A TOOR EIFFEL ET L’EXPOSITION
de choses uniques, pleines de grandeur, de beauté et de
tant
PARIS
Dans le plein air de la place de la Concorde, entre des palais elles statues emblématiques des grandes villes de France, sous les yeux de Strasbourg en deuil, pavoisé de drapeaux consolants, mais voilé de crêpes, les deux fontaines dessinées par M. Hittorf et construites de 1836 à 1846, semblent manquer un peu de caractère. Elles sont consacrées : l’une, à la navigation fluviale, l’autre à la Navigation maritime ; chacune est ornée de six statues, de génies, de néréides et de tritons. Elles sont en fonte de fer ; la seconde marque la place où se dressait l’échafaud du 21 janvier 1793.
Les Champs-Elysées, le Cours-la-Reine, le quai de la Conférence, le quai d’Orsay... des jardins féeriques, des hôtels somptueux, de
LE POINT-DÜ-JOUR ET LE VIADUC d’aUTEUIIj
vastes quinconces... Les tours du Trocadéro se dressent au-dessus de la Seine, comme les tours de la Giralda au-dessus de Séville; nous allons quitter le vrai Paris. Passé le palais, original jusqu’à la bizarrerie, que lui a légué l’exposition universelle de 1878, s’allongent les rives de Passy, d’Auteuil, de Grenelle, se transformant peu à peu, gardant encore en maints endroits les jardins en pente, les sentiers perdus, les terrains vagues, les chantiers de bois, les vide-bouteilles ou les guinguettes isolées d’autrefois.
Sur le panorama des Environs de Paris, verdoyant amphithéâtre, le superbe viaduc d’Auteuil ouvre son double rang d’arches superposées ; c’est de là que nous partirons. Mais peut-être, avant de quitter la Ville, les curieux voudront-ils passer du fleuve qui l’arrose à ciel ouvert, aux fleuves souterrains qui en recueillent les eaux corrompues pour les rendre à la Seine, qui les roule vers l’Océan? Voilà en effet une navigation intéressante ; elle est facile aussi. Que l’on soit exact au rendez-vous accordé par la préfecture, et l’on pourra descendre
L’ILE-DE-FRANCE
sous le pavé, prendre place dans les wagons glissant sur des rails, traînés par des chevaux et parcourant des canaux aussi noirs que le Styx. Jadis limité-s à quelques ruisseaux d’assainissement, les égouts de Paris ont à présent 800 kilomètres de longueur totale et se répartissent en quatre collecteurs principaux. Le collecteur de la rive droite et celui de la rive gauche se déversent à Asnières ; le collecteur du Nord sillonne le sous-sol du Père-Lachaise, de la Villette, delà Chapelle, déboucheà Saint-Denis, fertilise les plaines, lejardin modèle de Gennevilliers ; les collecteurs secondaires, desservantles arrondissements particuliers, sont: l’égout des coteaux, creusé pour les XIP, XP, X°, IX° arrondissements ; celui de la rue de Rivoli ; celui de la rue des Petits-Champs, pratiqué de cette rue à la rue Vivienne et de la rue "Vivienne à la Madeleine; celui du XIIP arrondissement. Tous, rattachés aux grands collecteurs, les rejoignent par des voies différentes.
Un jour, sans doute, un jour désiré, les déjections que ce système d’égouts noie dans le fleuve ou répand sur ses rives, empoisonnant de miasmes fétides une campagne qui ne devrait donner à Paris que repos, fraîcheur et parfums, un jour, peut-être, ces déjections seront, par la Seine, agrandie et secondée par un canal maritime, entraînées directement bien loin, dans les abîmes de l’Océan. Paris sera alors port de mer; plus d’un cerveau a déjà conçu le projet grandiose d’amener jusqu’à lui les vaisseaux des deux mondes. En 1760, en 1780, en 1790, de hardis esprits ont proposé, ou de creuser un canal longitudinal, ou d’approfondir lelitde la Seine. En 182S, des savants comme Fresnel, Prony, Comte, Dupin ont émis la même idée, fortifiée de leurs calculs. Récemment, M. de la Crye traçait le plan d’un canal maritime sans écluses, allant de Rouen à Poissy, qu’on eût érigé en port maritime inférieur de Paris, de Poissy à Argenteuil, qui fût devenu un bassin, d’Argenteuil à la plaine de Gennevilliers, transformée en immense gare maritime. Des ponts mobiles auraient livré passage à trois navires de front, 6 rêve ! — S’il ne nous est pas donné de voir s’accomplir cette œuvre idéale de paix et de richesse, du moins pouvons-nous espérer que nos enfants seront plus heureux : les merveilles de l’exposition du Centenaire justifient les ambitions les plus audacieuses !