CHAPITRE XVIII
Restes des animaux de l'âge de pierre et trace de l'industrie humaine sur le revers océanien de la chaîne de la Côte-d'Or. — Aucune découverte n'a e'té faite jusqu'ici dans le Morvan. — Les ossements et les silex taillés , nomhreux dans les cavernes et les stations de chasse, sont rares dans les graviers. — Preuves du rapide abaissement du lit des cours d'eau de cette partie du bassin.
60. Je ne crois pas qu'aucun ossemeut d'animaux de race éteinte ait été trouvé i/hommc dans le Morvan. Il est difficile qu'il en soit resté trace, s'ils ont vécu dans les vallées à pente rapide de cette contrée; le terrain de transport y est rare, et la v''ZbLt nature du sol et des rochers ne se prête guère à la conservation des débris orea- les Penles de la ,h""
1 ° ° de la Câle-d'Or.
niques.
Dans les terrains jurassiques, au contraire, on trouve à de grandes altitudes, dans les fentes des rochers, les stations de chasse et les cavernes, des ossements qui prouvent que les animaux de l'époque quaternaire ont habité les pentes de la chaîne de la Côte-d'Or.
On sait que le faîte de cette chaîne, dans le bassin delà Seine, ne s'élève pas à plus de 61 o mètres au-dessus de la mer. M. Babeau a trouvé trois molaires d'éléphant dans les fissures du calcaire à entroques, à £20 ou kho mètres d'altitude, à Bourg, près de Langres, c'est-à-dire presque au sommet de la chaîne. De gros os, trouvés dans la même localité, ont été brisés par les ouvriers et jetés aux décharges.
Le musée de Langres possède une ou deux molaires des mêmes animaux, recueillies dans le voisinage.
M. Collenot a fait connaître, dans diverses publications bien appréciées des géologues, les nombreuses stations de chasse découvertes dans le pourtour de l'Auxois. La plus connue est celle de Genay, près de Semur; elle est silure à la limite du lias et du calcaire à entroques, dans le voisinage d'une jolie source, presque au sommet d'une montagne dont le point culminant esta 636 mètres d'altitude, à plus de i5o mètres au-dessus de l'Armançon, qui coule au pied. Ou y a trouvé de nombreux ossements, en partie carbonisés, presque toujours fendus lorsqu'ils renfermaient de la moelle.
Les animaux suivants, auxquels ils appartenaient, ont été déterminés par MM. Desnoyers et Alph. Milne Edwards :
Bos primigenius (ou Bison europœus);
Elephas primigenius ;
Ursus (canine);
Ijjuus;
Cervus, peut-être Cervus larandus;
Hyœna spelœa (mâchoire).
Ces ossements sont enfouis dans un éboulis de calcaire à enlroques, avec un grand nombre de silex taillés; il n'y a, dans la localité, ni cailloux roulés ni silex.
M. Martin (de Dijon) a trouvé sur la montagne de Genay, au-dessus de ce dépôt, une molaire bien conservée à'Elephas antiquus, déterminée par M. de Vibraye.
Sur la plaine même de l'Auxois, à Cernois, près de Semur, dans le voisinage dune source, on remarque un assez grand nombre de foyers circulaires avec ossements carbonisés, et de très nombreux silex taillés en couteaux, grattoirs, pointes de lance ou de flèche, quelques-uns, assez rares, de la forme de Manchecourt, c'est-à-dire très anciens. Mais on y a recueilli aussi des haches polies en ophite, agate et granit à grain fin; ce qui prouve que ces stations ont duré pendant l'âge de la pierre taillée et de la pierre polie. On en trouve de semblables dans d'autres localités voisines, à Menétoy, Bourbilly, etc.
M. Collenot a fait beaucoup d'autres découvertes du même genre dans des localités voisines :
A Pouillenay (vallée de la Brenne), daus des éboulis du calcaire à entroques,
s de la fontaine Rosée, ossements brisés de cheval et de bœuf, molaire bien caractérisée à' Ursus spelœus.
A Ménétreux-le-Pitois, ossements de bœuf, de cheval et de cerf
A Montdregey, près de Semur, silex taillés, ossements indéterminés, poterie
grossière.
Sablières de Rougemont, près de Montbard, bois de cerf
A Montfaute, près de Guillon, bords de l'Auxois, station analogue à celle de Genay, mais moins riche en ossements et en silex.
La grande dénudation des terrains kellowiens du Ghâtillonnais a été l'objet de travaux non moins connus des géologues. M. Beaudoin, l'auteur de ces travaux, prépare d'autres publications qui ne me permettent pas de m'étendre beaucoup sur ses découvertes (1). Je me bornerai à dire que, dans la caverne de Balot, il a recueilli des ossements des animaux suivants : ours des cavernes, chien, renard, rat d'eau, lapin, cerf, renne, aurochs, bœuf, cheval, cochon.
(l) Voir la première notice de M. Beaudoin, Bulletin de la Société géologique , 2e série, t. VIII, n° 58-2, et t. XVII, n° 488.
Sur les plateaux, clans le limon rouge à minerais de fer oolithique (mine rouge), il a recueilli de nombreux silex taillés, tels que couteaux, grattoirs, dards de flèche et de lance, marteaux, etc., et, dans la couche superficielle, débris de haches polies en silex, euphotide, etc. Ces dépôts se trouvent à /io mètres environ audessus des cours d'eau.
M. Périllieux, membre du Conseil municipal de Paris, m'a remis divers silex taillés trouvés à la surface de l'oolithe moyenne , entre Noyers et Tonnerre (Yonne) , dans un limon rouge exploité pour une tuilerie, au bois de l'Afïichot, près de Fresnes. Ces silex, taillés en dard de flèche et de lance, ont paru fort anciens à MM. Lartet et de Mortillet. On trouve des silex taillés de même forme dans les graviers de la Seine, à Paris.
Il est donc bien certain que le revers océanien de la chaîne de la Côte-d'Or était habité par l'homme de l'âge de la pierre taillée, et par les grands animaux, ses compagnons habituels. Mais les traces du travail de l'homme, ainsi que les restes de ces grands animaux, sont extrêmement rares dans les graviers des cours d'eau de cette contrée.
61. On n'a rien trouvé jusqu'ici au bord des cours d'eau du granit, et il n'y on n'a trouvé jusqu'ici a rien d'étonnant à cela, puisque les terrains de transport manquent dans ces ,,'i'X! vallées étroites et à forte pente.
i les terrains de ir.msuort
Les vallées du lias sont beaucoup plus larges; j'ai décrit plus haut les allu- ' *Mies
i' / a du granit, du lias
vions granitiques qui les tapissent à lavai du Morvan, notamment le grand dépôt ,i
sur lequel est bâtie l'église de Pontaubert, celui de la plaine du Vault, près d'Avallon, le long de la rivière du Cousin; celle de la vallée du Serein, vers Guillon (Yonne).
Jamais on n'a trouvé d'ossements dans ces terrains de transport, qui, il faut bien le dire, ont été peu fouillés; mais il est très probable qu'en raison de leur énorme pente, les cours d'eau, avant le développement de la faune de l'âge de pierre, ont promptement abaissé leur lit au niveau où ils coulent aujourd'hui, et n'ont pu enfouir beaucoup d'ossements dans les graviers des plaines voisines.
11 en est de même, à plus forte raison, des rivières des terrains oolithiques inférieurs, qui non seulement ont une pente énorme (31), mais encore coulent dans des vallées très resserrées; le terrain de transport y manque à peu près complètement. C'est au-dessous de l'étiage actuel qu'il faudrait chercher les ossements; témoin la découverte faite en 18/17 Par un habitant de Saint-Moré. En creusant son puits, dans la vallée de la Cure, un peu au-dessus d'Arcy, il trouva des ossements d'éléphant à 9 mètres de profondeur au-dessous du niveau de cette rivière. A Saint-Moré, la Cure coule dans la grande oolithe, qui forme les grands escarpements, au milieu desquels je creusais alors le petit tunnel où passe la route. J'ai eu ainsi des renseignements positifs sur cette découverte.
éi 11 urs
Ossements - dans l'arène; terrains de transport des coteaux.
62. Je persiste a considérer comme terrains de transport, et non comme terrains détritiques, ces singuliers dépôts de fragments de calcaires jurassiques, non roulés, qu'on trouve dans les anses et les revers des coteaux préservés de la violence des courants diluviens, et que les paysans de la basse Bourgogne appellent «rêne, liasse ou terre à bâtir (9 et note B).
On y a découvert quelques débris d'animaux de race éteinte.
En i 867, j'ai recueilli près de Saint-Moré, un peu en amont des grottes d'Arcy, dans la vallée de la Cure, à une dizaine de mètres au-dessus de cette rivière, un humérus d'éléphant enfoui dans l'arène, que j'ai donné à mon ami M. Cotteau. Plus bas, dans le même terrain et la même vallée, j'ai trouvé deux bois de cerf parfaitement intacts et bien fossiles et un squelette entier de petit rongeur.
M. Roussel a détaché un tibia d'un squelette entier de cheval clans l'arène de la vallée de la Laignes, près de Ricey-Haut, arrondissement de Bar-sur-Seine ( Aube), à 5o mètres au-dessus de la rivière. Les autres ossements ont été dispersés depuis.
Suivant M. Cotteau, plusieurs bois de cerf ont été trouvés à Guerchy, dans le même terrain.
M. Raulin (Statistique géologique de l'Yonne) et M. Rathier, à Tonnerre, signalent diverses découvertes du même genre faites dans les dépôts d'arène du département de l'Yonne.
Les ossements
sont très rares
dans les graviers
des \allées
ilithi moyenne
63. Les vallées s'élargissent beaucoup dans la tra\ersée des marnes oxlordiennes, et l'on y remarque de larges plages de grève formée de débris de roche oolithique roulés et polis. Ces terrains de transport se resserrent dans le corallien et dans l'oolithe supérieure, sans cependant disparaître jamais entièrement.
Dans la vallée de l'Yonne, à Magny (corallien, vallée resserrée), on a trouvé, à 3 mètres de profondeur, au fond du lit de la rivière, un très beau bois de cerf, qui aujourd'hui fait partie de la collection de M. Cotteau.
M. Beaudoin a recueilli deux mâchoires de castor dans les grèves de la Seine, près de Chatillon, et un os long de bouquetin dans les grèves de l'Ource, près des marais de Riel-les-Eaux.
M. Séjournant a bien voulu me donner une molaire (YElepItas primigenius et trois dents de cheval trouvées par lui dans la large plage de grève des vallées de l'Orge et de l'Aujon, près de Châteauvillain, à une petite hauteur au-dessus de ces rivières.
Ces découvertes sont fort importantes, puisque ces ossements de castor, de bouquetin, d'éléphant, et le bois de cerf de Magny, sont les seuls qui aient été recueillis dans les graviers des vallées de l'oolithe moyenne, et cependant l'étendue des plages de grève des marnes oxfordiennes est réellement considérable.
Peut-on dire que les grevières n'ont pas été exploitées sur une assez large
échelle, que les travaux n'ont pas été suivis d'assez près par les géologues ? Il est certain que les exploitations sont moins importantes en Bourgogne qu'à Paris, et qu'il est dilïicile de visiter souvent une sablière située à 3 ou k kilomètres de la localité qu'on habite.
Néanmoins, si les silex taillés et les ossements étaient aussi communs dans les grèves des vallées jurassiques que dans certaines sablières de Paris, ils n'auraient pas échappé à l'attention d'explorateurs aussi dévoués à la science que MM. Bcaudoin, Gotleau, Collenot, et de tant d'autres géologues.
6/j. J'atlribue donc la rareté des découvertes à une autre cause, à la grande cause de cette rant. pente des cours d'eau et au rapide abaissement de leur niveau à l'origine de l'âge de pierre, lorsque les grands mammifères étaient encore peu nombreux; j'en trouve une preuve aux grottes d'Arcy, dans la vallée de la Cure.
H y a plusieurs grottes voisines sur la rive gauche de la Cure, au-dessus d'Arcy : les grandes grottes dont j'ai donné le plan dans le Bulletin de la Société géologique^, et la grotte des Fées, située un peu en amont. C'est dans celle-ci que M. le marquis de Vibraye a trouvé un si grand nombre d'ossements ^.
Cette grotte est largement ouverte au bord même de la Cure ; suivant M. Cotteau, son étendue en longueur serait assez grande. D'après des renseignements qui m'ont été donnés par M. Debette, ingénieur des mines, les couches à ossements sont situées de 3 à 9 mètres au-dessus du niveau actuel des basses eaux de la Cure'3'. Dans les grandes crues, la rivière pourrait encore couvrir les couches les plus basses. M. de Vibraye divise ainsi le terrain ossifère de la grotte des Fées : la couche supérieure est formée de limon; son épaisseur ne peut être définie; elle ne renferme que des ossements relativement modernes. Une couche intermédiaire, que M. de Vibraye appelle brèche osseuse, a om,75 environ d'épaisseur; elle est formée principalement de débris des roches voisines et renferme surtoul des ossements d'herbivores. On n'y trouve ni l'ours ni l'hyène des cavernes.
C'est dans la couche inférieure de im,5o d'épaisseur que M. do Vibravc a découvert les restes de ces grands carnassiers, cette mâchoire humaine et ces silex travaillés qui ont si vivement intéressé les géologues.
En somme, la faune des grottes d'Arcy comprend les espèces suivantes :
Ursus spelœus ;
Hyœna spelœa ;
Elephas primigenius ;
(1) Bulletin delà Société géologique de France, w M. Cli. Sainte-Claire Deville, dans la discus-
2° série, année 1 5 A T> , p. 65o,, pi. XX. sion qui a suivi la communication <!<• M. do Vi-
' Voir le mémoire de M. de Vibraye, Bulletin l>ra\e, a dit que le sol de la couche inférieure ;i
de la Société géologique de France , i' série, t. XVII, ossements était à un mètre à peine au-dessus de la
p. 46a. Cure; c'est évidemment une erreur.
I a Seine. 0 1
Rh inoceros tichorh in as ;
Hippopotamus major (trouvé par M. de Bonnard);
Cervus tarandus;
Cervus elaphus;
Equus eaballus;
Equus minus, elc.
Les ossements les plus abondants sont, suivant M. Gotteau, ceux de l'ours et du cheval.
D'après les cotes qui m'ont été données par M. Debette, l'ours des cavernes a donc vécu à 3 mètres au-dessus des basses eaux de la Cure, et ses ossements ne se trouvent plus dans les grottes à quelques mètres plus haut.
J'ai décrit plus haut (3*2) un lambeau de gravier granitique des hauts niveaux qui se trouve à i5 mètres au-dessus de la Cure, sur la rive droite, à la pointe de la rive convexe du tournant des grottes. Ces graviers ne faisaient donc plus partie du lit à l'époque où vivait YUrsus spelœus, c'est-à-dire dans les premiers temps de l'âge de pierre, et, à cette époque ancienne, la Cure coulait déjà au même niveau qu'aujourd'hui.
C'est à ce rapide abaissement des lits que j'attribue la pauvreté paléontologique des grèves des vallées jurassiques. Les cours d'eau de la Bourgogne, après la tin du cataclysme diluvien, sont descendus presque aussitôt au niveau où nous les voyons encore aujourd'hui; c'est ce que prouve la présence de YUrsus spelœus à 3 mètres au-dessus des basses eaux de la Cure.
Dans les travaux assez nombreux que j'ai fait exécuter sur les cours d'eau dans la traversée des terrains jurassiques, j'ai presque toujours trouvé la roche à une petite profondeur au-dessous de l'eau (1>. Ce fait démontre qu'une fois abaissés ces lits ne se sont plus exhaussés par remblayement.
La dent d'éléphant qui m'a été envoyée par M. Séjournant est dépouillée de cément ; j'ai constaté le même fait sur des dents qui existent dans la collection de M. Colteau et qui proviennent des environs d'Auxerre, et, en général, sur toutes celles qui ont été trouvées dans des graviers remaniés par des courants violents; on le verra plus loin.
Les ossements de cheval, qui se trouvent en très grande abondance dans les grottes d'Arcy, ont probablement été apportés par les eaux; mais bien certainement il n'en a pas été de même de ceux de l'ours, qui n'y sont pas moins nombreux; car, si les crues de la Cure avaient transporté un si grand nombre de cadavres d'ours dans les grotles, elles en auraient jeté quelques-uns dans les anses, les tournants et autres points d'alluvionnement des vallées de l'Yonne et
' Ainsi les fondations des pouls d'Arcy. sur la Cure, el d'une grande partie despertuis de cetle rivière, reposent en général sur la roche, à une faible profondeur au-dessous des graviers du fond du lit.
même de la Seine. Or tous les géologues savent que les ossements du grand ours n'ont jamais été trouvés dans les terrains de transport. L'ours habitait donc les grottes d'Arcy lorsque le sol de ces grottes était à 3 mètres au-dessus de l'étiage actuel. Par conséquent, l'eau de la rivière, pendant une grande partie de l'année, se tenait au-dessous de cette cote de 3 mètres.
Pendant toute la durée de l'âge de pierre, les crues ont envahi les grottes jusqu'à la hauteur de la couche à ossements de l'ours, et cela assez fréquemment, puisque aujourd'hui il n'est pas rare qu'elles s'élèvent à plus de 3 mètres audessus de l'étiage.
Il reste à faire voir cependant comment l'ours pouvait habiter ces grottes si fréquemment noyées.
Aujourd'hui les crues de la Cure sont beaucoup plus violentes et de plus courte durée que celles de la Seine en amont du confluent de l'Yonne, ce qui doit être attribué à la différence de perméabilité des bassins des deux cours d'eau. Le bassin de la Cure étant presque entièrement imperméable, les eaux pluviales ruissellent rapidement jusqu'aux thalwegs des vallées et produisent des crues violentes et de courte durée. Dès que la pluie cesse, les sources sont trop faibles et trop mal alimentées pour soutenir la crue, qui tombe brusquement (diagr. n°36).
Le bassin de la Seine, en amont de Bray, étant presque entièrement perméable, et les eaux pluviales passant en grande partie par les sources pour arriver aux thalwegs, les crues s'élèvent lentement et durent très longtemps.
J'ai cherché à établir (55, 90) qu'il devait en être de même pendant l'âge de pierre. Les pluies étaient beaucoup plus grandes et plus persistantes qu'aujourd'hui, et très probablement une partie des eaux pluviales ruisselait à la surlace du sol, même dans les terrains perméables; mais aussi les sources devaient être bien mieux alimentées , et par conséquent les crues des cours d'eau à versants perméables étaient encore de plus longue durée. Au lieu de se soutenir pendant deux ou trois mois par hiver comme aujourd'hui, elles se maintenaient à un niveau élevé pendant la plus grande partie de l'année. C'est ce quia lieu encore de nos jours dans les années très humides.
Au contraire, dans les rivières à versants imperméables comme la Cure, le niveau des crues devait tomber immédiatement dès que la pluie cessait, puisque aujourd'hui encore, à la suite des plus fortes pluies, ces crues ne se soutiennent pas. C est ce que prouve la présence de l'ours des cavernes, dans les grottes d' \rcy, à 3 mètres au-dessus de l'étiage actuel. Si, pendant l'âge de pierre, le niveau de cette rivière s'était maintenu, durant la plus grande partie de l'année, à un niveau moyen élevé, à h mètres au-dessus de l'étiage actuel par exemple, ces grottes auraient été inhabitables; tandis qu'on comprend très bien que les grands carnassiers quittassent leurs repaires lorsqu'ils les voyaient envahis par l'eau, pour y rentrer quelques jours après, dès (pie le torrent s'était écoulé.
lùà LA SEINE.
LesdébHs 65. Les vallées s'élargissent notablement dans l'oolithe supérieure, un peu en
amont du point où les dernières ramifications de la chaîne de la Cote-d'Or dis-
'1' î grands mammifères son! moins rares
'"'* „. paraissent sous la craie inférieure, et les grands cours d'eau en ont occupé tout
des vallées r o I
les graviers de
.ru terrain poniaudien, fo fond. L'Yonne n'avait pas moins de 2 kilomètres de largeur lorsqu'elle coulait
quoique
Pe,i abondants, dans son lit le plus élevé près d'Auxerre. L'Armançon et la Seine s'élargissaient aussi considérablement dans le voisinage des terrains crétacés. Cette expansion du lit a dû diminuer la vitesse des crues, et, par conséquent, a dû retarder le travail d'abaissement des lits; la faune des graviers des hauts niveaux s'est donc développée avant le complet abaissement des lits élevés, et à Auxerre on trouve quelques ossements dans ces graviers (32).
C'est là aussi qu'on remarque pour la première fois cette division des graviers eu deux parties : la couche à ossements, ou gravier de fond, située au fond de la grevière, et, au-dessus, l'alluvion dépourvue d'ossements qui a remblayé le lit pendant le travail d'abaissement.
Dans les sablières d'Auxerre, dont j'ai donné la coupe plus haut (32), on a trouvé une très belle molaire et d'autres ossements d'éléphant (Elephas primigenius), des bois de cerf, des dents de cheval, etc. Le jour où j'ai relevé cette coupe avec M. Cotteau, les ouvriers nous ont remis un astragale de grand bœuf, la meule d'un bois de cerf (Cervus elaphus) et d'autres ossements brisés. Quoique ces ossements soient peu abondants, ils prouvent que la faune de l'âge de pierre était déjà développée lorsque l'Yonne coulait encore à Auxerre à i5 mètres audessus de son lit actuel.
A la même époque, la Cure, à Arcy, était depuis longtemps descendue au niveau de son lit moderne; il est môme probable quel'Ursus spelœus n'existait déjà plus dans les grottes d'Arcy, puisque M. de Vibraye a constaté que les ossements d'herbivores s'y sont déposés dans une couche supérieure à celle où l'on trouve ceux des grands carnassiers.
D'après M. Cotteau, on a trouvé dans les graviers des bas niveaux de l'Yonne d'assez nombreux ossements, mais si friables, que la plupart tombent en poussière au moment où ou les découvre. Parmi ceux qui ont été conservés et qui paraissent provenir des graviers de la vallée portlandicnne, on remarque :
i° Une molaire d Elephas primigenius (collection de M. Cotteau);
2° Plusieurs dents du même éléphant (collection de la ville d'Auxerre);
3° Des bois de cerf.
En examinant les lieux, on voit très nettement pourquoi ces découvertes sont si rares. Presque tout le gravier de la vallée de l'Yonne appartient aux bas niveaux. Les grevières ne peuvent être ouvertes que dans l'alluvion, car à 2 ou 3 mètres au-dessous du sol on trouve l'eau. Le gravier de fond, la couche à ossements, qui occupe là comme ailleurs le fond des sablières, est donc bien rarement attaqué. C'est là , suivant moi, une des principales causes du petit nombre des découvertes
dans les larges plages de gravier du portlandien, et, à plus forte raison, de la craie.
Suivant M. Rathier, on a recueilli, dans les environs de Tonnerre, c'est-à-dire dans les grèves delà partie kimméridienne et portlandienne de la vallée de l'Armançon, quelques molaires d'éléphant, toutes dans les lits des bas niveaux.
Je n'ai pu obtenir aucun renseignement bien précis sur les ossements trouvés dans les vallées de l'oolithe supérieure occupées par la Seine, la Marne, la Saulx et l'Ornain. 11 y a tout lieu de croire que ces découvertes sont fort rares. A Vaux, près de Vassy, dans le limon d'une carrière, on a trouvé des bois du megacrros. Même découverte à Paroy (Haute-Marne). A Vassy, on a recueilli des ossements (Yaurochs en creusant une cave. (M. Tombeck.)
Je dois à l'obligeance de MM. Gornuel, Royer et Tombeck, de précieux renseignements sur les ossements d'éléphant trouvés dans les cavités des plateaux portlandiens à une très grande hauteur au-dessus des rivières. Cette découverte, celle des silex taillés des limons des plateaux kellowiens du Chatillonnais, des ossements des cavités des coteaux de Montmorency, se rattachent à un ordre de faits qui jettent un grand jour sur le climat de l'âge de pierre, et que je discuterai plus loin (90).
En résumé, on voit que les ossements sont fort rares dans les graviers des vallées jurassiques ; et cependant les animaux de l'âge de pierre étaient nombreux dans cette partie du bassin delà Seine, comme le prouvent les découvertes de MM. de Vibraye, Beaudoin et Collenot. Ce fait s'explique par le rapide abaissement du niveau des vallées, abaissement dû à leurs grandes pentes. Les rivières dans les vallées de l'oolithe ont promptement abaissé leur lit au niveau actuel, avant le développement de la faune. C'est donc au-dessous de l'étiage de ces rivières, ou à peu de hauteur au-dessus, qu'il faudrait chercher le gravier de fond, la couche à ossements, et cela n'est pas facile.