BASSE-SEINE
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i.usTRE déjà psr ane miiltitu<le de souenirs, la Seine, en traversant Je cenire de la capitale , s? partage en deux as qui embrassent trois lies, à peu dislance les unes des autres. Dixneuf ponts, la plupart magnifiques, servent à la communication conlinuelle de rinunense population.
On ne voit plus maintenant leurs
arches surchargées de gothiques maisons , dangereuses pour leurs habitants. Louis XVI cotnmença cette utile démolition en faisant abattre les bicoques du pont Marie; les dernières maisons disparurent de dessus le pont Saint-Michel en 18H. Quarante neuf quais larges et spacieux, dont quelques-uns ombragés d'arbres récemment plantés , bordent les rives de la Seine et tiennent ses eaux captives pendant deux lieues, depuis leJardin-du- Roi jusqu'au Champ-de-Mars.
Nous ne nous arrêterons pas a décrire longuement l'état actuel des nombreux monuments de la capitale dont la Seine arrose les pieds. Mais, nous reportant vers le passé, nous consulterons les annales parisiennes, pour apprendre les changements qui s'y sont opérés et les événements remarquables dont les bords du fleuve ont été le théâtre.
Le vieux Paris se divisait en trois parties au moyen âge : la Ville au nord, la Cité au milieu, l'Université au sud de la rivière. C'était au-dessous du pont d'Austerlitz , a la hauteur du canal de l'Ourcq , que commençait l'enceinte des murs de Paris. La Seine détachait sur sa droite im petit bras qui se jetait dans les fossés de la ville , et allait arroser les murs de la Bastille. Ce triste monument , bâti sous Char-
les V , par Aubriot , prévôt des marchands , dut sa plus grande illustration , en même temps que sa ruine, au premier mouvement révolutionnaire. D y a dix ans que ses fondations existaient encore , et on pouvait plonger le regard dans ses sombres caveaux, témoins de crimes nombreux, sans doute, mais fort exagérés par les récits populaires. Son emplacement est maintenant une gare, et ses fossés ont servi de lit au canal de rOurcq. Il était séparé de la . ville par un vaste terrain inhabité qui portait le nom de champ au plâtre , et s'étendait depuis la rue Saint-Antoine jusqu'au bord de la Seine. En 1396, le Duc d'Orléans fit bâtir, k l'extrémité de ce champ , du côté du bord de l'eau , un bel hôtel que la ville acheta pour y loger son artillerie. François I«r l'emprunta plusieuis fois pour y faire fondre des canons , et convaincu de la commodité des bâtiments, il finit par se l'approprier malgré les justes réclamations des habitants de Paris. La partie méridionale du jardin était occupée par le Mail, qui s'étendait le long du fleuve dans la direction du quai Morland. A l'angle formé par les fossés de Paris, s'élevait la tour de Billy comme une garde avancée de la Bastille ; en i S38 elle a été renversée par la foudre. Les granges d'artillerie elles-mêmes furent, sous Charles IX, la proie d'un violent incen-
(lie; la poudrière sauta; des pierres furent lancées jusqu'au faubourg Saint-Marceau et des poissons furent frappés de mort dans la Seihe. On ne manqua pas d'attribuer ce funeste événement aux calvinistes. Reconstruit sous Henri III , l'Arsenal devint rhôtel du grand*maitre de TartiUerie et fut habité par Sully en cette qualité ; on montre encore le cabinet où ce ministre recevait Henri IV. Le Régent augmenta les bâtiments et leur donna leur forme actuelle. Le Mail fit alors place a un quai large et commode^
L'Arsenal était contigu au &meux et vaste hôtel de Saint'-Paul que, Charles V acheta pendant la captivité du roi Jean. Malgré le beau surnom de Sage^ ce prince fit de véritables folies pour embellir sa nouvelle propriété, qu'il appela Vhostel des grands esbattements, Isabeau de Bavière y passa les dernières années de sa vie dans la douleur et peut*être dans les regrets^ contrainte par les insultes des Anglais et de la populace a ne jamais s'approcher de sa fenêtre , elle apprit , mais un peu tard , que les traîtres sont également méprisés de ceux qu'ils servent et de ceux qu'ils ont vendus. Après sa mort, on descendit secrètement son corps dans un petit bateau, et deux moines de Saint*Denis vinrent le recevoir auprès du Pont-au- Change.
A côté de rhôtel Saim^Paul, s'élevait un groupe de monuments dignes de ce Toisinage ; c'étaieiit les édifices religieux de rAvc-Maria et de Téglise Saint- GervaîSy mêlés a des hôtels magnifiques , parmi ks* quels on remarquait Thôtel de Sens , habité par le dbancelier Duprat, et envahi maintenant par un établissement de roulage. Le bord de la Ssm e n'offre encore en cet endroit qu'un terrain ^naturellement en pente , et jusqu'ici exposé aux fréquents dégâts que cause le déboc^ement du fleuve a la fonte des neiges. Après tant d'expériences funestes , on s'occupe enfin d'y pourvoir.
Venait ensuite la place de Grève aux souvenirs sanglants, et où les bourgeois firent bâtir au seizième siècle leur hôtel de ville y après avoir eu longtemps leur parloir, ou maison commune» dans Isivallée de Misère f où est à présent le quai de la Ferraille. La rive, à partir de cette place, n'offrait encore- au commencement du règne de Louis XIV qu'une surface déclive, sur laquelle se trouvaient deux rues sales servant d'écorcherie et souvent inondées. Le marquis de Gèvres obtint la permission d'y bâtir des maisons jusqu'à la première pile du pont Notre-Dame et du Pont-*aui^ Change , a condition qu'elles seraient assises sur des voûtes percées d'arcades. Au milieu de ce hideux
pâté de maisons gothiques , le grand Cbâtelet fermait rentrée du Pont-au-Change par son énorme et horrible masse. Cette forteresse avait remplacé au douzième siècle une tour de bois dont on attribuait la construction a Jules César ^ et qui servait tout a la fois de demeure au prévôt de Paris , et de prison aux criminels que réclamait Téchafaud de la Grève. C'est d'une fenêtre de cet édifice que Bois-Bourdon , IV mant d'Isabeau de Bavière , fut jeté dans la Seine , enveloppé d'un sac sur lequel on liiait cette formule judiciaire : Laissez passer la justice du roy, La vallée de Misère commençait au grand Cbâtelet, et se prolongeait jusqu'au Louvre. Ce terrain , occupé d'abord par des marais , s'était peu a peu couvert de maisons^ quand, sous Charles Y, on construisit le quai de la Ferraille ou de la Mégisserie y pour établir une communication entre le Louvre et le reste delà capitale. Philippe- Auguste se fit bâtir hors des murs de Paris une demeure nommée Lupara , qui est maintenant le Louvre. Elle avait, comme la plupart des châteaux, la triple destination de séjour, de forteresse , et de prison. Ferrand, comte de Flandres, y fut longtemps enfermé. C'était primitivement un bâtiment parallélogramme aux côtés et aux angles duquel se rattachaient vingt-trois tours liées en un
seul faisceau. Dans Tune d'elles, la tour de la Librairie, Charles V rassembla quelques livres , et jeta ainsi les fondements de la bibliothèque royale. Les diverses parties du vieux Louvre furent successivement détruites , puis rebâties sur le plan actuel , depuis François 1er jusqu'à Louis XIV, qui conçut le projet de le réimir aux Tuileries. Abandonnés plusieurs fois, les travaux ont été repris avec ardeur sous Napoléon , et nous avons maintenant quelque espoir de les voir s'achever avant peu d'années.
La plus ancienne mention qui soit faite des Tuileries , se trouve dans une ordonnance de Charles VI , qui veut que les tueries et écorcheries soient transportées au-delà des fossés du Louvre, hors Paris, auprès d'une fabrique de tuiles appelée la Sablonnière, et située sur le bord de la SEms. Un siècle plus tard , Nicolas de Neufville de Villeroy fit construire en cet endroit un petit cbàteau. François I^r Tacheta pour sa mère Louise de Savoie, qui trouvait le palais des Toumelles trop malsain. . Catherine de Médicis , a qui cet hôtel parut indigne d'une reine, le fit i:aser, et dès^lôrs commença a sa place la construction du château des Tuileries. Dans l'origine, les bâtiments étaient séparés du jardin par une rue. Mais Le Nôtre changea entièrement le plan des bosquets et du par-
terre ; la rue fut envahie , et on éleva deux magnifiques terrasses, depuis remplacement des bastions placés aux portes du jardin^ jusqu'aux ailes du château. En sortant par la porte de la Conférence , située du côté du quai 9 et où venait aboutir Tenceinte septentrionale de Paris, on entrait dans le Cours-ia> Reine, promenade longtemps interdite au public, et que Marie de Médicis avait fait planter pour son agrément particulier.
Trois îles occupent maintenant le milieu du fleuve et le centre delà capitale^ mais autrefois elles étaient au nombre de six. L'île Louviers, située en regard de rhôtel Saint-Paul, en était autrefois une dépendance ; des chantiers de bois ont remplacé depuis longtemps le bel ombrage que ses arbres répandaient. Plus loin, s'étendait File aux Vaches , renommée pour ses gras pâturages, et séparée, par un petit bras de la Seihe, de l'ile Notre-Dame qui appartenait aux évêques de Paris. Henri IV conçut le projet de réunir ces deux îles; Louis XIII Texécuta, et sous le nom d'ile Saint- Louis le t«:rain se couvrit de constructions et prit Faspect qu'il a maintenant. Deux ponts établirent la c(»nmunication de cette lie avee les deux rives, et un troisième , élevé a la pointe occidentale , alla rejoindre la Qté.
Plus grande que les trois précédentes , Tile de la Cité fut le berceau de Paris. Ses rues sales et tortueuses annoncent Tantiquité de Lutetiay la ville de boue. Sa forme ressemble assez bien k celle d^un navire enfoncé dans le sable y et amarré \ la rive par ses ponts nombreux. Peut-être est-ce la Torîgine de la nef que la ville de Paris porte pour armoiries. La Cité présentait; il y a trois siècles, un aspect bizarre. C'était une espèce de masse compacte , sans quais, sans place publique, hérissée de tours et de nombreux clochers. On comptait dans son sein jusqu'à soixantedix-sept églises ou chapelles auxquelles une population nombreuse disputait pied k pied le terrain. La Seine y disparaissait sous les ponts, les ponts sous les maisons , et les miasmes qui s'exhalaient par quelques abreuvoirs dégoûtants annonçaient seuls le voi- . sinâge de la rivière. A TOrient, s'élevait l'Hôtel- Dieu , la Basilique de Notre-Dame et une gerbe d'édifices religieux qui ombrageaient Tîle par sa forêt de clochers. La partie occidentale était occupée par l'antique palais qu'hal)iièrent successivement les rois fainéants , les comtes de Paris, et les premiers princes de la dynastie capétienne. Philippe-le-Bel, en rendant le parlement sédentaire , lui donna la moitié de son palais, et Charles V, fatigué du concours des plai-
de l'hospice, le Petit-Pont communiquait a la rue Saint-Jacques et allait s'engouffrer sous le porche béant du petit Châtelet. Douze fois emporté par les inondations depuis le treizième siècle, il fut douze fois rebâti , et sa reconstruction actuelle ne date que de 1720. Enfin le pont Saint-Michel, qui doit son nom au voisinage de Pantique chapelle où avait été baptisé Philippe-Auguste. Elle occupait le coin de la rue de la Barillerie et fut démolie a la suite du grand incendie de 1776 pour embellir et dégager les abords du palais.
Il nous reste maintenant k suivre la rive gauche de la Sems , dont les souvenirs ne sont ni moins antiques ni moins nombreux que ceux de la rive droite. L'enceinte de Paris commençait de ce côté a la hauteur de la rue des Fossés-Saint-Bernard et des Fossés- Saint-Viclor , dont les noms indiquent leur situation auprès des remparts de la ville. Sur le bord de Peau, vis-k-vis rhôtel Saint-Paul et la forteresse de Barbelle, s'élevait la Toumelle, qui protégeait l'entrée de Paris et la navigation du fleuve. A la place de la barrière qui lui était adossée , Louis XIV fit construire un arc de triomphe dans le genre de la porte Saint Denis , mais d'une plus petite dimension. L'incommodité et les dangers de ses arcades basses et étroites , pour les
voitures et les piétons , détenninèrent Louis XYI a la faire démolir *, mais on a conservé Tusage d'appeler porte Saint-Bernard Pendroit où existait ce monument. Plus loin s'élevait la Toumelle des Bernardins, ou Tour Saint-Bernard, plus ancienne que celle du bord de Teau. A ses pieds commençait le quai de la Toumelle, à Fextrémité duquel , du côté de la rue des Grands-Degrés, la Seike recevait jadis les eaux de la Bièvre. Les moines de Saint-Victor, désirant faire passer cette petite rivière dans Tenceinte de leiu: cloitre, en avaient acheté le droit au couvent de Sainte-Geneviève dont elle arrosait les propriétés. Par le moyen de plusieurs digues , ils avaient forcé la Bièvre a changer de lit; mais les inondations auxquelles elle est sujette , rendant son voisinage dangereux, on la laissa reprendre son cours naturel et regagner son embouchure au-dessus de la ville. Ce ruisseau n'a d'importance que par les nombreuses usines qu'il alimente, et qui font la richesse du, faubourg Saint-Marcel. Parmi ces grandes manufactures, il en est une dont la renommée est européenne, celle des magnifiques tapisseries des Gobelins, qui donne le plus souvent son nom a la rivière de Bièvre. La rive de la Seine offrait ensuite une grève où étaient entassées sans ordre des maisons que rien ne
protégeait contre les grosses eaux, jusqu'à l'endroit où le bras du fleuve se trouve resserre par les fondations des bâtiments de THôtel-Dieu. Puis on arrivait au Petit-Châtelet, dont Fexistence remonte a la même antiquité que le grand. C'étaient , sans doute , . deux forteresses construites sur chaque rive par les Romains pour défendre Tile de la Gté ^ a laquelle on n'arrivait que par les deux ponts dont elles protégeaient les abords. Le Petit-Chatelet servit lbng*temps de prison aux galériens et de logement au prévôt des marchands, et Ton y percevait un droit sur tout ce qui entrait dans la ville. Moins sombre et moins vaste que le Grand-Châtelet , il était plus incommode encore, car il ne laissait aux passants d'autre route qu'une arcade noire et étroite , de plus en plus impraticable aux piétons , a mesure que les voitures se multipliaient dans Paris. Aussi sa démolition fut-elle résolue et exécutée à la fin du siècle dernier.
Au pied du Petit-Châtelet commençait le quai de la Gloriette , dont les travaux furent faits par les galériens renfermés dans cette forteresse. U fut construit pour supporter les fondations des bâtiments qu'on avait projet d'élever entre la Seike et la rue de la Huchette. Une partie des maisons a été détruite , et le quai a pris le nom de Saint-Michel en s'élargissant.
Vient ensuite le quai des Augustins, le plus ancien de la capitale. C'était , au temps de saint Louis , une plage couverte de saules , où les bourgeois allaient se promener Tété , mais toujours fangeuse dans les autres saisons. Les maisons voisines étaient, chaque hiver , menacées d'une ruine prochaine par les débordements de la rivière qui envahissait leurs fondations. Philippe-le-Bel ordonna d'y construire le quai que nous voyons actuellement ^ et qui, après avoir passé au pied du couvent des Augustins, aboutissait à la porte Dauphine. Vis*a-vis de la rue Guénégaud s'élevait le Château-Gaillard , à la place oii sont maintenant le chemin et l'arche de Tabreuvoir. C'était une construction isolée et munie d'une tour ronde qui avait ses fondations dans l'eau et qu'on épargna longtemps sans nécessité, comme le remarquait déjh l'auteur de la Chronique burlesque :
J'aperçois là-bas sur la rive Le beau petit GhÂtean-GailIard.
 quoi sers-tu dans ce bourbier ?
Est-ce d'abri, de colombier?
Est-ce de phare, ou de lanterne ?
De quoi ? de port , ou de soutien ?
Ma foi , si bien je te discerne , Je crois que tu ne sers à rien.
Cette constniction , où Brioché faisait jouer ses marionnettes y disparut enfin sous Louis XIV. Peutêtre avait-elle fait partie de Tancien hôtel de Nesie qui s'étendait depuis cet endroit jusqu'à la porte de NesIe y et occupait remplacement de l'hôtel des Monnaies , de la Bibliothèque Mazarine et de Tlnstitut. On y remarquait surtout une tour avancée que baignaient les flots de la Seine. C'était la fameuse tour de NesIe, que la Chronique faisait témoin des crimes les plus honteux, dans laquelle Marguerite de Bourgogne et Jeanne de Navarre attiraient , dît-on , les passants pour les faire servir à leurs plaisirs et tes précipiter ensuite dans la Seine. Toutes deux, en punition de leurs mœurs infâmes, furent jetées dans une basse-fosse de la prison des Andelys, et , de la , transférées au Château -Gaillard, en Normandie, oii Marguerite fut étranglée , et d'où Jeanne sortit pour prendre le voile. Les fossés du château de Nesle occupaient l'emplacement de la rue de Seine , et de la , on arrivait à de vastes prairies qui s'étendaient depuis l'abbaye Saint-Germain jusqu'à ta rivière ,. et depuis la porte de Nesle jusqu'à l'esplanade des Invalides. Elles étaient séparées, en deux parties, par un bras de la Seine et formaient le petit et le grand Préaux-Clercs. Le premier, compris entre les rues de
Seine et des Saints-Pères , se couvrit de constructions au seizième siècle , et le petit canal fut comblé» C'est sur ce terrain que Marguerite de Navarre y femme de Henri IV, se fit construire un vaste et superbe hôtel dont ce prince lui reprocha souvent la folle et honteuse magnificence. Les jardins s'étendaient jusqu'au bord de Teau le long du quai Malaquais.
Le grand Pré-aux-Clercs eût une durée plus longue et une existence plus orageuse. Dès le onzième siècle, c'était le rendez-vous des étudiants, qui venaient en foule s'y promener. Vainement, pour prévenir les excès qui s'y commettaient , les habitants du bourg Saint-Germain et les moines de l'Abbaye voulurent interdire au public la jouissance de ce lieu ; un procès s'éleva entre eux et l'Université ; on en appela au pape , et la justice ne marchant pas a leur gré , on en vint aux voies de &it, et la sentence pontificale, soutenue par le poing des écoliers , maintint cette jeunesse turbulente dans les droits qu'elle réclamait. Ce pré ne cessa depuis d'être le théâtre des tumultes universitaires, des émeutes du peuple, des rendezvous de galanterie , des affaires d'honneur , des parties de débauches, et des assemblées religieuses du protestantisme. Enfin , sous Loiiis XIV , le sol se couvrit de maisons, la promenade fut abandonnée , et le besoin
de communication força de construire successivement le pont Royal , le pont Louis XYI et le pont des Arts, au lieu du seul pont du Louvre ou Pont-Rouge , qui existait auparavant , et qui occupait a-peu-près remplacement de celui qu'on vient de construire au bas de la rue des Saints-Pères. C'est sur cet ancien pont du Louvre que fut tué le maréchal d'Ancre , pour avoir hésité a rendre son épée a un capitaine des gardes.
La maison qu'habita Voltaire est au coin de la rue de Beaune et du quai qui porte son nom; mais des réparations et un exhaussement l'ont rendue méconnaissable.
Depuis le commencement du siècle dernier , on avait commencé plusieurs fois la construction du quai d'Orsay ; de magm'fiques hôtels s'étaient alignés sur cette partie des rives de la Seike, dans l'attente de sa prochaine exécution. Cependant, en i 801 , ce n'était encore qu'une berge fangeuse appelée la Grenouillère , et coupée par des tranchées d'égoûts découverts qu'il fallait traverser sur des planches glissantes y fragiles et mal assises; ça et là, quelques auberges y attiraient les promeneurs aux jours de fête, malgré leurs abords dangereux. C'est aujourd'hui un des plus beaux quais de la capitale, par ses dimensions bien proportionnées et par la ligne de beaux édifices qui
s'étend depuis Thôtel des Gardes du Corps jusqu'à Tesplanade des Invalides et a rÉcole-Militaîre*
En entrant dans Paris, la Seiite s'est déchargée dans' la grande gare, d'une partie des nombreux et pesants fardeaux que le commerce lui confie ; au sortir de la capitale, elle va , dans la gare de Grenelle , chercher d'autres richesses pour les entraîner avec elle dans son coui'S. La construction récente de cette garre ne l'a pas empêchée d'être brisée par les glaçons, en 1 829 ; elle a été restaurée, et au moyen de llle-aux- Cygnes, on a construit un pont pour communiquer de la plaine de Grenelle aux villages de Passy et d'Auteuil, situés tous deux sur une éminence entre Chaillot, le bois de Boulogne et la route de Versailles qui longe la Seine -, ils renferment un grand nombre de maisons de campagne, dont quelques unes rappellent d'illustres souvenirs : Boileau, Helvétius, Franklin les habitèrent; Lafontaine, Molière, Racine et d'Aguesseau venaient s'y délasser.
Le fleuve passe ensuite a Issy , situé sur une colline peu distante de la rive gauche , et dont les délicieuses maisons de campagne possèdent des jardins bien dessinés et arrosés par des eaux limpides. Celle du séminaire Saint- Sulpice fut jadis habitée par la reine Marguerite. On voit encore dans ses caves les restes
d*un bâtiment que l'on croit faussement avoir appartenu a un temple d'isis y et d'où quelques auteurs font venir le nom dlssi : jamais cette déesse ne fut adorée dans les Gaules. La Seike baigne ensuite les limites des deux départements de la Seioe et de Seine-et-Oise. Le regret de quitter Paris lui a fait alors ralentir sa course et suivre ces sinuosités infinies qui lui tracent une route de trente lieues pour arriver a Polssy^ éloigné seulement de six lieues de la capitale. On croirait , sur la carte y voir un serpent aux replis tortueux, dont la queue finirait a Paris , et dont la tête s'étendrait de Poissy a RoUeboise. Au Bas-Meudon , le fleuve se partage en deux bras pour former plusieurs îles ombragées où les Parisiens y après leurs promenades sur TeaUy viennent manger en été d'excellentes matelotes. Sur la rive gauche on aperçoit la manufacture des bouteilles dites de Sèvres.
La colline continue a dérouler ^ a Toccident^ une suite de paysages enchanteurs : c'est d'abord Meudon avec ses bois immenses et son château y construit par Philibert Delorme pour le cardinal de Lorraine^ et acquis par Louis XIV en échange de Choisy-le-Roi. Dii haut de sa belle terrasse y l'œil plonge sur Paris y le bois de Boulogne et la Seine dont lesreplis, bordés de prés flemns, de champs bien cultivés, de palais et de
jardins magnifiques^ donneraient a penser que les merveilles de la vallée de Tempe ont été transportées sur ses bords. Ne quittons pas Meudoû sans visiter sa rustique église , dont le plaisant Rabelais fut jadis le pasteur; nous gagnerons ensuite Bellevue^ situé sur la même colline, et qui possédait aussi son château, bâti pour Madame de Pompadour, et dont on voit encore les restes ; puis nous redescendrons à Sèvres visiter ses manufactures de porcelaine, de faïence et d'émaux y et nous admirerons la solidité de son beau pont, où Tannée prussienne éprouva, tn. 1814 , ce que peuvent la valeur et le patriotisme des Français contre l'avantage du nombre et de la position. Un parc magnifique borde ensuite la rive gauche delà Seine, et s^élève en amphithéâtre jusqu^au sommet des monts; c'est le parc de Saint-Cloud avec sa cascade superbe et son curieux belvédère, appelé la lanterne de Diogène. Les eaux jaillissantes des bassins entourés de groupes , de statues et de bosquets , offrent un coup d'oeil enchanteur, et la symétrie ne produit point dans ce parc une ennuyeuse monotonie . Le château , somptueusement décoré , fut tour a tour maison de plaisance des Gondi et palais des princes du sang; ses murs ont vu Henri III tomber sous le poignard d'un assassin, aux lieux mêmes où avait été
résolue la saint Barthélémy, et ses fenêtres ont favorisé la fuite du conseil des Cinq-Cents, tremblant devant les baïonnettes du général Bonaparte. A Textrémité du parc, le pont de Saint-Cloud établit une communication facile avec la capitale , par le village et le bois de Boulogne. Rien n'est plus curieux à voir que les flots immenses de la population parisienne, qui se pressent sur cette route pendant la foire du mois de septembre. Le bourg a aussi quelques droits a notre attention. Appelé, du temps de nos premiers rois, Nogent-sur-Seine, il possédait un couvent que fonda le jeune prince Clodoald, échappé aux poignards de ses oncles Childebeit et Clotaire , qui le firent raser comme incapable de gouverner un état. Après sa mort, Clodoald fut honoré comme: saint, sous le nom de saint Cloud , et le bourg qui lui avait servi de retraite le prit pour son patron.
Plus loin s'élève , comme un dôme dans les airs , le moni Valérien , dont Tobscur ermitage, embelli par les soins des missionnaires, fut longtemps le rendezvous des pèlerins qu'une curiosité profane , a défaut de sentiments pieux, y attirait en parties de plaisir. Au pied de la montagne sainte, Surène offrait aux buveurs sa piquette passée en proverbe , et retenait, au milieu de leur pèlerinage, ceux dont le courage fai-
blissait à la vue de la côte rapide où il iàUait porter sa croix pour arriver au Calvaire. Le lieu saiat 3 été vendu à l'encan , mais le village de Surène D'à rien perdu de sa célébrité. On aime à visiter les lieux où Henri IV se convertit au catholicisme , et l'on se rappelle en souriant le présent que Sully lui faisait de quetquesbouteilles de jon ion vùi de Surène. Ce village a conservé la belle et touchante cérémonie de la rosière, qui fit la gloire de Salency. Sur l'autre rive, avec laquelle on communique par va bac, était jadis l'abbaye de Longchamps , dont la musique religieuse attirait à l'office des ténèbres le monde élégant de la capitale pendant la semaine sainte. C'est maintenant une promenade plus que profane : les jeunes geos parcourent à cheval la chaussée et les avenues du bois de Boulogne, entre deiix lignes de voitures élégantes» tandis que la bourgeoisie erre à pied sur les contreallées ou sous les futaies , souvent témoins des rendezvous des spadassins et des amants.
Le fleuve se partage, au-dessous de l'abbaye de Longchamps, en deux bras : l'un va baigner le village de Puteaux , traversé par la route de Normandie et embelli pr de nombreuses maisons de campagne, qui rivalisent entre elles de beauté. Madame de Coislin possède la plus remarquable. !>' autre bras de la Seike
continue a longer le bois de Boulogne et passe derant Bagatelle, petit château tour à tour témoin des folies de jeunesse de nos princes et de leurs jeux enfantins. Longtemps en vente faute d'acquéreur, Bagatdk vient d'être acheté par lord Yarmouth qui n'épargne rien pour en faire un séjour magnifique. A Neuilly , un superbe pont de cinq arches se fait remarquer par une hardiesse et une élégance qui ne nuisent en rien à sa solidité ; sa construction est due au malheur qui menaça la France, lorsque Henri IV et sa famille faillirent être engloutis par les flots en traversant la Seike dans un bac^ Aubas du pont, une ile magnifique se mire dans les eaux; c'est une dépendance du parc de Neuilly et du château de la famille d'Orléans, qui s'étendent sur la droite du fleuve. En regard de ce séjour enchanteur, on aperçoit, sur une colline , Courbevoie et ses vastes casernes, qu'on laisse sur la gauche, et l'on arrive a Clichy-la-Garenne, village d'une haute antiquité. Dagobert se plaisait à habiter son château de Clichy, où se célébra son mariage et où se tint en sa présence un concile provincial. L'abbé Châtel , prétendu primat de l'Église française , n'a pas craint d'installer soncollègue Auzou dans la cure de Clichy, et d'invoquer le patronage de saint Vincent de Paul , qui en avait été le pasteur. Le bac, sur lequel on tra-
tée pendant la révolution , son église était sans toit et sans autel; mais elle a été restaurée et se montre plus magnifique que jamais. Un chapitre de dix chanoines, choisis parmi d'anciens évêques , est chargé de la desservir. La ville est arrosée par plusieurs petits ruisseaux, qui se réimissent et vont se jeter, sous le nom de Kouillon, dans la Seihe, a la même embouchure que Tembranchement du canal de TOurcque, appelé canal Saint -Denis. Au port de la Briche, il faut visiter son château, habité jadis par Gabrielle d'Estrées. Le hameau n'est qu'une dépendance du village d'Epinay , que nous apercevons devant nous, entre la grande route de Rouen et la Seine. Les rois de la première race avaient une maison de plaisance a Épinay, qui, alors, était une ville. Dagobert y tint une assemblée de seigneurs , où il fit son testament, et il y mourut bientôt après. Il ne reste plus diantre trace de la splendeur passée de cette ville , que ses nombreuses et belles maisons de campagne qui bordent le fleuve , et parmi lesquelles se distingue celle de madame de Montmorency-Luxembourg, et une autre en forme de T, lettre initiale du nom de son premier propriétaire.
Au-dessousd'Épinay , les diverses branches du fleuve se rassemblent et forment un coude , pour border le
département de Seine-et-Oise jusqu'à Chatou, comme il l'avait déjà fait depuis Meudon jusqu'à Surène. Il arrose d'abord Argenteuil , célèbre moins encore par ses vignobles et ses plâtrîères , que par les ruines de son ancien prieuré, où se retira Héloïse, la tendre amante d'Âbeilard, avant d'aller au Paraclet. Sur son territoire est le château du Marais , dont les jardins , admirablement distribués et arrosés , s'étendent jusqu'au bord de la Seijve , en face de deux petites îles et de la belle propriété du Moulin-Joly. Le fleuve passe ensuite a Besons , où se tient la grande foire de Saint-Fiacre, et que traverse la nouvelle route de Paris a Maisons. Puis il arrose les carrières Saint-Denis, et passe sous le pont de Chatou, village charmant situé sur la nouvelle route de Saint-Germain par Nanterre ; alors côtoyant , de sa rive droite , le magnifique bois de Vésinet, appelé jadis bois de la tra^ hisouy pour les méfaits des Anglais et des Normands, il laisse sur la gauche Ruel et sa vaste caserne , la Malmaison et son séjour enchanteur que chérissait l'impératrice Joséphine, et il coule aux pieds d'une chaîne de collines dont il a été séparé par la route de Normandie. Sur le penchant des coteaux on aperçoit le château de la Jonchèreet le village de Bougival. A leurs pieds s'étend le hameau de la Chaussée, appelé
Charlevanne du temps des Carlovingiens. Charles- Martel y avait établi une pêcherie ; les Normands s'en rendirent maîtres et en firent une position militaire d'où Charles-ie-Chauve eut de la peine a les chasser. Les nombreuses îles qui partagent la Seine depuis Besons jusqu'à Marly servirent longtemps aussi de quartiers d'hiver aux pirates normands. Au port Marly y les eaux de la Seine sont amenées, a six cents pieds d'élévation, par une machine ingénieuse, mais compliquée, qu'inventa Rennequin Sualem, et qui passait pour un chef-d'œuvre avant les progrès récents de la science hydraulique. Son dispendieux entretien a fait songer à lui substituer une pompe a feu. Arrivées sur la hauteur, les eaux sont reçues par le bel aqueduc, long de 380 toises, et dont, depuis Argenteuil, on apercevait les arches élancées ; puis elles sont versées dans les réservoirs du parc de Marly et vont alimenter Versailles.
Sur le coteau voisin s'élève Saint -Germain-cn- Laye , ville jolie et bien peuplée, que le voisinage de Paris enrichit d'ime société agréable et bien choisie *, la beauté des environs, la richesse des sites , la pureté de l'air en feront toujours un des séjours les plus enchanteurs de la France. Louis-le-Gros et ses successeurs y habitèrent souvent, comme on le voit par
plusieurs diplômes datés de ce lieu. François l^^ iit construire le vieux château sur remplacement de la maison de Jacques Coitier, médecin de Louis XI. Ce palais , que Ton voit encore sur le sommet de la montagne , servit de retraite aux amours de M"** de la Vallière y et d'asile aux malheureux Stuart ; maintenant il est transformé enpemtentiermi\ixsiite'^ mais la partie appelée le Château-Neuf, que Henri IV fit construire sur la pente de la colline, ne présente plus que quelques débris des fondations. La terrasse qui horde la forêt est la plus belle promenade dont on puisse jouir , sous le rapport de la richesse et de l'étendue de la vue. Ce qui détermina Louis XIV à quitter le château de Saint-Germain , c^était, dit-on , la triste impression qu'il éprouvait toutes les fois que, du haut de la terrasse, ses regards découvraient le clocher de Saint-Denis , dernière et lugubre habitation de nos rois : faiblesse qu'il est permis de supposer dans le superstitieux auteur des Dragon^ Ttades.
La Seute arrose seulement la basse ville, appelée aussi le faubourg du Pec, où, par un pont récemment achevé, passe la nouvelle route de Paris, qui part du château , et descend en serpentant le long de la colline.
Le fleuve côtoie ensuite la terrasse du parc , et la forêt de Saint-Germain , sans rencçntrer* d'autre village que Maisons, célèbre par son château , bâti d'après les plans de Mansard, au commencement du règne de Louis XTV. Une route partant de cet endroit, devait dès-lors aller rejoindre en droite ligne la route de Neuilly, en évitant un circuit de trois lieues; mais elle avait été abandonnée aussitôt que commencée. L'établissement d'un bateau a vapeur allant de Maisous a Rouen, entretient une communication facile et peu dispendieuse entre Paris et le Havre. L'entretrepreneur de ce bateau, M. Parquin, n'a rien omis pour le rendre agréable aux artistes et aux amateurs de voyages, que la beauté des bords de la Seine engage à faire le trajet pendant la belle saison. On aperçoit ensuite sur la rive droite du fleuve , Sartrouville , La Frette et Herblay, et on arrive a Conflans-Sainte-Honorine. Ce village possédait autrefois un monastère où l'on, conservait les restes sacrés de sainte Honorine, dont on ignore les actes et la vie. L'apparition des pirates normands, qui se dirigeaient vers Lutèce en côtoyant les bords du fleuve , jeta répouvante parmi les moines de ce couvent ; ils s'enfuirent, emportant avec eux les reliques de la vierge martyre, et les confièrent en dépôt aux habitants
de Graviile, près Harfieur. La présence de la sainte ne tarda pas k se révéler par des miracles , et comme elle rendait surtout , dit une vieille chronique ^ la liberté aux captifs , les paladins y les archers , les gens d'armes y affluaient sans cesse sous le costume de pèlerins. Jaloux de la prospérité de Graville, le diocèse de Paris réclama les précieuses reliques, qui furent rapportées en grande pompe k Confians ; mais la foule continua de se porter au sarcophage resté k Graville , et Conflans n'y gagna que des cendres , tant est vraie la fable des Det^ineresses, Ce village doit son nom au confluent de TOîse, rivière qui prend sa source dans les Ardennes, arrose Guise, devient flottable a La
\ Fère, navigable k sa jonction avec l'Aisne, au-dessus
de Compiègne, passe k Pont-Sainte-Maxence , Creil, Beaumont et Pontoise , et vient se jeter dans la SsmE , au-dessous de Conflans-Sainte-Honorine , après avoir tracé de grandes sinuosités entre deux bordures de côtes , dont quelques-unes sont couvertes de bons vignobles.
Sur l'autre rive de l'Oise, en regard de Conflans, s'élève, sur le penchant de la colline, le village
I d'Andrésy, dont Jules César, les Normands et les
Anglais firent tour k tour un poste militaire, pour
' dominer la navigation de la Seine, de l'Oise, de la
Marne et de tous les autres affluents de ces bassins. Le vignoble, qui occupe la côte derrière Andrésy, est justement célèbre et donne le meilleur vin du canton. Nous ne sommes plus qu'à une petite distance de Triel; mais le fleuve, continuant ses sinuosités, fait, avant d'y arriver , un détour immense et va arroser Poissy. Celte petite ville , fort ancienne , située entre la forêt de Saint-Germain et la rive gauche de la Seiiœ, n'est éloignée de Paris que de six lieues environ, quoique par eau on en compte une trentaine. Les premiers rois de la troisième race y avaient un palais dans lequel saint Louis reçut la naissance et le baptême , et ce prince aimait à prendre le titre de Louis de Poissy. Pbilippe-le-Hardi fit bâtir une magnifique église sur remplacement du château, et choisit, pour le grandautel, Tendroit même où était le lit de la reine Blanche lorsqu'elle accoucha de saint Louis. Aussi le chevet de l'église n'est pas tourné vers l'Orient, selon l'usage autrefois général d'affecter cette position. Poissy est encore illustre par le fameux colloque où le cardinal de Lorraine plaida la cause des catholiques, et Théodore de Bèze celle des protestants. Leur éloquence n'empêcha pas cette assemblée d'aigrir, pour tout résultat, l'animosité des deux partis qu'on voulait concilier. Il se tient toutes les semaines , a Poissy,
un marché de bestiaux pour rapprovisionnement de
la capitale , et il y a une caisse de commerce où , pour
un modique intérêt , les bouchers peuvent acheter a
crédit, sous la responsabilité solidaire de tous les
membres de leur corporation. Le pont , placé au bout de la ville , n'est pas moins remarquable par sa longueur
que par l'agrément de sa vue. Il serait seulement a désirer de voir disparaître les masures qui couvrent les arches du milieu.
Une galiote qui part de l'extrémité du pont pour se rendre a RoUeboise fait partie des véhicules économiques de Paris a Rouen par les batelets et les mazettes. Nous laissons d'abord sur la gauche les villages de Vilaine, de Verneuil, et ime foule d'îles couvertes de pâturages ; car la Seine ne cesse , jusqu'à Rouen, de se diviser en plusieurs bras. A notre droite, nous voyons Triel bâti sur le penchant d'une colline. On remarque dans l'intérieur de l'église im tableau original du Poussin représentant l'adoration des mages; le pape l'avait donné a Christine de Suède pendant son séjour a Rome ; après la mort de cette princesse, un de ses valets de chambre, nommé Poiltenet , en fit présent a Triel , son pays natal. On distingue encore la beauté du chœur, que Ton croit avoir été bâti par François 1"^ et sous lequel passe une rue au
moyen d*une Toûte qui le supporte. Le fleuve , poursuivant sa route , passe ensuite k Vaux^les-Mpustiers, où Tagriculteur Caillault fit , il y a quelques années ^ des essais importants pour réconomie rurale. C'est le nom de ce village qui a donné naissance a un jeu de mots répandu dans le pays : Triel, Faux^ Meulan, énumération géographique qui donne a Triel une importance dont il est loin d'être digne.
Parmi les îles nombreuses de la Seinb, il nous faut remarquer^ en arrivant à Meulan, l'ile du Fort, où il y avait autrefois une tour dont on aperçoit quelques ruines ; et, au-delk du pont, Ile-Belle, appelée aussi Ile de Délos , que le savant académicien Bignon prit soin d'embellir, au siècle dernier, par de grandes constructions et des plantations magnifiques. On voit une maison de campagne curieuse par sa position et la distribution de ses appartements, dont chacun a pris le nom du sujet qui y est représenté. Dans les jardins s'élèvent a travers le feuillage de légers et charmants pavillons qui achèvent d'en faire une île enchanteresse; malheureusement cette propriété a perdu de son ancienne splendeur. La ville de Meulan , bâtie en amphithéâtre sur la rive droite du fleuve , était autrefois une place très-forte qui avait ses comtes. Réunie a la couronne sous Philippe-Au-
guste avec tout le comté , cette ville n'en resta pas moins la capitale du Pincerais, pays qui s'étendait depuis Poissy jusqu'à Mantes. Elle eut beaucoup a souffrir surtout des ravages des Normands , qui s'en emparèrent , massacrèrent les seigneurs et le comte du pays, et passèrent la garnison au fil de Fépée. Les poètes du moyen-âge n'ont pas manqué de célébrer ses désastres :
Donc ont porpris MeuUent et tonte la contée , Le« barons ont occis et la terre gastëe...
dit Wace dans son roman du Rou.
Meulanest traversé par la petite rivière de Yiourne, qui vient se jeter dans la Sewe au sortir de la ville. Le fleuve côtoie ensuite pendant plusieurs lieues des iles nombreuses et pour la plupart très-riantes, et nous arrivons a Mantes , dont on aperçoit de loin les tours majestueuses , sans rencontrer d'autres villages que Jusiers et PorcbeviUe sur la rive droite , et Mézy sur la gauche. La belle situation de cette ville lui a fait donner le surnom de jolie : ses maisons y de campagne et ses environs charmants lui ont con-
firmé ce titre. La Seine y en entrant dans Mantes , reçoit la petite rivière deVaucouleurs, et embrasse
quelques lies , dont la plus belle porte le nom d'île d'Amour, auquel elle a des droits incontestables : plusieurs allées d'ormes y forment une espèce de cours et vont aboutir a Tun des plus beaux ponts de France , composé de trois arches de cent vingt pieds de longueur chacune y qui conduit sur- la rive droite où est situé Limay, que Ton pourrait appeler un faubourg de la ville. Mantes était autrefois défendue par une citadelle que Henri IV fit détruire a la prière des habitants , et on voit des restes de fortifications et de vieux murs qui faisaient jadis son enceinte; sa fondation remonte, dit-on, au temps des druides, et Ton cite a Tappui de cette assertion le guy de chêne qu'elle avait pour armoiries , et auquel Charles Vil ajouta la moitié de ses armes composées d'une seule fleur de lys. Mantes fut brûlée par Guillaume-le-Conquérant, prise par Charles-le-Mauvais , reprise par Du Guesclin, et se distingua surtout pendant les troubles de la Ligue.
En sortant de Mantes, le fleuve ne tarde pas a longer les bois immenses que Sully vendit pour aider son maître a reconquérir le trône. Au milieu de ces bois sont situés le village et le château de Rosny , dont la possession passa des mains de M. Archambaut de Périgord dans celles de la duchesse de Berri. Cette prin-
cesse se plut a Fembellir; elle y fit élever une chapelle où est déposé le cœur de son auguste époux , et fonda un hospice tout a côté : rapprochement juste et touchant ; car la bienfaisance est la source la plus féconde des coosolatioDS terrestres. RoUeboise, peu distant de Rosny , n'a d'autre célébrité que sa galiote qui vient de Poissy , et ses pataches qui mènent a Rouen. La Seike s'écarte ici de la route de Normandie y qu'elle suivait depuis Poissy, et fait «ne sinuosité immense pour venir ta rejoindre a Bonnières y élmgné seulement d'une lieue de Rolleboise. Elle est forcée de faire ce détour par ime'haufe roefae a laquelle on arrive
<t Par un chemin montant, sabfonnenx, malaisé ^ » Et de ton» ies câtës am soleil «xpoeé. u
. Ijl Fohtaihe.
Du sommet de la hauteur, l'œil s'égare k loisir dans la plaine, depuis Mantes et Rosny jusqu'à la Roche- Guyon, situé a Pextrémité de la presqu'île que forme le repli de la Seine ; on volt le fleuve laisser d'âdx)rd sur s» rive garuche Monsseaux et Moisson ^ sur sa droite Saint-Martm et Yemeuil, et Ton aperçoit Haute-De.
(( C'est un petit village ou plutôt un hameau ,
» Bâti sur le penchant d'un long rang de collines ,
}> D^où rœil a^égare au loin dans les plaines voisines. M La Seise au pied des monts q^e son flot vient laver, M Voit du sein de ses eaux vingt îles s^ëlever. » Le village au-dessus forme un amphithéâtre ; » L^habitant ne connaît ni la chaux ni le plâtre , » Et dans le roc qui cède et se coupe aisément » Chacun sait de sa main creuser un logement. »
BoiLeau.
La maison seigneuriale de Haute-Ile , dont on voit encore les restes, a appartenu à un neveu de Boileau. Ce poète y fit de fréquents séjours et la célébra dans les vers que nousvenons de rapporter. Unedemi-lieueplus loin, sur le penchant de la colline, s*élève la Roche- Guyon , joli bourg bâti en forme de croissant et appuyé sur le bord de la Seiite. Son château, solidement construit au pied de la roche, est flanqué de tours et environné de fossés ; il se compose irrégulièrement de bâtiments anciens et modernes construits a trois ou quatre époques différentes. Au-dessus du château on voit ime grosse tour élevée sur le haut de la roche vive. Cette espèce de forteresse fut prise , sous Charles VI , par le comte de Warwik , général anglais. Le vainqueur de CérisoUes, François de Bourbon, comte d'Enghien, y fut tué par un coffre que ses ennemis, jaloux de sa gloire j lui jetèrent sur la tête par ime fenêtre du château. On soupçonna de ce crime un
seigneur italien ; François Y' étouffa l'affaire de peur d y voir impliqués le daupliin et le marquis d'Âumale de la maison de Lorraine.
Le fleuve revient ensuite sur ses pas et arrose Preneuse, célèbre par ses petits et excellents navets a écorce jaune comme son terrain sablonneux ; Bonnîères, qui n'a d'autre importance que d'être im relai de la route de Rouen ; puis il passe a Jeufosse , où les Normands campèrent plusieurs fois, et reçoit a Limets l'Epte , qui se précipite dans ses bras par une double embouchure vis-à-vis de Port-Villez. Cette petite rivière a sa source dans les monts qui séparent Neufchàtel de Goumay, traverse celte dernière ville et celle de Gisors , en servant , dans presque toute son étendue, de limite a la Normandie et au département de l'Eure. La Seizte, grossie par l'Ëpte et désormais normande, baigne d'abord Giverny, premier village qu'elle rencontre en sortant de l'De-de-France ; puis nous entrons dans Vemon , petite ville ancienne et commerçante qui communique avec Vernonnet , l'un de ses faubourgs, par un pont de vingt-deux arches. Elle était autrefois très-fortifiée et possède encore une grosse tour où sont conservées ses archives. Placée sur les confins des possessions des rois de France et
d'Angleterre, elle a eu beaucoup à soulTrir de leurs longues lÎTalités. C'est contre un seigneur de cette ville que fut rendu, sous saint Louis, un arrêt remarquable y par lequel le sire de Vemoa fut ccMidamné à dédommager un marchand qui avait été dévalisé en plein jour dans 1 étendue de sa juridicticm seigneuriale. Une loi qui remontait aux capitulaires de Cbarlemagne obligeait les seigneurs a garder les chemins depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, a cause du droit de péage qu'ils percevaient.
Après s'être prolongé de compagnie avec la grande route pendant plusieurs lieues, le fleuve la quitte subitement au Goulet, où il recommence à serpenter comme au sortir de la capitale. Sur la rive droite se distinguent les villages de Pressaigny, Gourcelles et BouafiTe, et, entre les deux premiers, Port-Mort, qui seul mérite notre attention. C'est dans le sanctuaire de son église que Blanche de CastiUe fut mariée à Louis YIII ; car ce prince ne put trouver dans les états de son père , frappé d'interdit , un lieu pour faire consacrer cette union que la France et l'Angleterre appelaient de leurs voeux. Nous labsons ensuite sur la gauche Thony ou Toeny , habitée jadis par Bertrade de Montfort , l'une des quatre femmes de Foulques, surnommé pour sa
laideur le réchin ou le rechigné , qui , en mari complaisant y la céda au roi de France Pbilippe-le-Gros , son amant et son ravisseur.
NousaperceyonsdistinctementdevantnoQslesniines imposantes de Châtéau-Gaillardy dont le nom indiquait la force. Bâti par Richard-Cœur-de-Lion, pour dominer la navigation de la Seine et couvrir la Normandie» ce château a pris un rang illustre dans les fastes civils et militaires. Le sang des braves ruissela maintes fois au pied de ses murs, et celui de royales victimes arrosa ses fossés profonds et ses sombres cachots. La reine de France, Marguerite de Bourgogne, y fut étranglée avec ses cheveux ou avec un linceuil par les sicaires de son époux, Louis-le-Hutin , justement irrité de ses déportements. Charles de Melun y fut voué aux plus épouvantables supplices par la vengeance du cardinal de La Balue, qui ne put jamais pardonner ni a lui , ni k plusieurs autres, d'avoir été ses proteo^ leurs. Endçscendant des hauteurs de Ghàteau-Gaillard, vous découvrez les Andelys dans la plaine riante qu'arrose le Gambon. Cette ville est plus agréable a voir, dans le paysage où elle est encadrée , qu'a visiter dans son intérieur; elle est divisée en deux parties : le petit Andelys, placé sur le bord de la Seiite , au confluent du Gambon, communique avec le grand, par
une chaussée d'un quart de lieue. Cette ville est la patrie de Blanchard , Taéronaute, et du Poussin , dont elle possède plusieurs chefe-d'oeuvres ; Thomas Corneille, le frère du grand tragique, Thabita souvent , et Ton montre encore aux étrangers une maison qu'on dit avoir été la sienne. Auprès des Andelys est la source miraculeuse de sainte Clodlde, que la superstition a longtemps honorée d'une grande vénération. Elle avait la vertu, disait-on, de guérir tous les maux, et surtout de donner la fécondité aux femmes stériles. Pour aider son efficacité, les deux sexes venaient autrefois se baigner ensemble dans ses eaux glaciales. En s'éloignant du petit Andelys , la Seike passe aux villages de Roquette et de Muids, situés sur la même rive , et se dirige droit vers Louviers , qu'elle semble vouloir aller arroser*, mais, réflexion &ite, elle se détourne tout d'un coup à Vironvay, de la ligne qu'elle suivait, et redescend vers le nord, ayant Andé et Herque ville à sa droite, Portejoye, Tournedos et Pose a sa gauche , placés tous trois dans une presqu'île formée par l'Eure et le fleuve. Vis-a-vis du dernier de ces villages , la petite rivière d'Andelle débouche par un vallon charmant , coupé de diverses cultures et semé de hameaux, parmi lesquels se distinguent les jolies fabriques d'Amfreville-les-Monts. Des hau-
leurs environnantes, on voit l'Andelle et le fleuve qui va l'entrainer dans son cours, se fuir, se rapprocher et se confondre enfin en descendant vers Pontde-r Arche. Sur la pointe de la colline occidentale que baigne TAndeDe, s'élève le village de Pitres. D possédait autrefois un château royal, et TempereurCharles-le-Chauve y tint une assemblée de seigneurs et d'évêques, qui a quelquefois pris le titre de concile dans nos historiens.
C'est auprès des confluents des eaux que se retrouvent Is^ plupart des fictions d'amour, comme si de délicieuses allégories avaient dû consacrer partout le mariage salutaire des eaux. Les fables ravissantes de Céix et Alcyone , d'Héro et Léandre , d' Aréthuse et Alphée, n'ont probablement pas d'autre origine. Le xonfluent de l'Andelle a aussi ses mystères d'amour k nous raconter. Sur le petit revers du coteau où s'étendent maintenant les maisons rustiques d'Amfreville, se déployaient jadis les hautes murailles d'un puissant château , dont les ruines ont disparu depuis longtemps. La régnait un tyran ^ sa fille, d'une rare beauté , inspira une passion violente à un chevalier du voisinage, qu'elle aimait. Le père de la damoiselle, voyant leur amour d'un œil défavorable , attacha à leur union une condition , dont les caprices féroces du
pouvoir blasé expliquent à peine la brutale f(^e. Le chevalier ne devait obtenir le titre d'époux qu'après avoir y sans se reposer ni s'arrêter, porté son amante sur ses épaules, du pied de la côte au sommet, par le sentier rapide qui s'élève audacieusement vers le ciel. Bien n'étonne son courage, n'a£bîblit sa résolution. Ilpart,
« Déjà de ce coteau le plus rude est franchi ^ <t Son pas n'a point changé, son corps n'a pas fléchi , tt Son fordean le soutient. »
Il est près d'arriver aux pavillons magnifiques élevés sur la plate-forme où les juges l'attendent pour le couronner : tout à coup, il chancelle, il tombe; la jeune fille le relève, et, voyant que ce n'est plus qu^un cadavre, elle le prend dans ses bras et se précipite avec lui du haut de la roche ^. Le vieux châtelain, accablé de douleur, fit élever sur la plate-forme, une chapelle funéraire qui devint un vaste moutier, appelé le Prieuré des Deux- Amants. Une maison de plaisance a remplacé l'édifice religieux, dont il ne reste plus rien, pas même ces débris enlacés de vieux lierres qui inspi-
' Kous avons vu ailleurs que la mort de la fiancée est raconiée diversement.
rèrent à Ducis les belles pages du poème où il célèbre rinfoitune des deux amants d'Amfreville.
A peine le fleuve s'est-îl éloigné de ces lieux pleins de souvenirs tragiques , que FEure vient k son tour apporter a la rive opposée le tribut de ses eaux. Cette rivière, partie des étangs situés entre Mortagne et Vemeuil, sur les confins d'Eure-et-Loir, traverse ce département dans toute sa largeur, arrose Chartres et Louviers, passe a Notre-Dame-du-Vaudreuil, qu^on aperçoit sur la gauche , et vient se jeter dans la Seine vis-à-vis du village du Manoir. Le fleuve descend ensuite vers Pont-de-l'Arche , dont nous apercevons les clochers et les tours ruinées. L'empereur Charlesle-Chauve est le fondateur de cette ville , et lui a donné ce nom, qui embarrasse les étymologistes malgré son apparente simplicité. Longtemps l'une de nos meilleures places fortes , Pont-de-l'Arche lut avide dç gloire militaire et soutint plusieurs sièges illustres. Ses habitants réclament avec orgueil l'honneur d'avoir les premiers ouvert leurs portes a Henri IV, forcé de reconquérir son royaume. Un pont de vingt-deux arches sert de passage a la route de Rouen , qui descend de Louviers a travers la forêt , et remonte ensuite la côte pour regagner a Port-Saint-Ouen les rives du fleuve. On voit encore a Textrémité de ce pont les
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traces du château et de la tour qui en défendaient l'entrée.
Au-dessous de Pont-de-F Arche , là Seihe, après avoir passé au petit port de Criquebeuf , se multiplie pour enceindre plusieurs iles rerdoyantes ; puis elle entre, a la hauteur de Freneuse y dans le département de la Seine-Inférieure, qu'elle ne doit plus quitter, et se hâte d'aller vivifier la riche et commerçante ville d*£lbeuf . Malgré le coup fatal que la révocation de l'édit de Nantes a porté a son industrie, cette ville a toujours soutenu la réputation qu'elle s'est acquise par ses manufactures de draps , rivales de celles de Louviers. Elle fut longtemps un duché-pairie, appartenant k la maison de Lorraine; maintenant elle est devenue simple chef-lieu de canton. L'une des iles formées par la Seine, dans le voisinage d'Elbeuf , portait le nom d'Oscelle ou Oissel au temps des pirates normands , et leur servit maintes fois de retraite. Plusieurs mémoires lus k l'Académie des inscriptions et belles-lettres n'ont pu préciser laquelle ; dans le doute, nous nous abstiendrons, sans perdre notre temps k disserter après cet illustre corps.
Au bout de la petite plaine d'Elbeuf , une suite de rochers, la plupart escarpés, couverts d'arbres toujours verts , se prolongent sur les bords de la rivière
pendant une longueur considérable , et dérobent aux regards la forêt de Rouyr^y. Tantôt ces rochers offrent plusieurs étages dans lesquels les hommes se sont creusé des demeures; tantôt ce sont des morceaux de rocs pendants, toujours prêts a s'écrouler. Il est même quelques-uns de ces sites qui présentent quelque chose d'efifrayanty et qu'on est surpris de rencontrer le long d'un fleuve dont les eaux coulent si paisiblement. Entre les pieds de ces rochers et les bords de la Seinb régnent le village d'Orival, qui leur a donné son nom y le village d'Oissel-Ia-Rivière et celui de Saint- Etienne , où commence la plaine de Sotteville , qui s'étend jusqu'à Bpuen qu'on aperçoit depuis Elbenf. En portant ses regards vers l'autre rive y l'âme semble soulagée des belles horreurs qu'elle vient d'admirer par la vue des bords riants et des lies couvertes d'arbres, enti'ecoupees de chaumières d'une couleur et d'une construction singulières. Là, se pressent entre les côtes et le fleuve une suite de villages beaucoup plus jolis et plus nombreux que ceux de la rive gauche. C'est d'abord Saint-Aubin vis-a-vis d'Elbeuf, dont il serait im faubourg s'il y avait un pont qui facilitât leur communication ; plus loin, c'est le port Saint- Ouen, où l'on s'embarque dans le bateau de Rouen pour le modique prix de quatre sous; Saint-Crespin,
Amfreyille et Blaville, qui possèdent tous trois de belles maisons de campagne. Au-dessus du village de Port-Saint-Ouen, on aperçoit la côte que la malheureuse Nina gravit pendant quarante ans , malgré les neiges, les glaces , la chaleur et les orages pour aller chaque jour demander et attendre sur la route le bien-aimé que la mort lui avait ravi dans des pays lointains. Du sommet de la hauteur, on découvre, pour la première fois, en arrivant de Paris par la route d*en bas, la ville de Rouen et ses vastes environs. La Seine présente alors un nombre infini d'Iles de toutes formes et de toutes grandeurs, ressemblant a un archipel qui parait en vouloir interrompre le cours. Les roches de Saint-Adrien, contiguës a la côte de Port-Saint-Ouen, sont d'un aspect très-pittoresque ; puis vient la montagne de Belbeuf , que couronnent le parc et le château de ce nom, dont les vastes jardins intéressent par la magnifique vue qui se présente en arrivant au bord des terrasses. Les collines se prolongent ensuite jusqu'à la roche de Sainte- Catherine, dont la Seine lave les pieds avant d'entrer dans Rouen.
Laissons un instant le fleuve suivre la pente qui Pentraine, et gravissons la côte Sainte-Catherine pour nous y reposer un instant. Quand nous aurons
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