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CHAPITRE VI

LA CHAMPAGNE POUILLEUSE

Nous n’y sommes pas encore, mais nous l’entrevoyons de la rive gauche de l’Ornain, le pays blanc, le pays de la craie, naguère si complètement aride et désolé, que l’on ne cessera avant qu’il soit longtemps de l’appeler, par habitude, Champagne pouilleuse. Vilain surnom, mais trompeur. Là, comme en Sologne, l’industrie des hommes triomphe du sol rebelle. L’engrais fertilise la craie, l’amollit, la transforme en terre végétale. Les sapins, tenaces et vivaces, sobres et féconds, enfoncent en elle leurs racines, y grandissent, y prolifient, en absorbent les sels réfractaires et lui rendent des sucs nourriciers. Ces métamorphoses heureuses s’accomplissent sous nos yeux et les consolent. Si, devant nous, une vaste plaine se déroulant comme un suaire nous poursuit de sa mélancolique stérilité, bien près, toujours, un bois résineux plaque une tache sombre, et nous pensons : Ceci changera cela.

A Bar-le-Duc, ces tableaux affligeants semblent bien éloignés. La ville basse s’entoure d’une campagne fraîche et verte, et de la ville haute les regards plongent sur un horizon de collines bleues, de forêts épaisses et de gorges impénétrables. Ces deux villes ne se ressemblent pas, il n’en est guère de plus distinctes. Celle-ci groupée, vers le cinquième siècle, autour d’un castrum gallo-romain qui devint plus tard la forteresse des seigneurs, comtes ou ducs du pays de Bar, meurt de vieil- le-duc

lesse, on dirait que l’esprit du Passé la possède jalousement. Celle-là, au contraire, avec ses innombrables maisons blanches aux toits rouges, ses boulevards, ses magasins, ses quais pittoresques, ses jardinets et ses brasseries à tonnelles, paraît toute jeune, guillerette et grandissante; elle fabrique, elle commerce, elle vit; c’est vraiment une jolie cité lorraine, vaillante et de belle humeur.

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