CATHÉDRALE DE CHA L ON S-S D R-M A R N E
de Champagne, assiégé et pris en 1144 par Louis VII, le dément, le sauvage incendiaire de l’église où, selon d’atroces récits, treize cents vieillards, femmes, enfants, qui s’y étaient réfugiés, fuyant l’ennemi et le feu, furent jusqu’au dernier consumés dans un immense brasier, plein de prières suppliantes et de clameurs d’agonie.
Tout cela est effacé, ainsi que dans le voisinage le palais carlovingien de Ponthion, où Pépin le Bref reçut le pape Etienne II, où Louis le Germanique fut proclamé roi en 8S8, où les évêques réunis en conseil décernèrent en 866 la couronne à Charles le Chauve.
Trois siècles après l’effroyable événement de 1148 — dont s’épouvanta le cruel moyen âge — en 1420, les flammes de la guerre de Cent ans dévoraient encore la ville réédifiéc... La vieille église gothique a vu ces désastres qui l’ont mutilée, et les a vus pareillement la croix de pierre sculptée de la place du bourg, dont toutes les faces portent les figures, jadis populaires, des rois, dos comtes et des saints, protecteurs de Vitry. Cette croix, élevée au quatorzième siècle, commémore, dit-on, un étrange massacre des juifs. Beau-
LA CHAMPAGNE POUILLEUSE
coup de CCS nomades liabilaient la ville ; on les accusa d’avoir tenté de corrompre les eaux en engageant les lépreux à s’y baigner, et la foule excitée en tua un grand nombre. Quarante seulement, réservés pour le bùcber, furent mis en prison ; là, ayant résolu de périr, ils se désignèrent par le sort au bourreau commun. Un vieillard fut chargé d’égorger ses frères en Israël ; il s’adjoignit un jeune bomme, et mourut l’avant-dernier des mains de son compagnon. Mais celuici voulut vivre, espéra s’évader, dépouilla les cadavres de leur argent et de leurs bijoux, franchit une fenêtre, se laissa glisser contre les murs. Alourdi par son butin, il tomba, se cassa la jambe ; on accourut à ses cris, on le brûla publiquement... La croix singulière expiait-elle ces violences ? Etait-ce un hommage aux stoïques victimes ? Etait-ce l’opposé ? La chronique n’en dit mot.
... Cbûlons-sur-Marne nous semble moins éprouvé. Les invasions lamentables l’ont menacé sans l’atteindre.
L’histoire se hasarde à placer dans ses environs les fameux champs de bataille où l’empereur gaulois Tétricus rencontra l’empereur romain Aurélius, et lui livra la victoire; où deux siècles plus tard la Gaule guerrière, romaine, franque, burgonde, visigothe, unie sous Aétius pour le salut de l'Occident aryen contre la barbarie touranienne, soutint bravement le choc des innombrables Huns d’Attila, les repoussa loin des Gaules. Pendant la guerre de Cent ans, les Anglais l’ont assiégé plusieurs fois et ne l’ont pas pris, et pendant les guerres du seizième siècle, étant catholique, mais point ligueur, sage, non passionné, il s’épargna toute mésaventure.
A cette preuve de finesse politique, plus d’un s’émerveillera, car ce n’est pas d’esprit précisément que l’on taxe la bonne ville. Plutôt est-ce, à dire de malins faiseurs de quolibets, farces et proverbes satiriques, un séjour élu de naïveté, crédulité, fadaise et jobarderie, où l’on fait accroire et gober toutes les bourdes, superstitions et inventions saugrenues. Sur quel point de France, hormis Drives ou Pontoise, s’est exercée davantage la verve des joyeux comiques? Jadis, il n’y avait nulle part, môme à Quimper-Corentin, plastron plus commode à brocards, facéties et goguenardises qu’un Cbam-