C H ATE A Ü-TH I ERU Y — RUINES DU CHATEAU
allez surprendre dans la vieille demeure du poète le secret de son génie ?
Mais on ne vous fait voir qu’un petit musée, ses portraits, ceux de ses protecteurs, les ducs de Bouillon, seigneurs de Château- Thierry, et celui de la duchesse, à laquelle il dédia le premier recueil de ses contes. Seulement, dans le jardin, dessiné comme autrefois, on vous dit : « Voici l’acacia qu’il a planté, l’allée des tilleuls où il se promenait. » Vous en croyez ce qu’il vous plaît. Le fils du maître des eaux et forêts de Château-Thierry, bien qu’investi de la môme charge, ne séjourna guère, passé la première jeunesse, dans sa ville natale; il s’y maria; il y eut un enfant; mais ni sa femme ni son fils ne fixèrent son humeur vagabonde. Il leur préférait le plaisir, les amours faciles, le rêve, la méditation et les
L'ILE-DE-niANCE
beaux vers. Nul ne fut moins soumis à la coutume et davantage à son démon.
Les sentiers menant au château sont peut-être encore ceux que suivait le fabuliste, lorsqu’il allait faire sa cour à l’aimable et jolie nièce de ]\Iazarin, duchesse de Bouillon, qui, la première, distingua son talent, son esprit, son cœur, se l’adjoignit pour animer les fêtes brillantes qu’elle organisait, le lança dans le grand monde et lui en donna le goût. Mais il était accueilli dans une résidence très peu gothique, dont nous ne retrouvons plus les traces. Il faut nous contenter d’admirer deux belles portes et une puissante enceinte du moyen âge, entre lesquelles se répand sans contrainte, un jardin public, frais et touffu ; La Fontaine en aurait aimé la charmante négligence.
Les souvenirs du dix-septième siècle abondent sur notre chemin. Meaux a peu changé depuis la mort de Bossuet. Effet des sièges subis aux quinzième et seizième siècles, il est, bien que des plus antiques, banal et sans caractère. La déroute des Jacques surtout lui fut terrible. Lemaire, de Soûlas, ami d’Etienne Marcel, les avait amenés, avec les miliciens de Paris ; tous y périrent ; lui-même perdit la tête sur l’échafaud, et la ville fut brûlée. Non content, dit la chronique, d’abattre « ainsi que bestes » les jacques et les citadins révoltés, et de les faire « saillir en la rivière de Marne », les impitoyables chevaliers de Gaston Phœbus, comte de Foix, et de Jean de Grailly, captai de Bucli, pillèrent la cathédrale, incendièrent le château, les maisons des bourgeois, des chanoines. « Brièvement ils en tuèrent et mirent à fin plus de sept mille, ils boutèrent le feu dans la désordonnée ville de Meaux et l’ardirent toute et tous les vilains du bourg qu’ils purent dedans enclore. » Quinze jours après le carnage, les flammes n’étaient pas éteintes.
Assez bel édifice gothique, flamboyant, la cathédrale Saint-Etienne a perdu ses statues ; ses bas-reliefs sont mutilés. Mais son portail ne manque pas de grandeur, les trois portes en sont élégantes, les gables finement sculptés, la rose gracieuse. Bossuet repose sous la nef, à côté de ses grands vicaires et, dans le chœur, s’élève la statue qui le représente assis, revêtu de ses habits pontificaux, la main droite étendue, « nourrissant son troupeau de la parole de vie ».
Le palais épiscopal n’est en apparence qu’un solennel hôtel du dix-
LA P.RIE
Bcptiènie siècle. Mais par un singulier corridor qui, tenant lieu d’esca- Iier, monte doucement jusqu’au sommet de l’édifice, facilitant 4e la sorte aux prélats chargés d’ans et de travaux, comme le fut Bossuet, une ascension fatigante, pénétrez dans cet hôtel ; vos regards découvrent de basses salles voûtées en ogive et, aux façades inté-