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CHAPITRE XXII

Dc'pôl de Saint-Prest. — Vallée de l'Eure. — La vallée de l'Eure a été creusée en même temps ijue celle de la Seine. — Faune de Saint-Prest, près Chartres, considérée comme étant antérieure à celle de l'âge de pierre. — Cantonnement des animaux de l'âge de pierre. — Preuves, par la paléontologie, de l'abondance des pluies dans l'âge de pierre, de la grandeur des cours d'eau, du peu de rigueur des hivers, de la basse température d'été.

88. Le bassin de l'Eure, par son étendue, se classe après celui de l'Oise; je vaiià a h, n'en ai point parlé jusqu'ici, parce que les géologues sont loin d'être d'accord sur son origine, et ces doutes sont la conséquence des découvertes paléontologiques qui y ont été faites.

Si l'on examine ce bassin dans son ensemble, on voit qu'il a été creusé en même temps que celui de la Seine et de la même manière. La petite rivière de la \ oise et le tronçon de la vallée de l'Eure compris entre Maintenon et le continent de l'A vre sont orientés suivant la direction Sud-Est Nord-Ouest; les lambeaux de sables miocènes qu'on voit à droite sont dirigés suivant la même orientation, et sont exactement parallèles aux mamelons de la forêt de Fontainebleau. La même observation s'applique à la vallée d'un autre affluent de l'Eure, la Vègre, et à la partie de la vallée principale comprise entre le confluent de celle rivière et Louviers. C'est même dans cette localité que se trouve un des plus longs sillons orientés de cette manière (planche n" 1); il commence sur la rive gauche de l'Orge près d' A rpajon, passe dans la vallée de l'Yvette près de Gernay-la- Ville, se prolonge sur le plateau de Rambouillet par l'étang de Trappes, descend dans la vallée de l'Eure parallèlement à la vallée de la Vègrc, et se prolonge jusqu'à Louviers.

Le bassin de lEurea donc été creusé par la niasse d'eau roulanl du Sud-Esl au JNord-Ouest, qui a raviné le bassin de la Seine; et bien certainement le courant qui longeait la rive gauche de la Seine, en rongeant les bords de la Beauce entre Fontainebleau et Aipajon, s'étendait jusqu'à la vallée de l'Eure, puisqu'un dessillons qu'il a tracés entre la vallée de la Seine et celle de l'Eure est encore visible.

Mais une découverte laite dans une sablière, près de Chartres, sur le bord même de l'Eure, à Saint-Prest, a jeté du doute sur celle question.

M. l'ingénieur en chef des ponts et chaussées de Boisvillette appela, en iSliS, l'attention des géologues sur les ossements qu'on trouvait dans les sables de Saint-

Presl.M. Laugel, ingénieur des mines, en lit connaître les principales espèces, dont voici la liste (1) :

Elephas meridionalis ; Cervus (trois espèces non déterminées);

Rhinocéros leptorhinus, Ovven; Equus (une espèce différente du plicidens);

Hippopolamus major; Bas (une espèce);

Megaceros Carnutorum; Conodontes Boisvillelti.

On sait aujourd'hui que le Rhinocéros leptorhinus d'Owen est le R. Merckii.

Il faut compléter la liste de M. Laugel en y ajoutant le Rhinocéros etruscus; clans les ossements de Saint-Prest que possède l'École des mines, Falconer a reconnu une molaire de Rhinocéros etruscus. Cette molaire a été comparée par M. Lartet à celle du même rhinocéros trouvée par moi à Montreuil; ces deux dents sont exactement semblables. Le conodontc de Saint-Prest n'est autre chose, suivant M. Lartet, que le trogontherium.

La plus belle des collections des fossiles de Saint-Prest est certainement celle de M. le duc de Luynes.

Ce qui distingue la faune de Saint-Prest des autres faunes du bassin de la Seine, c'est la grandeur des éléphants et des cerfs dont on trouve les restes : les dimensions des ossements d'éléphant prouvent que ces animaux avaient très habituellement cinq à six mètres de hauteur.

Le Rhinocéros Merckii, Y hippopotame, le trogontherium ou conodonte, se trouvent dans les graviers de la Seine (là, 78, 80), de la Marne (83), de l'Oise (86). Ln des grands cerfs de la collection de M. le duc de Luynes parait être le Cervus Relgrandi (là, 80), mais les autres grands cerfs et l'éléphant de Saint-Prest appartiennent à des espèces qui, jusqu'ici, n'ont point été rencontrées dans le bassin de la Seine. MEhphas meridionalis se trouve dans les terrains pliocènes du val d'Arno, dans le forest-bed, terrain que les géologues anglais considèrent comme pliocène. On n'a donc pas hésité à classer les sables de Saint-Prest dans les terrains tertiaires supérieurs. Un géologue français, M. Paul Gervais, a seul protesté contre cette opinion; il considère la faune de Saint-Prest comme appartenant à l'époque quaternaire.

La sablière de Saint-Prest se trouve sur la rive gauche de l'Eure, à l'aval du grand tournant que décrit la rivière au-dessus de Chartres; elle est naturellement sur la rive convexe, et fait partie, d'après les renseignements qui me sont donnés par M. de Vésian, ingénieur de l'arrondissement, d'une longue traînée de sable et de gravier qui, sur une longueur de i5 kilomètres, borde la rivière; c'est le cap de terrain de transport de ce grand tournant. La sablière de Saint-Prest est la seule exploitée. Il est possible qu'il y ait dans ce tournant de grandes richesses paléontologiques.

Laugel, Bulletin de lu Société géologique , 2e série, l. \l\. p. 709. La faune de Saint-Prest.

L'altitude du dessus des sables exploités est 1 36 mètres; ils appartiennent aux hauts niveaux, car ils s'élèvent, suivant M. Desnoyers, à -ib ou 3o mètres audessus du terrain de transport moderne de l'Eure. M. Desnoyers a remarqué sur les ossements de Saint-Prest des stries qu'il considère comme ayant été faites par l'homme. M. l'abbé Bourgeois y a recueilli des silex qui, suivant lui, porteraient des traces très grossières du travail humain. Ces silex ont été présentés, en 1867, au Congrès d'anthropologie, et les savants les plus compétents ont reconnu qu'ils avaient été taillés par l'homme.

89. Je n'ai nullement la prétention de résoudre le difficile problème de la Faune de Saint-Prest, mais il est un point sur lequel je crois devoir appeler l'attention des géologues. Si l'on compare la faune des sables de Saint-Prest à celle des sablières de la Seine à Paris, on est frappé de l'abondance et de la grandeur des cervidés dans la première; les bovidés, au contraire, y sont peu nombreux. Dans les graviers de Paris, les bovidés dominent, surtout dans les hauts niveaux; les cervidés y sont moins nombreux et surtout moins grands qu'à Saint-Prest.

Or, si l'on tient compte de la nature du sol des deux bassins, ces cantonnements s'expliquent facilement. Le bassin de l'Eure, entièrement perméable, impropre à la végétation des prairies et des pâturages, complètement privé de sources, et d'eau par conséquent, si ce n'est au fond des vallées principales, ne convient point aux bovidés, qui ne peuvent se passer d'eau et de prairie. Si aujourd'hui nos bœufs revenaient à l'état sauvage, ceux de la Beauce abandonneraient le pays et se retireraient dans le Perche ou dans la vallée d'Auge.

A la vérité, il pleuvait beaucoup dans l'âge de pierre; mais les eaux pluviales disparaissaient de la surface de la Beauce, soit en ruisselant, soit absorbées par le sous-sol, qui devenait immédiatement aride, comme aujourd'hui, dès que la pluie cessait, et ne pouvait convenir à la végétation des prairies. Les sources de l'Eure et de ses affluents, la Voise, la Vègre, la Biaise, l'Avre et Piton, toutes situées au fond des vallées, étaient certainement mieux alimentées que de nos jours; mais les plateaux intermédiaires ne retenaient pas Peau nécessaire aux bovidés. Les bœufs devaient donc être rares en Beauce, même dans les temps si pluvieux de l'âge de pierre.

Les plateaux qui bordent la Seine leur convenaient bien mieux. Les argiles de Bric, encore si humides de nos jours, devaient produire d'abondants pâturages; les sources innombrables des marnes vertes coulaient dans les moindres dépressions du sol : les bœufs de l'âge de pierre devaient donc être très nombreux sur ces plateaux.

Les cervidés, au contraire, ne cherchenl ni les lieux humides, ni les gras pâturages ; dans les terrains imperméables, ils meurent souventde la cachexie aqueuse, à la suite des années très humides. Si lesboisde la Brie n'étaient pas coupés de fossés

Cantoouemcnl

ries animaux

de l'âge de piern

et assainis de longue main, si les propriétaires ne faisaient pas de grands sacrifices pour y conserver le gibier de luxe, tous les chevreuils et les cerfs de cette contrée se réfugieraient dans les forêts arides des sables miocènes, et, mieux encore, dans les bois non moins secs des calcaires de la Bourgogne.

Il semble donc très naturel que les cerfs aient été plus nombreux dans la Beauce quand elle était boisée, et les bœufs dans la Brie.

Si l'on compare les autres faunes du bassin de la Seine, on y trouve des traces de ces cantonnements naturels. Ainsi, dans les grottes d'Arcy, les ossements de chevaux sont beaucoup plus nombreux que ceux de bœufs, et il devait en être ainsi, puisque les calcaires oolithiques qui bordent la Cure entre les grottes d'Arcy et A ézelay sont arides et perméables, et par conséquent sans eau et sans prairie; le Morvan, dans lequel se prolonge la vallée de la Cure, est beaucoup trop accidenté pour des bœufs. Les argiles basiques de l'Auxois et du bassin de Corbigny, qui entourent le Morvan, sont, au contraire, très riches en pâturages, et devaient avoir un grand attrait pour les animaux de race bovine. Les bœufs, dans l'âge de pierre, devaient donc s'y cantonner et abandonner les maigres pâtures de granit et les plateaux arides de l'oolithe des bords de la Cure. Et c'est sans doute pour cela que, dans les grottes d'Arcy, les ossements de bœufs sont plus rares que les ossements de chevaux.

On constaterait surtout des faits analogues. Ainsi, à Paris, l'aurochs est très abondant dans les sablières des hauts niveaux. Je n'y ai pas encore découvert l'urus, qui se trouve fréquemment dans les bas niveaux, où l'aurochs est assez rare. Peutêtre cela tient-il à ce que l'aurochs vivait de préférence aux bords des grands marais qui entouraient les premiers lits de la Seine et qui ont disparu lorsqu'elle a abaissé et régularisé son lit (planche n° /i). Dans le Soissonnais, pays aride, les restes de bœufs sont moins communs que ceux de chevaux.

Il y a nécessairement, dans ces cantonnements, des faits dont l'appréciation nous échappe, mais qui doivent s'expliquer par des considérations du même genre. L'Elephas meridionalis , par exemple, qui vivait habituellement dans des régions plus chaudes que ne l'était alors le nord de la France, n'a-t-il pas cherché un correctif à l'humidité excessive du climat en se cantonnant sur les plateaux relativement secs de la Beauce? Beaucoup plus grand que le mammouth, dont nous trouvons les restes dans le bassin de la Seine, il a pu le repousser dans les contrées plus humides du voisinage. Les terrains humides convenaient d'ailleurs à ce dernier éléphant, on ne peut en douter. Le mammouth a donc pu être le contemporain de YEîephas meridionalis, et vivre dans son voisinage sans qu'on trouve leurs os mélangés.

.rattache une grande importance à ces considérations. Je suis convaincu qu'en faisant une sérieuse élude de la faune des terrains de l'âge de pierre on trouverait partout des preuves du cantonnement des grands mammifères.

Le phénomène diluvien que j'ai cherché à décrire dans la première partie et qui a donné au bassin de la Seine son relief actuel est postmiocène. Il n'y aurait donc rien d'extraordinaire à ce qu'on trouvât les restes de la faune pliocène dans les graviers des cours d'eau de ce bassin; mais il faut tenir compte de cette communauté d'origine, et il paraît plus rationnel d'attribuer les différences qui existent entre les faunes de Saint-Prest et des autres graviers des hauts niveaux à des cantonnements analogues à ceux qu'on remarque dans les grottes d'Arcy, à Paris, dans la vallée de la Marne, dans le Soissonnais, où presque toujours les espèces appropriées à la nature du sol sont dominantes.

90. Je trouve dans deux mémoires, l'un de M. Desnoyers, l'autre de M. Beau- Prcuves (loin , et dans des renseignements qui m'ont été donnés directement par MM. Cor- par '" pa'e nuel, Royer et Liégeard, de nouvelles preuves de l'abondance des pluies pendant i'»i»udan« i- Piui« l'âge de pierre. iv de pierre.

Mémoire de M. Desîioyers. ce Ayant rencontré, dit M. Desnoyers, dans l'un des cr puits naturels si nombreux et si remarquables du gypse exploité à la base de cela colline de Montmorency, au milieu d'un limon argilo-sableux . . . une quantité ce considérable d'ossements de mammifères terrestres parfaitement conservés, je rr parvins à y distinguer près de vingt espèces, presque toutes nouvelles pour la cr paléontologie du bassin de la Seine. . .

cr Les eaux qui entraînaient ces débris avec les ossements étaient des eaux douces cr provenant de la surface du sol, soit continûment, soit dune manière intermitcr tente; c'est ce que prouvent les nombreuses coquilles fluviatiles, terrestres et cr lacustres bien conservées et les ossements de petits batraciens qu'on trouve frétrquemment dans ces dépôts W. n

M. Liégeard a fait une découverte du même genre, non pas dans des puits, mais dans le lit d'un petit ruisseau qui descendait du plateau étroit compris entre le Raincy et Livry, en se dirigeant vers la plaine Saint-Denis. Aujourd'hui il n'existe plus de cours d'eau dans la localité, quoique le sol de ce plateau très peu étendu soit imperméable. Mais autrefois il eu descendait un véritable torrent qui roulait des graviers et affouillait profondément le gypse. M. Liégeard a découvert dans ces graviers des ossements à'éléphant, de cheval et de grands bœufs.

Noie de M. Beaudoin. J'ai parlé ci-dessus du dépôt diluvien de limon rouge qui se trouve sur les plateaux keilowiens de la Bourgogne, et notamment dans le voisinage de Chàtillon-sur-Seinc. Ce dépôt limoneux est fort remarquable, parce qu'il renferme à sa base une couche de minerai de fer oolilhique remanié, connu dans le pays sous le nom de mine rouge, par opposition au nom de mine grise qu'on donne au même minerai lorsqu'il est en place.

(l) Voir ci-dessus les noms des mammifères trou- Annales des sciences géologiques publiées par M. lîi- \és|i,ir M. Desnoyers, cl la brochure extraite des vière, i84a.

M. Beaudoin a trouve des silex taillés dans cette couche de mine rouge. «J'avais rr toujours cru, dit-il, que ces instruments dataient d'une époque postérieure au rr dépôt diluvien, à la surface duquel je les rencontrais ordinairement, lorsque des -exploitations de minerai de fer ouvertes dans ce terrain me mirent à même de revoir parfaitement en place, dans le sein du dépôt lui-même, des fragments de cf silex analogues à ceux que j'avais trouvés jusqu'alors à la surface, n

Ces silex taillés n'ont certainement pas été transportés par l'eau qui a déposé le limon; ils ont été apportés par l'homme dans le voisinage du lieu où M. Beaudoin les a découverts. Il faut donc que la couche de limon qui les recouvre, ainsi que la mine rouge, ait été remaniée par l'eau depuis l'époque où ces silex ont été perdus à la surface du sol par leurs anciens propriétaires.

MM. Cornuel et Royer m'ont donné des renseignements sur les singulières excavations qui existent dans les plateaux portlandiens de la Haute-Marne. Je cite de préférence le passage de la lettre de M. Royer, qui est plus explicite.

«Sur les coteaux élevés du bourg de Poissons, près de Joinville, dont le point rr culminant s'élève à 200 mètres au-dessus de la rivière du Rongeant, ces cavités ce ont pris, comme étendue et comme profondeur, une importance extraordinaire; rr certains de ces coteaux sont littéralement criblés de puits ramifiés dans toutes ce les directions, communiquant parfois les uns avec les autres souterrainement, rr et atteignant des profondeurs inconnues, dépassant quelquefois 3o à ho mètres. rrLa manière d'être et le poli des parois rocheuses de la cavité font penser qu'un rr acide, répandu dans les eaux qui les ont corrodées, a pu contribuer au creusera ment de ces cavités; mais leur étendue et leur multiplicité attestent une cause cr plus puissante, et quelle cause plus puissante peut-on invoquer, si ce n'est mine eau abondante et agissant pendant de longues périodes de temps, tombant rrdans les fissures de la roche portlandiennc, les élargissant, les façonnant et leur rr donnant les formes capricieuses que l'on trouve partout dans les roches soumises rr à leur action ?

rrOr, parmi les débris qui ont rempli ces cavités. . . on trouve des ossements rrde grands mammifères de l'époque quaternaire (éléphant). 11

Cette excellente description ne me laisse rien à ajouter; les cavités des coteaux de Poissons ont été creusées par l'eau, et les ossements d'éléphant qui y ont été découverts prouvent que les détritus dont elles sont remplies remontent à l'âge de pierre. A la vérité M. Royer cherche à démontrer que ces cavités ont été creusées et remplies avant l'ouverture des vallées. Mais cela n'est pas admissible; car des eaux abondantes ne peuvent creuser un gouffre sur leur trajet qu'autant qu'elles sont attirées en contre-bas par le vide d'une vallée.'1'. Les vallées existaient donc avant le temps du creusement des puits de Poissons.

'' Il se creuse quelquefois des gouffres sur le dans le fond d'une vallée perméable; mais alors passage de certains ruisseaux qui disparaissent il existe une assez grande épaisseur de terrain non

Ces faits importants, signalés par MM. Desnoyers, Liégeard, Beaudoin, Cornuel et Royer, ne peuvent s'expliquer que par l'abondance extraordinaire des pluies dans ces temps reculés. Il n'existe plus aucun cours d'eau à la surface des plateaux dans ces localités, et les eaux pluviales n'y ruissellent qu'à la suite d'orages extraordinaires, ce qui tient à la grande perméabilité des sables de Fontainebleau, du gypse, du kellowien et du portlaudien.

Est-il possible que la pluie ait pu, à une certaine époque, être habituellement assez abondante pour produire des ruissellements considérables à la surface de collines aussi peu étendues que celles de Montmorency, d'Herblay, du Raincy et de Poissons? Cela ne peut être l'objet d'aucun doute; lorsque la surface du sol est complètement imperméable, comme l'est, par exemple, le pavé d'une ville, nos averses modernes suffisent, avec des versants très peu étendus, pour produire de véritables submersions aux points bas où affluent les eaux pluviales. Ainsi, avant la construction des grands égouts de Paris, les quartiers bas étaient submergés à chaque averse. J'ai vu l'eau à 1 mètre au-dessus du trottoir dans les rues de la Victoire, du Faubourg-Montmartre, Oudinot, etc. Elle entrait dans les omnibus sur la pente de la rue du Faubourg-Poissonnière, et ces submersions partielles étaient produites par une très petite surface de terrain. La rue du Rocher, par exemple, qui descend du boulevard de Batignolles à la rue de la Pépinière et qui n'a pas 1 kilomètre de longueur, était noyée comme les autres malgré sa forte pente.

Dans la grande averse du 2 3 septembre 1 8G6 , qui a produit une crue si désastreuse, j'ai vu les coteaux basiques de la butte de Montfaute, près de Guillon (Yonne), littéralement couverts d'eau qui ruisselait avec une violence vraiment extraordinaire, quoique la pente de ces coteaux n'ait pas 1 kilomètre de longueur.

Aujourd'hui, à Montmorency, à Poissons, à Châtillon-sur-Seine, on n'a pas le sentiment de ces ruissellements, parce que le sol est tellement perméable que les eaux pluviales sont absorbées surplace. Au Raincy, elles disparaissent dès quelles atteignent les terrains gypsifères.

Admettons un instant un régime de pluie tel que l'eau ruisselle à la surface des terrains les plus perméables, comme elle ruisselle aujourd'hui à la surface des terrains imperméables, et, mieux encore, comme sur le pavé d'une rue: alors nous verrons le limon à minerai de fer qui recouvre le kellowien du Châtillonnais remanié jusqu'à la roche. Les ruisseaux des bulles de Montmorency, d'Herblay et du Raincy recommenceront à couler, et de nouvelles excavations se formeront par l'agrandissement des fissures du portlaudien de Poissons.

Les choses se passèrent ainsi dans l'âge de pierre, et les ossements d'animaux trouvés dans les cavités de Montmorency, d'Herblay, <1u Raincy, de Poissons, les

satun; d'eau, entre le ruisseau cl la nappe soûler- ainsi lorsque l'abondance de l'eau est telle que le raine dans laquelle il s'engouffre; il n'en est plus sol en est entièrement imbibé.

cours d'eau de l*iige de pierre

prouvées

(Ih l'hippopotame

silex taillés recueillis à la partie inférieure du limon à minerai Je fer du Chatillonnais, prouvent que les pluies étaient alors assez abondantes pour ruisseler fortement à la surface des terrains les plus perméables.

Les limons des plateaux étaient donc remaniés par les eaux pluviales, et il n'y a rien d'étonnant qu'ils aient été en partie entraînés par elles jusqu'aux thalwegs des vallées et se soient déposés, en temps de débordement, sur les plaines qui bordaient les cours d'eau (40).

De quelque côté qu'on envisage la question, on arrive donc logiquement aux mêmes conclusions, et la paléontologie est parfaitement d'accord avec la stratigraphie.

u grandeur 91. Les ossements de l'hippopotame, sans être très communs, ont cependant

été trouvés sur un assez grand nombre de points dans la traversée des terrains tertiaires. M. l'abbé Lambert en a recueilli à Viry-Noureuil, dans la vallée de l'Oise, entre la Fère et Ghauny. La Ville de Paris possède trois fragments d'énormes , ,,, canines, deux belles molaires et une vertèbre de Y Hippopotamus major, provenant des sablières des hauts niveaux de Montreuil et du Kremlin. MM. Martin et Reboux ont trouvé, à Grenelle et à Levallois, dans les graviers des bas niveaux de Paris, de magnifiques canines d'hippopotame qui sont aujourd'hui au Muséum.

L'hippopotame de la plus grande taille remontait donc dans l'Oise jusqu'à Viry, bien au-dessus du confluent de l'Aisne, c'est-à-dire dans une rivière dont le débit ne représente pas aujourd'hui la dixième partie de celui delà Seine à Paris; et tout porte à croire que, dans les temps anciens, il n'y avait rien de changé dans cette proportion. Cela prouve, d'une manière évidente, la grandeur des cours d'eau de l'âge de pierre et la permanence de leur régime.

Beaucoup de géologues effrayés par cette grandeur des cours d'eau et la petitesse relative des bassins, admettent encore que les ossements ont été déposés dans les graviers par les eaux diluviennes. Cette hypothèse, si difficile à justifier, n'est plus nécessaire dès que la présence de l'hippopotame démontre l'existence des grands cours d'eau. Si ce gigantesque pachyderme trouvait à Viry une eau assez profonde pour lui, qu'était le fleuve, dix fois plus grand, qui coulait alors à Paris?

11 était nécessaire que ces cours d'eau fussent abondamment alimentés, même en été. Le climat était donc plus égal qu'aujourd'hui ; les chaleurs de l'été n'étaient ni assez fortes ni assez persistantes pour empêcher les eaux pluviales de profiter aux sources; aujourd'hui l'eau des pluies de la saison chaude, même dans les terrains les plus perméables, reste dans la couche superficielle du sol, d'où elle est enlevée par l'évaporation. Les hivers étaient moins froids; l'hippopotame n'aurait pu vivre dans la Seine lorsqu'elle gèle par des froids persistants de 7 à 8 degrés et plus.

Dans l'âge de pierre, non seulement les grandes sources des terrains perméables de la Bourgogne et de la Champagne (oolithe et craie blanche) étaient beaucoup

plus forles qu'aujourd'hui, mais encore ies sources éphémères qui produisent les crues d'hiver des rivières de ces deux contrées, sources qui tarissent toujours l'été, coulaient probablement alors pendant toute l'année, et assez abondamment pour donner à la Seine, à la Marne et à l'Oise, la profondeur nécessaire à l'existence de l'hippopotame.

Ces grands cours d'eau avaient donc un régime très différent de celui de la Cure, de l'Yonne et des autres rivières du Morvan, ce qui tient à la perméabilité de leurs bassins.

Leurs crues étaient incomparablement plus longues et plus persistantes, moins violentes et moins rapides. Il en est encore de même aujourd'hui, comme le prouve le diagramme ci-dessous.

Crues de l'Yonne et de l'Oise.

(L'Yonne à Clamecy.)

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