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PYRAMIDE DE VALMY

LA CHAMPAGNE

soldat, adopté par le civil, siège permanent d’exercices belliqueux, école et stand de tir, de gymnase, de vélocipède...

Plus on avance, plus s’accentue la tristesse du pays, mais les souvenirs qu’il évoque atténuent sa laideur; on le regarde avec les yeux de l’esprit. Entendrez-vous, sans émotion, le conducteur dutrain annoncer : Valmy ! Valmy ! L’entendrez-vous sans répéter cette parole de Gœthe, prononcée en ce lieu même le 20 septembre 1792: « De ce lieu et de ce jour date une nouvelle ère dans l’histoire du monde! » Le village, fidèle à sa gloire, n’a point changé depuis ce jour mémorable. Une centaine de maisons de bois que domine à peine une vieille église, c’est lui. Deux collines à ses côtés s’élèvent, le mont d’Orbeval, le mont d’Yvon. L’armée de Dumouriez et de Kellermann s’appuyait à l’une d’elles, le dos tourné à la rivière de l’Aisne, face à la France qu’il fallait sauver, face également à l'ennemi, qu’il fallait vaincre. La défaite, c’est la retraite coupée, la route de Paris ouverte aux Prussiens, la Patrie soumise à la coalition étrangère, 1789 anéanti... « Un bruit singulier, qu’on dirait composé du bourdonnement de la toupie, du murmure des ondes et du sifflement des oiseaux », la canonnade ennemie sonne le combat. Et nos soldats, jeunes et vieux, réguliers et volontaires, s’ébranlent, courent aux vétérans de Brunswick, de Clairfayt, clament: Vive la Nation! vive la Liberté! Et ces hurrahs bizarres, cet élan imprévu, fiévreux, sacré, stupéfient le duc au Manifeste et le lendemain, bien que la journée soit demeurée indécise, il conseille à son maître, le roi de Prusse... quoi?... de marcher en avant? Non, de reculer hâtivement vers ses Etats,

Une simple colonne marquant le cimetière où sont inhumés les héros de Valmy rappelle la première victoire de la Liberté !

Dumouriez campait à Sainte-Menehould, ville ouverte, mais ville guerrière. Oh ! ne souriez pas ! D’avoir inventé un plat cher aux gourmands, cola n’empêche pas d’être brave et patriote. Nous lisons, sur la devanture d’une hôtellerie appétissante : « A la renommée des pieds de cochon ! », mais aux angles des rues les noms consolants : Austerlitz, Ghanzy, "Wagram, Valmy. On a du cœur au ventre à Sainte-Menehould!... Demandez aux Allemands ! C’est tout près, à Passavant, qu’affolés par la résistance légitime des paysans unis aux francs-tireurs, aux mobiles, ils massacrèrent des blessés recueillis par

LA CHAMPAGNE POUILLEUSE

humanité, les femmes hospitalières à ces malheureux, des vieillards, des enfants...

La ville estfort ancienne. Onl’appelait jadis Chàteau-sur-Aisne; son nom de Sainte-Menehould lui vient, suivant une légende très vraisemblable , de « très haute et bienfaisante dame » Munehilde , qui le secouru t pendant une épidémie de fièvres paludéennes. Cela se passait dans le haut moyen âge. Depuis, elle a eu à subir d’affreuses calamités ; cinq assauts livrés par les réformés à ses murailles en 1562, les luttes égoïstes des princes soulevés en 1610, en 1652... 11 paraît suprenant que de si grandes et si fréquentes misères ne l’aient pas détruite, mais sans cesse avivé par le danger, présent ou menaçant, le courage des villes frontières n’est que plus énergique. Elles vivent dans le feu, sous le feu, comme dans leur élément naturel En 1719, un incendie fit ce que la guerre n’avait pas fait: le vieux Sainte-Menehould brûla, à l’exception de quelques masures en bois, encore éparses sur la colline, et dont l’excessive fragilité explique le sinistre. On l’a rebâti spacieusement, son hôtel de ville presque monumental porte la couronne royale et la date 1730. Démarquez, dans la rue de la Gare, une grosse maison d’où les mots : « Maison de poste ^ ne sont pas effacés ; la gendarmerie l’occupe à cause des écuries. Le maître de cette maison de poste était le 16 juin 1791, M. Drouet, le futur conventionnel, dont la perspicacité fut si redoutable à Louis XVI.

... Sainte-Menehould, Clermont-en-Ârgonne, Varennes, autant d’étapes du triste voyage de 1791, autant de stations sur le funèbre chemin de croix que la famille royale, hormis la future duchesse d’Angoulôme, devait suivre jusqu’au bout, jusqu’au martyre.

Cette lamentable odyssée n’est pas oubliée : des paysans vous la raconteront dans ses moindres détails. Ils vous diront, d’après les traditions du village, les propos des veillées, comment, par quel enchaînement d’infinis et merveilleux incidents, de contre-temps étranges d’imprudences inévitables et futiles, sans trahison, sans fautes graves et malgré toutes les sages prévisions, les projets du roi avortèrent misérablement. Et vous croirez, en les écoutant, voir sur la route de Clermont à Varennes l’ornière creusée dans la glaise par la lourde berline que l’invisible Fatalité conduisait et dont chaque

LA CHAMPAGNE

tour de roue rapprochait les fugitifs de la prison du Temple, de l’échafaud de la Place de la Révolution,

Cette route, frayée à travers les montagnes de l’Argonne, s’impose encore au touriste. 11 passe au célèbre défilé des Islettes, comme il passera, bientôt, dans les autres « Tliermopyles de la France », à Grandpré, à la Croix-aux-Bois, au Chêne-Populeux. 11 franchit l’Aisne à Sainte-Menehould, l’Aire à Clermont, et il remonte cette

rivière, sinuant à pleins bords dans une vallée étroite, jadis assombrie par des forêts demi-sauvages, aujourd’hui moins boisée et plus triste, chauve. Le paysage qui se déploie devant lui est d’une mélancolie pénétrante. Sous le pâle rideau des bouleaux trapus et des saules nains, des marais évaporent des miasmes pernicieux. Au loin, des deux côtés, s’ouvrent les profondeurs bleues des gorges. Villages, hameaux, adossent aux collines où étalent dans la plaine des maisons en planches, toutes noires, pareilles à des cabanes de pêcheurs des rives du Volga.

Varennes est double : l’Aire le partage en ville haute et ville basse. La chaussée, que piolongent une voûte, puis un pont, joint la première à la seconde. C’est sous la voûte que la berline royale fut arrêtée par Drouet, que les chevaux se cabrèrent sous la pointe des fourches paysannes, que l’épicier procureur Sausse projeta sa lanterne soupçonneuse sur le visage de Louis XVI, qu’un roi, une reine de France, personnages augustes, presque divins, entendirent un des plus obscurs sujets de leur royaume, l’épicier démagogue Sausse, érigé « en procureur de sa commune » les sommer d’entrer chez lui, Sausse, et de s’y asseoir, entre des caisses de chandelles et de barils de pruneaux, et de s’y

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