MAISON DES MUSICIENS A REIMS
AU PAYS DES VINS JOYEUX
profondes, que décorent ici même de beaux reliefs de Navlet : une bacchanale, sujet de circonstance s’il en fut jamais, le triomphe de Silène, un souper de la Régence et la fête de Bacchus, larges tableaux auxquels le clair-obscur du lieu prête une vie fantastique.
Les autres industries de Reims, filatures, usines métallurgiques, teintureries, se répandent aussi presque extra muros, dans un rayon éloigné. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la ville royale fabrique les draps, et ses échevins, comme le chairman de la Chambre des lords, auraient pu jadis s’asseoir on the woollen sack. De grandes maisons s’y consacrent, la maison Grand) ean, la maison Collet et Meunier : celle-ci nous a paru utiliser avec succès les procédés les plus récents. Elle possède chez elle tout ce qui lui est utile; ses ateliers d’ébénisterie, de menuiserie, de construction, de réparation, ses prises d’eau, ses moteurs avec pièces de rechange. Les opérations successives du tissage des laines sur les peaux, ducardage, du peignage — obtenir « un beau peigné », c’est-à-dire des fils purs de toute matière étrangère, constitue un idéal — les mises en bobine des chaînes et des trames, la réunion des chaînes et des trames dans les machines à tisser, d’où sort la pièce de drap définitive, s’y accomplissent avec un ordre parfait; elle emploie six cents ouvriers convenablement rémunérés.
Dans un autre genre, la teinturerie Mortier peut passer pour un modèle.
...Situés dans le massif des collines appelées Montagne de Reims, Ay, Épernay, appartiennent encore au pays des vins joyeux. Epernay même, si Reims en est la métropole, en est un peu la capitale. Ses caves pratiquées à vif dans le roc crayeux surpassent les caves rémoises en étendue. Les fabricants renommés Perrier, Mercier, Moët et Chandon, Chausson, Chaurey, Carteron, Fournier, Pol Royer... y sont établis : ville amusante à voir, elle a l’air heureuse, florissante, pétillante; le champagne provoque à la bonne heure, s’il ne donne pas de l’esprit.
De riches habitations comme le château Perrier s’y entourent de jardins opulents et le parc public semble voué à des fêtes continuelles. Il n’en fut pas toujours ainsi ; Epernay a été une citadelle ; on l’a assiégé en 1432, incendié en 1543; Biron l’a pris pour le compte d’Henri IV en 1592 et les importants du parti de Condé l’ont
LA CHAMPAGNE
Dormois, Dormans, aux grottes et au dolmen singuliers, nous n’aurons plus guère sous les yeux que les vastes plaines, les marécages mornes, presques infertiles, qui prolongent jusque dans la Brie la Champagne pouilleuse.
11 y a pourtant, dans ces plaines, çà et là, d’agréables résidences. Aux alentours de Vertus, les châteaux de Moutmort, de Broyé,
tenu en 1615 et en 1619, très fâcheusement pour lui. Qui s’en douterait?
Maintenant, quand nous aurons visité le chef-lieu du petit pays du
AU PAYS DES VINS JOYEUX
d’Etoges, sont curieux et somptueux : jMontmort, édifice gothique de hautaine allure entouré de fossés, encadré de tours et dont l’intérieur offre une cheminée de Jean Goujon, un cabinet où a travaillé Sully, de curieuses cuisines voûtées, le tombeau de la duchesse d’Angoulême ; Etoges qui date du dix-septième siècle ; Broyé qui remonte au dix-huitième. Des ruines religieuses avoisinent ces châteaux; le prieuré de Montarmé, l’abbaye cistercienne de la Gharmoye, l’abbatiale d’Orbay. Plus loin, à l’ouest, Champaubert, Vaucliamp, rappellent les glorieux combats de i814 et, dans le premier de ces villages, une ferme conserve, précieusement incrusté dans ses murs, un boulet remémorant que Napoléon y a passé la nuit. Au midi, à l’extrême limite de notre excursion, Fère-Champenoise s’honore aussi d’une héroïque bataille de la campagne de France livrée le 2o mars 1814.
L’ILE-DE-FRANGE