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MONTIGNY-SÜR-LE-LOING

Decamps, Jacques, Théodore Rousseau, François Millet... Mais quel pinceau pourrait reproduire les sauvages magnificences des gorges d’Apremont ? On marche entre des écroulements de grès prodigieux, livides, roulés pêle-mêle comme les débris d’une montagne fracassée. Dans ce chaos titanique dés formes surnaturelles paraissent avoir vécu ; on dirait les corps pétrifiés de monstres fossiles arrêtés dans leur fuite pendant la déroute des éléments, pétrifiés et fixés par la foudre à la place où ils sont encore. De rares arbrisseaux, des buissons de houx, des genévriers, parviennent à pousser dans l’anfractuosité des roches ; leur maigre feuillage ne réchauffe pas une nature épuisée.

Comme Mariette, Barbizon, naguère rustique colonie d’artistes.

L’ILE-DE-FRANCE

devient à la mode, etbeaucoup de Parisiens vont y passerles vacances, Frar.çois Millet repose dans le cimelibre du hameau; un médaillon en bronze, dù au sculpteur Cliapu, et encastré dans une roche, unit le peintre de V Angélus à son émule et ami Théodore Rousseau

Droits comme les piliers d'une cathédrale gothique, s’élancent vers la nue les bon quels de chênes et de hèties du Bas-Bréau, du Gros- Fouteau ; dans leurs

tiges centenaires circule une sève d’une vigueur surnaturelle épandue en merveilleux rameaux.

Les monts Chauvet, 1: Nid de l’Aigle,

MOUET

le Mont Ussy, élèvent autour de la vallée de la Sole disposée en champ de courses, des roches énormes ombragées par une végétation luxuriante, mêlant toutes les essences aux palmes des fougères. A leurs pieds, des fourrés inextricables hérissent de longs espaces et vont, loin vers l’est, le nord, du côté de Melun, enliser les abords du Calvaire, du Rocher Casse-Pot et du Fort l’Empereur,

LA FORET DE FONTAINEBLEAU 1G3

bizarre tourelle édifiée par Dénecourt, célèbre solitaire et studieux ami de la forêt.

...Les alentours de la forêt ont comme un reflet de sa beauté. C’est d’abord, au sud, la vallée du Loing, Montigny, dont les maisons "étagées se mirent si joliment dans cette blanche rivière, bordée de prairies; Morct, petite ville antique, féodale, comprenant encore entre deux portes du seizième siècle, une église fort belle, quoique délabrée, et le donjon célèbre d’un château royal. Jacqueline de Bueil, maîtresse

UOHET — BORDS Dü LOING

de Henri IV, fut comtesse de Moret; une fille naturelle de Louis XIV y dirigea un couvent de religieuses : elle était si brune qu’on l’appelait l’abbesse noire ; M“® de Maintenon et le roi lui rendirent quelquefois visite pendant leur séjour à Fontainebleau. Moret a perdu en 1826, au profit de Paris, son édifice le plus élégant: l’hôtel Renaissance dont les sculptures attribuées à Jean Goujon décorent au Coursla-Reine la maison dite de François I".

Plus avant dans la vallée, Nemours garde un château gothique; Larchant a ses roches et son église singulière; Ferrières, la basilique remarquable d’une abbaye mérovingienne, restaurée du dixième au quinzième siècle. Au midi de Ferrières, la forêt recommence, non plus grandiose, mais vaste et giboyeuse, limitée par le Loing, et se terminant auprès de Montargis.

L’ILE-DE-FRANCE

Montargis a été ville forte, ville royale. De son château construit sous Charles V, il reste sur la colline un corps de logis, une poterne, une tour carrée. Au pied de ces débris, la ville très populeuse, un peu sombre, groupe des fabriques de serge, de bonneterie, de rouennerie, des mégissiers, une papeterie ; encore est-ce un centre agricole, et le commerce des grains l’occupe davantage que l’industrie. 11 en est ainsi de Château-Renard, enfermé dans son enceinte du treizième siècle; de Châtillon-sur-Loing... Tout ce pays, situé entre le Gâtinais et la Puisaye, participe de la nature de ces contrées: il est humide et sec, ingrat et fécond ; les grandes pluies, que le sol

PONT DE MONTEREAO

n’absorbe pas, y laissent des marécages fiévreux, et, à côté de terres fertiles, il offre de longs espaces incultes.

11 fut cependant colonisé de bonne heure par les Romains, et prospère. On croit reconnaître à Triguières, près de Château-Renard, les traces de Villaunodunum, que César assiégea durant trois jours; on y a mis au jour les assises, encore pavées de mosaïques, d’un théâtre assez grand pour contenir huit mille spectateurs. Auprès de Châtillon, à Chénevières , les paysans nomment Fosse-aux-Lions un vaste amphithéâtre, et les archéologues y ont exhumé l’enceinte d’un camp romain, des thermes, un prétoire; mais peut-être faut-il de savantes lunettes pour contrôler ces doctes assertions.

... A l’ouest, les vallées de l’Essonne, de l’OEuf, limitent la forêt; Pithiviers se recommande aux gastronomes pour ses friands pâtés d’alouettes; Yèvre-le-Châtel aux artistes pour son donjon de la meilleure époque du moyen âge. Malesherbes, marché beauceron

LA FORÊT DE FONTAINEBLEAU

renommé, a son château bâti pour l’amiral de Graville, propriété aujourd’hui du marquis de Beaufort. L’illustre protecteur des philosophes et défenseur intrépide de Louis XVI, Lamoignon de Males- •herbes habitait aux alentours le château de Rouville, aujourd’hui au comte d’Aboville, œuvre exquise de la fin du quinzième siècle, aux sveltes tourelles aiguës, dentelées, aux fenêtres fleuronnées, aux légères galeries ajourées de trèfles. Augervillc, moins remarquable et bien délaissé, appartenait au grand orateur Berryer, qui y mourut le 29 novembre 1868. A quelque distance, voici Milly et ses beaux rochers ; Arbonne et ses dunes de sables amateur, n’a pas

fins, blancs comme neige, amoncelés, visité, étant de loisir

ondulés, brillants au soleil comme de véritables glaciers !

Quel artiste, ou simplement quel

à Fontainebleau, le parc de Gourances, à

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