‹ La SeineChapitre 57 sur 93 · EN AVAL · texte numérisé non relu

EN AVAL

Voyez-vous, lecteur, ce léger canot, amarré à la berge poudreuse du Foint-du-Jour? S’il vous plaît d’y monter nous parcourrons ensemble, au gré de la Seine, les gracieux environs de Paris. Le fleuve ne les visite pas tous, mais les plus jolis, les plus célèbres se mirent dans ses eaux vertes et fraîches, encore parfois qu’un peu troubles ; pour les autres nous irons, faisant escale aux ports les plus voisins, les voir par les sentiers ombreux, par les vallons paisibles. Est-ce dit? Vogue donc !

Le canot s’engage dans les passes sans écueils, mais sans charme, de Billancourt; il dépasse les guinguettes à tonnelles, les débits de friture et de petit-bleu, les bals tapageurs, où, le dimanche, se divertissent encore tant de Parisiens, naïvement persuadés qu’ils sont en partie de campagne. A gauche, le sombre Issy échelonne près de la rive ses asiles d’indigents, ses pensionnats d’enfants, ses Petits Ménages^ et son vénérable séminaire. Vanves, au delà, rassemble ses blanchisseurs, le Petit-Vanves ses chiffonniers, Montrouge ses carriers. Que la curiosité ne nous entraîne pas si loin ; la lépreuse banlieue parisienne, prolongement des faubourgs laborieux et pauvres, ne nous divertirait pas. Naviguons toujours.

Au niveau des bords de la Seine, des plaines blanches, comme enfarinées, parsemées de bicoques, de fabriques et de maigres cultures, s’étendent jusqu’à des collines si mollement ondulées, si douces et aux regards, avec leurs villas, leurs jardins, leurs bois chevelus, que l’on voudrait avoir des ailes pour aller d’un élan s’y blottir, se reposer du tumulte et se purifier des nausées de la

(!) Les environs de Paris ont une grande importance historique et un réel charme pittoresque : mais ils ne peuvent occuper dans cet ouvrage qu’une place proportionnelle à leur étendue. 11 doit être permis à l’auteur de rappeler qu’il leur a déjà consacré un ouvrage considérable, publié en I8SC, avec le plus vif succès: ceci est une esquisse.

L’ILE-DE-FRANCE

ville-monstre, en respirant la suave haleine des fleurs et des chênes. Les collines portent les bois de Clamart et de Meudon, de Chaville, de Viroflay, de Saint-Cloud ; la route de Versailles circule au travers. Attention, ami, ramez vers le pont de Sèvres ; il faut ici nous régaler d’une matelote et parmi les élégances d’à présent chercher ce qu’il reste des choses du passé

Page 1