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CHATEAU DE TANCARVILLE

nombre de religieux qui se dispersèrent aussitôt. 11 s’en fallut de peu qu’elle ne disparût complètement. Vendue, dépecée comme bien national, heureusement elle tomba dans les mains d’un artiste.

Délabrées, encombrées de débris gisant à terre, fûts de colonne, aiguilles, socles, dais, statues mutilées, la basilique Notre-Dame et l’église Saint-Pierre donnent encore une grande idée de leur splendeur éteinte. Un musée lapidaire réunit des chapiteaux, des bas-reliefs, des tombeaux en pierre, la table de marbre noir du mausolée d’Agnès Sorel, dont le cœur avait été déposé dans l’église abbatiale, les statues tombales des Enervés. La salle des gardes de Charles VII, la salle capitulaire, les caves, sont d’intéressants spécimens de l’architecture du huitième siècle.

DE VERNON AU HAVRE — L’ESTUAIRE

La Bouille, Caudebec, Villequicr! La marée se l'ait sentir et le mascaret nous menace ; c’est ici que sévit ce flux étrange et violent. Soudainement, comme une trombe, il s’avance, barrant le fleuve d’une rive à l’autre et le couvrant d’une vague écumeuse de 2 à 3 mètres de hauteur, qui se brise, avec un claquement brusque, se reforme aussitôt, et reprend sa course irrésistible. Méfions-nous : un grondement sourd l’annonce ; mais à peine entendez-vous ce bruit, qu’il est déjà sous vos yeux. Des digues, il est vrai, espacées de 300 à 500 mètres, en diminuent la force redoutable. Peut-être serait-il possible, d’aucuns le croient, de l’annihiler par des travaux plus étendus qui, débarrassant le fleuve de ses bancs de sable, feraient de Rouen un grand port, un port tranquille.

... La Seine s’élargit de plus en plus; maintenant des vaisseaux la sillonnent; ses côtes sont bordées de falaises escarpées. Brusquement la pointe de Quillebeuf semble vouloir l’arrêter, former un lac sans issue. On double sans encombre ce promontoire dont l’extrémité s’arrondit en anse légère : port de pêcheurs signalé par trois phares. Vis-à-vis s’éparpillent les maisonnettes du port Jérôme ; puis, couronnant des rochers abrupts, apparaissent les deux grosses tours du château de Tancarville.

La falaise isolée, où s’élève cette forteresse bâtie du onzième au douzième siècle, dessine un triangle, ayant à chacun de ses angles une tour et, sur ses trois côtés, des tours intermédiaires au nombre de sept. La tour de l’Aigle domine l’ensemble. Le lierre et les ronces enveloppent ces robustes ruines, aux noms étranges : tour du Lion ou du Diable, tour de Coquesart; elles offrent des restes de peintures, des voûtes singulières. Dans l’enceinte, ce qui fut le manoir des seigneurs de Tancarville se compose de débris plus ou moins informes : la chapelle, la chambre aux Chevaliers, la grande salle renfermant des cheminées originales, décorées de frises et de chapiteaux. En terrasse, masquant les ruines, s’étale le château neuf, froide bâtisse moderne, que l’on voudrait retrancher de ce décor âpre et sévère.

... Harfleur sur la rive droite, Ilonlleur sur la rive gauche, à deux lieues l’un de l’autre, face à face ! Tous les deux jadis étaient les grands ports, seuls florissants, de l’estuaires séquanien. Les

EN NORMANDIE

Anglais les ont souvent disputés aux Français. Harfleur, en 141î), assiégé par Henri V, ne fut pris qu’au bout de quarante joui'g..

Il perdit seize cents familles obligées par le vainqueur à s’expatrier, transportées en Angleterre « sans pouvoir rien emporter qu’une

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partie de leur vêtement et cinq sols par tête. » Ceux qui restèrent, attachés de cœur à la France, lentement préparèrent leur revanche,

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