‹ La sélection naturelleChapitre 33 sur 52 · CATION · texte numérisé non relu

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‘Oq doit certainement considérer comme l'un des traits caractéristiques les plus remarquables delà classe des oiseaux, l’habitude qu’ils ont de bâtir une construction plus ou moins compliquée pour y recevoir leurs œufs et leurs pétits. Il est très-rare de trouver des travaux analogues chez les autres vertébrés, et ils n’atteignent jamais le même degré de perfection et de brouté.

Les nids ont, par conséquent, vivement attiré l’attention, etont fourni l’uû des arguments les plus fréquents ; en faveur de l’existence d’un instinct aveugle, mais in- ' faillible, chez les animaux inférieurs. L’opinion géné* raie que tout oiseau est rendu capable de bâtir son nid, non par les facultés ordinaires d’observation, de mémoire et. d’imitation, mais en vertu d’une impulsion innée et mystérieuse, a eu l’efTet déplorable de faire perdre de vue la relation évidente qui existe entre la structure, les mœurs et l’intelligence des oiseaux d’une part, et le genre de nids qn’ils bâtissent d’autre part.

J’en ai traité en détail dans un précédent essai, et nous avons vu que l'examen de la structure, de l’alimentation et des autres particularités de l’existence d’un

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oiseau, nous permettra de deviner, et souvent avec une grande exactitude, la raison qui lui fait construire son nid avec tels ou tels matériaux, dans telle ou telle situation, et d’une manière plus ou moins compliquée. Je me propose maintenant de considérer la question à un point de vue plus général et d’en discuter l’application à quelques problèmes curieux de l’histoire naturelle des oiseaux.

De l'influence exercée sur la nidiflcation par le changement des conditions et la persistance des habitudes.

Il existe, en dehors des causes mentionnées plus haut, deux facteurs qui doivent avoir exercé une influence importante pour déterminer les détails de la nidiflcation, bien que nous ne puissions que vaguement deviner leur action dans chaque cas particulier.

Ce sont le changement des conditions d’existence extérieures ou intérieures, et l’influence des habitudes héréditaires ou imitatives. La première cause amène des modiflcations en harmonie avec les changements de l’organisation, du climat, de la faune et de la flore environnantes; la seconde conserve les particularités ainsi produites, quand même par suite d’autres circonstances elles cessent d’être nécessaires. On a déjà constaté, d’après des faits nombreux, que les oiseaux font des nids appropriés à la situation dans laquelle ils les placent, et les hirondelles, les troglodytes et d’autres oiseaux qui habitent les toits, les cheminées, des nids artiflciels, nous montrent que ces animaux sont toujours

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prêts?! profiler des différentes circonstances qui se présentent. Il est donc probable qu’un changement de climat permanent obligerait beaucoup d’oiseaux à modifier la Forme ou les matériaux de leurs nids, afin de mieux protéger leurs petits. L’introduction de nouveaux ennemis, dangereux pour les œufs et les petits oiseaux, produirait le même résultat; une modification dans la végétation d’une contrée entraînerait l'emploi de nouveaux matériaux ; de même, si les caractères internes ou externes d’une espèce variaient lentement, elle serait portée à changer en quelque mesure son mode de construction. Ce résultat pourrait être dû à toutes sortes de modifications, par exemple : la force et la rapidité du vol, dont dépend la distance jusqu’à laquelle l’oiseau ira chercher ses matériaux ; la faculté de se tenir immobile en l’air, qui peut déterminer la place où le nid sera construit ; la force et la puissance préhensile de la patte, relativement au poids de l’oiseau , qui sont absolument nécessaires pour la construction d'un nid délicatement tressé et bien Uni. La longueur et la finesse du bec, qui sert comme d’aiguille dans la fabrication des nids les plus fins, composés de matières textiles, la longueur et la mobilité du cou, qui concourent au même but, la possession d’une sécrétion salivaire , comme celle qu’emploient plusieurs hirondelles, certains martinets ou encore le merle-grive, ce sont là autant de particularités qui sont après tout le résultat de l’organisme, et déterminent le plus souvent la nature et le choix des matériaux aussi bien que leur combinaison, la forme et la position de l’éditice. Malgré ces chauge-

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ments, il se conserverait pendant un temps plus nu moins long certains caractères dans la construction des nids, quand même les causes qui les avaient rendus nécessaires auraient disparu. Nous rencontrons partout ces traces du passé, même dans les œuvres de l’homme, en dépit de la raison dont il se vante si fort. Noa-seulement les traits principaux de l’architecture grecque ne sont que des copies en pierre d’un original en lx)is, mais nos copistes modernes de l’architecture gothique bâtissent souvent des contre-forts massifs, pour soutenir un toit en bois, dépourvu de la poussée qui les rendrait nécessaires : ils croient même orner leurs bâtiments en y ajoutant de fausses gouttières en pierre sculptée, dont les fonctions sont en réalité remplies par (les conduites modernes, qu’ils appliquent sans avoir égard à l’harmonie du style. De même, quand les chemins de fer ont remplacé les diligences, on a cru devoir donner aux wagons de première classe la forme de plusieurs voitures liées les unes aux autres; on a conservé les bretelles auxquelles se suspendaient les voyageurs, quand nos routes aujourd’hui macadamisées faisaient de chaque voyage une succession ininterrompue de cahots ; on les trouve même sur les chemins de fer où elles nous rappellent un mode de locomotion dont nous pouvons à peine nous faire une idée. Nous avons encore un exemple de cette routine dans nos chaussures ; quand la mode vint de porter des bottines à élastiques, nous étions si bien habitués à les attacher avec des boutons ou des lacets, qu’une chaussure qui en était dépourvue nous paraissait trop nue, et les

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cordonniers placèrent souvent une rangée de boutons ou un semblant de lacet, parce que l’habitude nous les rendait nécessaires. Tout le monde reconnaît que les habitudes des enfants et des sauvages nous donnent les indications les plus précieuses sur celles des animaux ; or chacun peut observer de quelle manière les enfants imitent leurs parents, sans avoir égard à la portée ou à l’utilité de leurs actions. Chez les sauvages, certaines coutumes, particulières à chaque tribu, se perpétuent de père en fils, et continuent à exister longtemps après que leur raison d’être a cessé.

Quand nous considérons ces faits et mille autres analogues, qui se produisent tous les jours autour de nous, nous pouvons avec raison attribuer à une cause semblable les détails de V architecture des oiseaux que nous ne parvenons pas à comprendre. Si nous nous y refusons, il nous faut admettre, ou que les oiseaux sont dans toutes leurs actions guidés par la raison pure plus complètement encore que l’homme; ou bien qu’un instinct infaillible les conduit au même résultat par une voie différente. Je ne crois pas que la première théorie ait jamais été soutenue par personne, et j’ai déjà montré que la seconde , quoique généralement admise, n’est pas prouvée, et se trouve en contradiction avec un grand nombre de faits. L’un de mes critiques a prétendu que j’admettais l’existence de l’instinct, sous le nom d’habitude héréditaire, mais l’ensemble de mes arguments prouve que ce n’est pas là ma pensée. Les deux termes, ^'habitude héréditaire et à'instinct, sont il est vrai synonymes quand ils s'appliquent à une

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action simple dépendant d’une particularité héréditaire dans la structure, comme par exemple quand les descendants de pigeons culbutants culbutent , ou que ceux de pigeons grosse-gorge gonflent leur jabot; mais, dans ce cas-ci, je parle simplement des habitudes héréditaires ou plutôt persistantes et imitatives des sauvages, qui construisent leurs maisons comme leurs pères l’ont fait. L’imitation est une faculté d’ordre inférieur à l’invention, les enfants et les sauvages imitent avant de créer, tout comme les oiseaux et les autres animaux.

On voit, d’après ces observations, que le mode de nidification spécial à chaque espèce d’oiseau est probablement le résultat d’une réunion de causes qui Tout sans cesse modifié eu harmonieavec les conditions physiques ou organiques. Les plus importantes de ces causes paraissent être d’abord la structure de l’espèce, et en second lieu le milieu où elle vit, ou ses conditions d’existence. Or nous savons que chacun des caractères, chacune des conditions comprises dans ces termes généraux, est variable : nous avons vu qu’en général, les traits principaux des nids d’un certain groupe d'oiseaux sont en relation avec sa structure organique, et nous pouvons en conclure sans témérité que, si ta structure varie, le nid variera aussi en quelque point correspondant. Nous savons encore que les oiseaux modifient la position, la forme et la construction de leurs nids, toutes les fois que les matériaux ou les situations à leur portée subissent quelque changement, que ce soit dû à l’action de l'homme, ou à celle de la nature. Nous devons cependant nous rappeler que tous ces facteurs demeu-

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rent stables pendant plusieurs générations, et agissent avec une lenteur proportionnée à celle des agents physiques dont l’œuvre nous est révélée par la géologie; il est donc évident que la forme et les matériaux des nids, qui en dépendent , sont également stables. Si donc nous trouvons entre le mode de nidification et des caractères insignifiants ou aisément modifiés, une corrélation telle, que l’un des deux faits soit probablement la cause de l’autre, nous serons fondés à croire que ce sont ces caractères variables qui dépendent du mode de nidification, bien loin d’avoir contribué à le déterminer. C’est ce genre de corrélation qui va faire l’objet de notre étude.

Classification des nids.

Nous devons d’abord classer les nids en deux grandes catégories, sans avoir égard à leurs différences ou à leurs analogies même les plus évidentes, mais en nous bornant à constater si le contenu, c’est-à-dire les œufs, les petits ou l’oiseau qui couve, est caché ou exposé à la vue. Nous placerons dans la première classe tous les nids dans lesquels les œufs ou les petits sont entièrement cachés, sans chercher si ce but est atteint au moyeu d’un édifice habilement couvert, ou simplement en déposant les œufs sous terre ou dans le creux d'un arbre; nous grouperons dans la seconde classe tous ceux dont les habitants sont exposés à la vue, sans regarder si le nid est élégamment construit, ou s’il n’y

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a, à proprement parler, pas de nid du tout. Parmi les premiers, on compte les martins-pêcheurs, qui b&tissent toujours dans les beiges des cours d’eau, les pics et les perroquets, qui bâtissent dans les arbres creux, les Ictérides d’Amérique qui ont des nids habilement couverts et suspendus, et le troglodyte commun, dont le nid est recouvert d’un dôme; nos grives, nos pinsons, nos becs-fins et tous les Dicrourus, les Cotingidés, les Tanagridés des Tropiques, ainsi que tous les pigeons et les rapaces, et un grand nombre d’autres répandus sur tout le globe, se rangent dans la deuxième catégorie.

On verra que cette division des oiseaux d’après leur mode de nidification n’est point en rapport avec la forme et la structure du nid, mais uniquement avec les fonctions qu’il remplit. Elle a cependant certaines ’ relations avec les affinités naturelles, car d'importants groupes d’oiseaux, incontestablement alliés, se rangent exclusivement dans l’une ou l’autre de ces classes; il est rare que les espèces d’un même genre ou d’une même famille se répartissent entre les deux, quoiqu’elles offrent souvent des exemples des deux modes distincts de nidification compris dans la première. Tous les oiseaux grimpeurs et la plupart des fîssirostres, bâtissent des nids recouverts, et, dans ce dernier groupe, les martinets ét les engoulevents, dont les nids sont ouverts, sont évidemment très-différents des autres familles auxquelles nos classifications les associent. Les mésanges varient beaucoup dans leur manière de construire ; les unes font des nids ouverts cachés dans des trous, d'autres des nids en dôme, et même suspendus.

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mais elles sont toutes dans la même classe. Les Slurnidés varient d’une manière analogue ; les Gracula, comme nos étourneaux, bâtissent dans des trous, les beaux étourneaux d'Orient du genre Calornis forment des nids couverts et suspendus, tandis que le genre Sturnopastor niche dans les arbres creux. Les pinsons sont un curieux exemple de la division d’une famille, car landis que presque toutes les espèces européennes bâtissent des nids ouverts, plusieurs de celles d’Australie les construisent en forme de déme.

DifTérences sexuelles de couleur chcs les oiseaux.

Si, de l’étude des nids, nous passons à celle des oiseaux mêmes, nous aurons à les considérer d’un point de vue assez inusité ; nous les partagerons en deux groupes : l’un dans lequel les deux sexes sont également ornés de couleurs voyantes, l’autre dans lequel le mâle seul en est paré.

Les différences sexuelles de couleur et de plumage sont très-importantes chez les oiseaux ; on s’en est déjà beaucoup occupé; elles ont été, en ce qui concerne les oiseaux polygames, fort bien expliquées par le principe de la sélection sexuelle, énoncé par M. Darwin. Nous pouvons assez bien comprendre que la rivalité des mâles en force et en beauté ait produit le brillant plumage et la grande taille des faisans et des grouse mâles, mais cette théorie n’explique pas pourquoi les femelles du toucau, du guêpier, du perroquet, de l’ara macao, et de la mésange, sont toujours aussi vivement

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colorées que le mAle, tandis que celles du colinga, du pipra, du tangara, des oiseaux de paradis, et de notre merle commun, sont de couleurs si ternes et si peu apparentes qu’on peutàpeine les reconnaître comme appartenant à la même espèce que le mâle.

Loi qui relie les couleurs des oiseaux remelles et leur mode de nidiflcatioD.

Cette anomalie peut s’expliquer par l'influence du mode de nidification, car j’ai reconnu, comme une règle souffrant peu d’exceptions, que, lorsque les deux sexes portent les mêmes couleurs éclatantes et trèsapparentes, le nid est de la première classe, soit formé de manière à cacher la couveuse, tandis que, s’il y a contraste, c’est-à-dire si le mâle est de couleurs brillantes et la femelle de couleurs ternes, le nid est ouvert et la couveuse exposée à la vue. Je commencerai par énumérer les faits qui soutiennent celte assertion, et j’expliquerai ensuite de quelle manière je suppose que cette relation s’est établie. Nous examinerons en premier lieu le groupe dans lequel la femelle porte des couleurs apparentes, et ressemble presque toujours exactement au mâle.

1. Martins-pêcheurs (Alcedinidæ). — Chez quelques-unes des plus belles espèces, la femelle et le mâle sont identiques; chez d’autres, il existe une différence sexuelle, mais qui tend rarement à rendre la femelle moins apparente. Quelquefois la femelle porte sur la poilrineuneraie qui manque chez le mâle, c’est le cas

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chez le Halcyon diops de Ternale. Chez d’autres, en particulier dans plusieurs espèces américaines, cette raie est roussâtre; dans le Dacelo gaudichaudii, et d’autres du même genre, la queue de la femelle est rousse, tandis que celle du mâle est bleue. Le nid de la plupart des martins-pêcheurs est dans un trou profond creusé dans la terre, on dit que les Tanysiptera font le leur dans les trous des fourmilières de termites, ou quelquefois dans des crevasses sous les rochers.

2. Momots (Momotidæ.) — Les deux sexes de ces beaux oiseaux sont semblables, et leur nid dans un trou sous la terre.

3. Tamalias (Bucconidæ.) — Ces oiseaux portent souvent des couleurs vives, plusieurs ont le bec rouge comme du corail, les sexes sont identiques, et le nid dans un trou pratiqué dans un terrain en pente.

4. Trayons (Trogonidæ.) — Les femelles de ces superbes oiseaux, quoique en général moins brillamment colorées que le mâle, sont encore de couleurs vives. Le nid est dans le creux d’un arbre.

5. Huppes (Upupidæ.) — Le plumage rayé et les longues huppes de ces oiseaux les rendent très-apparents. Les sexes sont semblables et le nid dans un arbre creux.

6. Calaos (Bucerolidæ). — Ces grands oiseaux ont d’énormes becs, colorés, celui de la femelle est d’ordinaire aussi apparent et aussi bien coloré que celui du mâle. Leurs nids sont toujours dans des arbres creux, où la femelle est entièrement cachée.

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