CHAPITRE XVII
Les ossements et les silex travaillés manquent dans les limons et graviers diluviens des plateaux et des hautes terrasses. — Pourquoi. — Comment les ossements se déposent dans les anses et sur la rive convexe des tournants. — Pourquoi l'on trouve quelquefois, dans les anciens graviers, de si nombreux objets travaillés par l'homme.
57. Je ne suis point naturaliste, et je n'entreprendrais pas cette dernière par- on n'a trouve- jusque
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lie de 1 histoire de la Seine, si elle ne jetait un grand jour sur les laits qui ont été des grands animaux exposés ci-dessus. Mon savant confrère et ami, M. Lartet, a bien voulu d'ailleurs ! âg,l
1 dans les limons
me prêter son bienveillant concours, et c'est avec son aide nue j'ai entrepris cette "' ecaviers d'luvi<'ns tache, un peu ardue pour moi. et des hautes tmass**
On n'a signalé jusqu'ici aucun reste de mammifères, soit dans les limons des plateaux, soit dans les graviers des hautes terrasses que je considère connue diluviens. Gela ne veut pas dire qu'au moment où s'est accomplit; la révolution qui a modifié si complètement le relief du bassin de la Seine, le pays étail désert et inhabité; mais, en tenant compte d'une des lois les plus simples de l'écoulement des crues des cours d'eau, on reconnaît que les restes des animaux détruits, quel que fût leur nombre, doivent être excessivement rares dans les relais diluviens.
Si l'on suit dans toutes ses phases une forte crue d'un grand cours d'eau, on remarque que les corps flottants sont tous entraînés pendanl la croissance <l<ls
eaux. Dès que la crue décroît, on ne voit plus rien, ni paille, ni bois, ni aucun autre reste d'objet détruit ou emporté. Cette loi est générale, et elle doit s'appliquer aussi bien à une invasion diluvienne qu'aux crues d'un cours d'eau ordinaire.
On a démontré plus haut que les limons des plateaux se sont déposés, dans la période décroissante des eaux diluviennes, lorsque ces eaux, ayant perdu toute violence, ont laissé tomber la boue qu'elles tenaient en suspension. C'était aussi dans le même temps que les vallées se creusaient, et que les débris des roches détruites restaient sur les hautes terrasses. Les corps flottants, les forêts renversées, les cadavres des animaux, étaient bien loin déjà, lorsque ces dépôts se formaient.
Il n'est donc pas surprenant que les restes des anciens animaux qui habitaient le pays soient excessivement rares dans ces relais de la queue du déluge.
comment 58. Dans les fleuves permanents, les ossements des animaux sont apportés
«semenis des animaux surtout de deux manières dans les graviers des tournants et des anses : ou bien les
rage de pierre cat|avi.cs gonflés par les gaz, y atterrissent en flottant (21), ou bien les berges
ont ete apportes ' O l O J \ I O
dans peu rapides, disposées en pente douce, de ces points d'alluvionnement, forment
i iers ries cours
d'eau. des abreuvoirs naturels, fréquentés surtout par les herbivores, et dans lesquels
ils peuvent se noyer.
11 en était ainsi dans l'âge de pierre, et c'est pour cela que les ossements se trouvent surtout dans les anses et sur la rive convexe des tournants. Je ne prétends pas que quelques-uns de ces ossements n'aient pas été apportés en roulant avec les graviers, mais c'est bien certainement l'exception.
Si les ossements avaient été apportés dans les anses et sur les convexités des lou ruants avec le sable et le gravier, on devrait les trouver avec la même abondance dans les parties rectilignes des lits et en plein courant; et c'est ce qui n'a pas lieu.
En outre, un os est bien plus léger qu'un caillou. La densité du silex pyromaque varie de 2,570 à 2,927; elle est, en moyenne, de 2,7/19. Celle des ossements les plus lourds, de l'ivoire, est de 1,917. Le rapport de ces deux nombres est 0,7b; mais, dans l'eau, il est moindre encore. Le décimètre cube d'ivoire ne pèse plus que o1'1^^; le décimètre cube de cailloux, 1 k,I,7 A9 ; le rapport est réduit presque à o,5o. Il résulte de là que le courant qui déplace des cailloux d'une épaisseur maximum de om,io peut entraîner en même temps des ossements de o"\ 20 d'épaisseur, c'est-à-dire de la plus grande dimension. Les ossements devraient donc se trouver, comme les cailloux, dans toute la hauteur des sablières; or on ne les rencontre habituellement que dans le gravier de fond, dans ce qu'on appelle encore le diluvium gris moyen el inférieur. On faisait intervenir un ou deux déluges pour expliquer l'absence des ossements dans les
couches supérieures, ainsi que dans les graviers que j'appelle Xalluvion et le limon des débordements. J'ai démontré que ces déluges n'ont jamais existé, au moins dans le bassin de la Seine, et cela ressortira mieux encore de l'étude qui va suivre.
Si nous admettons les cadavres flottants et les noyades sur place, dans les abreuvoirs naturels des tournants et des anses, tout s'explique de la manière la plus simple. On comprend même facilement la dispersion des os. Qu'arrive- 1— il , par exemple, lorsqu'un cadavre flottant échoue sur un banc de sable de nos cours d'eau modernes? Les chairs tombent promptement en décomposition, et les os disjoints sont dispersés à la première crue, même dans les anses et sur les convexités des tournants; il est très rare que le squelette entier se conserve dans le sable.
H en a été de même dans l'âge de pierre. Les ossements ont été dispersés de cette manière dans les graviers de fond des anses et des tournants, où les eaux tourbillonnaient sans violence, quoique, par hypothèse, les cadavres y arrivassent flottants et entiers; par conséquent, on n'y trouve jamais un squelette complet, et il est même rare qu'on y rencontre les divers os d'un membre dans leur position naturelle.
Faisons voir maintenant pourquoi les ossements sont rares dans l'alluvion, et pourquoi les ossements des animaux les plus volumineux se trouvent surtout dans les couches les plus basses des graviers de fond.
Nous avons dit que, dans le travail d'abaissement des lits, les matières provenant de l'afl'ouillement étaient employées par le fleuve à combler les parties abandonnées de l'ancien lit, et se déposaient surtout dans les anses et sur le coté convexe des tournants.
Soit en EFG la coupe de la berge d'un ancien lit en voie d'alluvionnernent, par suite de rabaissement du lit sur l'autre rive;
A, gravier de fond primitif;
B, G, I), couches successives de gravier, déposées au-dessus de la couche \: III, h' niveau des eaux moyennes, avant le dépôt des couches B, G, D;
H' I', le niveau des eaux moyennes, après le dépôt de ces couches.
Au fur et à mesure que l'alluvionnement s'effectuait, la ligne HI des eaux moyennes s'abaissant, le tirant d'eau devenait de plus en plus petit, et les cadavres flottants, qui arrivaient sans difficulté jusqu'au talus de la berge EF avant le dépôt de la zone B, s'arrêtaient à une plus grande distance, après le dépôt de celte zone.
Lorsque le remblayement était arrivé à la hauteur indiquée sur la figure, le niveau des eaux moyennes étant abaissé en HT, aucun cadavre flottant ne pouvait aborder sur la partie de la zone D située au-dessus du point H', c'est-à-dire dans l'alluvion, si ce n'est en temps de crue; et ces cadavres, qui restaient ainsi à découvert dans l'intervalle des crues, étaient promplement détruits par les agents atmosphériques.
L'alluvion doit donc être à peu près dépourvue d'ossements; cela n'exige aucune démonstration dans l'hypothèse des noyades. H en est de même, à plus forte raison, du limon et du petit gravier des débordements, qui se sont étendus au-dessus. C'est, en effet, ce qui se vérifie tous les jours dans l'exploitation des sablières. Les ossements se trouvent surtout dans le gravier de fond ("23, 30, 31, 37,38).
On sait que les cadavres surnagent, gonflés par les gaz, tant qu'ils sont entiers; mais, dès que les membres commencent à se disjoindre, par suite de l'étal avancé de la décomposition, ils tombent au fond de l'eau. Les cadavres exigent donc, pour flotter, une profondeur d'eau d'autant plus grande qu'ils sont plus volumineux; par conséquent, on doit trouver dans la couche A des ossements d'animaux plus volumineux que dans la couche B.
L'explication est identiquement la même dans l'hypothèse d'une noyade. Les grands animaux ne pouvaient se noyer que dans des eaux relativement plus profondes. Lorsque le fleuve coulait sur la couche A, les gros éléphants s'y noyaient plus souvent et plus facilement que lorsque le fond s'était relevé au niveau de la couche B, et que le niveau HI des eaux moyennes s'était abaissé.
Il va sans dire que les cadavres des animaux noyés pouvaient flotter au bout de quelques jours, lorsqu'ils étaient gonflés par les gaz, et qu'ils tournoyaient dans l'anse ou sur la rive convexe du tournant, comme cela se passe encore de nos jours, jusqu'à ce qu'ils tombassent au fond de l'eau, ou qu'ils fussent entraînés en plein courant, pour aborder sur un autre point d'atterrissement.
Les cadavres qui pouvaient flotter étaient de plus en plus petits, à mesure que la profondeur d'eau diminuait, par suite de l'exhaussement du lit et de l'abaissement du plan d'eau; si les ossements des petits animaux avaient pu résister au frottement des sables, il est probable que nous les trouverions jusqu'à la limite HT des eaux moyennes.
Ceci fait comprendre un fait inexpliqué jusqu'ici. Dans les sablières exploitées sur une large échelle, et où, par conséquent, les faits ont pu être bien observés, à Paris, par exemple, on a remarqué, dans ces dernières années, que les ossements de tous les animaux gros et petits se trouvaient dans le bas «les graviers de fond; plus liant, les gros éléphants disparaissent, et l'on ne rencontre plus que les petits éléphants et les autres animaux; puis, au fur el à mesure qu'on s'élève, l'hippopotame, le rhinocéros, les grands bœufs manquent, et, enfin, le renne et les autres cervidés restent seuls dans les dernières couches ossilères.
Jusqu'ici on avait admis que cette disposition était due à la disparition successive des animaux de 1 âge de pierre. Le renne était resté le dernier. Cette explication n'est pas admissible : on a aujourd'hui la certitude que l'éléphant est resté avec le renne jusqu'à la fin de l'âge de pierre.
La position des ossements dans les graviers est d'ailleurs la même dans les hauts et les bas niveaux. A ces deux époques, si éloignées l'une de l'autre, de
I existence de nos grands cours d'eau, la coupe théorique des sablières présente, à partir du fond, une série de couches A renfermant tous les ossements, ceux des gros éléphants compris, des couches B ne contenant plus d'ossements de gros éléphants, des couches C où l'on ne trouve plus que les ossements des animaux moins volumineux, et ainsi de suite jusqu'à l'alluvion D dépourvue d'ossements.
On ne peut admettre que les animaux aient ainsi disparu successivement, en commençant par les plus gros, à l'époque des hauts niveaux, pour reparaître ensuite à l'époque dos bas niveaux, pour disparaître encore une fois dans le même ordre. Cela est d'autanl moins admissible que les ossements des jeunes éléphants se retrouvent encore, avec ceux des rhinocéros, des bœufs et des chevaux, dans les couches de gravier où l'on ne trouve plus les gros éléphants adultes de même espèce. En admettant le mode d'alluvionnement décrit ci-dessus, le l'ail s'explique sans difficulté, ainsi qu'on vient de le voir.
Celle règle n'est pas sans exceptions; dans les crues, les cadavres flottants des plus gros éléphants pouvaient atterrir sur les graviers de fond les plus élevés. Je possède une molaire à'Elephas primigenius de grande taille trouvée sur le cap d'alluvion de la Maine, entre Nogent et Brie; l'ouvrier qui me l'a vendue m'a montré la place où elle était enfouie, et c'était à la partie supérieure de la couche ossilère.
On a trouvé des ossements jusque dans l'alluvion. Mais c'est un fait exceptionnel, (pu prouve une fois de plus qu'on ne peut comparer les zones de sables et de graviers des terrains de transport aux strates des lorrains séditnentaires.
II faut, pour que des ossements se soient conservés dans l'alluvion, (pie le gravier dans lequel ds sont enfouis ait été apporté soit par la même crue que le
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cadavre flottant, soit dans un temps assez court, pour que les agents atmosphériques n'aient pas détruit les derniers débris du cadavre.
L'abondance des siiex 59. Les silex taillés par l'homme se trouvent en grande abondance dans les
laill.
graviers de fond de certaines localités. Les ouvrages de M. Boucher de Perthes ie fond, on[ |ajj connaître la richesse de certaines sablières de la Picardie. Plusieurs sa-
piouve
claviers blières de Paris ne sont pas moins riches, on le verra plus loin. On ne peut
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et non diimiens. expliquer cette réunion de tant d objets travaillés par 1 homme, dans une petite étendue de terrains de transport, si ces terrains sont d'origine purement diluvienne et n'ont pas été remaniés par les cours d'eau. En effet , les eaux courantes ne rassemblent jamais les objets lourds de même origine, elles les dispersent; les objets légers, ceux qui flottent sur l'eau, peuvent atterrir en abondance à certains points favorables, mais ceux qui sont entraînés en roulant au fond avec les graviers sont dispersés comme les graviers eux-mêmes.
Si les graviers de Levallois n'avaient pas été remaniés par les cours d'eau et avaient été jetés par un courant diluvien dans la position qu'ils occupent aujourd'hui, on concevrait qu'on y trouvât quelques objets travaillés par les hommes qui vivaient avant le déluge; mais il est absolument impossible de comprendre comment ces objets auraient pu, dans cette hypothèse, être réunis sur place en assez grande abondance pour qu'un seul chercheur, M. Reboux, ait pu en recueillir environ /tooo dans une seule localité.
Il est bon de remarquer que ces silex ne portent aucune trace de roulure, et qu'ils se trouvent presque tous dans les graviers de fond, rarement dans l'alluvion. On explique cette richesse des graviers de fond et cette pauvreté de l'alluvion en faisant intervenir deux déluges, dont l'un aurait déposé le gravier riche, le diluvium gris, et l'autre le gravier pauvre, le diluvium rouge.
Si, au contraire, on admet que les terrains de transport ont été remaniés par les fleuves, si la théorie de fallu vionnement établie plus haut (23) est vraie, on voit immédiatement que les graviers de fond étaient des ateliers de fabrication, surtout à Paris, où nos sauvages ancêtres ne trouvaient pas d'autres silex que ceux du fleuve pour préparer leurs outils. En temps de basses eaux, ils descendaient sur le talus des berges jusqu'aux zones A (diagr. n° 3 a) des premiers graviers de fond, qui sont beaucoup plus riches en gros silex; ils y ébauchaient les nucléus, et les remontaient, ainsi préparés, sur les tertres des zones B et C, pour y achever la taille.
C'est ce qui est démontré par une découverte très intéressante de M. Reboux à Levallois : c'est dans les zones A du fond des sablières qu'on trouve les éclats détachés des nucléus, et dans les zones B et G des graviers de fond plus élevés qu'on a recueilli le plus grand nombre de silex taillés.
Ces silex sont rares dans l'alluvion D (diagr. n° 32) composée de gravier trop
menu pour qu'on y trouvât des silex propres à être taillés, et trop éloignée des points du gravier A, qui découvraient en basses eaux, pour qu'on y transportât les nucléus(l).
Ces observations préliminaires étaient indispensables pour simplifier et faire comprendre ce qui va suivre.
10 L'alluvionnement ne se fait pas par couches pour la clarté de la démonstration, indiquer une régulières, comme l'indique le diagramme n° 33. disposition en zones régulièrement superposées, qui C'est toujours un phénomène tumultueux. On a dû, n'existe presque jamais. (Voir les notes.)
ao.