CHATILLON-SÜR-SEINE — FONTAINE DE LA DOUIX
boisées, de frais vallons. Source de la Coquille, source do la Bevinson, source de laDuesme, source de la Boche, source de la Baignes, qui bientôt s’enfouira et reparaîtra trois lieues plus loin, source du Pré, source de la Déjeanne, sources de la Groesme et de l’Ource au mont Aigu, source à l’ancien prieuré du Val-des-Choux. Elles sourdent doucement, sans éclat, égales, à raz déterré, quelquefois, mais rarement, d’une roche, d’une grotte. La plus remarquable de ces doiiix est à Châtillon-sur-Seine, où limpide, assez vive pour former en peu d’instants une rivière de cinq à six mètres de largeur elle sort de dessous une grotte pittoresque, qui monte à trente mètres.
En un paysage boisé, éclairci par la transparence lumineuse des
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belles eaux, vivotent les cinq ou six mille habitants de Châtillonsur-Scine. Une tour à créneaux, des pans de murailles, sur la hauteur, restes du châtelet où résidaient les hauts et puissants seigneurs de Chaumont, dominent le beau parc dont le maréchal INIarmont, duc de Raguse, glorieux et malheureux fils du pays, ombragea la terrasse de sa ville natale. Il repose au cimetière, sous une simple épitaphe, ce héros-type de la servitude militaire. Les forges, qu’il avait établies et dirigées aux alentours, à Sainte-Colombe, et que
CHATILLO.N-SUR-SEINE (COTE-d’oh)
mouvait le cours impétueux de la Douix, végètent maintenant : la moitié de ses foyers sont éteints. Nulle industrie locale, hormis celle-là ; mais on peut se régaler de confitures d’épine-vinette, fabriquées à Chanceaux : rare gourmandise, chère et délicate. Les églises Saint-Vorle, Saint-Nicolas, l’église de la ci-devant abbaye de Notre-Dame, devenue l’hospice Saint-Pierre, ont d’assez curieuses épaves du passé : peintures, ferrures, orfèvreries, dalles tumulaires du moyen âge et de la Renaissance. Une émouvante tradition nous a conduit à Grisolles, humble village à trois heures de marche, ou à vingt minutes de la station de Laignes, sur l’embranchement de Châtillon à Niiits-sous-Ravières : nous voulions voir, et volontiers on nous a montré, la grotte souterraine où, dit-on, se réfugia le Gaulois
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révolté et vaincu Sabinus, où la sublime épouse du proscrit, Éponine, allaita pendant des années d’ombre peureuse et de danger toujours imminent les doux fils jumeaux qu’elle devait, au jour fatal de son supplice et du supplice de tous les siens, agenouil er pitoyablement aux pieds do l’inflexible Flavius Vespasion : « Vois, César, ces enfants ; je les ai élevés dans les soucis et dans les larmes pour que nous fussions plus nombreux à implorer ta clémence ! «
Mussy-sur-Seine... Bar-sur-Seine... De gros bourgs, presque sans intérêt, sans couleur, déjà enclavés dans la Champagne, mais au sein encore d’une terre accidentée, abondamment arrosée, verte partout au printemps. Le poète comique Boursault naquit à Mussy, l’on s’en souvient. L’auteur A' Esope à la Cour et du Mercure galant^ — pardonnons-lui le Portrait du Peintre, qui raillait Molière, car Molière avait commencé ! — avait bien, ce nous semble, comme toute la fine et grasse lignée des beaux-esprits bourguignons des derniers siècles, un joli coup de vin clair et joyeux dans la tète ; il était gai, quoique médiocre. Assurément trop peu grand homme pour qu’on lui prenne mesure d’une statue, il mérite au moins un buste, avec inscription : nous croyons qu’il les a.
... Nous n’irons, en ee moment, pas plus loin dans la vallée de la Seine ; il nous faut mieux eonnaître la région où elle commence, la vallée si originale, si fraîche, si remplie de souvenirs puissants sur notre âme, où naissent ses indirects tributaires, l’Armançon, l’Oze, rOzerain, la Brenne, qui sillonnent la fameuse plaine des Laumes, le massif de hauteurs où il nous plaît de retrouver l’immortelle Alesia.
Devenez donc à Verrey, sur la ligne de Dijon, puis remontez cette ligne. A vos côtés, des collines se rangent, se touchent, ingénieusement cultivées jusqu’au sommet en vignes, en luzerne, lin, sainfoin, pommiers, ça et là seulement comme râpées, offrant les larges taches grises d’un granit infertile. La vallée, tout en praii’ies, que séparent des haies de minces bouleaux, de saules nains, paraissent fraîches et sont humides ; les erues des sources, des fontaines, grossissant d’innombrables ruisseaux, en doivent, de l’hiver au printemps, noyer l’argile, en isoler les rares habitations. On no saurait compter les ponceaux et les pierres de gué jetées sur les fossés, où parfois roulent dos torrents. Comme on Flandre, des villages et leurs écarts
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sont, de la sorte, pendant des mois, enfermés dans de rigoureuses solitudes. Par contre, de mai jusqu’à novembre, le soleil prête à ces campagnes, toujours avivées par les eaux courantes, toujours vertes, ombreuses, fleuries, un charme enviable. Cependant, les paysans, à peine échauffés, demeurent ce que la rêverie, la contemplation forcée des horizons uniformes et restreints, les ont faits : doux et lents, polis, complaisants même, mais sans la moindre vivacité d’accueil, routiniers d’ailleurs, encroûtés dans leurs habitudes, attachés, comme le colimaçon à sa coquille, à de vieilles maisons sombres, rongées par le salpêtre, malsaines. Combien, invoquant plusieurs générations rustiques, pourraient dire au Progrès comme le Jean Lapin du fabuliste alléguant la coutume et l’usage à l’envahisseuse dame Belette :
Ce sont leurs lois qui m’ont de ce logis Rendu maître et seigneur, et qui, de père en fils.
L’ont de Pierre à Simon, puis à moi, Jean, transmis
Donc, nulle ambition à grandir hors de la terre natale : quiconque l’essaye est blâmé des siens, même s’il réussit. Pourquoi donc avoir quitté l’antique ferme, flanquée, ainsi qu’un manoir, de tourelles d’angle baignant dans la vase, et dont la porte, souvent arquée en ogive, garde un écusson nobiliaire à peu près effacé ? Verrey, Darcey — où du sein d’une nappe d’eau ensevelie, surgit une douix — ont plusieurs fermes de ce genre singulier, dépendances peut-être du château seigneurial des Bussy-Rabutin.
AuxLaumes, vaste plaine, gare animée. Alise se voit d’ensemble : à droite, village contournant le mont Auxois; au-dessus, sommet isolé, d’aspect sévère, triste, couronné de la statue de Vercingétorix. Le héros gaulois plane sur toute la vallée, hautaine et mélancolique personnification d’une patrie ancêtre !
Allons gravir le mont Auxois. En passant aux alentours, remarquez les bornes milliaires où se lisent les mots contrevallation, circonvallation ; elles marquent la limite présumée des enceintes formimidables creusées par les soldats romains autour du camp gaulois. On ne tarde pas à découvrir, à mi-chemin de la route serpentine, l’hôpital d’ Alise-Sainte-Reine : quelques-uns de ces bâtiments blancs et confortables sont anciens, ils composaient jadis le monastère de
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Sainte-Reine, chaste martyre, décapitée ici môme au cinquième siècle, quand régnait l’empereur Olybrius. Elle fut, sainte Reine, pendant bien des années, autrement populaire et honorée des foules que le héros des Gaules. Victime, suivant la légende des saints, non seulement de sa foi, mais de sa vertu, car elle avait refusé d’épouser le proconsul qui la fit mettre à mort, son sang virginal empourpra l’eau d’une fontaine, depuis miraculeuse. Aux pèlerins déchaux dont les processions la visitaient, cette fontaine précieuse rendait la santé, elle guérissait spécialement les maux d’yeux, elle assurait aux femmes d’heureuses gésines. Maintenant on n’y songe guère plus qu’aux mystères d’Hésus.
Sur le sommet rocheux du mont, dans le majestueux silence du vaste horizon qu’il domine, un socle de granit supporte le piédestal où le Vercingétorix, de Millet, debout, la dextre appuyée sur son épée, semble, intrépide et pensif, magnanime et douteur, prévoir la fatale issue de la lutte suprême engagée contre César, contre Rome ! Oui, il nous le semble, l’artiste a mis dans ces yeux profonds comme un pressentiment des destinées de sa patrie, future province latine, comme un regret poignant de son passé barbare, aventureux, héroïque, enjoué; déjà le généralissime est prêt au sacrifice qu’il fera demain pour sauver son armée de braves, domptés par le génie de la guerre, affamés dans le camp fortifié d’Alésia, définitivement vaincus après une dernière « sortie » ! Pourquoi, sur le socle, ne lit-on pas ces lignes des commentaires, si éloquentes dans leur brièveté :
Postera die Vercingétorix^ consilio convocato, idse belliim svscepisse non suariim necessitatum, sed communis libertatis causa dernonstrat ; eï, quoniam sit fortunœ cedendum, ad ictrarnque rem se illis offerre, seu morte sua Romanis satisfacere, seuvivwn tradere velint (1)...
Et, lamentable épilogue à ce Sedan de l’an 52 avant le Christ :
Vercingétorix deditur : arma projiciuntur.
Ou, comme dit Michelet d’après Plutarque, Dion Cassius :
Le Vercingétorix^ conservant seul une âme ferme au milieu du déses-
(1) « Le lendemain (de la dernière bataille livrée devant Alésia) Vercingétorix, son conseil étant rassemblé, démontre qu’il n’a pas entrepris la guerre pour son intérêt personnel, mais pour défendre l’indépendance de tous ; néanmoins, puisqu'il faut céder à la fortune, il s’offre, si on le veut, soit à mourir, soit à se livrer en otage, pour donner satisfaction aux Romains (et sauver l’armée). »
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poir des siens^ se désigna et se livra comme l'auteur de toute la guerre. Il jnonta sur son cheval de bataille., revêtit sa plus riche armure., et après avoir tourné en cercle autour du tribunal de César., il jeta son épée, son javelot et son casque aux pieds du Rojnain, sans dire unseid mot!
Ceignant le piédcslal, une bande de bronze présente cette inscription, hélas ! d’une emphase presque ironique,
La Gaule unie formant une seule nation animée d'un même esprit peut défier l'univers ( Vercingétorix aux Gaulois assemblés). Cœsar. De Bello GalL, 1. VII, c. xxix) (1). — Napoléon III, empereur des Français, à la mémoire de Vercing étorix .
Ces paroles gelées, la froide image du héros, sont tout ce qui rappelle la mémoire de la puissante Alésia, urbium mater, mère des villes, sur le plateau dénudé du mont Auxois. Elle fut, après la victoire de César, aussitôt abandonnée, détruite : les fouilles opérées sous le second empire en ont mis à découvert quelques débris, et, dans l’imperceptible musée du village d’Alise-Sainte-Rcine, amas de masures croulantes et d’inébranlables maisons du quinzième ou du seizième siècle, vous verrez sous des vitrines des monnaies gauloises et romaines, des poteries ébréchées, des armes rongées. Dans ce musée que visite le voyageur ému et déçu, ne pouvait-on mettre une réduction du superbe plan en relief d’Alésia, reconstitué par l’archéologie pour le musée de Saint-Germain? Cette vivante, cette pratique leçon d’histoire serait ici à sa vraie place.
A une lieue, une lieue et demie d’Alise, Flavigny offre un excellent poste d’observation à qui veut bien connaître cette région célèbre et pittoresque. C’est un gros bourg, littéralement caché dans un massif de collines. A moins de suivre la grand’route, aux continels circuits, on y va, des Laumes, par des chemins, des sentiers rocailleux, tortueux, assujettis aux déclivités des hauteurs les plus capricieuses. Les bois, les vignes, les pommiers, se partagent le terrain, mais dans les nombreuses ravines creusées par les fontaines, les sources, l’eau vive sème les plantes, les fleurs aromatiques. Flavigny vous apparaît brusquement, au milieu de ce paysage montueux, hirsute et parfumé; il est assis, en dominateur, sur un plateau farouche et gai, des vallons étroits l’entourent et s’ouvrent à ses pieds; on en
(l) «....atque unum conciliuin lolius Gailiæ effecturuin, cujus consensu ne orbis quidem tcrrarum possi obsistere (idque se prope jam efl'ectum habêre). ><
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ferait aisément une citadelle inexpugnable. Nous croyons cependant qu’il fut, au seizième siècle, assiégé et pris, malgré ses fortifications, dont il reste de solides pans de murs et quatre portes à créneaux, herses et mâchicoulis. La plupart de ses habitations chenues, flanquées de tours, percées de porches profonds, de fenêtres exiguës, serrées en des ruelles, des impasses toujours sombres, humides, racontent un long passé féodal. Mais ne durent-elles pas trop? Il nous l’a semblé, à voiries pauvres êtres pâles, étiolés, affligés de précoces douleurs, qui en sont les locataires. De l’air pour eux, de la lumière!
Nous sacrifierions sans remords toute l’antiquité à la santé des vivants. Entre ces noires maisons, on dirait un palais du couvent de noviciat des dominicains, grand logis campé, avec ses jardins, son bois, sur la crête de la colline, et tout blanc, comme la robe dominicaine.
Admirez, avant de quitter Flavigny, dans sa petite et régulière église du huitième siècle, un jubé de la Renaissance, en pierre sculptée et peinte à fresque; mais si vous n’êtes pas pressé de partir, restez là, en bon gîte, à l' hôtel ^ — on n’ose plus dire auberge — de la Terrasse, statüe de veucingétorix Vous goûterez l’inestimable bien de la ^ alise-sainte-reine tranquillité parfaite, du rêve libre dans
l’air pur. Chambre agréable, table abondante et saine, hôtes serviables, voilà ce que l’on trouve rarement à pérégriner de par le monde, même en « doulce France », et voilà ce que l’on trouve ici. Au reste, la Bourgogne est pays de liesse, pays de caractère aflable : signe essentiel de la cordialité des mœurs : les chiens n’y aboient pas aux trousses du j)assant inconnu. Douceur du chien : etfet de la douceur des gens I
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— Mais quelle distraction à Flavigny ? — N’en soyez pas en pein^.
Il s’en trouve, et des plus délicates, si vous savez les goûter. Des châteaux vous environnent, où vous n’aurez qu’à frapper pour qu’il vous soit permis de vivre familièrement avec la meilleure compagnie . du dix-septième siècle. Présentez-vous, s’il vous plaît,
chez les Bussy-Rabutin, les Sévigné-Chantal, les Guitaut, ces nobles
familles encore si bien vivantes, si brillantes . dans les lettres de
Mme de Sévigné. Elles habitaient dans le voisinage, en voisins, et n’ont pas complètement quitté leurs demeures aristocratiques. N’êtcsvous pas tenté d’aller leur rendre visite ?
A plus de deux lieues vers l’est, par delà le chemin de fer, derrière les collines bordant la grand’route, se dissimule Bussy-Rabutin. Il dépend de la commune singulièrement divisée, éparpillée, nommée Bussy-le-Grand. Quel chemin prendre? il faut s’en informer.
— Voulez-vous nous indiquer la route de Bussy? disions-nous à un vieux paysan, tout chargé de ramée.
— Ah ! vous êtes de Bussy : ça se peut ben !
— Pas du tout, mais je vous en demande la route.
— Vous êtes p’t ête ben le neveu du curé... Dame ! qu’voulczvous ?
— Nullement.
— Moi, j’ sis de Grésigny... Vous d’vez ben le connaître?
— Sans doute... Mais comment aller à Bussy?
— Eh ! ben, m’n ami, faut aller tout dret d’vant vous !
. On monte, on descend, on tourne, et l’on arrive à l’improviste
devant la très vieille et très simple entrée du modeste château où vécut en exil, de 1666 à 1682, Roger, comte de Bussy-Rabutin. Homme étrangement complexe, ce Roger, prototype de toutes les vanités et de toutes les qualités de l’ancien noble : courtisan respectueux, brave, avide et frondeur, fat insupportable et bel-esprit caustique, mordant écrivain et ridicule panégyriste, capable de toutes les bassesses, naïvement indélicat et naturellement fier, admirable et odieux. Un tel homme, expansif jusqu’à l’indiscrétion la plus hardie et forcé pour cela même au silence, obligé de vivre dans ses terres, devait continuellement ruminer ses souvenirs : succès et disgrâces, ambitions triomphantes et déceptions amères, heureuses et infidèles amours Mais comment, dans quelle âme complaisante
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épancher les joies disparues, les rancunes présentes et les futurs espoirs dont son cœur débordait? 11 ne les voulut confier qu’aux seuls appartements de son logis ; le pinceau les exprima sur les murs, sous forme de sentences et d’allégories, et les siècles moqueurs nous ont gardé ces confidences, grâce auxquelles l’auteur de V Histoire amoureuse des Gaules nous initie à ses intimes pensées.
Sous la fraîcheur d’un beau parc planté en amphithéâtre, apparaît, comme à l’ombre d’un éventail, la façade d’honneur : un bâtiment sobrement orné de pilastres, et flanqué de deux ailes en équerre, de l'époque Henri 11, percées de baies en arcades et devancées par de grosses tours à lanternon, semblables à des colombiers. Sans aucune magnificence, cette construction, mi-partie du seizième et du dixseptième siècle, a le charme des nobles et vieux édifices intégralement conserves. Les armes des marquis de Sarcus, possesseurs actuels du domaine, s’étalent au fronton, celles des Bussy-Rabutin décorent le vestibule : Cinq pointes d'a7'gent, deux empallés à quatre d’azur, écartelé d'or, à une croix de sable. — Tenants : deux anges ; couronne de comte.
Et, par la salle des devises, on pénètre dans les appartements. — Entre des vues de résidences royales, de légères fresques représentent d’allégoriques objets, commentés par d’ingénieuses devises en langue italienne ou latine : par exemple, le soleil éclairant un cadran solaire : si me mira, me miran (1) ; — un escargot : in me me involvo (2) ; — un roseau : flector, non ft'aiigor (3) ; — des étoiles en grand nombre : non mille quod absens (4) ; — un drapeau percé et déchiré : e lacero ogni virtù spira ^5) ; — une sirène avec le visage de l’inconstante marquise de Monlglat : sollicit ut perdat (6) . Nous ne
pouvons citer tous ces tableautins. Mais en faut-il davantage pour expliquer les regrets orgueilleux où se morfondait le courtisan relégué au fond de la Bourgogne, loin des rayons du soleil de Versailles, dont les splendeurs enviées le préoccupaient toujours?
Peu nous intéresse ensuite le salon des grands hoimnes de guerre
(1) S’il me regarde oa me regarde.
(2) Je me retire en moi-même.
(3) Je plie, mais ne romps pas.
(4) 11 n'y en a plus mille, faute d’une absente.
(5) De mes lambeaux je tire un lustre.
(6) Elle nous séduit pour nous perdre.
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où reffigic du maître de céans, qui fut lieutenant général, fignre entre Turcnne et Condé, à côté de Dugnesclin et de Bayard : bizarre excès d’outrecuidance. Mais la chambre dite de Sévigné et le cabinet attenant renferment quelques portraits délicieux : Mme de Maintenon, Ninon de Lenclos et Mlle de la Sablière, par Mignard ; la folle duchesse de Berry, par Coypel, et des tableaux, des pastels ou des esquisses de Pierre, de la Rosalba, de Boullongne, de Demarne .
Encore préférons-nous mille fois à ce musée de famille le salon de la l'ouv dorée : c’est la pièce splendide du château, et ce fut sans aucun doute l’asile aimé, le séjour de prédilection du comte Roger. Anssi l’a-t-il revêtn de peintures assez élégantes et décoré de sentences d’une ironie spirituelle. Sous la coupole, une fresque rappelle la chute de Phaéton, allusion transparente, aveu mélancolique :
La lionle, le regret, la mort, l'adversité.
Sont l’ordinaire prix de la témérité.
En un panneau, lui-même, l’imperturbable fat, s’est fait représenter, jeune imperator de fantaisie, que sa cblamyde romaine n’empêche pas do porter perruque, canon de dentelles et flots de rubans. Près de lui sourient dans leurs cadres éteints les portraits de ses maîtresses, déshabillées par d’impertinentes inscriptions : Catherine de Bonne, marquise delà Baume, « la plus jolie maîtresse du royaume et la plus aymable, si elle n’eût été la pins infidèle », Magdeleine et
Catherine d’Angennes, une duchesse de la Rochefoucauld . Et vous
lisez çà et là : Casta est qiiam nemo rogavit. — Qui donne est le maître des cœurs.. — Etsi omnes, ego non. Et ceci au-dessous de YEnlèeement d'Europe :
Les femmes font mille façons Pour duper les pauvres garçons ;
Les garçons feignent mille flammes Pour attraper les pauvres femmes.
Et cela, sous un Pygmalion amoureux de sa statue :
Si vous aimez à n’ètro point trompé.
Aimez une femme d'ivoire.
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Et enfin, résumé de celte philosophie sceptique, si profondément désillusionnée :
Fussiez-vous beau comme l’astre du jour.
Assurez-vous si l’étoile vous manque,
Que vous serez malheureux en amour!
C’est tout. Vous connaissez les amusements du brillant gentilhomme désœuvré; vous avez parcouru tout un chapitre de riiisloirc privée du grand siècle ; Bussy-llabulin n’a plus rien à vous apprendre : chambres fanées à carrelages déteints, banales peintures, livres poudreux, odeurs moisies, voilà le reste de ce tombeau, peuplé de vaines images, que la seule littérature peut animer un instant.
Les châteaux congénères des Chantal, des Guilaut, sont situés par delà Semur, dans le Morvan bourguignon, où l’embranchement des Laumes à Cravant nous conduira; mais à cette heure, étant si près de Montbard, comment n’y pas aller ? En longeant les collines noires à travers un pays trapu, plus robuste que gracieux, on y parvient sans peine et sans ennui.
En amphithéâtre, sur la rive droite d’une limpide rivière ombragée de peupliers, la Brenne, la petite ville s’échelonne sur une hauteur forestière : elle est plutôt laide et paraît pauvre. En des ruelles, d’ignobles impasses, où lesoleilne luitjamais, de misérables masures s’enfoncent, gisent dans les boues, les fumiers infects. Mais qui regarde ces détresses? personne. Le touriste s’enquiert du donjon de Bulfon, qu’il a vu de loin se profiler au sommet de la colline; il y court, et n’a entre deux trains que le temps de le visiter. Près de l’église, jadis attenante à la seigneurie, vis-à-vis le terre-plein où se dresse la statue du grand naturaliste, sculpté par Guillaume, lui aussi, enfant de Montbard, s’ouvre la porte du château où Buffon habita pendant bien des années de travail et de gloire.
Il est bien simple, ce château, bien modeste, mais d’autant plus expressif. Devant vous s’étend un parc d’autrefois; ses charmilles, ses allées d’ifs et de mélèzes ont sans doute ombragé le maître et scs dignes collaborateurs, Daubenton et Guéneau de Montbéliard. Volontiers illusionné, nous croirions suivre les traces de ses pas. Ce cèdre magnifique, ne l’a-t-il pas planté? Sur ce banc de pierre verdâtre ne s’est-il pas assis? Et vous, Léda maintenant décrépite, rongée par
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les ans et qu’un informe oiseau caresse encore, n’avez-vous pas réjoui Jes yeux du philosophe, par vos charmes de marbre alors fraîche ment sculptés ?.... Comme ici tout est paisible, propice aux graves et sereines méditations !
De logis, il n’en est point d’autre qu’un bâtiment carré tout emmitouflé de lierre, flanqué de tourelles, éclairé par une seule