GALERIE HENRI II A FONTAINERLEAU
l’on n’était curieux de voir la place où fut navré le pauvre Monaldeschi, presque sous les yeux de son amante et souveraine Christine de Suède, on se dispenserait volontiers de visiter la Galerie des Cerfs.
Revenons aux dehors du palais, puis à ses jardins, à son parc. Ayant peu changé depuis deux siècles, ils reflètent très bien la poésie du passé. A part le jardin de l’Orangerie ou de Diane, si cliarmant avec ses capricieuses charmilles, voilant comme une dentelle les façades roses et grises, et qu’emplissent du matin au soir les jeux des enfants, tous semblent ensevelis dans un éternel silence.
LA FORÊT DE FONTAINEDLE AU
Entre tous, la Cour Ovale produit une étrange impression : moussue, verdâtre, entourée d’arcades comme un palazzo d’Italie, décorée du portique attribué àSerlio et delà fameuse porte Dauphine, elle représente, à elle seule, toute la Renaissance des Valois, cristallisée dans le grès jauni, mordu par les pluies. Que de fêtes bruyantes se sont passées sous les yeux vides des masques sculptés aux chapiteaux effrités! Un jour, Henri II et Diane de Poitiers, accoudés à la balustrade du portique, ont vu la cour, la ville et les ambassadeurs défiler, extasiés, devant plusieurs buffets et dressoirs, posés au milieu de la cour, et tout chargés des trésors à jamais perdus, que huit siècles de monarchie avaient accumulés dans les châteaux des rois de France : armes, vaisselle, vases, coupes, hanaps, aiguières, orfèvrerie de tout genre, miracles de travail et de richesse. Un autrejour, le 20 mars 1564, la sombre Catherine de Médicis assista, de la môme place, aux carrousels, passes d’armes courtoises, jeux de barrière et courses de bagues auxquels, — déguisés en princes grecs et troyens, — se livrèrent très vaillamment ses fils Charles IX et Henri d’Anjou, Henri de Condé et Henri de Guise ses cousins, et autres seigneurs de moindre importance, sous les regards charmés des dames et aux applaudissements rythmés en vers français par Ronsard, très excellent poète.
A gauche du château s’étend, va gagner Avon, la douce solitude du Parc; la Treille du Roi où le soleil mûrit par milliers de livres le chasselas doré, festonne un mur de 2 400 mètres de longueur; parallèlement dorment les eaux placides du canal bordé de grands arbres et de talus fleuris; çàetlà, des pêcheurs jettent l’amorce aux poissons; des bancs rustiques invitent aux rêveuses paresses ; de la Faisanderie, tapie à l’écart, derrière une grille dorée, s’échappent des abois et des cris rauques, grossis par l’écho de la forêt.
Le parterre, arrangé en damier selon l’art de Le Nostre, s’étend devant la belle façade de la galerie de Henri H, et s’arrête au gracieux pavillon nommé Porte Dorée, dont la voûte est peinte à fresque par le Primatice. A cette porte aboutit l’avenue Royale, par laquelle, en 1535, l’empereur Charlcs-Quint, ayant cheminé à travers la forêt, vint au-devant de son hospitalier et fastueux rival, qui l’attendait à l’entrée de son palais luisant neuf.
Devant la cour de la Fontaine, l’étang limpide aux carpes cente-
L’ILE-DE-FRANCE
naires, dont les ouïes portaient des anneaux d’or, répand sa fraîcheur, et, tous les jours, des badauds s’accordent le plaisir de jeter aux successeurs de ces poissons historiques, — hélas! mangés par les Cosaques en 1814, — des miches de pain de seigle. Mais nous, nous admirerons les harmonieuses architectures de la galerie de François P’’, du pavillon des Reines-Mères, et surtout de l’aile au double escalier, qui contenait jadis la mignonne salle de spectacle pratiquée, par les