‹ La SeineChapitre 33 sur 93 · BOISSONS — CLOITRE DE SAINT-JEAN-DES-VIGNES · texte numérisé non relu

BOISSONS — CLOITRE DE SAINT-JEAN-DES-VIGNES

sévérité sèche. A l’entrée deux nobles statues d’abbesses, provenant de l’abbaye de Notre-Dame, s’agenouillent dévotement; elles représentent Henriette de Lorraine d’Elbœuf et Gabrielle-Marie de la Rochefoucauld, qui vécurent au dix-septième siècle.

... De Soissons à Laon, la distance est courte ; nous n’irons cependant pas tout d’une traite ; la grandiose ruine du château fort des sires de Coucy nous attire à mi-chemin ; l’embranchement qui passe devant le beau château moderne d’Anizy y mène bien vite.

L’AISNE

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Ces ruines dressées au sommet d'un plateau isolé présentent une façade énorme de murailles déchiquetées, éventrées, dentelées, de tours écimées et zébrées de cicatrices béantes ; on dirait qu’attaquée et défendue par des géants, la forteresse a été transpercée de coups d’épée formidables et frouée par des quartiers de roches lancés en manière de projectiles. Des buissons touffus en cachent les assises, et le lierre les revêt capricieusement de son manteau toujours vert. Le donjon, rétabli dans son intégrité, domine l’ensemble de sa puis-

COÜCT

santé stature. Cela étonne et cela émeut, la force, la grandeur des débris justifient la devise d’Enguerrand : « Roi ne suis, ne prince, ne duc, ne comlc, aussi ; je -suis le sire de Coiicy. »

Classé parmi les monuments historiques, le Château, car on l’appelle ainsi, appartient à l’Etat ; un concierge en a la garde, l’accès en est libre ; on y entre par une porte ogivale, et il vous révèle de suite son extraordinaire étendue. Qu’on imagine une surface de 10,000 mètres carrés ; une enceinte de 3 mètres d’épaisseur l’emprisonne et plonge dans une plaine illimitée, complètement soumise. Aux angles de l’enceinte, quatre tours cylindriques, plus ou moins intactes, montent à 33 mètres de hauteur ; au centre, le donjon circulaire, large de 30 mètres, s’élève à 33 mètres. Dans les vastes cours, les décombres des logis occupés par les gendarmes, les arbalétriers, les archers, les serviteurs, s’amoncellent, recouverts de

L’ILE-DE-FRANCE

végétations sauvages qui en interdisent l’approche. Des escaliers, à demi brisés, enroulent leurs spirales dans les tours béantes ; des meneaux encadrent les fenêtres rompues ; un clef de voûte sculptée, d’élégantes nervures s’attachent à des moitiés de plafonds ; un carré de pierres indique la chapelle seigneuriale abattue. C’est tout ce que l'artillerie et les mines, employées par les ordres de Mazarin pour détruire la vieille forteresse, devenue un repaire de mauvais compagnons et gentilshommes de grand chemin, ont laissé du chastel construit de 1225 à 1230, par le plus puissant des sires de Coucy, Enguerrand 111, celui-là même qui commanda la ligue des féodaux contre Blanchede Castille. Au quinzièmesiècle, le duc Louis d’Orléans, qui releva aussi Pierrefonds, l’avait remanié ; il réalisait la perfection de l’architecture féodale, et ses maîtres y devaient mener une large et luxueuse existence, à preuve le donjon restauré par Viollet-le-Duc. Nul édifice plus solide, plus hardi, mieux conçu. A sa porte, un bas-relief représentant un chevalier armé de toutes pièces, défiant un lion, rappelle la légende de la maison de Coucy. Le dedans, vaste rotondité parfaitement nue, où s’embouchent des puits très profonds, est divisé par des superpositions d’arcades en quatre étages, que séparent encore des galeries voûtées avec élégance. Les murs, épais de 7 mètres à la base, vont en s’amincissant jusqu’au faîte ; les communications sont faciles, les escaliers distincts. Un graml nombre d’hommes y pouvaient loger sans se gêner, à l’abri des intempéries, et s’y plaire aux longues veillées passées sous l’ample manteau des cheminées, en joyeux devis et propos chevaleresques.

A l'origine, le village devait être une humble dépendance du château ; il s’est augmenté de ses débris ; les paysans ont bâti nombre de leurs maisons avec ses pierres. L’église paroissiale, deux belles portes gothiques, un beffroi, datent de son époque. Deux ou trois hôtelleries reçoivent les touristes ; V Hôtel des Ruines leur offre bon repas, bon gîte, des voitures pour explorer la forêt et pousser jusqu’à la ci-devant abbaye des Prémontrés, où le savant Mabillon écrivit les Gesla Dei per Francos.

Vous vous attendez bien que Laon, célèbre au temps même où florissait Coucy, ne doit pas non plus manquer de caractère. La ville est en effet des plus intéressantes; mais on n’y parvient pas sans fatigue Elle erebe littéralement comme un nid d’aigle, sur un roc,

L’AISNE

à 181 mètres d’altitude; un petit aflluent de l’Aisne, l’Ardon, trace autour un cordon sinueux. Tout un faubourg populeux d’ouvriers et d’horticulteurs la sépare du chemin de fer et pour lui amener les voyageurs, elle n’a pas, comme Langres, de railway à crémaillère ; une série d’escaliers taillés à pic ou de rampes ardues mènent aux promenades ombragées de ses remparts.

Mais d’abord regardez-la d’en bas. Voyez-vous à gauche une

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