‹ La SeineChapitre 60 sur 96 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

La Marne, à Chalifert,

A la vn I du confluent de l'Oise, la Seine ne reçoit plus <|iùin seul afïïuenl vio lent, l'Epte, (|iii descend des terrains argileux du pays de Bray. L'Epte n'est pas

\hk LA SEINE.

assez importante pour modifier le régime de la Seine. Aussi, dans la large vallée de la craie normande, le fleuve a-t-il manqué de matériaux pour remplir son dernier lit; il a donc opéré ce remplissage avec de la tourbe, jusqu'au moment où l'Yonne, la Marne et l'Oise, ayant achevé leur travail en amont, sont venues apporter leur appoint, et ont couvert cette couche de tourbe de la basse Seine d'un épais dépôt de sable limoneux (diagr. nos 3i et 0-2).

Les autres affluents du fleuve ont remblayé leurs lits en suivant les mêmes lois. Ainsi la Marne, qui reçoit les eaux très limoneuses du lias de la montagne de Langres et de la craie inférieure de la banlieue de Vassy et de Saint-Dizier, a rempli son dernier grand lit avec du limon et du gravier, même dans la traversée de la craie ; c'est une rivière violente et limoneuse. L'Oise, qui ne reçoit qu'un seul affluent violent, l'Aisne, est restée tourbeuse et marécageuse en amont de Gompiègne; mais en aval du confluent de l'Aisne, rivière violente, elle a rempli son grand lit d'aval avec du gravier et du limon.

.Lai dit que, dans la traversée de la craie normande, la Seine avait opéré le remblayement de son dernier grand lit, d'abord avec de la tourbe, ensuite avec du sable limoneux.

J'ai retrouvé un de ces anciens dépôts, en construisant l'écluse de Meulan; en voici la coupe :

Coupe de la rive gauche de la Seine, près (le l'écluse de Meulan.

. 't Sable très fin , impur, mélange de limon,

• * . allu\ ion récente.

Argile ri sable coquillicrs.

Argile tourbeuse.

d'eliage.

;".?•• •'„»;•. •*:»\V .*»"] '» •'•'■!*'.* .°.'?.\'»d°«. Gravier, probab • *• •*^"» o o*»o*« %• ,%t'a' J^'»* • *.<>ô". % (lu dernier lit

leineni gravier de fond de I âge de pien e.

On voit que la tourbe est recouverte d'une couche d'alluvion moderne de A"1, 5(1 d'épaisseur, qui devient très limoneuse à la surface du sol.

M. l'ingénieur Saiutyves, en fondant l'écluse de Martot, près d'Elbeuf, a mis au jour une autre couche de cette tourbe.

Coupe de la rive gauche de la Seine, à récluse de Martot.

Terre végétale et sable très fin. Alluvion récente.

Tourbe avec ossements humains, bœufs, sangliers , etc.

-■^-r-' ". ". Vase et sable.

A Meulan, on n'a trouvé que les fossiles ordinaires de la tourbe, avec de nombreux tronçons d'arbres.

A Martot, on a découvert, dans la tourbe, des ossements humains, et, en même temps, des ossements de bœufs, de sangliers, etc. Parmi les restes humains se trouvait un très beau crâne, presque complet, qui a été reconnu, par M. le docteur Pruner-Bey, comme appartenant à la race celtique.

55. On a vu que le relief des bassins de la Seine et des cours d'eau limitrophes Nouvelles preuves devait être, pendant toute la durée de l'âge de pierre, à très peu près ce qu'il '' ' '''"

est aujourd'hui. Ces bassins présentaient donc aussi la même disposition de ter- '«'temps anciens rains perméables et de terrains imperméables.

Mais alors il fallait que le régime des pluies fût, au contraire, tout différent, puisque les eaux pluviales ruisselaient à la surface des terrains les plus perméables, de la craie, par exemple : c'est ce que j'ai déjà fait voir en discutant la coupe du fond de la vallée de la Vanne (53).

Cette question est tellement importante, qu'il est bon de prouver que le régime ancien de la Vanne n'était point un cas particulier.

Prenons un autre exemple: la vallée de la Somme, pour nous placer sur un terrain plus connu des géologues.

Tous ceux qui ont visité cette vallée, près d'Amiens, savenl qu'on y trouve, audessus des tourbières, deux étages de sablières bien séparés, l'un à une petite hauteur au-dessus des eaux actuelles de la rivière, l'autre à un niveau plus élevé, ces deux étages correspondant à peu près à nos hauts et à nos bas niveaux de

La Seine. i <>

Ui6 LA SEINE.

Paris. Dans l'étage inférieur surtout, les zones de cailloux et de sables sont disposées comme dans nos grandes rivières actuelles; le sable est parfaitement pur; ce qui prouve qu'il était remué et lavé par un courant d'eau animé d'une certaine vitesse. Or comment un courant d'eau violent pouvait-il exister dans la vallée de la Somme, si, comme aujourd'hui, les eaux pluviales étaient absorbées eu totalité sur place et passaient par les sources avant d'arriver aux thalwegs? La portée des grandes crues ordinaires de la Somme est à peine trois ou quatre fois plus grande que sa portée d'étiage, et c'est à cette tranquillité de régime qu'on doit attribuer le grand développement des tourbières du fond de la vallée.

Autrefois la rivière non seulement ne produisait pas de tourbe, mais encore était assez violente pour déplacer le sable et les cailloux; il fallait donc que les eaux pluviales ruisselassent à la surface du sol de son bassin. Cependant ce bassin était aussi perméable qu'aujourd'hui. Par conséquent, les chutes de pluie ou de neige étaient beaucoup plus grandes, puisque la totalité de l'eau n'était pas absorbée sur place. Ces ruissellements d'eaux pluviales ou de neiges fondues ne sont pas sans exemple dans les temps modernes. La Somme éprouve des crues assez grandes pour être désastreuses, mais qui se renouvellent à peine une fois par siècle : telle a été celle de février 1 658. D'après les récits du temps, cette crue a été produite par une grande fonte de neige; le froid avait été excessif pendant six semaines, et la couche de neige qui s'était accumulée à la surface du sol avait la bauteur d'un homme. Ces phénomènes, qui se reproduisent trop rarement dans les temps modernes pour troubler la production de la tourbe, devaient être beaucoup plus fréquents autrefois, pendant la longue durée de l'âge de pierre.

On ne peut donc comprendre l'existence des cours d'eau à crues violentes qui remplaçaient autrefois les ruisseaux, aujourd'hui si paisibles, des vallées à versants perméables, comme celle de la Somme, qu'avec un ruissellement considérable et habituel des eaux pluviales à la surface du sol. S'il en était ainsi, ces eaux devaient arriver dans les vallées chargées du limon rouge des plateaux, et il n'y a rien de surprenant que, dans leurs débordements, elles déposassent ce même limon sur les graviers plus élevés que le lit, sur lesquels elles s'étendaient, comme le font encore toutes nos rivières à grandes crues ou à versants imperméables.

C'est ce qui explique ces dépôts de limon rouge qui, dans certaines parties de la vallée de la Somme, et notamment à Amiens, semblent se relier aux limons des plateaux. Ce ruissellement des eaux pluviales à la surface des terrains aujourd'liui si complètement perméables est la preuve la plus incontestable de l'existence des grands cours d'eau de l'âge de pierre (£3 et hh).

Relation 56. M. Lesquereux fait remarquer que les tourbières appartiennent essentiel-

enlre les anciens dépôts I , {••li±r/T r ]]f

charbonneux iement aux zones troides et tempérées. La température moyenne, la plus lavo- "' rable à la production de la tourbe, est comprise entre 6 à 8 degrés centigrades

les tourbières modernes. A x

(Irlande, îles Malouines). Dans les plaines basses, on ne trouve pas de tourbe au sud du /i6° de latitude boréale, et, suivant Darwin, au nord du /ii°de latitude australe.

M. Lesquereux cherche à établir que la répartition géographique des autres combustibles minéraux, de la houille et de l'anthracite, est à peu près la même, c'est-à-dire que ces combustibles ne sortent guère des limites des régions tempérées.

Je ne sais si les découvertes modernes n'infirment pas cette opinion. Les terrains carbonifères des Etals-Unis descendent, vers le sud, bien au-dessous du 66° de latitude; mais, quoi qu'il en soit, les études qui précèdent peuvent jeter quelque lumière sur cette importante question.

On voit d'abord que, dans les terrains perméables, les accumulations de végétaux n'ont pu se former, aux époques paléozoïques comme aujourd'hui, qu'au fond des vallées les plus profondes, au bord des rares cours d'eau qui les sillonnent, l'humidité manquant sur les pentes et dans les vallées peu profondes.

Il résulte de là que les combustibles minéraux doivent être fort rares dans les terrains perméables, non seulement parce que les accumulations de végétaux ne peuvent s'y former que sur des surfaces très restreintes, mais encore parce que ces dépôts, placés au fond des vallées, ont dû être balayés par les déplacements de la mer dans toutes les révolutions du globe.

Les combustibles minéraux manquent aussi dans toutes les formations franchement argileuses, parce que, les eaux pluviales coulant toujours à la surface et produisant des crues violentes au fond des vallées, les débris de végétaux n'ont pu s'accumuler nulle part.

Au contraire, les terrains paléozoïques fissurés ou schisteux ont du, comme aujourd'hui, donner naissance à de nombreax suintements, et, par conséquent, les plantes aquatiques ont pu s'y développer de tout temps, comme elles s'y développent encore dans les tourbières des pentes et des plateaux. De là l'origine de la houille et de l'anthracite.

Je ne puis m'étendre plus longuement sur cet important sujet, qui exigerait une étude toute spéciale.

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