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PHILOSOPHIE DES NIDS DOISEAUX

tique : les individus les plus âgés faisant mieux que les autres.

L’hirondelle pourpre (Proyne purptireà) s’empare des gourdes vides et des petites boites, qui, dans presque tous les villages et fermes d’Amérique, sont disposées au dehors pour la recevoir ; plusieurs troglodytes d’Amérique font volontiers leurs nids dans des boites à cigares, percées d’un petit trou, si celles-ci sont placées dans une situation convenable. Le Xanthorius varias des États-Unis est un excellent exemple des changements que les oiseaux apportent à leurs nids suivant les circonstances : lorsqu’il établit son domicile sur des branches fortes et raides, son nid est presque plat, mais souvent il le suspend aux branches minces d’un saule pleureur, il le fait alors beaucoup plus profond, pour éviter que le vent, en le secouant avec violence, n’en fasse tomber les petits.

On a aussi observé que, dans les contrées chaudes du Midi, les nids sont construits plus légèrement et d’une substance plus poreuse que dans les régions plus froides du Nord.

Notre moineau commun sait aussi bien se conformer aux circonstances. Quand il s’établit sur un arbre (ce qui sans doute était sa seule manière à l’origine), il fait un nid bien construit et couvert, où ses petits sont très-bien abrités ; mais il ne se donne pas autant de peine lorsqu’il trouve un trou commode dans un bâtiment ou dans du chaume : son nid est alors très-imparfaitement construit.

On a observé dans la Jamaïque un curieux exemple

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de changement d’habitudes récent. Avant 1854 leTachornis phœnicobea habitait exclusivement les palmiers dans quelques districts du pays. Une colonie de ces oiseaux s’établit alors dans deux palmiers cacaotiers à Spanisb-Town et y resta jusqu’en 1857, année où un orage abattit l’un de ces arbres et dépouilla l’autre de ses feuilles. Au lieu de rechercher d'autres palmiers, les oiseaux chassèrent les hirondelles qui vivaient dans la cour du palais du Gouvernement, s’emparèrent de la place , et y firent leurs nids sur le sommet des murs d’enceinte et dans les angles formés par les poutres et les solives ; ils occupent encore en grand nombre cet endroit. On remarque qu’ils y forment leurs nids avec beaucoup moins de soin que lorsqu’ils vivaient sur les palmiers, probablement parce qu’ils sont moins exposés.

Au moment où la première édition de cet ouvrage venait de paraître, M. F.-A. Poucbet publia, dans la dixième livraison des Comptes rendus pour l’année 1870, ses observations relatives à un exemple encore plus curieux de perfectionnement dans la construction des nids. 11 y a quarante ans, M. Poucbet avait lui-même recueilli, dans de vieilles maisons de Rouen, des nids d’hirondelles de fenêtres (Hirundo urbica), et les avait déposés dans le musée decette ville. S’étant récemment procuré de nouveaux nids, il fut surpris, en les comparant avec les anciens, d’y voir un changement positif dans la forme et l’arrangement. Cela le décida à étudier la chose de plus près. Les nids modifiés avaient été pris dans un quartier neuf de la ville, et M. Poucbet

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constata que tous ceux qui provenaient des rues neuves avaient la forme modifiée; mais en examinant les églises et d'autres bâtiments anciens, ainsi que des rochers habités par ces oiseaux, il trouva beaucoup de nids du type ancien, mélangés avec quelques-uns du nouveau modèle. Il étudia alors les dessins et les descriptions des anciens naturalistes, et il n’y trouva absolument que la forme primitive. Voici, suivant lui, en quoi consiste la différence. L’ancienne forme est une portion de sphère, elle est égale au quart d’un hémisphère quand le nid est situé dans l’angle supérieur d’une fenêtre; l’ouverture est circulaire et très- petite, ioutjusle suffisante pour laisser passer l’oiseau. Le nid moderne est, au contraire, plus large que haut, sa forme étant celle d’un segment de sphéroïde aplati ; l’ouverture est trèslarge et basse, eUplacée tout près de la surface horizontale à laquelle le nid tient par sa partie supérieure.

.M. Pouchet pense que la forme nouvelle est indubitablement un perfectionnement de l’ancienne. Le fond élargi, doit laisser aux petits plus de liberté de mouvements qu’ils n’en avaient dans l’ancien nid étroit et profond ; de plus, l’agrandissement dé l’ouverture leur permet de regarder au dehors et de prendre l’air; elle est même assez large pour leur servir en quelque sorte de balcon, et l’on y voit parfois deux petits qui peuvent s’y tenir sans gêner le passage desparents. En même temps^ placée si près du sommet, elle a moins d'inconvénients aux points de vue de la pluie, du froid et des ennemis, que le petit trou rond de l’aucien nid. Voilà donc, dans la construction des nids, un progrès aussi évident qu’au-

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cun de ceux qui s’accomplissent en un temps si court dans l’architecture humaine.

Du reste, les nids ne sont pas toujours caractérisés par une structure parfaite et une excellente conformation; chez beaucoup d’oiseaux, ils présentent de véritables imperfections; celles-ci sont parfaitement compatibles avec notre théorie, mais beaucoup moins explicables dans l’hypothèse de l’instinct Supposé infaillible. Le pigeon voyageur d’Amérique couvre souvent les branches de ses nids «jusqu’à les faire casser par le poids, et l’on voit alors le sol couvert de ni^s, d’œufs et de jeunes oiseaux détruits. Lès nids de freux sont souvent si imparfaits qiie les Vents violents en font tomber les œufs ; mais l’oiseau le plus mal partagé sous ce rapport est l’hirondelle de fenêtres; White de Selborne nous dit en avoir vu s’établir chaque année dans des places où elles risquaient de voir leurs nids emportés par une forte pluie et leurs petits détruits.

CoDClluioD.

Une appréciation impartiale de tous ces faits confirme, je pense, l’assertion ^ar laquelle j’ai commencé, savoir, que les facultés mentales manifestées par les oiseaux dans la construction de leurs nids, sont de même nature que celles que montre l’homme dans la construction de sa demeure.

Ces facultés sont essentiellement l’imitation, unie à une adaptation partielle et lente aux conditions nouvelles qui s’imposent.

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Comparer l’ouvrage des oiseaux avec les manifestations les plus élevées de la science et de l’art humain, c’est rester tout à fait à côté de la question. Je ne prétends pas que l'oiseau soit doué d’une faculté de raisonnement qui en variété ou en étendue soit le moins du monde comparable à celle de l’homme. Je dis simplement que le mode de construction des nids nous offre des phénomènes qui, si on les compare impartialement avec ceux que présente' la grande masse des hommes dans la construction des maisons, n’indiquent aucune différence essentielle dans la nature ou l’espèce des facultés employées. Si l’instinct signifie quelque chose, ce ue peut être que la capacité d’accomplir un acte complexe sans enseignement ni expérience. Il implique des idées innées bien définies, et, s’il était prouvé, il renverserait le seruaüonaUsme de M. Mill et toutes les idées de la philosophie moderne sur l’expérience.

Que l’existence de l’instinct puisse être établie dans d’autres cas, cela n’est pas impossible; mais dans l’exemple particulier des nids d’oiseaux, qui est généralement considéré comme un de ses principaux appuis, je ne puis rien trouver absolument qui prouve l’existence de quelque chose d’autre que ces facultés rudimentaires de raisonnement et d’imitation qui sont universellement attribuées aux animaux.

THÉORIE DES NIDS- D’OISEAüX, MONTRANT LA RE- LATION DE CERTAINES DIFFÉRENCES DE COÜLEDR * CHEZ LES FEMELLES AVEC LE MODE DE NIDIFI- .

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