ROUEN — PORTE DE LA GROSSE HORLOGE
y prononça les paroles sublimes qui confondirent ses juges, ses bourreaux et nous émeuvent encore si profondément. De là elle partit pour marcher au supplice ; on peut encore se figurer l’itinéraire que suivit
DE VERNON AU HAVRE — L’ESTUAIRE
le sinistre cortège. Elle passa, fit peut-être amende lionoiable devant l’église Saint-Patrice, où nous admirons aujourd’hui une collection rarissime de vitraux du seizième siècle, et suivant la rue des Etoupes, la rue Sainte-Groix-des-Peletiers ou la rue des Prisons, elle arriva sur la place fatale du Vieux-Marché. Le bûcher, dernière station de son glorieux calvaire, l’attendait à la place même où est aujourd’hui un lieu de plaisir, le Théâtre-Français.
Près de ce théâtre, sur la place de la Pucelle, une fontaine Pompadour porte la statue de l’héroïne, vêtue, ô ironie ! en galante Bellone, en guerrière de corps de ballet! Entre la place du Vieux- Marché et l’hôtel de la préfecture une petite rue existait jadis, que l’on appelait rue de la Pie — c’est aujourd’hui la rue Pierre- Corneille. Le père des deux Corneille habitait dans cette rue une maison, sur l’emplacement de laquelle on lit l’inscription :
« Ici étaient les maisons où sont nés les deux Corneille; Pierre le 6 juin 1606, Thomas le 24 «o?î:H625. »
Le palais de justice, l’hôtel du Boürgtheroulde — nous sommes à portée de les voir — brillent parmi les plus beaux édifices rouennais. Le premier, construit par Louis Xll, en 1499, pour l’Echiquier de Normandie, est un chef-d’œuvre d’une exquise perfection. Rien de plus charmant, de plus varié que la façade où s’ouvre l’admirable salle des Pas-Perdus : tout ornée de pinacles, de clochetons, de dais, de galeries sculptées, fleuronnées avec une délicatesse, une fantaisie extrêmes, encadrant les fenêtres à meneaux, les arcades cintrées, les toits et beaucoup de statuettes et de médaillons, spirituelles figures de personnages célèbres et familiers. Roger Ango et Roland Leroux ont signé cette merveille.
L’hôtel du Bourgtheroulde fut bâti à grands frais, vers la môme époque, par messire Guillaume Leroux, seigneur du Bourgtheroulde. Passablement détérioré au dehors, il présente, dans la cour intérieure, deux façades que leur style et surtout leur décoration, fine et spirituelle, mettent au premier rang des ouvrages de la Renaissance. Les moins lisibles bas-reliefs représentent les triomphes de Pétrarque, d’après les tapisseries d’Arras, les plus connus ont popularisé les scènes fameuses de l’entrevue du camp du Drapd’Or.
Près du palais de justice se dresse la tour de la Grosse-Horloge
EN NORMANDIE
ou du Beffroi, édifiée en 1389. Les curieux se font un devoir de gravir ses deux cents marches pour admirer au sommet deux cloches du treizième siècle : la Cache-Ribaud et la Cloche-d’Argent. Que citer après cela? Rouen est un petit monde; on ne peut se flatter de le connaître si on le parcourt en quelques heures. 11 y faut errer à l’aventure, en cueillir à la pipée, au hasard des trou-