la couleur de son territoire. Là, disent quelques historiens , se livra une bataille entre Charles -le -Chauve et Louis-le-Germanique , d'un côté y et Lothaire, leur frère aîné. Cette bataille fut bientôt suivie de celle de Fontenay, qui termina

la querelle. Le carnage fut horrible dans ces deux journées; on estime qu'il n'y périt pas moins de cent mille hommes. La noblesse de Champagne surtout y fit des pertes immenses et fut presque entièrement détruite. Aussi depuis cette époque fut-il établi dans la coutume de cette province que le ventre anobUssait y anomalie singulière dans les lois , mais qui a ici quelque chose de glorieux et de touchant. La noblesse champenoise n'avait pas suffi aux batailles.

Au-dessous de Jaulnes la Seiiïe entre a Bray ; c'est la première ville qu'elle rencontre depuis qu'eUe a quitté la Champagne. La Brie dont la Seiive traverse la partie méridionale , faisait partie, du temps des Romains , de la Quatrième Lj'onnaise. C'était un pays couvert de forêts qui fournissaient beaucoup de bois k la construction des navires. Il s'étendait du confluent de la Seute et de la Marne jusqu'au duché de Bourgogne. La plupart des étymologistes ont reconnu avec Du Cange que le nom des pays de Bray et de Brie venait du bas-latin Bniïa ou Braïum , qui désigne ce limon fertile que les eaux abondantes déposent sur leur passage^ et il n'y a aucune probabilité a l'opinion qui le fait dériver du français abri par allusion aux forêts dont il était couvert, et par opposition au nom de Champagne, dont le nom signifiait une terre basse

et découverte. Quoiqu'il en soit, cette seconde étymologie ne pourrait nullement s'appliquer à la ville de Bray^ qui portait le même nom latin que Brie-Comte- Robert ^ et qui est située au pied d'une petite colline de tout temps dénuée d'ombrages.

Cette ville, dont l'origine remonte au temps des Romains , faisait partie du domaine des comtes de Champagne et dépendait de la Brie champenoise. Thibault, quatrième comte de ce nom, la céda au roi saint Louis et elle resta la propriété de ses successeurs jusqu'en 1404, où le roi de Navarre l'acheta de Charles VI. Elle passa ensuite par achat au comte de Dunois, de la, par mariage, a la maison de Nemours, qui la vendit au président de Mesme, enfin, également par alliance, a la famille de Mortemart.

La Seiive, après avoir quitté Bray, passe a Mouy , où elle rappelle a elle toutes les ramifications qu'elle avait laissées se répandre sur sa droite au-dessus de Nogent. Au même confluent arrive la Voulzie, petite rivière qui fait mouvoir une grande quantité d'usines, tant à Pi*ovins que dans les environs de cette ville. La vallée, devenue moins marécageuse , perd ici une partie, de sa largeur. Après avoir reçu, entre la Tombe et MaroUes, la petite rivière de la Fieille-Seiney le fleuv» coule dans un lit bordé de hauteurs a sa droite ;

mais la plaine regagne sur l'autre rive ce qu'eUe perd sur celle-ci.

Nous entrons dans Montereau où l'Yonne se jette dans la Sei^ïe^ comme l'indique le surnom de Faut- Yonne que porte cette ville. {Faut est la troisième personne du singulier , au présent de l'indicatif du verbe faillir.) En effet, l'Yonne manque ou finit ici. Quant au nom de Montereau, il vient de MonasterioluMy petit monastère. La double dénomination de cette ville signifie donc petit monastère k l'embouchure de l'Yonne. Cette rivière descendue de la partie orientale du département de la Nièvre, flottable en train depuis Clamecy , navigable depuis Auxerre , arrose Joîgny et Sens et entre à Villeneuve-la-Guiard, dans le département de SsmE-ET-MARiiE , où elle n'a pas cinq lieues de cours.

Les environs de Montereau offrent un beau pays de chasse \ aussi nos rois delà première race y venaient très-souvent , et y avaient une maison de plaisance.

Moret et Fontainebleau lui ont ravi depuis longtemps cet honneur, mais ils n'ont pas pu le dépouiller d'un autre genre de célébrité. Sur le pont que nous allons franchir , le pavé plusieurs fois ensanglanté , rappelle de grands souvenirs \ c'est la qu'eut lieu la conférence tragique du dauphin Charles (VII) et de

Jean-sans-Peur , duc de Bourgogne. Dans la crainte de quelque embûche, celui-ci hésita longtemps b quitter Bray et a s'avancer jusqu'à Montereau. Les conseils de madame de Giac^ sa maîtresse, et les pressantes sollicitations du dauphin triomphèrent de ses craintes. Il se rendit à Fentrevue, et l'assassin du duc d'Orléans fut lui-même traîtreusement massacré par Tanneguy Duchàtel, qui lui chercha querelle , a l'instigation de Charles, et lui fendit le crâne d'un coup de hache. Pendant longtemps l'épée de ce prince malheureux et coupable fut suspendue dans l'église de Montereau. Elle disparut a la révolution et a été depuis remplacée par un simulacre en bois. Ses restes furent portés à la Chartreuse deDijon, et sa tête offrait encore au siècle dernier des traces de sa blessure. François I^ en la voyant fit, dit-on, la remarque que le trou lui semblait biengrand.Cesty répondit un moine, le trou par lequel les jonglais sont entras en France. En effet cet événement tragique ranima les fureurs de la guerre civile et de l'invasion étrangère.

Ce pont fut depuis réhabilité par Napoléon, qui s'y couvrit de gloire en foudroyant les ennemis de notre pays et en rougissant l'Yonne et la Seike d'un sang loyalement répandu. Victorieux a Mormant et Nangis, l'empereur ^ poursuivant ses succès , attaqua près de

Montereau le prince de Wurtemberg, qui, après avoir pris Moret, venait de réunir ses forces dans la plaine située au confluent de TYonne ; les vainqueurs de Moret reculèrent, les alliés étonnés demandèrent la paix; mais Napoléon, entraîné par son mauvais destin, rejeta leurs propositions.

Bien que la Seiite fftt déjà navigable depuis Méry , qu^elle eût reçu ensuite l'Aube et la Voulzie, elle est encore si peu considérable qu'on ne l'appelle que petite Seiive, et que la navigation y est souvent interrompue dans les temps de sécheresse. Elle n'acquiert vraiment Timportance d'un fleuve que par sa jonction avec l'Yonne. Alors sa rive droite continue à être bordée de collines qui dérobent à la vue les plaines fertiles et couvertes de riches moissons que renferme la Brie. Mais sa rive gauche offre un aspect tout différmt ; c'est un sol aride couvert déroches et de bruyères qui semblent justifier le nom de Gatine (de vastOy ravager) que portait jadis cette contrée. Cependant le travail et l'industrie de l'homme ont su vaincre la froide stérilité du terrain , et des coteaux qui recommencent a border la Seine depuis Yarennes et la Grande-Paroisse et qui semblent destinés par la nature a ne produire que des ronces et des plantes sauvages, s'élèvent des treilles admirables dont les fruits déli*

cieux sont romement des tables les plus somptueuses.

Trois lieues au-dessous du confluent de l'Yonne , la Seiite reçoit le Loing , petite rivière qui vient de Saint-Sauveur, département de l'Yonne , et dont le cours a trente lieues. Sa principale importance est d'alimenter le canal de Loing qui joint la Seine a la Loire. Il fut creusé sous Henri IV, qui en conçut luimême le projet. Ce canal commence a la hauteur de Buges au-dessous de Montargis , et se forme de la réunion des canaux de Briare et d'Orléans qui viennent de deux points différents de la Loire. Il suit le cours de la rivière du Loing , qui tantôt court a sa droite et tantôt a sa gauche, et avec laquelle il se confond plusieurs fois. Entré dans le département de Seiwe-et-Marwe, ils passent tous deux k Nemours et a Moret, et se jettent ensemble dans la Seine, vis-àvis Saint-Mammès.

Non loin de leur confluent se voient encore des fondations appelées le vieux Moret , sur les limites anciennes du Gatinais et du Hurepoix. Ces ruines a peine apparentes datent de plus de douze siècles. Etait-ce la que se trouvait jadis la ville, boiu*g ou hameau de Luto-fao ou Leucofao , qui , effacé de la carte et presque du souvenir , a été confondu avec

Dormelles-6ur-Orvane, où Théodoric, roi de Bourgogne , et Théodeberg, roi d'Austrasie, livrèrent la bataille k Clotaire ^ Roi de Paris.

La Seiite , grossie par le Loing y poursuit sa route dans une étroite vallée dont les coteaux sont couronnés de bois. A gauche est la forêt de Fontainebleau , a droite celles de Valence et de Champagne ^ antiques restes de ces forêts primitives dont furent jadis couvertes les Gaules et principalement la Brie et le Gatinais. Sur la lisière de ces forêts, les villages de Champagne , de Thomery (aux belles treilles) et de Samorcau dominent le bassin du fleuve. Vis-a-vis le dernier des trois la rive s'élargit sur la gauche et une étroite vallée qui s'en échappe va s'égarer au centre de la forêt , puis se. développe et s'étend jusqu'à Fontainebleau, qu'on aperçoit dans le fond entre deux coteaux chargés de vignes.

La Seine se resserre bientôt entre deux horizons plus bornés et passe sous le pont de, Valvin. Ce pont est dû presque entièrement a la munificence de Louis XVIII, qui fournit tous les bois nécessaires à sa construction. Il remplace un ancien pont dont on voit les ruines un peu plus bas sous Samois et Héricy. Ces deux villages placés a miroute de Moret a Melun sur l'une et l'autre rive,

devaient à Tavantage de leur position^ avant la fondation de Fontainebleau, une importance qu'ils ont perdue. Le nom de Samois que Ton a donné à la plus ancienne porte de Moret supposerait même a ce village une assez haute antiquité. Quand Louis-le- Jeune fit bâtir la chapelle de Saint-Saturnin , qui fut Torigine de Fontainebleau^ il accorda à son chapelain, par une chartre de 1 i 69 , six muids de vin , mesure de Samois y à prendre dans son clos d'Héricy. Si le vinj^ defauby y est-il dit, il y sera suppléé par celui de Samois, ce qui prouve l'ancienne renommée de ces vignobles. C'est auprès de Samois que se noyèrent en se baignant les deux comtes de Sancerre, frères jumeaux de la race royale ; un même jour les avait vus naître, un même jour les vit mourir, une même tombe les réunit dans Téglise de l'abbaye de Barbeaux.

Quant au village d'Hérîcy , il fut une petite ville entourée de murs dont on voit encore quelques vestiges. Ce village communiquait avec Samois par un beau pont de pierre dont les restes viennent de nous occuper un instant. On attribue sa construction aux Romains et sa ruine à Louis XI , qui le fit détruire pour se mettre a Tabri des Bourguignons, avec lesquels il était en guerre. L'ancien château d'Héricy

appartenait à la famille d'Henriette d'Entragues, marquise de Yerneuil y qui possédait près de la le château de Graville. On voit encore dans ce dernier un tour de lit et quelques meubles du temps.

Sur la rive droite de la Seine , a Fangle de deux coteaux dont Tun borde le fleuve et Tautre un petit ruisseau qui vient s^y jeter, s'élevait autrefois la fameuse abbaye de Barbeau, fondée par Louis VU, a Seine-Port, au-dessous de Melun, puis transférée en ce lieu sur les limites du territoire d'Héricy et de Fontaine-le-Port. On ignore le véritable motif de la fondation de cette abbaye^ qui fut construite avec une magnificence vraiment royale. Quelques-uns affirment que Louis VII Tentreprit en mémoire d'un barbeau qu'il pécha en cet endroit et qui avait une pierre précieuse dans les intestins. D'autres prétendent que ce fut sur les instances d'Alix de Champagne, sa seconde femme , que ce prince fit bâtir Barbeau pour remer- >cier Dieu de lui avoir donné son fils, qui depuis fut Philippe-Auguste. Mais c'est une erreur, puisque ce prince naquit en 1165, c'est-à-dire vingt ans après la fondation de l'abbaye. L'église de Barbeau renfermait le tombeau de Louis Vil , qui avait demandé à y être enterré. Charles IX eut la curiosité de faire ouvrir la tombe, et on trouva le corps assez bien

conservé. Le cardinal de Fustemberg fit restaurer ce tombeau avec le plus grand soin. L'abbé deRastignac, dernier titulaire de cette abbaye , qui renfermait encore d'autres monuments remarquables, l'avait fait reconstruire entièrement. Tout est nivelé maintenant. L'église a été démolie et les bâtimentsdu cloitre furent, sous le régime impérial, donnés à laLégion-d'Honneur pour en faire une maison d'éducation des orphelines de Tordre. Us sont devenus la propriété d'un simple particulier.

Au nord de Barbeau commence une forêt qui couronne la colline et s'étend jusqu'à Fontaine-le-Port , village dont la situation est, comme celle de l'abbaye, à l'embouchure d'un petit ruisseau.

Le fleuve change ici de direction, tourne à l'ouest, passe au hameau de Massoury sur la lisière du Buisson de ce nom, et va baigner Chartrettes. On prétend, sur la foi d'une consonnance fort peu étymologique , que ce nom qui signifie réellement petit château , s'est formé de celui de chère retraite^ et en effet, rien n'est si agi'éable que ce village. De la position élevée qu'il occupe sur la rive droite de la Seine, on jouit d'une vue délicieuse, qu'embellissent encore les nombreuses sinuosités du fleuve qui borde la partie septentrionale de la forêt de Fontainebleau. On remarque à Char-

trettes le château du Pré, l'une des nombreuses rési-

dences <fe Gabrielle d'Estrées.

. Pitis loin, SUT la méoAe bâmenr, apparaît le village de liivry, dont le château a été quelque temps la propriété de la famille de la Ferrouays. A l'opposîte de Livry, la Seine longe de sa rive gauche la longue terrasse d'un château ; c'est celui de la Rochette, village qui doit son nom a Taridité du terrain. Le sol n'était couvert , en effet , que de bruyères stériles quand M. Moreau, eni 760, entreprit de les défricher. Il employa a ce travail les enfants des Hospices que le gouvernement lui confia. Des bois superbes eurent bientôt remplacé les landes infructueuses. La Rochette est actuellement le rendez-vous des promeneurs de Melun.

Enfin , en arrivant à cette ville, sur les collines qui dominent la rive droite de la Seiite, s'élève le chat" teau de Pény , autrefois fief dominant du village de Vaux , qui en a pris son surnom. Ce domaine fut longtemps possédé par une famille de ce nom qui s'éteignit vers le milieu du 45® siède, dans la personne de Pîeire ou Perrinet de Pény. La seigneurie passa

alors par mariage dans la maison de Guerchy et fut acquise en ^558 par Tristan, marquis de Rostaing,

gouverneur de . Mdun. Ce seigneur affectionnaît

beaucoup sa terre -de Yaux-le-Pény , qu'A augmenta considérablement. Le dernier màle de sa race ayant été tué dans le fameux duel du duc de Nemours contre le duc de Beaufort j la terre échut à madame de Lavardin y qu'illustra Famitié de madame de Se- \igné. En 1728 cette terre fut achetée par M. Fréteauy secrétaire de la Grande-Chancellerie, dont le fils fit démolir l'ancien château, et bâtit en >I766 celui qui se voit actuellement. C'est en ce lieu que M. Fréteau de Saint-Just , conseiller au Parlement de Paris, fut exilé au sortir de la citadelle de Doulens où il avait été enfermé. C'est Ta qu'il se retira après la dissolution de l'assemblée constituante où il avait été député par la noblesse de Melun et de Moret, et où il occupa deux fois le fauteuil de la présidence \ c'est de la enfin qu'il fut entraîné dans les prisons delà terreur, d'où il ne sortit que pour périr sur l'échafaud.

Le château de Pény est maintenant possédé par M. Fréteau, baron de Pény, pair de France, conseiller a la Cour de Cassation. Situé au milieu d'un vaste parc que son propriétaire actuel s'est plu a embellir d'après les dessins des meilleurs paysagistes , ce château domine tout le pays. Des fenêtres du salon on jouit d'une des plus belles vues cpe puisse of-

frir le cours de la Sëike. On voit ce fleuve sortir, a gauche , des profondeurs de la forêt de Fontainebleau, traverser des prairies charmantes encadrées par des hauteurs couronnées de bois et de vignobles et ornées de riantes habitations. En face , ses rives abaissées découvrent une vaste plaine semée, aussi loin que la vue peut s'étendre, de villages et de maisons de campagne. A droite , la Sei:we s'enfonce sous les arches du double pont de Melun et reparait encore au-delà de la ville en fuyant vers Paris.

En entrant dans Melun, laSEiirE se partage en deux bras, et divise cette ville comme Paris en trois parties, la Cité, le quartier Saint- Ambroise et le quartier Saint-Aspais. De la les folles prétentions de quelques personnes qui soutiennent que la capitale a été construite sur ce modèle, et le proverbe non moins ridicule, après Melun , Paris , qui voudrait en faire la première de nos cités. Son origine remonte, il est vrai, k une haute antiquité ; César, qui Tappelle Mehdunum au 7« livre de ses Mémoires , en fit pendant quelque temps le centre de ses opérations militaires. De ce nom latin est venu celui qu'elle porte actuellement* On ne sait rien de précis sur ses commencements , car il serait absurde de dire qu'une reine d'Egypte, nommée lo, se soit arrêtée , en parcourant le monde, dans-

nie que forme la Seuke en cet endroit , pour y jeter les fondeiB«enUd^ua« ville qiû porta d'abord le nomd'Isis, sous lequeji la reine égyptienne, avait. été déifiée. Comme on supposait q[ue cette divinité avait été l'objet d'un cultespécial des premiers habitants de Melun, on chercha s'il n'existait pas de vestiges de <juelques édifices consacrés a cet usage» On crut les avoir trouvés dans les restes d'un bâtiment que Ton voit pcèsde Notre-Dame. Mais ces ruines ne datent que du ^0® siècle.

Melun était jadis une ville forte que protégeait un château construit dans la partie septentrionale de l'ile. Ce château fut souvent habité par nos rois et vit s'accomplir dans ses murs plusieurs événements importants de notre histoire. Ce fut là que la trop fameuse Isabelle de Bavière vint se réfugier lorsque l'approche des Armagnacs la força de fuir Paris» Cette forteresse^ malgré l'importance dont elleajoui long-;temp$^ apartagé le sort de tant de monuments du pouvoir féodal. Charles IX est le dernier souverain qui l'ait habitée. Depuis ce prince on négligea de l'entretenir. Lorsque Louis XIY séjourna a Melun, l'ancien château royal fut jugé entièrement inhabitable^ et le grand roi sévit forcé déloger dans un^ maison de Fouquet, alors vicomte de Melun. Les dernières ruines de cet édi-

fice yiennent de disparaître, et il n'en reste que le bas d'une tour qui sert actaellemeut au bureau de radmÎBÛtraliou des coches. Bizarre changement de fonuine 1

La ville de Meluna soutenu plusieurs sièges. L'on peut citer entre autres celui de i Ai 9 y que le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne, traînant à leur suite l'infortuné Charles VI y entreprirent dans leur guerre contre le Daiçhin. La vilie, défendue par Barbaaanet une faible garnison, résista six mois aux attaques de rarmée ennemie. Les combats corps a corps que se livrèrent les chevaliers anglais et français dans les mines creusées sous le faubourg de Bièvre donnent, a ce siège un intérêt tout particulier, comme on peut s'en convamcre en parcourant les mémoires de Juvénal des Ursins. Du temps de la ligue^ Melun, resté fidèle au roi, eut a se défendre coBtre quelques attaques des ligueurs; Enfin, en i 81 4, la ville entendit gronder a ses portes le canon des allies.

La population de Melun s'accroît avec rapidité; elle a doublé depuis un demi-siècle. Grâce aux bienfaits d'une administration active et éclairée , des

rues larges^ des places assez- vastfis^ des quais ma- : «^ jî

gnifique» ont remplacé des rues étroites et petites,

que naguère encombraient d'ignobles maisons. Les deux grandes routes de Genève et d'Italie se croisent en cette ville ^ la vivifient et facilitent son commerce qui a beaucoup d'activité. Melun possède deux ponts sur la Seine, une belle préfecture, ancienne abbaye de bénédictins dont l'abbé de Galonné, frère du célèbre ministre, fut le dernier titulaire; un hôtel-de-viUe, une bibliothèque assez riche, un tribunal, ancien couvent de carmes; une salle de spectacle^ un hospice , une maison de détention pouvant contenir 1200 prisonniers, une fabrique de sucre de betteraves, un quartier de cavalerie, enfin deux -> églises, Notre-Dame et Saint- Aspais. La dernière con-

serve de très-beaux vitraux, et des scidptures dont le goût et la légèreté méritent d'être remarqués. Entre la ville et le faubourg Saint-Liesne , coule TAlmont, qui vient de Nangis et tombe dans la Seine au coin du Parc de Pény. Gette petite rivière arrive a Melun, enrichie des eaux des canaux et cascades du fameux château de Vaux, créé par Fouquet, et chanté par La Fontaine dans l'élégie adressée aux Nymphes de Vaux.

Un ancien proverbe fait froncer les sourcils des habitants de Melun, lorsqu'on leur demande a manger des anguilles. De toutes les versions sur l'origine de

ce proverbe , on est convenu cette fois d'adopter la plus raisonnable. Un habitant de Melun, nommé Languille , fut chargé de jouer le rôle de Saint-Barthélemi, dans la représentation d'un mystère. Le pauvre honmie, a la vue du couteau et des pinces dont on devait se servir pour imiter le supplice du saint, crut que la fiction devenait la réalité , et se mit a pousser de grands cris. De la^ le dicton vulgaire : // est comme LanguUle de Melun qui crie aidant qiion Vécorche, (

A la sortie de Melun , la Seine baigne le hameau des Fourneaux, contigu à la ville, et qui possède plusieurs maisons de campagne fort agréables, et une belle manufacture de faïence. Il dépend du Mée, village situé comme lui sur la rive droite du fleuve, mais un peu au-dessous. Le Mée, autrefois le Mas y signifie métairie. La terrasse du parc et celles des autres jardins qui dominent la Seine, offrent l'aspect le plus séduisant.

A gauche , a quelque distance de la rivière et appuyés sur les bois , on aperçoit les deux charmants villages de Dammerie-les-Lys et de Farcy , qu'embellissent une foule de charmantes habitations. Le premier de ces villages doit son nom a l'abbaye du Lys, fondée par la reine Blanche, dont le cœur y fut dé-

; posé. Cette abbaye^ aùlaréfonne futplusieurs fois obli-

gée de venir mettre un frein aux dérègleuesits des rdi- '^ gieuses y subsista jusqu'à la fin du siècle dernier où la

révolution la détruisit. C^efitmaintieDamtune^charmaiite

maison de campagne, dont le parc est «mbelli par les

^ ruines de Tancienne église. Soa propriétaire y M. le

marquis de la Tour-Mauboui^, aaïcien gouverneur des Invalides, dont le nom rappelle une gloire et des vertus dignes des temps chevaleresques , s'y repose de ses travaux guerriers en s'y livrant a la culture des fleurs. Ses jardins et ses serres, soignés d'après la méthode des Hollandais , excitent l'admiration de ceux qui les connaissent.

* Entre le Lys et le flemire on remarque Belle-

Ombre , dans une situation des plus agréables. A l'opposite est le village de Boissette, oontraction diminutive de Boississe; aussi n'était-ce autrefois qu'un hameau dépendant de Boississe^la-Bertrand, situé à l'ouest sur le même coteau. Le voisinage de plusieurs bois justifie Tétymologie de ces deux noms, qui signifient un établissanent sis dans un lieu planté d'arbres. Boississe-la-Bertrand est un des plus gracieux villages du département, tant par sa position sur la Ssimp que par le nombre des jolies maisons qu'il renferme, et qui, disposées en amphithéâtre,

jouissent toutes d'une belle vue. Sur la rive opposée apparaissent les deux charmantes habitations des Vives-Eaux et de Vauves. La première des deux fut créée par l'architecte Gondoin^ qui bâtit la colonne de la place Vendôme et TÉcole de Médecine.

Un peu au-dessous de Vauves, vis-à-vis du hameau de Larré qui dépend de la commune de Boississe-la-Bertrand, s'élève Boississe-le-Roy. Sa situation sur le penchant de la colline qui commande la Seine, ses sources d'eaux vives qui arrosent plusieurs propriétés, la bonté du terroir pour la culture de la vigne, en font un endroit agréable et intéressant. Un peu audessous de Beaulieu, hameau dépendant encore de Boississe-la-Bërtrand, les yeux s'arrêtent sur le château et le parc de SsiirE-Assise ( par corruption Saint- Assise). Cette superbe habitation fut possédée par le duc d'Orléans , grand-père du roi. H y passa les dernières années de sa vie avec madame de Montesson. Depuis, Saint- Assise changea plusieurs fois de maître qui tous y firent des travaux considérables. C'est maintenant la propriété du prince Ch. de Beauveau, qui en fait sa résidence habituelle, et l'entretient avec un soin et un bon goût remarquables. Saint- Assise dépend de la commime de Saint-Port, où nous allons bientôt arriver avec le fleuve. Sur la rive gau-

che, yis-k-Tis le château^ estrembouchuce de TÉcoUe. Cette petite riyière y avaitt de se jeter dans le fleuve , fait mouvoir de nombreux moulins. Bientôt, et toujours sur la même rive, on découvre le hameau de Tilly , et tout près Maisou/*Rougey où se voient encore les ruines des anciens bains de la belle Gabnelle. Ce qui en reste suffit pour donner une idée de cette délicieuse résidence. En avant est une terrasse fort étendue que soutiennent des éperons dignes d'être vus. Tilly , Maison-Rouge et Sitanguette que Ton aperçoit auprès , dépendent du village de Saint-Fargeau, où nous arrivons et dont nous apercevions le clocher depuis long-temps. Vis-a-vis est Saint-Port ou plutôt SEiHB-Port (port sur la Sbiwe), qu'embellissent une foule de charmantes maisons de campagne. Quelques-unes voient leur jardin se prolonger jusqu'aux bords du fleuve et même s'étendre dans les îles qui ornent cette rive. Au-dessus de Saint-Port s'élevait autrefois le fameux pavillon Bouret, bâti par le fermier-général de ce nom pour y recevoir Louis XV. Cette magnifique habitation appartint depuis au duc de Bassano et a MM. Moreau de Paris, qui l'ont Dût détruire. Il n'en reste que deux cavaliers situés en avant de la forêt de RougeauXy et d'où Ton jouit d'une vue admirable.

Un peu aurdessousc de Saiiit4^oit et vîs-aWIs la ferme )

de Villiers, est Grok-Fomaine, jolie habitation, la dernière, du département de Seine-et-Marne. Bientôt, en effets nous entrons dans Seine-et-Oise. Le premier village que nous y rencontrons est celui du Coudray , dont. le château, situé au milieu d'un vaste parc, fut possédé quelque temps par le maréchal Jourdan. Plus bas est le Plessy-Chenet que traverse la route de Fontainebleau. Sur la rive droite se déploient la ferme de Saint-Guiidar et le village de Morsang-sur-Seine, en face duquel est la ferme de Pressoir-Pont. Enfin après avoir passé devant Saintery et le beau château de Champlâtreux, nous entrons a Corbeil.

Cette petite cité, que la Seiwë sépare en deux, est le chef-lieu d'un arrondissement de Seine-et-Oise , et le siège d'un tribunal de première instance. Elle possède une bibliothèque publique, un petit théâtre ; un hospice civil, un vaste dépôt de farines, et de trèsbeaux moulins que fait mouvoir la rivière d'Essonne , formée de la réunion de celles de Jugnes et d'Étampes. Nous venons de dire que Corbeil était divisé en deux parties que lie un beau pont de pierre. Le vieux Corbeil, ou quartier Saint-Léonard, qui doit son nom a une église peu remarquable, est si-

tué sur la rive droite du fleuve et faisait partie de la Brie firançaise. Le nouveau Corbeil, ou quartier Saint-Spire , est coupé en deux par la rivière d'Essonne dont nous venons de parler. On y remarque une église sous Tin vocation de saint Spire, fondée, dit-on, au onzième siècle par Aimon , premier comte de Corbeil. Un incendie la détruisit entièrement en H40. Sa reconstruction ne fut achevée qu'en 1437.

Corbeil y autrefois place forte et importante par sa position 9 remonte à une haute antiquité. Nous nous garderons bien cependant de faire dériver son nom de celui dé Corbulon, gouverneur des Gaules , comme l'ont fiaiit quelques étymologistes extravagants. Elle fut assiégée inutilement par les Bourguignons et les Anglais, ligués contre Charles Vil encore dauphin. Sous Charles IX, les catholiques s'y défendirent vaillamment contre les huguenots et les repoussèrent. Enfin> par un retour de fortune surprenant, devenue huguenote sous Henri IV , elle fut prise par le duc de Parme à la tête des ligueurs et de Tannée espa^ gnole. Son importance commerciale la console main^ tenant de la gloire militaire qu'elle a perdue.

A peine sommes-nous sortis de Corbeil que nous naviguons entre de jolis villages et des châteaux remarquables. A gauche, nous découvrons les châteaux

de Lagrange-feu-Louis et de Mousseaux, le village à'Eerjy le château de Petit-Bourg construit par le duc d'Antin, qui y reçut souvent Louis XIV et madame de Montespan ] devenu sous Louis XY un rendeas-vous de chasse , tour à tour habité depuis par la duchesse de Bourbon, par Perrin, administrateur des jeux, et actuellement par le riche banquier espagnol Aguado^ ceux de Grand- Bourg, Trousseau et de Fromont , dont les romantiques jardins viennent se terminer au bord du fleuve, tandis qu'à notre droite se développent le village d'Étiolle y dont le château fut possédé par M. Lenormant, mari de la fameuse madame de Pompadour, le château de Bourlanger , et Soisy-sous-ÉtioUe.

Depuis quelque temps se déploie devant nous un beau pont suspendu ; c'est le pont de Ris. Ce magnifique ouvrage, qui a remplacé tout récemment un bac, est dû au généreux propriétaire de Petit-Bourg, M. Aguado. Il réunit le joli village de Pas que nous voyons dans les terres a notre gauche, ainsi que le hameau de Laborde, avec celui de Champrosay, qui se montre à peu de distance sur notre droite , et renferme un grand nombre de maisons de campagne. Bientôt laissant a gauche le hameau du Petit-Châtillon, puis celui du Grand-ChàtiUon, notre vue ren-

contre a droite , dans la plaine au pied d'un groupe de collines j le charmant village de Draveil. Puis a une lieue de Ris, un peu au-dessous d'Athis, et avant Âblon, se jette dans la Seike l'Orge, petite rivière qui vient d'arroser Dourdan et Montlliéry ^ villes toutes deux illustrées par les antiques débris de leurs manoirs seigneuriaux. La tour de Montlhéry^ placée au sommet d'une hauteur , comme une plume sur un bonnet de grenadier ^ fixe surtout les regards du voyageur. On l'aperçoit des hauteurs qui avoisinent Cor* beil ; a Paris , on pourra la voir encore de la coupole de Sainte-Geneviève, car elle n'embrasse pas moins d'une quinzaine de lieues d'horizon.

Ablon a pris un rang assez élevé parmi les villages des environs de la capitale , depuis les guerres de religion. Les protestants y avaient un temple, où ils obtinrent de Henri IV le libre exercice de leur culte, malgré la clause du traité de réduction de Paris, qui exigeait au moins cinq lieues de distance, et Ablon n'était qu'a quatre lieues et demie. La Seine reçoit ensuite l'Yerres, qui a ses sources a Yillegagnon, près Provins, non loin de celles de la Voulzie. Cette rivière .coule sur un territoire tellement poreux et y fait tant de .circuits y que, malgré les nombreux ruisseaux qui l'alimentent et qui sont assez forts pour faire tour^

ner des moulins^ son lit esta sec pendant les trois quarts de Tannée dans une grande partie de son étendue. Ce n'est qu'au-dessous de Brie-Comte-Robert, après avoir reçu des somrces considérables , qu'elle devient assez forte pour faire mouvoir un grand nombre d'usines qui fonctionnent dans toutes les saisons. La route de Melun à Paris passe l'Yerres sur un joli petit pont et entre ensuite a Villeneuve - Saint- Georges , situé sur la rive droite de la Seihe, au confluent des deux rivières. Quantité de maisons charmantes donnent à ce village Taspect le plus agréable, et les bords de la Seine en font un séjour délicieux. A Choisy-le-Roi , la Seine passe sous un large et beau pont construit en i8iO. Ce bourg possédait autrefois une maison de plaisance, bâtie pour mademoiselle de Montpensier. Après la mort de cette princesse , elle passa au dauphin fils de Louis XIV , et fut échangée contre Meudon que possédait madame de Louvois. On n^ voit plus maintenant la moindre trace de ce château, où Louis XV se rendait souvent avec madame de Pompadour. Le soc de la charrue a passé sur ses bosquets et sur ses jardins enchanteurs. Des manufactures de maroquin , de faïence et d'acides minéraux ont été établies sur un sol naguère consacré aux plaisirs. Au-dessus de ce bourg est une petite

ile dont le channant effet contribue beaucoup a la beauté du paysage que la Seine présente en cet endroit.

Le fleuve laisse ensuite, im peu sur la gauche , Vitry, célèbre par ses riches pépinières ; puis il forme deux iles assez grandes^ et passe au Port-a-F Anglais , derrière lequel s* étend une vasteplaine. Le nom de ce hameau indique sa triste origine. Ce fut au temps de Charles YI , que les Anglais, mis en possession delà capitale par la trahison des Bourguignons , établirent un camp en cet endroit pour protéger Paris, et intercepter les communications que le dauphin aurait pu entretenir par la Seine avec les habitants de la capitale. Nous apercevons un village situé a l'extrémité de la plaine sur la pente d'une petite colline qui cache le hideux Bicêtre a nos regards. C'est Ivry avec ses charmantes maisons de campagne, parmi lesquelles on remarque celle du comte Jaubert. Son territoire s'étend jusqu'aux murs de Paris et comprend les hameaux de la Gareetd'Austerlitz. Devant nous, sur une chaîne de collines , s'élève au nord le triple boui^ de Charenton , au pied duquel coule la Marne , dont nous ne soupçonnions pas encore le voisinage, car cette rivière se dérobe à nos regards derrière les iles nombreuses que forme la pointe de son confluent avec la Seine. Elle

prend sa source aux environs de Langres, traverse le département delà Marne, baigne l'extrémité méridio* nale du département de l'Aisne, entre dans Seine-et- Marne près de la Ferté-sous- Jouarre , arrose Meaux et Lagny, et, sans s'arrêter dans Seîne-et-Oise , arrive au département de la Seine, où elle rejoint ce fleuve au bas des carrières de Charenton. Le rapide courant de la Marne rend sa navigation difficile, et a forcé d'établir en plusieurs endroits des pertuis et des barrages qui divisent son cours et qui le modèrent. Après sa réunion a la Seijve, on distingue encore longtemps ses eaux k leur rapidité , a leur couleur jaunâtre et a leur qualité limoneuse.

Au quatorzième siècle nos rois possédaient un château a la pointe du confluent. Jeanne de Navarre y fut mariée a Philippe, comte d'Évreux, et Fhabita, diton, jusqu'à sa mort. Ce lieu s'appelait alors le séjour du rcyy ou les Carrières; ce dernier nom a prévalu depuis la destruction du château royal. Pendant les troubles qui suivirent la captivité du roi Jean, le dauphin son fils jeta en cet endroit de la Seine un pont de bateaux pour aller assiéger Paris. Mais, a l'extrémité de ce pont, du côté de la plaine d'Ivry, il fut obligé de livrer un combat sanglant aux révoltés qui étaient venus à sa rencontre.

A la gauche des Carrières de Charenton commencé le village de Conflans, qui lui est contigu. Les ducs de Bourgogne y possédèrent longtemps un beau château. Le traité conclu a Paris, a la suite de la ligue du bien public, sous Louis XI , porte le nom de traité deConflans , parce que les ouvertures de la négociation eurent lieu dans le château des ducs de Bourgogne où le comte de Charolois s'était renfermé avec ses partisans, tandis que le roi occupait la plaine d'Ivry. Le ministre Villeroi fit bâtir une magnifique maison de campagne sur remplacement du manoir des princes bourguignons. Elle est, depuis près de deux siècles, la propriété des archevêques de Paris, qui vont y chercher dans la belle saison le repos et la solitude. Une machine hydraulique fait monter Teau de la Seine dans des réservoirs placés sur la hauteur , d'où elle se répand par une infinité de canaux dans les bassins du parterre , et va alimenter les fontaines voisines.

La maison de l'archevêque n'est séparée de Bercy que par une petite plaine de quelques arpents. Le château des seigneurs de Bercy , que l'on aperçoit de la rive, fut restauré sous Louis XIV, et ses jardins furent arrangés d'après les desseins de Le Nôtre. Cette magnifique propriété offrirait des trésors aux innocentes conquêtes du botaniste; mais un garde

impitoyable n en permet l'accès qu'aux industriels riverains qui y ont acheté le droit de dépôt. La terrasse qui borde la Seine pendant près d'un quart de lieue offre un point de vue remarquable. Le village de Bercy, qu'on pourrait appeler un faubourg de la capitale, se compose d'une longue suite de vastes bâtimens qui bordent la rive de la Seute et servent d'entrepôts de vins. Autrefois on passait le fleuve dans un bac ; mais on vient de construire en cet endroit un pont qui a pris le nom de Bercy. Sur la rive gauche du fleuve nous laissons le hameau d'Austerlitz y ainsi nommé en raison d'une de nos glorieuses batailles y et celui de la Gare, où se trouve une verrerie importante, et nous entrons enfin dans Paris entre le quai de la Râpée et le triste monument de la Salpétrière, pour passer un peu plus loin sous les murs de l'Arsenal.

Laissons un instant notre nacelle glisser au gré des eaux, et résumons en nous-même la partie de notre voyage que nom venons d'achever. Certes , on aurait pu désirer de traverser des cités plus opulentes et plus vastes , de parcourir des pays plus variés et plus pittoresques, mais nulle part l'imagination n'aurait pu animer les bords d'un fleuve de souvenirs plus gracieux, nulle part elle n'aurait pu peindie des

bords qui réveillassent autant de sentiments touchants ou profonds. Sur les rives de la haute Sbiite tout est empreint d* un charme irrésistible , indéfinissable pour le voyageur qui les parcourt ; rien jusqu'ici n'a dévoilé la grandeur future qui est réservée à ce fleuve roi, et pourtant qui ne Taurait déjk devinée?

Nous pouvons nous glorifier d'être les premiers voyageurs qui aient pris le fleuve à sa source, qui aient étudié pas k pas ses développements successif, et qui l'aient vu, pour ainsi dire, grandir sous leurs yeux. Désormais la Seuie nous offrira tme activité plus large et plus puissante, des villes plus riches et plus peuplées , des bords plus fertiles en événements ; mais elle perdra en revanche ce charme de la jeunesse et des essais qui nous la faisait aimer de prédilection. Ce ne sont plus des rives peu étudiées, des villes que le voyageur ne visite qu'autant qu'elles sont traversées par ime grande route. C'est un fleuve sillonné sans cesse par de nombreuses embarcations chargées de curieux et d'artistes, un fleuve dont l'histoire se trouve décrite partiellement en mille et mille ouvrages. Enfin, la basse Seine peut, ajuste titre, être comparée, comme le faisait Napoléon, à la grande rue d'une ville dont le Havre , Rouen et Paris forment les trois principaux quartiers.

Déjà notre barque a franclii le Pont-Neuf, et noti-e œil cherclie en vaïa sur la deuxième arche, du côté du Louvre, ce petit château qui avait autrefois son gouverneur, et qu'on appelait la Samaritaine, nom long-temps chéri des Parisiens qui s'amassaient pour écouter son aigre carillon. La vétusté du bâtiment et l'inutilité de la pompe qu'il renfermait déterminèrent sa démolition en 1813.

Arrivés au centre de la capitale quittons un instant notre petit navire; nous reprendrons demain notre navigation après avoir contemplé le vieux Paris du haut du terre-plein du Pont-Neuf.

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