VIEUX MARCHÉ A ROUEN
vailles, les beautés et les verrues. Une tourelle, un bas-relief, une statuette effritée marquent la place ou désignent le reste d’une habitation historique, fastueuse ou singulière. Peu de villes ont autant d’intérêt. Voyez la place de la Haute-Vieille-Tour où s’encadrent les halles du treizième siècle et que le charmant édifice de 1542, appelé monument de Saint-Romain, joint par une voûte à la place de la Basse-Vieillc-Tour. Voyez encore l’hôtel Saint-Amand, la fontaine Sainte-Marie de Falguière, large groupe plein d’expres-
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sion et de poésie, l’ancienne Chambre des comptes, les fontaines de la Groix-de-Pierre, de la Crosse, de Lisieux, conservant toute les trois, bien que défigurées, quelques jolis détails de leur déco¬
ration du seizième siècle. Les églises presque imlifférentes, Saint- Vincent, Saint-Godard, Saint-Gervais, Saint-Nicaise, se recommandent cependant par des sculptures et des vitraux remarquables. Enfin, le théâtre des Arts, la Bourse, le musée départemental d’anli-
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quités, le musée municipal de céramique, le muséum d’histoire naturelle, la Bibliothèque publique, répondent à la noblesse, à l’opulence de la grande ville normande.
Rouen a d’immenses filatures, des fonderies, des usines fabriquant les métiers des maisons de tissages. La production de l’article roucnncric et du mouchoir de couleur était naguère un de ses privilèges ; elle baisse aujourd’hui et nombre de ceux qui vivaient du tissage à la main sont privés de cette ressource.
... A l’ouest de Rouen, la Seine décrit une triple presqu’île; ses contours enveloppent des plateaux boisés, des forêts même, dont les principales, forêt de Roumare, forêt de la Londe, forêt de Rouvray — le bois de Boulogne parisien se nommait ainsi — ont une assez grande étendue.
Sur les bords du fleuve et à la lisière des futaies de chênes, s’espacent des villages moitié industriels, moitié champêtres, plusieurs groupant les villas luxueuses des riches manufacturiers. Ils sont agréables, étalés sur des coteaux aux lignes très fines parsemés de jardins. Les paysans, tout en s’adonnant à la culture, ne laissent pas que de posséder un métier, s’exercent par milliers à l’art de tisser la toile. Aidées par les tramways, les bateaux à vapeurs, les promenades à travers ces environs sont faciles et plaisantes.
Voici Darnétal où vingt-deux mille broches travaillent pour Elbeuf. Nous y avons visité un atelier refuge abritant trois cents jeunes filles coupables de fautes graves commises sans discernement. Elles reçoivent l’instruction professionnelle et se plient avec une singulière énergie aux plus rudes travaux. Seules, labourant, hersant, ensemençant, fauchant, moissonnant, elles assurent le succès d’une vaste exploitation agricole.
Des hauteurs de Blosseville, de Bois-Guillaume, du mont Saint- Aignan, se développent les horizons splendides où Rouen s’encadre tout entier. 11 nous apparaît ainsi plusieurs fois, jamais le même, comme un diamant taillé dont on fait miroiter les facettes. Agrandi, ses laideurs, ses contrastes se fondent dans un amas de blancheurs étincelantes, enlacées par les replis de la Seine, sinueuse et lumineuse ceinture.
Sur la rive droite se montre le château de Canteleu bâti par Mansart et, plus loin. Croisse!, d’où la péninsule apparaît tout
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entière. Là, une maison isolée, blanche, que précède un perron, c’était la propriété, la demeure aimée du grand écrivain Gustave Flaubert.
... Saint-Martin de Boscherville : une charmante église et une salle capitulaire, restes de l’abbaye de Saint-Georges de Boscherville édifiée au onzième siècle. Sur la porte une inscription relate qu’on les doit « à la pieuse munificence de Raoul de Tancarville,
grand chambellan de Guillaume 11 le Conquérant, duc de Normandie. »
De loin, en suivant les rives du fleuve, vous apercevez les ruines grandioses de l’abbaye de Jumiègcs : ses deux sombres tours, carrées à la base, dont les quatre étages octogones superposent des arcades romanes béant sur le vide, et l’une de ses façades, énorme muraille démantelée, trouée à jour, flanquée encore d’une écliauguette à demi brisée. Ces beaux restes et leurs dépendances appartiennent à la villa de M”® Lepel Cointet, dont le mari les avait acquises juste à point pour sauver dune complète dévastation ce que 1793 avait laissé subsister de l’illustre abbaye.
Jumièges était le plus ancien monastère de la Normandie. Fondé au septième siècle, peut-être par saint Philbert, il comptait déjà plus de neuf cents moines, lorsque, suivant la légende, le courant de la Seine lui apporta les deux fils de Clovis II et de la reine Batlîilde, liés dans un bateau, tout sanglants, les jointures trantranchées, énervés., symboles à peine vivants de la race épuisée
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des Mérovingiens. Les premiers chefs normands portèrent à Jumicges le feu et l’épce, mais leurs successeurs la rétablirent dans ses privilèges et son lustre. Elle dura ensuite plusieurs siècles, riche, puissante, renommée; ses abbés furent béatifiés; quelquesuns devinrent évêques, archevêques. Les ducs de Normandie, les rois d’Angleterre, les rois de France y avaient droit au gîte. Elle déclina avec la Réforme ; les calvinistes pillèrent ses richesses : elle n’était plus à la veille de la Révolution que l’asile d’un petit