LAON — PORTE DE CHENIZELLES
■cellier, incendier, tuer à plaisir. Tout le théâtre de l’émouvante histoire, racontée par Augustin Thierry, est demeuré lé même ; il n’y manque que les édifices détruits par les Jacques dans l’effroyable révolte de 13S8.
La cathédrale, achevée du douzième au treizième siècle, est un monstre d’architecture, énorme et superbe. Elle affecte la forme cruciale; des neuf clochers qui la surmontaient jadis, deux à cha-
L’AISNE
cune de ses quatre façades, un au milieu, cinq s’élèvent encore, dont celui du milieu, à demi tronqué, tout noir. De nombreuses figures, d’une originalité saisissante et d’un style large, décorent le portail. Les archivoltes sont entièrement garnies de personnages aux reliefs vigoureux; des masques d’hommes austères, graves, moqueurs, vertueux, paillards ou paternes, des physionomies exquises de femmes pieuses et sages, s’épanouissent aux pendentifs, — inoubliables types de notre race. Des gnomes, des goules, des nains, des corps démoniaques se tordent comme des clowns aux gueules des gargouilles :
êtres de rêve et de réalité, infernaux et terrestres, unis à d’angéliques figures pour animer cette page étonnante. Entin, symbole bizarre, hommage rendu aux témoins de la naissance du Christ ou aux patients serviteurs du paysan, des statnes colossales de bœufs s’accroupissent majestueusement au troisième étage. A l’intérieur, de charmantes clôtures de la Renaissance ferment les chapelles des bas côtés; quelques peintures ne sont pas sans mérite, et la salle capitulaire, celles du trésor et de la sacristie, ajoutées àla nef, sonttont à fait dignes d’attention. Derrière la cathédrale, l’ancien palais des évêques a conservé de belles fenêtres arquées, des tourelles dégagées, d’expressifs mascarons ; la chapelle particulière des prélats, composée de deux étages, est un fort joli spécimen de style roman.
En quel lieu était situé le château fort, où résidèrent les derniers Carlovingiens, où l’nn d’eux, Louis d’Outre-i\Ier, mourut prisonnier de son vassal Hugues de France? Probablement à la place où s’élève aujourd’hui la citadelle. Mais ne prenez pas l’inutile soin d’en cher-
L’ILE-DE-FRANGE
cher les vestiges. Allez plutôt voir, dans une propriété voisine, les débris charmants d’une chapelle des templiers, construite au douzième siècle. Prenez le temps d’admirer au musée deux chefsd’œuvre des frères Lenain, excellents peintres réalistes, natifs de Laon, dont M. Champfleury, leur compatriote, a décrit l’œuvre et conté la vie. En achevant votre tour de ville, il vous arrivera de rencontrer les basses portes Royer et de Chenizelles, pittoresques débris de l’enceinte féodale. N’oubliez pas, tout à l’extrémité, d’entrer dans la vieille église Saint-Martin, qui renferme l’énorme sarcophage de granit sur lequel un sire de Coucy, rude guerrier, roide étendu, mains jointes, est sculpté. Enfin, des-