‹ La SeineChapitre 18 sur 93 · WASS Y · texte numérisé non relu

WASS Y

LA BLAISE A WASSY

terrible adversaire, s’y transporte plus vite que la vapeur. L’aristocratique domaine de la marquise du Châtelet, la studieuse et féconde retraite de Voltaire, pendant plusieurs années — espacées de 1733 à 1749 — de lutte, de gloire et d’ambition, est au fond de ce Vallage, si cruellement éprouvé au temps des Valois, et que la désastreuse révocation de l’édit de Nantes désola, dépeupla et ruina. L’écho de ces souffrances, alors si criantes, devait arriver aux oreilles

LA CHAMPAGNE

de l’immortel écrivain, dont la fibre tressaillait à chaque anniversaire de la Saint-Barthélemy, et réchauffer sa haine pour le fanatisme, les maux innombrables qu’il engendre dans l’humanité.

Il faut descendre à Doulevant pour aller à Cirey : le village est situé sur les bords de la Biaise; son château s’ouvre aisément au visiteur. Il ne brille ni par le style, ni par la somptuosité, ni par ses reliques : c’est à l’extérieur un assez large et spacieux édifice construit au dix-septième siècle, et au dedans un simple logis moderne, où la « docte Uranie « ne retrouverait pas ses instruments de physique et d’astronomie. Cependant le concierge n’omettra de vous conduire à la chambre de Voltaire : vous gravirez derrière lui l’escalier tortueux du donjon carré, il vous montrera une petite pièce meublée d’un lit à ramages, d’un bureau et d’un fauteuil, et d’un ton pénétré, vous dira : « Voilà la chambre de Voltaire ! » Vous lirez, sans le secours de cet officieux importun, plus d’une inscription spirituelle : celle-ci sur la porte d’entrée ;

[ngens incepta est; fit parvula casa; sed ævum Degitur hic felix et bene, magna sata est.

Celle-là dans la bibliothèque :

Doux repos, point d’inuuiéiuae,

Peu de livres, point u ennuyeux,

Un ami dans la solitude,

Voilà mon sort, il est heureux.

Et devant la galerie ;

Asile des Beaux-Arts, solitude où mon cœur Est toujours occupé dans une paix profonde,

C’est vous qui donnez le bonheur Que promettait en vain le monde.

Après cela, voulez-vous vous plaire à Cirey : lisez la correspondance de son hôte. Ce n’est que dans ces lettres incomparables que vous pourrez aimer « cette retraite de hiboux que les Grâces ont changée en un palais d’Alcine » ; ce « petit paradis » où « habitaient la philophie, les belles-lettres, la paix et la félicité », cet « endroit mille fois plus délicieux que l’île de Calypso », et que le poète sous le joug de

CHEZ LES MAITRES DE FORGES

la « divine Emilie », de la « reine de Saba », de « Minerve », d’une marquise enfin « douée de toutes les vertus d’un grand homme et de toutes les grâces de son sexe », « préfère à la cour de tous les rois de la terre, et comme ami, et comme philosophe, et comme libre ». C’est ainsi que le qualifient, au début de leur liaison. Voltaire et Frédéric de Prusse; le mieux pour nous est de l’imaginer tel quel.

Doulevant-le-Château, Sommevoire, Nully, ne participent pas à la renommée de Cirey qu’ils environnent; ils ont pourtant d’antiques églises et des ruines remarquables que nous irons visiter. L’homme le plus occupé de son siècle, le plus pressé d’écrire et de penser, ne songeait guère à ces bagatelles ; mais nous avons d’autres goûts

Puis, derechef, en route pour Bar-le-Duc !

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